Francis Lagacé

LE BILLET DE FRANCIS LAGACÉ




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18 septembre 2017


Le crime misogyne


Certains douloureux « faits divers » sont en réalité des faits de société révélateurs de notre degré de civilisation. Pendant combien de temps nous sommes-nous contentés de fermer la fenêtre pour ne pas entendre les cris de l'enfant battu comme plâtre par le voisin ? Le faisons-nous encore ?

Faut-il rappeler la complaisance dont nous avons jusquà tout récemment enveloppé les rituels d'initiation dans les cégeps et les universités, sous prétexte que c'étaient des processus d'intégration au groupe alors qu'il était connu qu'elles donnaient lieu à des dérapages de nature violente et/ou sexuelle, occasions pour de petits tortionnaires pervers de libérer leurs plus basses pulsions. Que de jeunes femmes, mais aussi de jeunes hommes, ont souffert en silence de ces abus tolérés et même louangés par la société ?

Il en est de même des bizutages militaires qu'on a fait semblant de découvrir au milieu des années 90 alors que toute personne ayant connu un membre des « Forces » savait fort bien que les initiations n'avaient rien d'anodin, la possibilité de filmer à peu de frais et de diffuser à grande échelle ayant fait la différence.

On a ramené récemment la notion de « crime passionnel » dans le cas d'un homme qui a tué sa conjointe et enlevé son enfant. On se rappellera que ce concept servait à diminuer les peines prévues pour les crimes contre la personne en prétextant de l'aveuglement causé par l'amour et la passion.

Comment peut-on oser appeler de l'amour cette façon de considérer les femmes comme une possession destinée à tous les abus de son propriétaire plutôt que comme une personne humaine égale à soi ?

Ce genre de crime n'a rien de passionnel, mais tout de la misogynie. Il s'agit de faire payer les femmes pour toute volonté d'autonomie, de liberté. Maltraiter les esclaves n'a jamais été un crime passionnel, mais toujours un crime contre l'humanité. Décider de détruire les femmes qui résistent au bon vouloir du mâle insulté, s'en prendre à leurs enfants pour bien marquer sa volonté de les atteindre dans tout ce qu'elles chérissent, ce serait de la passion ? Non, c'est de la misogynie pure et simple. On devrait le reconnaître plutôt que de chercher des circonstances atténuantes.




10 septembre 2017


Facebook et la révolution


On se rappellera avec un sourire triste les enthousiastes qui qualifaient le printemps arabe de « première révolution Facebook ». Si les étudiantEs, surtout, et les travailleuses et travailleurs tunisiens ont créé beaucoup de liens sur Facebook, il serait tout de même illusoire de croire que c'est ce moyen de communication qui a permis le renversement du pouvoir. Les gens se sont d'abord parlé face à face, puis se sont servi des moyens de communication pour rassembler entre eux des personnes déjà convaincues.

De loin, je recevais de l'info, par Facebook justement, sur ce qui se passait là-bas et on m'avait prévenu longtemps d'avance que quelque chose se préparait, mais il ne faut pas confondre un outil de communication parmi d'autres avec les outils de conviction qui ont été des processus de démocratie directe dans les universités et les lieux de travail, et les discours de conviction qui ont permis de rassembler celles et ceux qui voulaient un changement nécessaire.

De même, on trouve ici nombre de personnes bien intentionnées qui croient pouvoir convaincre et persuader par le « carnet de portraits » (c'est l'origine de Facebook, un recueil des finissantEs d'une promotion donnée). Or, les correspondantEs Facebook (qu'on appelle à tort « amiEs ») n'ont pas beaucoup de temps pour lire nos contributions. La multiplicité des intervenantEs ne facilite pas non plus un débat ordonné et structuré. Déjà discuter entre personnes qui partagent globalement les mêmes orientations est difficile, imaginez essayer de le faire dans un méli-mélo d'avis, de convictions, de sentiments, et parfois d'opinions, provenant de toutes les directions ! Tâche insurmontable que celle-là ! D'autant que s'y glissent souvent des trolls, dont le seul but est de faire déraper la conversation.

Pour ma part, je n'ai jamais conçu cet instrument autrement que comme un moyen de rassembler des correspondantEs qui avaient quelque chose à partager avec moi, dont l'intérêt pour les livres et la justice sociale au premier chef. En ce sens, ce sont déjà presque des camarades, quoi qu'elles et ils en pensent. Mes publications consistent à fournir des citations ou réflexions littéraires, philosophiques, politiques ou sociales. Mes interventions cherchent à rétablir des faits, à compléter des idées, à renforcer ou à nuancer les propos de mes correspondantEs ainsi qu'à leur signaler mes bonnes pensées envers elles et eux.

Je ne cherche surtout pas à trouver parmi mes correspondantEs des personnes aux penchants politiques diamétralement opposés aux miens. Si on peut entre nous échanger des arguments et s'instruire de faits nouveaux, le travail de conviction doit s'accomplir sur le terrain, et il me plaît de constater que tant de jeunes y sont habiles.




29 août 2017


Catalogne et Espagne : illustration du devoir de s'informer


Un article paru dans Le Devoir du 28 août 2017 est une illustration parfaite de comment l'hégémonie culturelle décide pour nous de ce que signifient les événements. C'est aussi un véritable cas d'école quand il s'agit de montrer comment l'idéologie dominante, celle des puissants de ce monde, parle à travers nous qu'on en soit conscient ou pas.

Nous analyserons donc rapidement quelques éléments de cet article intitulé « Après une courte trêve, la guerre des nerfs reprend » en présumant que le journaliste ne diffuse pas consciemment une vision biaisée de la réalité. L'article porte sur la confrontation entre la Catalogne et l'Espagne sur la tenue du référendum d'indépendance le premier octobre prochain dans le contexte des attentats djihadistes que l'on sait et au lendemain d'une grande manifestation à Barcelone, capitale de la Catalogne, où les attentats ont eu lieu.

Le surtitre de l'article est « Espagne ». C'est la désignation officielle et l'on comprendra qu'il est convenu que les agences de presse et les journalistes ne prennent pas parti pour les volontés sécessionnistes. Ainsi, un article d'agence de presse destiné à l'étranger et qui vient du Québec surtitrera normalement « Canada ».

L'article vient de l'agence France-Presse à Madrid. Là on conviendra qu'il est quand même un peu curieux qu'on traite des actualités catalanes à partir de Madrid, d'autant que Barcelone est une très grande ville plus proche géographiquement de la France que Madrid et certainement très facile d'accès. On a aussi du mal à croire que l'agence France-Presse n'ait pas de correspondant à Barcelone. Quelle valeur devrait-on accorder à une dépêche sur les actualités québécoises qui viendrait de Toronto ?

Le sous-titre maintenant : « Le premier ministre Rajoy a demandé en vain aux indépendantistes catalans de reporter leur référendum. » Il s'agit du premier ministre espagnol faudrait-il préciser. Et les indépendantistes catalans ne sont pas un groupe sans organisation. C'est tout de même le président de la Catalogne Carles Puigdemont qui parle au nom de son parlement. Cette présentation des forces en présence est tronquée. L'emploi de l'expression « en vain » par le journaliste laisse sous-entendre qu'il y a une perte dans ce refus catalan. Ce n'est qu'une perte pour les autorités espagnoles, pas pour les autorités catalanes ni pour la population, qui est majoritairement favorable à la tenue du référendum (à plus de 70 %, apprend-on plus loin dans l'article).

La première phrase de l'article va comme suit : « L'Espagne n'aura pas eu le temps de faire son deuil. » On laisse ainsi entendre que les vilains Catalans ont empêché les Espagnols de vivre leur deuil. Il est assez étrange de s'exprimer ainsi quand on sait que c'est la Catalogne qui est en deuil.

Deuxième phrase : « Dimanche, alors que succombait une seizième victime des attentats de Catalogne, la guerre des nerfs reprenait entre Madrid et les indépendantistes catalans. » Si on reconnaît un peu tard que les attentats ont eu lieu en Catalogne, on oppose encore une instance officielle, Madrid, à un groupe informe « les indépendantistes catalans », ce qui est une manière très claire (consciente ou non) de discréditer une partie à l'avantage de l'autre. S'ajoute l'odieux de s'affirmer pour les Catalans alors qu'une seizième victime vient de trépasser, tissant ainsi un rapport monstrueux quoique inexistant entre la volonté d'indépendance et les résultats du terrorisme.

Troisième phrase : « Le chef du gouvernement, Mariano Rajoy, a demandé publiquement aux séparatistes de renoncer au référendum qu'ils préparent pour le 1er octobre afin de faire sécession. » On fait comme s'il n'y avait qu'un seul gouvernement en ne précisant pas qu'il s'agit du gouvernement espagnol qui demande quelque chose au gouvernement de la Generalitat de Catalogne. Encore une fois, on oppose une autorité officielle (et donc sous-entendue légitime) à un groupe sans structure : les « séparatistes ». On sait par ailleurs la connotation très négative qui est attachée au mot séparatistes, qui fait frissonner d'angoisse les bonnes âmes.

Est-il besoin de continuer ? Cet article aurait été écrit par le gouvernement espagnol qu'il ne serait pas différent. Est-ce que j'accuse l'agence France-Presse et son reporter, qu'il ne m'apparaît pas utile de nommer ici, de partialité ? de répondre à une commande ? Pas du tout, c'est l'hégémonie qui parle par leur bouche. Et si on ne prend pas la peine de bien s'informer soi-même aux sources les plus sûres, on manque au devoir de s'informer auquel ne s'empressent pas de répondre ceux qui n'ont rien à gagner à ce que l'ordre des choses change.




22 août 2017


Le post-humanisme : fuite en avant de la grande bourgeoisie


La grande bourgeoisie a toujours excellé dans l'art de se déresponsabiliser dans la déprédation des ressources planétaires. De l'achat individuel responsable à l'antithétique « capitalisme vert », aucune des solutions qu'elle propose ne suffira jamais à restaurer un environnement viable devant la dévastation industrielle à grande échelle induite par la course aux profits.

Longtemps assurée d'être épargnée de l'empoisonnement général grâce à des domaines isolés et bien protégés, la grande bourgeoisie commence à se rendre compte qu'il n'y aura bientôt plus assez d'eau même pour la faune du gratin et que l'air vicié ne connaît pas de frontière.

Inébranlablement confiante dans la techno-science, elle repousse toujours à plus tard la restauration des éco-systèmes, croyant que la technologie rendra le développement durable. Mais, les résultats ne sont pas au rendez-vous.

Portée à s'imaginer qu'elle pourrait changer de planète grâce à l'exploration spatiale, elle se trouve un peu déçue de constater que les exoplanètes habitables sont beaucoup trop éloignées pour qu'on puisse espérer en atteindre une dans le siècle qui vient.

Qu'à cela ne tienne, elle a découvert le secret de la vie éternelle. Loué soit le post-humanisme qui nous promet de vaincre la mort. « Nous promet ? » Non, pas à nous, seulement aux happy few qui auront les moyens de se le payer, c'est-à-dire encore une fois les patrons des grandes pétrolières, des grands groupes financiers, des grands constructeurs automobiles, des pharmaceutiques, les papes de l'électronique... C'est pourquoi Google et consorts se sont lancés dans l'intelligence artificielle et dans le développement du transfert des données neuronales vers la machine.

Finies les préoccupations pour l'environnement ! On n'a plus besoin de s'en inquiéter : les populations pauvres pourront crever tout leur soûl, les élites de ce « meilleur des mondes » seront désormais d'un nouveau genre où l'électronique et le mécanique leur permettront de survivre dans des environnements où seules les machines triomphent.

Ironique tout de même que la figure du Borg, utilisée par exemple dans Star Trek comme repoussoir du collectivisme, serve finalement les desseins férocement individualistes des possédants. Il faut dire que cet individualisme sera standardisé et, si l'on ne peut dire qu'il sera de masse à cause du nombre restreint d'élus, il sera tout de même assez peu différencié sinon par les contenus mnémoniques et quelques petits détails dignes des décorations qui distinguent les automobiles les unes des autres.

Cette pseudo-éternité minérale et mécanique affrontera tout de même la limite du système solaire destiné à la destruction par l'implosion de notre bel astre dans cinq milliards d'années. Mais d'ici là, gageons que la grande bourgeoisie aura trouvé le moyen d'aller asservir d'autres systèmes planétaires si elle n'a pas provoqué sa propre extinction.




14 août 2017


Gaucherie et cadeau de Grec


« Je me méfie des Grecs même quand ils font des cadeaux » aurait dit Laocoon en voyant le cheval de Troie. Il reste que les Hellènes nous ont fait présent de morceaux de leur langue pour créer nos mots savants. Ainsi, le mot aristéraphobie, que je me fais fort de diffuser pour désigner la crainte, la haine ou le mépris des gauchers.

C'était hier, le 13 août, la journée internationale des gauchers et le Figaro se fendait d'un article sur la question en voulant corriger des impressions fausses. L'article dont le titre commence par « Forts en maths et au tennis » affirme en son milieu que les « gauchers développent plus de troubles mentaux » en se référant à une étude réalisée sur 107 patients d'une clinique psychiatrique.

Lancer ainsi des données dites scientifiques sans éclairer davantage le contexte est un beau cadeau de Grec. On sait la propension que nous avons, pauvres homo sapiens, à transformer les corrélations en relations causales. Or, on doit toujours se demander ce qui se cache sous ce genre de données.

Au XIXe siècle, les études ne manquaient pas pour dire que les femmes étaient plus neurasthéniques que les hommes. Mais, dites-moi, si vous perdiez votre nom, vos biens, votre liberté au profit de quelqu'un qui vous asservit et vous considère comme sa propriété, ce qui était le cas de la plupart des femmes dans le régime matrimonial, ne seriez-vous pas enclin à la neurasthénie ?

Au XIXe siècle, les études ne manquaient pas pour dire que les homosexuels étaient plus nombreux à faire de la prison que les autres. Dites-moi donc, si vos relations sexuelles étaient interdites par la loi, ne seriez-vous pas susceptible d'être incarcéré ?

Au XIXe siècle, les études ne manquaient pas pour dire que les Noirs avaient des capacités intellectuelles moindres. Dites-moi donc, si vous n'aviez pas le droit d'aller à l'école et si on vous maintenait dans la sujétion et la pauvreté, auriez-vous d'aussi bons résultats que les fils de bourgeois ? À noter, en passant, qu'on disait la même chose des enfants d'Hochelaga-Maisonneuve dans les années 60.

S'est-on demandé si les gauchers qui se retrouvent en institution psychiatrique n'ont pas été contrariés à mort par des parents certainement ignorants, parfois stupides, et par une société brutalement fermée à toute adaptation. Si on vous avait battu pendant votre enfance juste parce que vous utilisiez votre meilleure main pour accomplir les gestes les plus simples, n'auriez-vous pas quelques séquelles psychologiques ?

Sauter aux conclusions est si facile, même pour des gens très instruits. Voilà qui m'amène en clôture à une autre erreur de jugement fréquente qui consiste à croire que nous sommes intellectuellement plus évolués en 2017 que nous ne l'étions au Moyen-Âge ou dans l'Antiquité.

Je regardais le premier épisode de la magnifique série de fan-fiction Star Trek Continues, où le personnage d'Apollon, déjà vu dans l'épisode Who mourns for Adonaïs ? de la série originale, revient affronter l'équipage de l'Entreprise. La conclusion mène à un arrangement où Apollon accepte de se fondre dans la population d'une planète dont le niveau de développement technique est celui du XVIe siècle occidental. Or, soit les auteurs perpétuent inconsciemment les raccourcis cognitifs des originaux, soit ils ont décidé d'y être fidèles, restent que messieurs Spock et Kirk préviennent le bon Apollon que les habitants du monde où il va atterrir sont des « gens simples ».

Absolument rien ne nous autorise à dire que les humains du XVIe siècle étaient plus simples que nous. Au point de vue de l'évolution, le cerveau d'une personne moyenne d'aujourd'hui n'est pas plus sophistiqué que celui d'une personne moyenne de la Renaissance, du Moyen-Âge ni de l'Antiquité. Les grands esprits de la Grèce antique ont fait des découvertes remarquables inaccessibles à un grand nombre de nos contemporains. Seuls leurs moyens étaient limités, pas leur cerveau.

Ainsi, notre propension à aller trop vite en besogne est-elle un cadeau de Grec de la nature ? En fait, du point de vue de la protection et de l'évolution de l'espèce, il y avait sûrement un avantage à ces conclusions hâtives, mais maintenant que nous sommes « si évolués » ne pourrions-nous pas prendre un peu de recul ?




7 août 2017


L'intox, ça marche


« Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose » disait Voltaire, lui-même victime de l'intox propagée par la Grande Catherine qui s'appropriait la Pologne en prétendant y défendre la liberté.

Je reviens là-dessus parce que je constate que des personnes dotées d'une culture scientifique, dont l'esprit rationnel n'est pas à mettre en doute, m'ont confirmé récemment qu'elles étaient tombé dans le panneau du discours alarmiste consistant à faire le deuxième tour de la présidentielle dans le premier et à croire les commentateurs au service de la bourgeoisie quand ils prédisent la catastrophe.

D'abord, il faut savoir que la catastrophe pour la bourgeoisie, ça peut vouloir dire quelque chose de bon pour la population. Ensuite, quand les chantres du libéralisme économique disaient qu'il fallait voter Macron au premier tour pour éviter Le Pen au deuxième, ils cachaient volontairement les sondages de leurs propres porte-voix, qui mettaient pourtant Mélenchon clairement gagnant devant Le Pen. Voir ici le sondage de BFM TV, qu'on ne peut certainement pas associer à la gauche.

Mais, cette perspective effrayait bien sûr le CAC 40 et le Medef, alors il fallait sortir les épouvantails et prédire l'Apocalypse. Parce qu'en plus de gouverner si peu, ces pauvres élus, souvent contraints par les règles de la Commission européenne, mais surtout par les grands groupes industriels et financiers qui passent par-dessus la tête de tout le monde, on ne leur laisse même plus la chance de se faire valoir avec fair play, non, la bourgeoisie doit en sus nous dire comment voter pour être certaine que ses candidats passent. Et c'est bien ce qui s'est produit.

Tout cela pour dire, qu'il arrive aux esprits les plus rationnels de réfléchir trop vite ou pas assez et que la connaissance ainsi que la vérification des faits tout comme l'étude des arguments peuvent leur faire défaut. Hors de leur domaine de compétence, les êtres les plus brillants errent peu ou prou et sont tout aussi soumis à l'intox que quiconque.

Ce qui m'amène pour vous faire sourire à une conclusion formée par la pensée que j'exprimais à la date du 6 décembre dans mon recueil 365 Chrysanthèmes +1 en référence à toutes ces citations parfois farfelues qu'on attribue erronément au maintenant devenu mythique Albert Einstein :

Einstein était un expert en physique. Son autorité s'arrête là. On ne saurait l'invoquer pour démontrer l'existence de dieu ni pour connaître la meilleure façon de préparer un guacamole.




31 juillet 2017


Les Écrits francs s. a. ferment boutique


Après 11 années de navigation anti-système, antimédia, anti-institution, anticapitaliste, antipromotion, antimode, antibourgoisie, anticoterie, anti-subvention, anticourant, la nef des Écrits francs passe à la casse.

Ce n'est pas du tout un échec, c'est même un étonnant succès que d'avoir réussi à durer plus de 10 ans avec de tels principes. L'Unesco a reconnu que, dans un petit marché comme le Québec, aucune maison d'édition, à part peut-être Québecor, ne peut survivre sans subvention. Or, la maison avait fait profession de ne jamais solliciter de subvention et, même, de ne jamais en accepter si on lui en proposait. Rassurez-vous, ce n'est jamais arrivé ; il n'y avait aucun risque.

Par ailleurs, même des grosses machines comme Québecor sont subventionnées pour la partie littéraire de leurs publications. Donc tout le monde, et c'est pareil dans les pays européens, est subventionné. En plus, pour arriver à financer leur production, les éditeurs font appel aux deux cycles de production : le cycle court et le cycle lent.

Le cycle lent est constitué des ouvrages qui ne rapportent pas dans l'immédiat, des auteurs sur lesquels on mise qu'ils seront connus plus tard, mais valent la peine qu'on les encourage. Le cycle court est constitué des ouvrages qui rapportent afin de renflouer les caisses et de soutenir le cycle lent. Dans le cycle court, on retrouve les ouvrages classiques et les manuels commandés par les maisons scolaires, les best-sellers, qui font recette, mais aussi les livres de recettes, justement, les livres de pop psychologie, les calendriers et les biographies des stars. Or, il n'était pas question pour la maison, qui éditait des livres sans images, de produire de ces ouvrages.

Les Écrits francs, à cause de leurs choix esthétique, philosophique, économique et politique, étaient condamnés par avance à n'exister que brièvement. Le fondateur le savait dès le départ.

La fin arrive. Ce fut une belle aventure, un éclair furtif dans le ciel littéraire, une utopie éditoriale vécue comme utopie et nécessairement dystopique au point de vue financier.

Mais, dernier pied de nez à la logique capitaliste, aucun des petits créanciers de la maison n'en souffrira. D'habitude, lors d'une liquidation, on répartit la dépouille entre les grands créditeurs et les petits rongent leur frein. Ici, tous les fournisseurs et les auteurs auront leur dû. Seul les grands créanciers, le fondateur et son conjoint, perdent leur mise et y gagnent leur dignité.




26 juillet 2017


Le baiser de l'art


Mes trop courts et trop peu fréquents séjours dans la plus belle ville du monde sont toujours riches d'enseignements, d'observations et me sont occasions de réflexions sans cesse relancées par l'abondance des expériences.

Nulle part ailleurs, il y a tant de diversité dans l'offre cinématographique. La magnifique pratique de présenter les films dans leur version originale avec sous-titres permet de mieux sentir l'esprit qui préside à leur création. Mais on touche parfois à d'étranges paradoxes.

Ce jeudi matin-là, j'étais seul dans la salle du MK2 Beaubourg pour assister à la projection du charmant film Un Bacio du réalisateur Ivan Cotroneo, inspiré par son propre roman du même titre. C'est troublant de se dire qu'on a le plaisir de rire et pleurer tout seul en jouissant d'une projection privée tout en constatant justement que sont privés de ce plaisir toutes les personnes qui ne s'y sont pas présentées.

Mais pourquoi donc ce film italien était-il annoncé au cinéma sous le titre anglais de One Kiss ? Pourquoi son titre original n'était-il pas conservé ? Ou à tout le moins le titre français : Un baiser. Quelle est l'utilité d'annoncer à Paris un film italien sous un titre anglais ?

À partir d'ici, si vous aimez les films juste pour connaître l'histoire, vous devriez peut-être arrêter de lire et chercher sur le Net comment commander le DVD. Les autres, qui comme moi aiment les films pour leur réalisation, leurs images, leurs sons, leur montage, le jeu des actrices et acteurs ainsi que tous ces détails qu'on veut ressentir, continueront leur lecture et commanderont ensuite le DVD.

On retrouve un jeune homme gai qui s'assume et fréquente le lycée fringué de façon flambloyante. Soumis aux brimades des intolérants, il s'échappe dans la musique dance et, dans son imagination fleurie, volètent des papillons multicolores pendant qu'il est acclamé par une foule en délire. L'œuvre est tout ce qu'il y a d'esthétique tout en restant des plus accessibles grâce à un dosage judicieux du réalisme magique.

Lorenzo, le protagoniste principal, forme avec Blu et Antonio un trio joyeux qui aime choquer la galerie. Fait rare, le garçon bénéficie de l'appui de ses parents adoptifs, qui l'ont choisi justement parce qu'ils promeuvent l'égalité et la diversité.

On touche encore une fois le paradoxe européen (ou le colonialisme états-unien) quand on constate que Lady Gaga est reine des chansons entendues, alors qu'on aurait pu en profiter pour faire valoir tant de belles pièces musicales italiennes (parce que je sais qu'il n'en manque pas, étant un auditeur de leurs radios) sans éliminer la reine du disco.

Le trio souffre du complexe cornélien comme il se doit : Blu (la fille reject) est intriguée par Lorenzo (le gai trop « voyant ») qui lui aime Antonio (le sportif à qui on ne reconnaît aucune autre qualité), ce dernier étant épris de Blu.

Le film vaut amplement le détour et serait un chef d'œuvre incomparable si on n'avait pas raté la fin. En effet, poussé par l'homophobie intériorisée, Antonio finit par tuer Lorenzo ne supportant pas son affection et souffrant du mépris que cela suscite dans son entourage sportif. Toutefois, une fin alternative nous est offerte : dans le rêve de Blu, Antonio dit tout simplement à Lorenzo qu'il n'est pas encore prêt, et le trio s'ébroue gaiement dans un cours d'eau.

On aurait dû inverser la fin et montrer que la conclusion attendue par la société (le meurtre de Lorenzo) est déroutée par la chute réelle où Antonio accepte la différence. C'était l'occasion idéale de montrer une finale heureuse, d'autant que Lorenzo était soutenu par ses parents. Sans être didactique, la conclusion aurait été toute naturelle pour ce trio magique.

Cela dit, Un Bacio, par la richesse de ses scènes, par la beauté des images, par la complexité des personnages, par la luxuriance du réalisme magique, par son montage habile tout en étant facile à suivre, est un plaisir cinématographique mémorable qui me hante heureusement depuis et dont les flashes m'assaillent encore de façon inattendue pour continuer à me réjouir.




16 juillet 2017


La vulgarité de la bourgeoisie


Le nouveau président français est un homme bien sous tous rapports : joli visage, bien mis, propre sur lui, cultivé, aimable et poli avec les dames, le gendre rêvé. Personne ne peut mettre en doute sa sincérité quand il dit qu'il ne doit rien à personne et qu'il fait ce en quoi il croit, même si son ton de voix dans ses déclarations publiques fait trop penser à un curé de petite paroisse.

Par ailleurs, ce n'est pas un hasard si les complaisants commentateurs et autres perroquets médiatiques parlent d'un nouveau logiciel politique à implanter chez les citoyenNEs. C'est bien de cela qu'il s'agit : sans aucun état d'âme remplacer le débat démocratique par la « rationalité » bourgeoise. Cette fameuse rationalité considère la planète comme un citron jamais à cours de jus et les salariéEs comme des marchandises moins importantes que les primes et les produits dérivés, et moins encore que les holdings, ces « personnes morales » auxquelles on donne tous les droits des personnes physiques, mais aucun des devoirs sinon strictement marchands.

Brel parlait de la « raison d'État qui a remplacé la raison » (dans Les Singes). Ici c'est la raison du profit qui a remplacé tout autre motif.

Cette conception mécaniciste de la pensée substitue à la nécessaire agonistique politique, totalement imprévisible parce que vivante et citoyenne, le ronron du logiciel bien rodé.

Le prince président ne peut pas se rendre compte qu'il est au service d'une caste, il est cette caste. Il ne peut pas se rendre compte qu'il est d'une brutalité ravageuse avec la population, ce n'est pas dans son logiciel. Il ne peut même pas l'apercevoir. Il a été programmé pour penser la start up nation et la précarité enthousiaste...

Cette arrogance de classe, totalement inconsciente de sa brutalité et de sa cruauté, est la véritable vulgarité, beaucoup plus vulgaire que toutes les travailleuses de la rue Saint-Denis, que chantait la Fréhel, que tous les apaches du Sébasto, que décrivait la Piaf, ou que les innombrables clodos qui hantent actuellement les rues, hagards et hébétés n'ayant plus assez de voix pour nous hurler dessus comme nous le méritons.




11 juillet 2017


L'incroyable brutalité de la bourgeoisie (2e partie)


Le macronisme est une grave maladie contagieuse. Elle provoque chez ses victimes des périodes de cécité, des pertes de mémoire et la disparition du jugement. Chez les proches dont le système immunitaire résiste, on a remarqué de fréquentes nausées.

Il faut voir la quasi unanime complaisance des médias (radio, télé, journaux), quand ce n'est pas l'active propagande, devant le nouveau régime à l'exception notable du Monde diplomatique et de L'Humanité. Quant à la pseudo-critique de Libération, plus concentrée sur les calembours que l'analyse, elle ressemble davantage aux remontrances amusées du père de famille devant les calembredaines de son fils préféré qu'à un examen sérieux menant au jugement mérité.

Quand la ministre du Travail, chargée de par ses fonctions de défendre et d'améliorer le Code du travail, se permet de déclarer publiquement que ledit code ne sert qu'à « embêter les entrepreneurs », on a une bonne idée du rôle que se donne le gouvernement : celui de faire bar ouvert pour la bourgeoisie en laissant la « chance » aux ouvrières et aux ouvriers de renifler les bouteilles vides.

Devant les trois principales mesures qui démoliront le Code du travail : 1. Facilitation des licenciements économiques ; 2. Transformation des CDI en « CDD de projet », c'est-à-dire la suppression de nombreux CDI et la généralistion des CDD ; 3. Référendums d'entreprises, qui permettront à des salariéEs localement sous pression de voter des conditions inférieures à celles de leur branche ; devant ces trois coups de bélier mécanique, les commentateurs et les médias décrivent les syndicats comme des empêcheurs de marchandiser et de libéraliser en rond.

Les interviews menées par la radio et la télé publiques sont thuriféraires quand il s'agit des représentants du nouveau gouvernement et agressives quand il s'agit de l'opposition qui critique, car il y a en plus cette fameuse « opposition constructive », belle invention bourgeoise, qui applique à la politique la technique de mise en marché de la fausse concurrence, comme lorsque GM a créé Pontiac pour donner l'illusion qu'il y avait compétition avec Chevrolet.

Tout va pour le mieux dans le meilleur des centres commerciaux !




7 juin 2017


L'incroyable brutalité de la bourgeoisie


Elle est là dans la police militarisée qui casse du manifestant autour des G7 et des G20. Elle est là dans ces haussements d'épaules nonchalants quand on explique que les hausses de frais de scolarité privent la société des diplômés universitaires de première génération. Elle est là dans l'incroyable paternalisme et l'imbuvable condescendance des parlementaires de droite (caquistes, libéraux et péquistes) à l'endroit de Gabriel Nadeau-Dubois qui fait son entrée à l'Assemblée nationale. Finalement, elle est là dans la monstrueuse « blague » du président français au sujet des kwassa-kwassa qui « ramènent du Comorien ». Horreur dont il ne s'est toujours pas, à ma connaissance, excusé.

Mais, c'est sa caste qui parle dans les mots du bourgeois. Il ne se rend même pas compte de son caractère odieux. Il ne peut pas s'imaginer ce que c'est que la souffrance et la misère. Quand on s'imagine que, pour se payer un costard, il suffit de travailler, c'est qu'on n'a aucune idée des réalités sociales dont on a toujours vécu protégé. On ne peut s'attendre de la part de la bourgeoisie ni à de la compréhension ni à de la compassion encore moins à de la justice. Seulement parfois la charité, car elle glorifie celui qui la pratique.




28 mai 2017


Brève réflexion anthropique


À la question, taraudante pour certainEs, de savoir comment il se fait que la très improbable vie humaine soit apparue dans l'Univers, l'une des réponses les plus intéressantes consiste à proposer le principe anthrophique. C'est-à-dire que nous nous posons cette question un petit peu trop tard puisque justement nous sommes là. Et si nous sommes là pour nous poser la question, c'est que justement cette improbabilité s'est donc réalisée. Rien n'interdit à une chose improbable d'advenir comme cela se produit quand un quidam, qui n'y connaît rien en matière de golf, réussit un trou d'un coup.

Toutefois, il convient d'ajouter que cette dite improbabilité est moins étonnante quand on réfléchit au fait qu'on ne sait pas combien il a fallu d'apparitions et de disparitions d'univers avant que ne se réalise l'avènement de l'homo sapiens. En effet, combien de centaines, de milliers, de millions et peut-être de milliards d'univers y a-t-il eu avant celui-ci ? Sans compter tous les univers parallèles. Posée ainsi, la question de l'improbable devient beaucoup plus probable.




8 mai 2017


Personne n'a fait barrage à Le Pen


J'avais estimé la victoire de la petite poupée préfabriquée, préformatée, merchandisée et livrée avec un répertoire de réponses toutes faites et capitalistiquement jovialistes à environ 60 contre 40. Cela laissait amplement la possibilité pour les camarades qui ne disposaient pas de Gravol (Nausicalm en France) ni de pince-nez de rester chez eux, même si je préférais de loin ceux qui votaient anti-Le Pen. Les résultats officiels étant de 66 contre 34, on pourra lire avec intérêt l'article de Frédéric Lordon De la prise d'otages, où il démonte le fascisme soft qui consiste à faire voter par injonction plutôt que par conviction. Les élections ne devraient-elles pas être le lieu par excellence de l'expression de sa conviction intime ? Ce délire qui consiste à aligner son vote selon une expectative alimentée par des médias et des sondages dénature totalement l'exercice et le transforme en prophétie autoréalisante.

Par ailleurs, un taux d'abstention de 25 % additionné à un taux de votes blancs et de votes nuls de 12 % en dit long sur l'attrait représenté par les deux chevaux dopés de cette dernière course. Le joli vendeur de voitures usagées a déclaré qu'il ferait tout pour « que les électeurs n'aient aucune raison de voter pour les extrêmes ». Cela n'est pas nécessairement rassurant parce qu'on ne sait pas ce qu'il empruntera à l'extrême droite pour lui couper l'herbe sous le pied. D'autant que les grandes déclarations à la « mon ennemi, c'est la finance » ont la valeur des promesses d'ivrogne.

Les Québécois se rappellent amèrement la promesse du chef Libéral Couillard qui jurait la main sur le cœur que son gouvernement n'aurait plus rien à voir avec le gouvernement précédent, celui de Jean Charest. Résultat des courses : non seulement poursuit-il les mêmes politiques, mais il le fait avec le même personnel.

La marche de Le Pen n'a été que ralentie, certainement pas freinée. En 15 ans, le score des fachos a plus que doublé et il y a tout lieu de se demander si, grâce aux quinquennats successifs de droite (Chirac, Sarkozy, puis Hollande), au lieu d'une Le Pen qui s'est normalisée, on n'a pas affaire à un normal qui s'est lepénisé. L'article de Julien Salingue sur le sujet mérite le détour.

Le seul mouvement vraiment en marche depuis 2002, c'est celui de Le Pen. La décomplexion des idées d'extrême droite, les « manifs pour tous », les milices du genre GUD n'ont pas subi de régression sous les différents régimes de droite qui se sont succédé. Et ce n'est certainement pas un ennième énarque convaincu que les riches le sont par vertu et les pauvres par vice qui changera la donne. Le travail extra-parlementaire et extra-médiatique qui attend les tenants de la démocratie républicaine est énorme, car l'hégémonie que le 1 % a construite est nauséabonde et violente (celle qui sort tout son arsenal militaro-policier lors des rencontres des G20) et alimente une contre-hégémonie (celle des fachos) tout aussi répressive, alors qu'à côté nait difficilement une autre contre-hégémonie écosocialiste et pacifique.




Premier mai 2017


Soupe nucléaire au menu


Saviez-vous qu'un dépotoir nucléaire sera installé en plein champ à quelques centaines de mètres à peine de la rivière des Outaouais ? Ces déchets proviendront entre autres du démantèlement de la centrale nucléaire de Chalk River et des activités du laboratoire qui y est installé. Le site pourrait couvrir jusqu'à 16 hectares et s'élever jusqu'à 15 mètres. Il s'agit de fabriquer une véritable montagne dont le fond et la superficie seront scellés.

Saviez-vous que si la neige ou l'eau de pluie s'infiltre dans ce dépotoir, l'eau de ruissellement se déversera dans la rivière qui elle-même rejoint le fleuve Saint-Laurent ? Saviez-vous que cela risque d'affecter l'eau potable de millions de personnes ?

Des groupes environnementaux, dont Sentinelle des rivières de l'Outaouais, l'ont appris et ont voulu en savoir davantage. Imaginez que tous les documents de consultation sur le sujet n'ont été produits qu'en anglais. Le gouvernement canadien a prétendu ne rien pouvoir faire parce que l'entreprise qui gère le site (Laboratoires nucléaires canadiens) est une entreprise privée, avant de se raviser, sous la pression des organismes environnementaux, pour exiger que les documents soient traduits.

La compagnie annonce bien fièrement que les eaux seront traitées. Mais comment arrivera-t-on à capter toute cette eau ? Les usines de traitement municipales sont-elles en mesure de traiter la contamination par radiation ? Pour tous les types d'isotopes ?

On nous annonce aussi que le contrat de gestion durera jusqu'à 2070, après quoi il n'y aura qu'une surveillance. Sous quelle forme ? Mais ces déchets seront dangereux pour encore des siècles !

Voilà à quoi mène le tout-à-l'économie ! À laisser au privé, qui gère à la petite semaine, des questions qui concernent l'avenir de nombreuses générations et à transformer sans nous le dire notre eau en soupe nucléaire.




24 avril 2017


Le triomphe du système, du marketing et de la novlangue


Le candidat de la droite néo-libérale est arrivé en tête au premier tour de la présidentielle française. Il ne fait aucun doute qu'il sera couronné au second tour.

Le représentant le plus associé au système économique, le partisan de la flexibilité du travail, le défenseur de la finance contre les travailleuses et les travailleurs, le plus féroce promoteur de l'ordo-libéralisme a obtenu le plus de suffrages. Personne n'est davantage l'enfant chéri du système que ce chouchou des médias, dont plusieurs commentateurs affichaient sans gêne, dès l'annonce des résultats, leur ravissement de le voir élu.

La grande gagnante de cette élection est la mouvance de droite, car si on additionne les votes d'En Marche, du Front National, des Républicains et de Dupont-Aignant, on obtient 70 %, ce qui est profondément désolant. Et si Brézet, l'éditorialiste du Figaro, parle aujourd'hui de « gâchis », c'est qu'il n'a pas compris (ou peut-être trop bien compris) que les partis de droite aristocratiques ont perdu l'appui d'une partie des masses droitières. Ces dernières s'engouffrent avec ferveur dans le sillage du petit caporal de la finance, lequel s'apprête à instaurer son empire.

Il a donc parfaitement raison de dire que les valeurs de la droite « n'ont jamais été aussi majoritaires dans les profondeurs du pays », tant il est vrai que l'idéologie n'est pas ce que l'on pense, mais ce qui pense pour nous. J'en veux pour preuve la réplique du futur nouveau Prince de l'Élysée au journaliste Ruffin dans un débat : « Je suis aussi libre que vous [...] Je ne sers personne. » Cette illusion de liberté, soigneusement entretenue par le consumérisme entre autres, surtout par l'arrivisme chez les plus fortunés, est typique de quiconque a adopté la voix du capital. On n'a pas besoin de servir quelqu'un en particulier quand on sert l'ordo-libéralisme.

Quant à la gauche, elle ne récolte en tout et pour tout qu'un peu moins de 28 %, et encore, il faut se demander ce que l'on peut compter de solide dans les voix du malheureux Parti Socialiste atteint de Blairisme avancé et dont nous assistons peut-être aux dernières convulsions.

Une autre preuve que le nouvel élu providentiel était le meilleur candidat du système est donnée par les réactions enthousiastes des diverses chancelleries à commencer par l'allemande qui se félicite de son nouveau toutou affectueux. De leur côté, les médias économiques n'en finissent plus de célébrer.

Ce triomphe est aussi le résultat du marketing efficace qui a été assuré dans la campagne du joli garçon aux phrases creuses, un phénomène que nous connaissons bien de ce côté-ci de l'Atlantique. Parler longtemps pour ne rien dire, faire de belles photos, se prononcer le moins possible, mais en définitive, quand il faut vraiment choisir, affirmer comme une évidence que c'est le capital qui prime sur les gens, mais pas en ces termes, car ils sont trop crus. Il suffit de « faire prévaloir l'économie », « favoriser la croissance », « renouveler les rapports sociaux », « rendre le travail plus souple et plus efficace », toutes charmantes expressions qui signifient la bastonnade pour les travailleuses et les travailleurs, et la pommade pour les capitalistes.

Et dans cette folle et joyeuse aventure du progrès d'En Marche vers le précipice, la novlangue fut d'un grand secours. Ne s'est-on pas d'abord prétendu socialiste le temps de faire voter une loi qui fragilise les protections des travailleuses et travailleurs, puis centriste, l'expression favorite des gens qui veulent faire semblant de ne pas être à droite, aidé en cela par un parti socialiste désorienté, et par des commentateurs qui parlent d'extrême-gauche quand il s'agit de désigner un mouvement à la défense des valeurs de gauche comme la justice sociale, le respect des êtres humains et de la nature qui nous fait vivre.

On a aussi prétendu que le pape des marcheurs était le seul rempart contre le fascisme marinien alors qu'il était clair d'après tous les sondages que n'importe qui face à Le Pen l'emporterait au deuxième tour. Et de s'autoproclamer anti-système quand on est la mascotte des grands groupes de presse comme des financiers, si ce n'est pas le championnat de la novlangue !

Le véritable gâchis est que la droite domine tout et que les électeurs ont désormais le choix entre Le Pen maintenant ou Le Pen dans cinq ans puisqu'il n'est pas douteux que le changement annoncé par le prince-président consistera à donner encore quelques tours de vis aux mesures néolibérales pratiquées par les deux précédents quinquennats de droite, notamment en faisant bar ouvert pour la grande entreprise, et à finir le boulot qui consiste à faire s'effondrer le socle des quelques mesures de solidarité sociale qui restent.




17 avril 2017


Laisser les enfants être


Depuis bon nombre d'années, on entend dire que les garçons ne sont pas bien à l'école et qu'elle n'est pas faite pour eux. Que ce lieu de reproduction des règles sociales ne serait pas approprié à leur nature et qu'on n'y tient pas compte de leurs tendances à se « coletailler », chamailler, aux jeux plus physiques.

À cet égard, l'argument souvent invoqué est qu'il faut « laisser les garçons être des garçons ». J'ai beaucoup de mal avec cette expression. Qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire ? Est-ce à dire qu'on ne laissera pas faire le garçon qui a envie de faire comme une fille ? Est-ce à dire qu'on ne laissera pas faire la fille qui a envie de faire comme un garçon ?

Je me rappelle un film de la fin des années 70 qui parlait de cette différence entre les garçons et filles et dans lequel un couple racontait qu'il était évident que les deux sexes n'avaient pas le même comportement étant enfants. Leur fille aimait beaucoup les poupées qu'on lui donnait alors que le garçon, « lui, c'est sûr, on l'a laissé être un garçon » et s'amuser avec des camions. On entend dans cet énoncé, qu'on n'a surtout pas donné la chance à la fille de faire comme son frère.

Dans le même film, une « spécialiste » expliquait que les filles et garçons ne faisaient pas les mêmes bruits dans leurs jeux, les garçons aimant imiter le bruit des camions et des autos. Je me rappelle pourtant que, tout petit, ma petite voisine était tout aussi bonne que n'importe qui pour imiter le bruit de mes autos et que j'étais aussi habile qu'elle à donner le biberon à ses poupées.

La semaine dernière, c'est un « spécialiste » d'aujourd'hui qui déclarait haut et fort que si l'on prend 1000 garçons de cinq ans, ils auront à peu près le même comportement plus physique et l'on « s'entend qu'à cet âge-là, la culture n'a eu aucune influence sur leur développement ».

J'ai sursauté. La culture n'a pas joué à cinq ans ? Mais d'où il sort, celui-là ? La génétique joue son rôle au moment de la rencontre des gamètes. Après, l'environnement prend le relais et influence l'expression de ces gènes dans des proportions variables liées à la force desdits gènes et au degré d'impact desdits événements et facteurs environnementaux.

Revient à ma mémoire cette anecdote arrivée il y a plus de 30 ans. J'étais chez mon père à une réunion familiale. Ma petite nièce de quatre ou cinq ans prend sa Barbie et me donne son Ken pour que nous jouions ensemble. Son personnage s'appelait Fleur de soleil et le mien Jean-Jacques. Elle lui demande : «Veux-tu être mon ami ? » « Bien sûr, répond le mien. » Elle demande ensuite : « Est-ce que tu es un prince ? » Mon personnage répond : « Non, je suis un ouvrier. » Fleur de soleil ajoute : « Ah, non, tu ne pourras pas être mon ami parce que, moi, je suis une princesse et je fréquente seulement des princes. » Et Jean-Jacques l'envoie paître sur les roses en des termes peu chevaleresques et qu'elle peut bien sécher toute seule.

Mon père et les autres personnes présentes se mettent à me sermonner sur le fait qu'on n'apprend pas aux enfants de pareils termes. Pourtant, la Fleur de soleil, elle, se ravise et dit : « C'est vrai, on peut être ami si on veut. C'est pas nécessaire d'être prince. » L'enfant avait compris la leçon beaucoup plus rapidement que les adultes, la culture étant moins bien imprégnée, mais ayant déjà fait une bonne partie de son œuvre.

Et j'ai donc dû expliquer aux adultes que, d'abord, ma nièce avait déjà entendu ces mots vulgaires en des occasions inopportunes. Que, parfois, il veut mieux dire rapidement ces choses déplaisantes pour remettre les gens malséants à leur place et qu'il ne fallait jamais laisser passer le mépris de classe. Ces dans ces moments-là qu'il faut les utiliser, jamais pour faire du mal, mais pour défendre des principes.

Qu'ensuite, j'étais déçu de la réaction de mon père qui nous avait pourtant appris qu'une prostituée avait autant de chances sinon plus qu'un curé d'aller au paradis (il était croyant) et que, si on était pauvres, il y en avait de plus pauvres que nous et qu'il ne fallait jamais taper sur la tête des plus pauvres, mais plutôt se tenir debout ensemble parce que les pauvres ne sont pas plus bêtes que les riches, justes moins chanceux.

Tout ça pour dire que ce n'était certainement pas dans sa nature que ma petite nièce, fille d'agriculteur et petite-fille d'ouvrier, avait pris l'idée qu'il fallait traiter les ouvriers de haut. Elle avait vu et entendu ça à la télé ou dans quelque conte de fées. Le mépris de classe n'est pas génétique même s'il est souvent héréditaire.

Alors, moi je veux bien qu'on se préoccupe de la réussite scolaire des garçons et de leur bien-être à l'école, mais j'aimerais qu'on le fasse avec de bons arguments. Pour l'instant, ce qu'on me soumet a toutes les caractéristiques de préjugés que l'on prétend naturaliser.




10 avril 2017


La maudite machine
(ou pourquoi Google n'est pas un bon moteur de recherche)


Évidemment, ce n'est pas la machine qui est maudite, c'est le cornichon bien masqué qui l'a conçue ou les chou-fleurs marinés qui se prosternent devant elle. Il reste qu'on agit un peu trop comme si nous étions au service de nos machines plutôt qu'elles au nôtre.

Il semble qu'on ne s'interroge pas souvent sur l'adéquation entre les outils que nous utilisons et les besoins qu'ils devraient combler. Je me rappelle il y a 25 ans avoir rencontré un vendeur de traductrices automatiques de l'anglais au français. Il écrivait une phrase en anglais, et la machine donnait les mots français équivalents dans le même ordre. Il ajoutait tout fier : « C'est facile, il reste juste à faire les accords. » Ignorant total des fins poursuivies, le malheureux concepteur n'avait pas compris que sa machine allongeait le travail de beaucoup parce qu'elle induisait des distorsions importantes en ne tenant compte ni de la syntaxe ni de la sémantique.

Les familiers de l'informatique connaissent l'expression courante employée à l'égard des utilisateurs qui pestent contre leur ordinateur : « Le problème se situe 45 centimètres devant l'écran. » C'est beaucoup plus vrai qu'on le pense, mais à l'autre bout de la chaîne des événements, et j'entends par là que ce n'est pas l'utilisateur souvent le défaut, mais le concepteur du programme qui s'imagine qu'on doit penser exactement comme lui en terme de petites boîtes carrées.

Tous mes poils se hérissent quand j'entends la réponse : « Le système informatique ne permet pas de le faire, donc on ne le fera pas. » Que diriez-vous d'un hôte chez qui vous avez apporté le gâteau et qui déclarerait : « On n'a pas de pelle à gâteau, donc on ne le mangera pas. » Quand on n'a pas l'outil spécifique, on en prend un autre ou on modifie ceux qu'on a. Je suis toujours renversé de la docilité fataliste avec laquelle on accepte des situations intolérables au prétexte que le système informatique a été mal conçu.

En témoigne la situation absurde qu'ont dû vivre des milliers de fonctionnaires de l'État fédéral avec le système de paye Phénix. Un bon nombre se sont endettés dans l'attente d'une correction qui ne venait pas, alors que l'employeur aurait dû être forcé de trouver une autre façon de payer le salaire. Quand le système ne fonctionne pas, on l'arrête et on en installe un autre. Certes le coût aurait été élevé pour l'employeur. Ce serait une bonne chose, car ce n'est pas aux victimes de payer pour l'incurie du payeur.

On a aussi tendance à être émerveillé par une innovation sans se demander si elle est vraiment plus efficace ou plus précise que la technologie précédente. On court au devant de déconvenues quand on adopte de nouveaux outils sans les avoir suffisamment testés. En voici trois illustrations.

Google arrive sur le marché, il devient une véritable coqueluche parce qu'il donne tout de suite les réponses les plus populaires. Ce fut pourtant un recul important pour les personnes qui cherchaient les réponses les plus justes et les plus exactes. Avec le moteur Alta Vista, par exemple (moteur disparu faute d'utilisateurs, qui m'a donc abandonné), il était possible de trouver une chaîne exacte de caractères, ce qui nous amenait sur le document voulu. Avec Google, même en usant des opérateurs, on passe d'abord par une panoplie de documents où se retrouvent en grand nombre les mots recherchés. Si l'un des mots que l'on cherche est rarement utilisé, le document qui l'emploie n'apparaîtra pas, car ce sont les documents qui emploient souvent les autres qui émergeront.

Au rendez-vous médical de l'an dernier, le médecin trouvait que ma tension artérielle était un peu haute. Suspectant l'effet bien connu de la blouse blanche (la vue du médecin fait souvent augmenter notre pression), il fit appel à une nouvelle technologie qui élimine ce biais : m'isoler dans une pièce avec une machine qui prend la tension cinq fois de suites à intervalles aléatoires. Les résultats furent catastrophiques, chaque mesure était plus élevée que la précédente. Me laisser tout seul avec un appareil que je ne contrôle pas m'avait placé en état de détresse. De retour chez moi, je me suis remis à prendre ma tension chaque jour. Elle était tout à fait normale.

C'est vrai que les pharmaceutiques et les marchands de toute sorte affirment désormais que les machines domestiques ne sont plus fiables.

Autre embêtement de taille : les banques, les entreprises financières, les assurances, les chevaliers de l'industrie du web comme Paypal, Google, etc. utilisent désormais des robots pour répondre à notre courrier. Résultat, on n'obtient jamais, au grand jamais, une réponse satisfaisante, et la plupart du temps des affirmations générales sans aucun rapport avec la question posée.

Bien sûr, les partisans des robots viendront me faire la leçon en me disant que les robots ne sont que des outils et que ce sont les hommes qui s'en servent qu'il faut blâmer plutôt que de devenir adversaire des robots. Comme si mon texte ne faisait pas précisément ceci : se plaindre de la bêtise des gens qui se soumettent à leurs outils plutôt que de bien les concevoir. Et d'abord, il faudrait bien comprendre que si j'étais un adversaire des robots, je commettrais exactement la même erreur que commettent les partisans des robots : considérer que les outils sont bons ou mauvais en soi, alors qu'il faut les analyser comme des moyens, adéquats ou pas, bien conçus ou non.

Certes, ce sont les humains qui sont trop bêtes en se soumettant à leurs outils, mais quand les autorités nous imposent leur quincaillerie, on peut bien pester contre leur maudite machine qui n'est alors qu'un « cadeau de Grec ».




2 avril 2017


Qu'importe la liqueur pourvu que le flacon soit joli


Pervertie la célèbre citation de Musset, pourtant assez perverse elle-même : « Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse. » La science réelle et l'expertise terrain s'effacent totalement devant la notoriété, désormais seule garante de probité et de compétence. J'en veux pour preuve le fait qu'une « personnalité » rayonnante de joie et de gentillesse, mais dont la culture est plutôt mince, soit devenue ministre du Patrimoine canadien.

Autre exemple : mais quel pays formidable que ce Québec où une série d'incultes peuvent successivement occuper le poste de ministre de l'Éducation ! La maladie est sans doute civilisationnelle et pas locale : ils n'en mouraient pas tous, mais tous étaient frappés. Briller dans un selfie fait foi de toute capacité.

Et voilà-t-il pas que le jovial ministre de l'Éducation du Québec fera appel à trois vedettes millionnaires pour remettre l'école québécoise sur les rails : un cuisinier, un adepte de la bonne forme physique et un architecte. Trois hommes, trois millionnaires, trois outsiders.

Mais attention ! nous prévient-on. Ce sont des entrepreneurs autonomes et très capables. On oublie qu'au moins deux d'entre eux ont bénéficié des largesses de l'État : le cuisinier a longtemps eu une émission de télé à Radio-Canada, ce qui lui a permis d'amasser les fonds nécessaires à lancer son entreprise. Le spécialiste de la bonne forme fait appel régulièrement aux contributions du public et a aussi bénéficié de subventions.

Mais ce n'est pas tout, ce sont des gens qui pensent en dehors du cadre. Je ne savais pas que le processus d'expansion classique de l'entreprise capitaliste (concentration horizontale pour occuper le plus d'espace possible et concentration verticale pour contrôler le profit à toutes les étapes de la production) était une preuve d'esprit innovant.

Et, cerise sur la gâteau, nos trois gais lurons ne seront pas rémunérés, on se contentera de payer leurs dépenses : matériel, déplacements, séjours un peu partout pour examiner ce qui se fait de mieux. Si vous promettez de défrayer le séjour et le transport, vous aurez des légions de pédagogues aguerris qui se feront un grand plaisir de travailler bénévolement. Depuis quand est-ce une grande preuve de générosité pour un millionnaire que de donner un peu de son temps ?

Les syndicats d'enseignants et les groupes communautaires ont plutôt mal réagi devant l'Annonciation de nos valeureux rédempteurs. Mal leur en prit, obnubilés par la « bonne volonté » et l'aura du succès individuel, les bonzes de la doxa économique ont traité les malheureux syndicalistes de pisse-vinaigre et d'empêcheurs de se réjouir en rond.

Il conviendrait par ailleurs de rappeler que la réussite individuelle n'existe pas. Si les entrepreneurs de quelque extraction qu'ils soient avaient à former leurs employéEs du début, avaient à payer pour la fabrication et l'entretien des infrastructures dont ils bénéficient (routes, canalisations, réseaux d'énergie, réseaux de communication, etc.), ils ne seraient jamais couronnés ni millionnaires.

Une telle opération glamour méprise les gens qui travaillent sur le terrain, qui connaissent de quoi il en retourne, qui ont déjà lu toutes les études sur les solutions trouvées ici et ailleurs, qui n'auront pas besoin de refaire un voyage en Scandinavie, et qui font des demandes d'amélioration précises et répétées depuis des décennies. On se rendra compte tout à coup qu'ils avaient raison parce qu'un pipole l'a dit. Ça me fait penser à ces fréquentes disputes entre conjoints quand l'un des deux essaient d'expliquer à l'autre le tort que lui fait tel aliment, et que cet autre s'illumine tout à coup, parfois après des années, quand la vedette du jour déclare la même chose dans les médias.

Mais, je suis un bilieux : écoutez plutôt et, surtout, regardez les joyeux minois dont les images fleurissent ; ils savent mieux que vous ce dont vous avez besoin.




26 mars 2017


Lettre ouverte à mes cousinEs et amiEs françaisES


Comprenez-vous quelque chose à ce que le discours hégémonique vous raconte ? On vous dit d'un côté que ce marasme (le néolibéralisme) dont vous voulez sortir est le seul mode de vie possible et de l'autre que, pour en sortir, il faut voter pour celui qui promet de n'y rien changer (Macron).

On vous dit d'un côté que tout est mieux que Le Pen, mais que si la gauche lui fait face au deuxième tour, c'est celle-là qui sera élue, donc que vous voterez pour Le Pen parce que vous ne la voulez pas au pouvoir ?

Doit-on comprendre que les gens qui veulent voter Macron juste pour faire barrage à Le Pen sont déjà prêts à voter Le Pen au deuxième tour juste pour faire barrage à Mélenchon ? Doit-on comprendre que tant de gens, devant l'alternative justice sociale ou exclusion, choisiront l'exclusion ?

Je dois avouer que je ne comprends pas ces prophètes de malheur qui vous implorent de renier votre cœur et votre tête au premier tour, qui vous incitent à réaliser leur scénario catastrophe pour pouvoir chanter après qu'ils vous l'avaient bien dit.

Devant la grisaille du même et de la soumission aux patrons, devant l'horreur de l'exclusion, vous avez un troisième choix : celui de renouveler votre République, de redonner la voix à la multitude, de faire le pari de la solidarité humaine contre celui de la guerre de tous contre chacun.

Ah, si j'étais français, comme j'enverrais valser les sondages, les chantres des prophéties autoréalisantes, les lustucrus, les marchands d'illusions individualistes, les maquignons qui vous vendent le vieux cheval boiteux libéral paré de couverture rose ou caparaçonné de brillants centristes, les crieurs de l'appel de la race, les escrocs qui se glorifient de leur gabegie pour « mieux vous sauver mon enfant » des mains crochues du croque-mitaine, les pères fouettards qui vous interdisent de regarder le temps qu'il fait, les désespérés qui vous attirent dans leur barque trouée pour vous entraîner dans leur noyade, les grands bourgeois qui veulent votre bien et finiront bien par l'avoir, les fortunés qui ne lèveront jamais le petit doigt pour défendre les opprimés, mais hurlent à la mort dès qu'on s'attaque à leurs privilèges, les commentateurs incapables de penser hors du cadre étroit de la machine à plus-value, qu'ils dégagent tous !

J'userais de cette chance unique de montrer mon insoumission !




20 mars 2017


L'art de la bonté


Vous connaissez sans doute le dicton selon lequel avec de bons sentiments, on fait de la mauvaise littérature. Il semble pourtant que cet adage souffre des exceptions, notamment dans le cas du cinéma. J'en veux pour nouvelle preuve le magnifique film Réparer les vivants de la réalisatrice Katell Quillévéré.

En lenteur et en douceur, ce long métrage se déroule en trois temps de durées asymétriques : le premier très court montre amour, amitié et bonheur de la jeunesse avant l'accident fatal ; le second nous fait vivre la douleur et les conséquences dudit accident ; le troisième est la rédemption, qui permet à une personne malade de revivre.

Le motif de la mer est hypnotique et revient nous hanter à point nommé. Les relations personnelles sont illustrées par ces petites touches simples qui nous ramènent à la beauté du quotidien, comme ces « mots des pauvres gens », que la chanson de Ferré semblait trouver dérisoires.

Je doutais que cette belle œuvre aboutisse sur nos écrans tant elle est faite de délicatesse, de beauté, de bonté et de simplicité, mais dotée d'un atout majeur, la magnétique présence d'Anne Dorval, elle a su trouver son chemin vers au moins deux salles montréalaises : le Quartier latin et le Beaubien.

En plus d'être un ravissement pour les yeux, les oreilles et le cœur, cette production constitue le meilleur outil de propagande pour le don d'organes. On pourrait utiliser cet argument pour le promouvoir, et ce ne serait pas mentir. On ne peut en dire autant de certains films qui souffrent gravement de la promotion qu'on leur fait. Je pense à l'esthétique Ceux qui font les révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau, qui a été à tort promu comme un retour sur le printemps Érable.

Je pense aussi au très sympathique Toni Erdmann, qu'on nous a vendu comme une farce pissante alors qu'il s'agit d'un feel good movie un peu à la façon de Bagdad Café, le côté magique en moins. Si on avait plutôt vanté ce long métrage comme la souriante comédie dramatique de la difficulté de communication entre un père et sa fille, comme la recherche de la connexion entre deux inadaptés, on aurait attiré le bon public friand d'anti-héros, qui serait venu en masse et n'aurait pas été déçu. Les distributeurs devraient se rendre compte que se faire passer pour autre que ce qu'on est ne rend pas service, d'autant que, ironie du sort, c'est un peu le thème majeur du film Toni Erdmann.

En tout cas, souhaitons un avenir radieux aux films de bonté, de beauté et d'humanité, où il n'est pas nécessaire de faire exploser des voitures.




12 mars 2017


On cherche de l'humanité, on trouve la brutalité


Le gouvernement Couillard du Parti libéral du Québec avait promis de changer par rapport au gouvernement Charest : plus de consultation, plus de sensibilité aux préoccupations sociales, plus de transparence... En fait, on a eu droit à encore plus de néolibéralisme, à la novlangue qui habille l'austérité du joli nom de rigueur, à des consultations bidons ou à l'absence de consultation. Quant à la transparence, s'il s'agit d'affirmer clairement qu'on favorise les affairistes au détriment de la population, on pourrait dire que c'est le cas, comme l'illustre la situation de cette municipalité gaspésienne qui a voulu protéger son eau potable : poursuivie par une entreprise d'exploration d'hydrocarbures, elle n'a reçu aucun appui du gouvernement qui s'est rangé du côté de l'industrie.

On a expérimenté l'absence totale d'empathie des deux médecins qui dirigent ce gouvernement comme une business : le ministre de la Santé et le Premier ministre. L'empathie est pourtant la qualité première recherchée chez un médecin. Ce n'est pas le cas du deumvirat qui centralise et « austérise » à tout-va.

L'affaire de la quasi-disparition de la circonscription de Sainte-Marie-Saint-Jacques est aussi symptomatique. La Commission de représentation électorale soumet d'abord un projet de modification des circonscriptions qui fusionnent deux circonscriptions libérales dans l'Île de Montréal. Les Libéraux en sont insatisfaits et demandent un nouveau découpage. La Commission revient avec une nouvelle proposition qui fait disparaître une circonscription représentée par Québec Solidaire, amalgamant ce quartier populaire avec le quartier huppé de Westmount. On imagine les belles moyennes socio-économiques, servant à mesurer les besoins en programmes sociaux et les subventions aux organismes communautaires, que cela aurait donné !

Il faut voir l'absence totale de sympathie et de compréhension du gouvernement. On affirmait qu'il faut respecter la Commission de représentation électorale. Beau respect ! Il s'applique seulement quand ça fait l'affaire du parti au pouvoir. Devant le tollé général et les arguments solides que les citoyenNEs du quartier ont soumis, la Commission est revenue à sa proposition initiale.

Et voici que Gabriel Nadeau-Dubois, ancien porte-parole de la CLASSE (Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante), pose sa candidature au poste de porte-parole de Québec Solidaire. Les Libéraux nous ressortent les cris d'orfraie qu'ils nous servaient en 2012 : « Il défie les lois ! Il ne condamne pas la violence ! »

Moi, j'aimerais bien soumettre à ce gouvernement une liste de violences à condamner : La violence des pétrolières et gazières qui peuvent exproprier quiconque réside sur un gisement d'hydrocarbures ; la violence des mesures antisociales qui restreignent l'accès à l'aide sociale et en réduisent les versements ; la violence de l'absence de contrôle des loyers qui jette les gens à la rue ; la violence de la centralisation à outrance qui déresponsabilise les intervenantEs en santé et en services sociaux ; la violence de la prétendue optimisation des services qui transforme les employéEs de l'État en machines à remplir des feuilles de temps, qui les place en compétition les unEs avec les autres, les accule à l'épuisement et à la dépression... et j'en passe.

Les membres de ce gouvernement font donc comme si ce n'était pas le gouvernement libéral qui avait été la source de la plus grande crise sociale des 40 dernières années. Ils reprennent l'antienne brutale qui trouve normale la violence policière et juge scandaleuse la contestation sociale. Où donc est ce changement que monsieur Couillard avait promis ? Quelle est donc la différence entre le gouvernement Couillard et le gouvernement Charest ?




5 mars 2017


Quand on n'apprend pas de ses erreurs


Dans le cadre des élections présidentielles françaises, les commentateurs politiques sont en train de répéter l'erreur qu'ils ont commise pour les élections états-uniennes. J'ai parlé de commentateurs, on me permettra d'utiliser le masculin, car la majorité des membres de ce que j'appellerai cette « confrérie » sont encore des hommes (blancs et privilégiés, pour faire bonne mesure). Je prendrai d'ailleurs Jean-François Kahn (JFK) comme représentant exemplaire de ces analystes qui, sous couvert de nous instruire, nous fourguent leurs biais idéologiques.

Comme les élections présidentielles se font à deux tours, tout le monde s'inquiète des deux candidatures qui se feront face dans le deuxième et décisif épisode. Et il semble bien que Marine Le Pen sera en tête au premier, donc il faut un champion capable de la défaire au second.

Et c'est là que les commentateurs, JFK en avant, y vont d'affirmations contradictoires en prétendant d'un côté que n'importe qui battra Le Pen et son parti fasciste à la deuxième manche, et de l'autre qu'il faut absolument choisir quelqu'un qui sera capable de lui faire face.

Comme le candidat de la droite dure, Fillon, a des difficultés de nature juridique et risque de devenir inéligible, on nous dit que la population aurait tout intérêt à se reporter sur quelqu'un qui se trouve au centre et qui pourra rallier autant la gauche que la droite. Or, ce quelqu'un, c'est Emmanuel Macron, ancien socialiste, probablement aussi socialiste que Sarkozy, et nouveau « ni à gauche ni à droite », donc partisan d'un discours supposément rassembleur et de mesures carrément posées à droite, par exemple augmentation du sécuritaire, peines minimales, exonération des charges sociales pour les heures supplémentaires, baisse des impôts pour les entreprises et « modernisation » de l'économie, ce qui rappellera aux Québécois les sinistres années Charest.

Et tout le monde, JFK en tête, fait comme si Hamon et Mélenchon n'existaient pas, comme si le seul choix devant le ras-le-bol du tout-à-l'économie, comme si le désir d'en finir avec l'establishment financier ne débouchait que sur une alternative : le fascisme ou le renforcement de l'establishment financier. Exactement, ce que les commentateurs annonçaient aux États-Unis : vous avez Trump un hurluberlu et, pour l'éviter, n'allez surtout pas favoriser Sanders le socialiste, non allez vers Clinton, la fille de l'establishment.

Croyez-vous que l'ouvrier moyen, qui n'a pas le temps de faire des analyses politiques fines et qui ne voit que les discours superficiels des candidats, commentés superficiellement par les « analystes », aura envie de voter pour un Macron, qui promet de renforcer le patron ? Il aura peut-être envie de voter pour une Le Pen, qui promet de « casser la baraque ». Pour moi, l'alternative existe pourtant entre les establishments de droite et de pseudo-gauche : le proto-fascisme et l'écosocialisme, Le Pen ou Mélenchon.

Mais les classes privilégiées, qui gouvernent, qui commentent, qui se rencontrent au restaurant Le Siècle, sont tellement incapables d'imaginer que les choses peuvent changer, en fait craignent plus que tout que les choses changent, instillent dans le cœur des citoyenNEs la plus grande désespérance en prétendant que pour sortir du même (Hollande=Sarkozy), il faut plus ou moins du même (Macron) ou plus du même (Fillon, Juppé ?). Cette désespérance peut se muer en ruade et en une méchante surprise au second tour si les ceusses d'en bas, fous de désespérance, se jettent dans la politique du pire ayant goûté à la pire politique, celle de la prétendue « indépassabilité » du néolibéralisme.




19 février 2017


« Le monde est creux, et j'ai touché le ciel »


Le prétexte servant à amorcer le billet d'aujourd'hui est un titre poétique tiré de la série originelle de Star Trek : « For the World is Hollow and I Have Touched the Sky ».

La première série aimait beaucoup jouer des métaphores et des allégories. Certes, il ne faut pas oubier qu'elle était toujours remplie de l'idéologie impérialiste, sexiste et capitaliste des États-Unis, très souvent inconsciemment. Il y aurait d'ailleurs beaucoup à redire sur l'éviscération du mot idéologie, de nos jours employé comme simple synonyme d'idée ou de conception.

Toutefois, l'allégorie à laquelle on réfère ici est parallèle à celle de la caverne de Platon tout en y ajoutant une couche technologique encore riche d'actualité. Vous verrez les fils se nouer si vous vous donnez la peine de me suivre.

Dans cet épisode de la troisième saison, l'équipage de l'Entreprise entre en contact avec un vaisseau spatial déguisé en astéroïde. Au milieu de ce corps céleste artificiel vit un petit peuple dont un immense ordinateur prend soin sous le couvert d'une déité. Depuis 10 000 ans, les habitants de Yonada, c'est le nom de leur monde, voyagent à travers la galaxie en direction d'une planète sélectionnée par leurs ancêtres pour y recréer leur monde détruit par l'explosion de leur soleil.

Ayant été si longtemps, de génération en génération, entretenus par une technologie qu'ils ne sont plus à même de comprendre, ils vénèrent les règles et ne posent pas de question sous peine de sanctions sévères. Un vieillard vient raconter aux officiers en visite qu'il a un jour grimpé sur les montagnes et a pu y toucher le ciel, soit la coque dans laquelle ils sont enfermés, découvrant ainsi le caractère factice de leur monde.

À peu de choses près, c'est la caverne de Platon : ce que l'on croit réel est une image de la réalité, il faut se retourner ou sortir pour s'en rendre compte. Et le fait d'avoir accès à une technologie avancée ne rend pas plus critique si on ne dispose pas d'une méthode critique.

Ce titre de la célèbre série m'est revenu en tête en repensant à un étrange chauffeur de taxi que j'avais rencontré il y a plusieurs semaines. Utilisant le GPS pour guider sont taxi et naviguant régulièrement sur Internet, il était tombé sur des sites proclamant que la terre est plate et en était quand même ressorti fermement convaincu. Il essayait fort de m'embrigader.

Paradoxe semblable à celui de l'épisode dont il est question ici : avoir à sa portée tant de technologies pour s'en trouver réduit à des croyances et règles simplistes.

Mettez un ingénu au milieu d'une bibliothèque, il ne lira peut-être que les contes de fées et sera incapable d'en décrypter la valeur symbolique, les prenant au premier degré. Mettez un électeur moyen devant Internet, il sera peut-être tenté de croire qu'un chef au toupet orange qui crie est mieux qu'un partisan de la justice sociale.

Certains découvrent par eux-mêmes l'esprit critique, la méthode scientifique, d'autres ont besoin d'être guidéEs. Dans tous les cas, la technologie ne suffit pas en elle-même. Il faut sortir de la caverne, « car le monde est creux, et j'ai touché le ciel ».




13 février 2017


Un film postmoderne ?


Le film Ceux qui font les révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau est remarquable pour sa musique, ses cadrages, sa photographie et la performance de ses actrices et acteur principaux.

Si son iconographie et son arrière-plan social réfèrent très clairement au Printemps Érable, son propos, son esthétique, son discours, sa conception même relèvent totalement de la fin des années soixante et du début des années soixante-dix. La structure et la composition nous renvoient à la création théâtrale collective dont on raffolait dans les cégeps pendant les années soixante-dix.

Qu'un tel objet culturel nous soit soumis actuellement n'est pas étonnant en soi tant il est vrai que le post-modernisme revisite avec délectation les années soixante tout en les dénudant de leurs oripeaux messianiques.

Là où le projet se dissocie de l'esthétique postmoderne, c'est dans le fait que l'œuvre semble justement proposer une conclusion morale dans la mesure où la finale désastreuse pour les protagonistes se pose comme un jugement du narrateur (où si on veut de l'instance génératrice du récit) sur la folie délirante qui les a menés à se couper du monde et à s'enfoncer dans une violence inutile.

Dans la composition cinématographique classique, les citations qui s'affichent pour inaugurer les différentes parties, représentent le jugement du narrateur sur les personnages et leurs actions. Ici, comme il est fréquent dans les procédés postmodernes, elles ne font au contraire qu'appuyer leurs convictions, à l'exception d'une seule qui évoque leur naïveté.

Les questions que l'on pourrait se poser sur la nature de leur projet sont relayées par des personnages très secondaires. Ainsi, pendant un flashback où les bouleversements du Printemps Érable font les frais de la conversation, la personne qui procède à l'épilation du personnage trans affirme que les militants mélangent tout, en ajoutant la séparation du Québec à leurs revendications sociales. Comme si l'indépendance était par essence une revendication de gauche. [On notera que cette revendication ne faisait pas partie des leitmotive du mouvement.]

La personne trans endosse pourtant cette confusion en répliquant « qu'ils veulent être eux-mêmes », accréditant ainsi un faux parallèle entre la fuidité de l'identité de genre et le nationalisme identitaire. Les références à Hubert Aquin, puis à Lionel Groulx, jusqu'à la présentation de leur figure historique par le biais d'images d'archives, achèvent d'exemplifier cette méprise qui recouvre d'une couche nationaliste les revendications sociales.

De la même façon, un journaliste dans un reportage qu'on entend, mais ne voit pas, réfère au groupe violent, qui se fait appeler Les Forces armées révolutionnaires du Québec, comme à un épigone du Front de libération du Québec.

En effet, la démarche des quatre protagonistes reprend directement cette pensée révolutionnaire datée selon laquelle une élite éclairée devait guider le peuple vers l'insurrection. Processus totalement différent de ce qui s'est produit en 2012, où des groupes se sont soulevés, après avoir réfléchi collectivement, et non à l'appel de leaders messianiques, non pas pour faire la révolution, mais pour réclamer justice.

L'illustration du caractère illusoire de cette démarche est donnée dès le début du film quand les quatre héros tragiques peignent en lettres rouges sur des panneaux publicitaires la phrase suivante : « Le peuple ne sait pas qu'il est malheureux; nous allons le lui apprendre ». Cet énoncé accentue le regard ironique de l'instance narratrice sur la déchéance prédestinée de nos quatre révolutionnaires.

Là encore, on est très loin de la rhétorique du Printemps Érable. Il était très clair pour les manifestants d'alors que le peuple avait une excellente connaissance de son malheur. Certaines composantes de ce peuple ne savaient peut-être pas toujours qu'il leur était possible de s'en sortir collectivement plutôt qu'individuellement.

Ce rapport fondamental à la rhétorique des années soixante et soixante-dix, ainsi que le recours aux citations de penseurs ayant servi de modèles à l'époque, s'accompagne d'un comportement de groupe dont les procédés, par exemple les séances d'autocritique et d'humiliation devant les autres menant jusqu'à l'auto-infliction de blessures, sortent tout droit des dérives de la révolution culturelle maoïste, ou en tout cas de l'imaginaire qui y est associé.

Certains détails de la mise en scène montrent une méconnaissance du contexte réel. Ainsi la violence et la brutalité pendant les assemblées générales sont à des années-lumières (j'ai failli écrire « à mille lieues », inspiré de ma rhétorique classique) de la culture démocratique des jeunes militantes et militants d'aujourd'hui qui respectent plus que tout les tours de parole et considèrent les éclats de voix comme des agressions.

Pour ce qu'elle donne à voir, sans préjuger des intentions des auteurs, car ce qui compte c'est bien l'objet livré, cette œuvre apparaît finalement morale et comme une critique de la croyance absurde en une élite éclairée pour soulever le peuple, ce qui mène fatalement à l'échec. Ce jugement s'applique aux cellules du FLQ et à d'autres cellules révolutionnaires comme en a vu dans les soixante et soixante-dix. Toute la construction filmique relève d'une esthétique de cette période (Jodorowsky s'y sentirait en terrain connu), plaquée sur un arrière-plan social récent.




6 février 2017


Cachez cet accent


Autre retour sur les Fêtes pendant que les commentateurs français se mettent à délirer en nous conseillant sans avoir l'air de le dire qu'il vaut mieux voter pour la droite dure (Fillon) ou la droite qui se prétend au centre (Macron) que pour la gauche, car les électeurs pourraient préférer l'extrême-droite à la vraie gauche. Vous me suivez ? Ce n'est pas obligatoire.

Dans une émission de télé appelée Le Quotidien, on recevait Arnaud Montebourg, qui était alors candidat à la primaire du Parti socialiste. Des questions sur ses positions politiques, sur son rapport aux autres candidats, mais tout à coup, une lourde parenthèse, tout un segment sur le fait que, lorsqu'il retourne dans son petit pays d'origine, quelque part en Bourgogne, il parle avec un accent différent.

On insistait sur les expressions qu'il employait en disant que c'était très différent des mots qu'il emploie à Paris, mais en fait c'est l'accent qui gênait, même si on ne le disait pas clairement. Que de temps perdu sur une niaiserie, alors qu'on aurait pu au contraire le féliciter de garder un rapport naturel avec les gens de son pays et de ne pas y faire semblant qu'il est devenu un autre.

L'une des premières choses que les linguistes comprennent, c'est que les gens n'entendent jamais leur propre accent. C'est pourquoi les élites médiatiques et culturelles prétendent toujours que ce sont les autres qui en ont un.

Mais il y a quelque chose de plus triste et de plus sournois derrière cette insistance des petits animateurs de télé à reprocher à leurs invités de ne pas avoir le même accent qu'eux. C'est souvent une façon de se dédouaner de leur propre accent d'origine, car ils sont souvent eux-mêmes issus de pays où l'on n'a pas l'accent standardisé. Ils ont dû apprendre à imiter cet accent et en sont si fiers qu'ils pointent le moindre écart des autres. C'est donc leur propre honte qu'ils exhibent en se gaussant avec une pédanterie déplacée d'une différence enrichissante.

Même dans un essai politique, au détour d'une phrase, j'ai trouvé la saillie suivante : « C'est ce qu'explique, avec son accent méridional... » Je m'arrête là sur la citation. Je ne nomme pas l'auteur. J'attire juste l'attention sur le fait que cette remarque n'a absolument rien à voir avec le propos et que, nulle part dans l'essai de près de 200 pages, il n'est question de linguistique. Donc la remarque est parfaitement inutile, sauf pour qui a besoin de se distancer d'un accent qui n'est pas le sien.

Au Québec, on a fini par se décomplexer de cette manie et même les élites médiatiques n'essaient plus d'imiter l'accent radio-canadien, qui a longtemps servi d'instrument de mesure. On cherchait à imiter l'accent de Henri Bergeron, plus tard celui de Pierre Nadeau, enfin celui de Bernard Derome, mais personne n'a succédé puisqu'on n'y attache plus d'importance, à tel point qu'il n'y a plus vraiment de modèle.

Mais à Paris même, les gens ne se rendent pas compte qu'il s'y trouve plusieurs accents et qu'entre petits animateurs on s'y prend différemment pour imiter l'accent standardisé. Deux tout petits exemples entre tant : De plus en plus de gens prononcent un è très ouvert lorsqu'ils disent merci. On croirait presque entendre le rugissant marci de Gerry Boulet. D'autres, très nombreux aussi, diphtonguent légèrement le è de cher ou de Inter, de telle façon qu'on entend souvent France Intayr.

Ne pas savoir que tout le monde a un accent, ce n'est pas étonnant. Après tout, l'ignorance est la chose du monde la plus répandue. Mais pointer les accents différents du sien, comme on pointait autrefois les couleurs différentes de la sienne, cela ne devrait plus être un réflexe. C'est ce qui commence à arriver parce que le quidam et la commerçante moyenne ne sursautent pas devant les accents différents du leur. Ce ne sont que les petites élites médiatiques qui retardent.




28 janvier 2017


Cultiver son Jardin


Entre Noël et le Jour de l'An, j'ai eu l'occasion de voir et d'entendre Alexandre Jardin, candidat « indépendant » à la présidentielle française. Le malheureux écrivain si disert lorsqu'il s'agit de raconter ses histoires n'arrivait pas à aligner trois phrases cohérentes sur des sujets politiques, domaine dont il ignore visiblement tout, ne s'y connaissant pas davantage en économie et encore moins en questions sociales.

Il vient de découvrir le mot co-construction, qu'il utilise au détour de chaque syntagme tout en ayant une très vague idée du concept que le vocable recouvre. Prétendant redonner sa voix au peuple, à « ceux d'en-bas », il promeut en fait le pouvoir des artisans et des petits commerçants. Il n'y a dans sa vision étriquée dix-huitiémiste de la structure sociale aucune place pour les ouvrières et les ouvriers, nulle idée concernant les travailleuses et travailleurs pauvres et absence totale de solution pour les exclus du système capitaliste, qui dorment dans la rue tous les jours.

Comme tous ceux qui se targuent de n'être ni à droite ni à gauche, il collectionne les idées disparates et propose une société droitisante où chacun est vu comme un entrepreneur. Sa France épicière ressemble au mieux à un poujadisme renaissant, au pire au corporatisme triomphant qui a fait la honte du Portugal sous Salazar. Dans tous les cas, une pareille société subsiste avec des bottes et des triques, favorise le capitalisme local, mais le capitalisme quand même, et ne dédaigne pas l'international quand il fait l'affaire des bons gérants, lesquels acceptent toujours les « offres qu'on ne peut refuser ».

Ce serait risible si un tel égaré ne faisait pas perdre du temps d'antenne, en plus des votes de gauche qui peuvent s'engouffrer (comme au temps de Poujade) dans ce miroir aux alouettes. Libéral comme lui, Voltaire savait tout de même qu'il faut cultiver son Jardin, ce qui, à l'évidence dans le cas de ce dernier, reste à faire.




20 janvier 2017


Le médecin productif


Connaissez-vous beaucoup de monde qui se vante d'avoir un médecin productif ? Avez-vous un cousin, une voisine, une camarade de travail, une connaissance qui soit fière d'annoncer : « Moi, mon médecin voit 70 patients dans la journée ! » « Mieux, le mien ne consacre que trois minutes à chaque personne ! »

L'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS) a publié le 17 janvier 2017 un rapport dans lequel il suggère que les médecins deviennent des salariés, ce qui serait beaucoup moins coûteux pour le système de santé québécois tout en permettant à ces professionnels de gagner un revenu confortable équivalent à quatre fois le salaire moyen des autres travailleuses et travailleurs.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, a balayé cette proposition du revers de la main au motif que « le salariat nuit à la productivité ». C'est plus qu'un argument, c'est un programme ! S'il faut l'en croire, on devrait revenir au XIXe siècle et pratiquer la rémunération aux pièces dans tous les secteurs.

Or, on ne peut pas dire qu'historiquement la rémunération aux pièces ait produit plus et mieux que la rémunération salariée. Si même Henry Ford, qui était tout sauf socialiste, avait compris cela, on peut croire que ce serait à la portée de notre Ministre.

Je me rappelle quand mon père était mécanicien de machine à coudre dans une manufacture de gants de travail. Les couseuses étaient rémunérées aux pièces, et le paternel n'avait de cesse de faire pression sur le comité paritaire (les employées n'étaient évidemment pas syndiquées) pour qu'on passe au salariat. Il avait pour preuves du défaut de la rémunération à la quantité produite : le nombre de bris de machines (ce qui retardait l'entretien qu'il devait consacrer à celles qui tournaient normalement), la quantité importante d'imparfaits qu'il fallait liquider et l'atmosphère délétère de compétition et de suspicion qui était entretenue entre les travailleuses.

Le passage de la rémunération aux pièces à la rémunération salariale a permis d'apaiser le climat de travail, de pratiquer l'équité et d'assurer une certaine forme de normalisation de la production en réduisant de manière draconienne les bris et les imparfaits.

Maintenant qu'on a fait le sort qu'elle mérite à la rémunération aux pièces, demandons-nous ce que peut bien signifier la productivité d'un médecin ? S'agit-il du médecin de la fable qui déclare tout le monde malade et prescrit des pilules à tout va ? Celui-là rend heureux les patients, contents qu'on ait trouvé un nom à leurs maux et que le remède existe. Ravit les pharmaciens dont les ventes explosent et soulage les hôpitaux de leur congestion puisqu'il suffit de se médicamenter pour se soigner.

Mais le médecin soucieux de soigner le mal à sa source et préoccupé de prévention a d'abord et avant tout besoin de temps pour entrer en relation avec son patient, faire preuve d'empathie (ce qui est la moitié de la guérison) et faire enquête sur les causes réelles du mal. Ce médecin-là ne partage sans doute pas la même conception de la productivité que le ministre Libéral.




18 décembre 2016


Dictature de l'image


Entendu sur les ondes de la radio publique, quelque chose comme « Heureusement qu'il y a des photos de ce personnage du XIXe siècle, sinon il ne resterait rien de lui. » Il s'agissait d'un personnage qui a agi, écrit, participé à la vie de sa communauté.

Il a fallu que je me pince pour me rendre compte que je ne rêvais pas. Donc, si on n'a pas de photo d'une personne qui a eu des interactions avec son entourage, c'est comme si elle n'existait pas. Les musulmans seront enchantés d'apprendre qu'il ne reste rien du prophète puisqu'on n'en a aucune photo, pas même un portrait dessiné. Les philosophes devraient oublier Diogène, dont nous n'avons aucun film. Et je ne suis pas bien certain qu'Archimède ait découvert quoi que ce soit, lui qui n'a pas eu la présence d'esprit d'afficher ses formules sur Instagram.

Il faut dire que c'est bien ce qu'ont cru réussir les successeurs de Maatkarê Hatchepsout en effaçant ses images et en rayant son nom des temples. Toutefois, il y a des inscriptions à son nom qui ont finalement été mises au jour. Alors, même sans image, on peut exister.

Que ce soit les journalistes, les documentaristes et autres archivistes, on a tendance à privilégier les images et à donner beaucoup plus de place à ce qui est illustré qu'à ce qui ne l'est pas, d'où parfois des distorsions historiques importantes. On ne sait pas à quoi ressemblera l'Histoire des siècles à venir, mais elle risque de passer sous silence (une expression qui date de l'époque où l'auditif avait préséance sur le visuel) nombre d'actions et nombre d'agents non filmés, non photographiés.

Pendant des siècles, les auditifs ont exercé une sorte de dictature sur les visuels, le summum de l'intelligence étant considéré comme l'intelligence abstraite. L'expression « Est-ce qu'il te faut un dessin ? » servait à stigmatiser les esprits plus concrets et à les traiter d'idiots. Aujourd'hui, c'est « Tu n'a pas d'illustration ? » qui sert à insulter l'esprit abstrait et à le traiter d'inadapté social.

Remplacer une dictature par une autre n'est pas la meilleure idée et il serait avisé de faire cohabiter les esprits abstraits, concrets, synesthétiques, kinesthétiques, tactiles, etc. Il y a plusieurs façons de comprendre le monde. Certaines personnes attachent une grande valeur à l'olfaction, la plus ancienne et la plus immédiate forme de contact avec l'environnement et avec les autres êtres. D'autres au sens du toucher, grâce auquel elles apprennent énormément sur la santé, la solidité, l'énergie (chaleur, froid, électricité).

Au lieu de ne privilégier qu'un seul sens, on devrait enseigner à touTEs l'apport précieux de chacun d'entre eux et on devrait s'exercer à voir avec des sons, entendre avec des images, goûter avec les mains, décrire avec des odeurs, connaître grâce au goût, tout ça pour savoir qu'on survit non seulement avec des photos, non seulement avec des textes, mais aussi avec des histoires orales, qu'on peut encore se raconter comme on l'a fait depuis Homère et même avec des mèmes (au sens fort et originel), ces traits culturels qui sont passés de génération en génération. Ce n'est pas seulement à cause de sa photo qu'on peut trouver Hatchepsout belle.

Là-dessus, je vous annonce que vous ne me « reverrez » pas avant au moins un bon mois. Vacances des Fêtes le permettant.




11 décembre 2016


La lutte contre la radicalisation


En 1971, le chanteur Adamo a enregistré une chanson rigolote sur l'histoire d'un pompiste de village délaissé par les belles dames parce qu'elles empruntent désormais l'autoroute éloignée de sa station service. La chanson s'intitulait justement Les Belles Dames. La finale est plutôt radicale, car le pompiste a trouvé un moyen de ramener les belles près de lui :

« Et les belles dames qui passaient par ma rue autrefois
Oui les belles dames danseront autour d'un grand feu de joie
Car je m'en vais faire sauter l'autoroute
Oui je le ferai coûte que coûte. »

Avec les critères actuels de la radicalisation, monsieur Adamo risquerait-il de se faire arrêter et sa chanson interdite de manière préventive pour incitation à la destruction des infrastructures routières ?

On a l'air de s'amuser comme ça, mais quand on entend les publicités sur la véritable chasse aux sorcières qui s'organise, quand on entend les experts conseiller les parents, il y a de quoi frémir. On nous dit : « Si votre fille ou votre fils a changé, si ses intérêts ne sont plus les mêmes, si elle ou il ne fréquente plus les mêmes cercles, si elle ou il rejette les principes qui étaient les siens, etc. N'hésitez pas à nous en faire part. »

Ça ressemble carrément à la promotion de la délation, au McCarthisme et à l'ostracisme, sinon la pénalisation, de toute pensée divergente. Tout ce qu'on dit aujourd'hui de ces personnes qui « se radicalisent », on le disait autrefois des communistes, des beatniks, puis des hippies et, plus récemment, des militants environnementalistes. Tout ce qui se dit contre les supposés « radicalisés » dont il faut tant se méfier peut aussi se dire des personnes qui se révoltent contre les excès de l'autorité et se disait il y a peu des militants des droits sociaux que certains ont stigmatisés dans la crainte des « carrés rouges ».

Pierre Bourgault passait pour un radical. Fallait-il le rééduquer ? Michel Chartrand passait pour un radical. Il s'est d'ailleurs fait arrêter sans raison en octobre 1970. Quand quelqu'un change ses habitudes, c'est parfois pour le mieux. Quand quelqu'un conteste l'ordre établi, c'est souvent pour réclamer plus de justice. Quand quelqu'un rejette les principes du capitalisme, c'est un signe de bonne santé. Qui tracera la ligne des bons et des mauvais radicaux ? Les gouvernants actuels ? Couillard, Trump ? ou à venir ? Fillon ? Le Pen ?

La lutte contre la radicalisation telle qu'elle s'instaure s'annonce comme une véritable aubaine pour les intolérants de toutes sortes envers le militantisme social, qu'il soit environnemental, syndical ou politique.




5 décembre 2016


La souveraineté est à gauche


Avec Spinoza, et Frédéric Lordon à sa suite, on définira la souveraineté comme ce pouvoir qui émerge de la collectivité, du groupe humain, lequel se donne une cohérence, nationale souvent mais pas toujours ni uniquement. C'est ce que Spinoza a appelé l'imperium dans un quasi hapax, qui a souvent été traduit par « souveraineté » et que Lordon préfère appeler de son nom latin.

La souveraineté vient nécessairement du peuple et devrait être exercée par le peuple, donc elle est par définition de gauche. Quand elle est capturée, pour reprendre une expression de Lordon, par un individu (monarque ou dictateur), un groupe (oligarchie) ou une structure plus ou moins démocratique (gouvernements, élections indirectes, gouvernance technocratique), il s'agit au mieux d'une délégation, au pire d'une usurpation.

Quand on entend dire, par certains ténors pressés de transférer la domination économique d'une bourgeoisie qu'ils n'aiment pas à une autre qu'ils préfèrent, que la souveraineté n'est ni à gauche ni à droite, mais par en avant, on comprend bien qu'ils se fichent de la souveraineté populaire, ils veulent la capturer pour l'exercer à leurs fins.

Quand on entend certains prétendre qu'il suffit de rapatrier tous les pouvoirs entre les mains des gouvernants et qu'on continuera ensuite les débats entre gauche et droite, on comprend bien que le statu quo social leur convient parfaitement et qu'ils n'ont pas du tout envie que le peuple exerce lui-même sa souveraineté.

Reconnaître que le peuple est souverain, c'est affirmer que la souveraineté est à gauche parce que lui seul devrait l'exercer. Et s'il la délègue parfois, il peut la retirer en tout temps.




28 novembre 2016


De la pertinence de l'axe gauche-droite


Il est de bon ton, quand on se veut au-dessus de la mêlée, de prétendre que l'axe gauche-droite est dépassé, qu'il n'a plus de signification, qu'une personne sensée et juste favorise des mesures qui sont à droite et d'autres qui sont à gauche.

Il faut dire que le sens des mots est fort malmené par toutes les personnes qui ont intérêt à maintenir la confusion sans compter celles qui ne savent pas de quoi elles parlent.

On doit aussi constater que l'hégémonie culturelle actuelle, la superstructure idéologique qui domine nos façons de penser et de percevoir a énergiquement déplacé la moyenne vers la droite de sorte que certains, qui pratiquent des politiques de droite, continuent à se prétendre de gauche.

Il reste pourtant une façon très simple de distinguer la gauche de la droite : la gauche est pour le progrès social, la droite est pour la progression individuelle. Quand on utilise ce filtre, on retrouve la cohérence des comportements et on est mieux en mesure de pointer la faiblesse des discours.

Par exemple, quand on se dit socialiste et qu'on prêche partout qu'il faut encourager la compétitivité, on est de droite et l'on prône des mesures de droite, on se trompe juste d'étiquette.

Autre élément qui contribue souvent à la confusion : à la droite dure et à l'extrême droite, on pose souvent les mêmes questions qu'à gauche. On prétend le faire au nom de la population à droite, mais on le fait en réalité au nom d'un ordre moral ou d'une liberté abstraite qui favorise les mieux nantis. C'est pourquoi les réponses à ces mêmes questions diffèrent grandement même si on essaie de les habiller de même parure.

Exemple frappant : la question du revenu minimum garanti prônée autant par la droite économique que par la gauche vraiment socialisante. Si le quidam ne s'y retrouve pas devant une proposition mise en avant par des groupes qui se déclarent opposés, il aura tendance à confondre les deux. Pourtant, si on y regarde de plus près, à gauche on parle d'une dotation universelle, qui doit être suffisante et inconditionnelle. À droite, ce revenu est un minimum avec lequel on doit se débrouiller peu importe notre situation et il n'est surtout pas suffisant (il doit inciter à travailler) ni inconditionnel (il faut remplir certaines conditions) : progrès social d'un côté, progression individuelle de l'autre.

Autre exemple : quand on entend des artisans du film Votez Bougon (le film qui reprend la série télé du même nom) déclarer que cela correspond au ras-le-bol contre l'establishment qui a porté Trump au pouvoir aux États-Unis, on se désole que tout le monde applaudisse sans se rendre compte que Trump, tout en étant un outsider de l'establishment bureaucratique du parti Républicain, est le fier représentant de l'establishment économique, le grand chevalier de l'industrie, le plus pur produit de l'idéologie individualiste états-unienne et en cela parfaitement conforme à la droite dure dans l'axe gauche-droite.

Quand on se prétend de l'extrême centre, c'est qu'on n'ose pas se dire à droite ou parce qu'on n'a pas les outils d'analyse pour s'y retrouver. L'illusion du centrisme ne fait que déplacer le centre à droite et l'évolution contemporaine de l'échiquier politique dans nos pays développés ne cesse de le démontrer. À quoi a conduit le blairisme en Grande-Bretagne sinon à faire le lit des gouvernements conservateurs qui lui ont succédé ? À quoi a servi le centrisme du parti Démocrate aux États-Unis sinon à permettre à un milliardaire qui se fout du peuple comme d'une guigne de se faire élire en prétendant parler en son nom ? À quoi a servi le libéralisme des socialistes en France sinon à paver la voie à des arrivistes comme Valls et Macron et à donner des ailes aux courants les plus durs de la droite comme Fillon et Le Pen ?

L'axe droite-gauche est plus pertinent que jamais, mais pour en rendre compte il faut savoir que nous ne sommes plus très nombreux à gauche et que le travail sera long et exigeant. Avec le bon Gramsci, il faudra rappeler que si l'on est pessimiste avec l'intelligence, on peut rester optimiste et déterminé avec la volonté.




14 novembre 2016


Se moquer des pauvres


Il y a quelque chose de proprement scandaleux à entendre les représentants du Parti libéral du Québec (PLQ) annoncer qu'ils feront de la lutte contre les inégalités une priorité. Est-ce du cynisme ? Est-ce de l'ironie ? Peut-être tout simplement un pas de plus dans l'utilisation de la novlangue.

Il faut dire que depuis l'arrivée de Philippe Couillard au poste de Premier ministre, le gouvernement québécois a pratiqué sans relâche l'austérité en la revêtant du sobre vocable de « rigueur ».

Le PLQ a formé le gouvernement de façon quasi ininterrompue depuis 2003 et n'a jamais appliqué la loi contre la pauvreté et l'exclusion sociale votée par l'Assemblée nationale en 2002. Le gouvernement libéral a refusé d'indexer le financement des organismes communautaires alors que la loi prévoit justement qu'il faut soutenir ces organismes. Surtout le gouvernement a favorisé le financement par projet, donc non récurrent, plutôt que le financement à la mission.

Le gouvernement libéral a créé des inégalités en inventant la taxe santé en 2010, une taxe régressive puisqu'elle est à montant fixe peu importe le revenu. Maintenant, il se pose en champion en proposant enfin de l'abolir.

La loi contre la pauvreté et l'exclusion sociale prévoit qu'on renforce le filet de sécurité sociale. En accablant le secteur de la santé, en confiant les projets de rénovation d'hôpitaux au secteur privé, en centralisant les organismes de santé, en déshabillant les Centres locaux de services communautaires de toutes leurs attributions, en favorisant les interventions privées dans la prestation de services de santé, en favorisant une approche mécanique de la gestion du temps en santé (méthode Lean ou toyotisme), en se délestant de ses responsabilités sociales et de santé, le gouvernement a surchargé les organismes communautaires, acculé les employéEs de la santé et des services sociaux au burn-out et a provoqué un affaiblissement marqué du filet de sécurité sociale et économique.

Le comble : ce gouvernement vient tout juste (10 novembre 2016) de voter une loi scélérate qui permettra de réduire la prestation d'aide sociale à 399 $ par mois, ce avec quoi absolument personne ne peut payer le moindre loyer, pour toute personne qui refuserait de suivre les programmes d'intégration à l'emploi décidés par le gouvernement. Tout cela en cassant allègrement du sucre sur le dos de ces « vilains profiteurs » que sont les prestataires d'aide sociale.

Pourtant la loi de 2002 stipule clairement à son article 6 que le premier but de la stratégie nationale de lutte à la pauvreté est de : « promouvoir le respect et la protection de la dignité des personnes en situation de pauvreté et lutter contre les préjugés à leur égard ».

Pendant ce temps, la part des contributions en impôts provenant des entreprises est passée de 38 % en 1964 à 14 % en 2013. Inversement, celle des particuliers est passée de 62 % à 86 %. Aucune amélioration de ce rapport n'est annoncée.

Ce sont ces mêmes libéraux qui prétendent aujourd'hui lutter contre les inégalités. Doit-on comprendre qu'ils veulent les aggraver ?




7 novembre 2016


Une entreprise qui saigne ?


Autrefois, il y avait le crime de lèse-majesté. Par ce commode concept, les monarques pouvaient faire taire, arrêter, emprisonner, châtier, exécuter toute personne qui les embêtait aussi futile pût être le prétexte, car « tel est notre bon plaisir » pouvait signer un souverain d'Europe ou l'on apprenait à ses dépens que, comme le veut l'adage anglais The Queen can do no wrong, c'est-à-dire que « la reine ne fait jamais le mal ».

Aujourd'hui, bien que le principe ne soit pas enchâssé dans les chartes, la notion qui lui succède pourra certainement s'appeler le crime de lèse-entreprise. Les sociétés anonymes ne se privent jamais de poursuivre pour des sommes faramineuses le péquin qui ose nuire à leur réputation en posant des questions sur leurs activités (c'est ce qu'on désigne sous le nom de poursuites-bâillons). Ce ne sont plus les États qui dictent leur conduite aux entreprises, mais ces dernières qui les obligent à garantir des profits, comme on l'apprend dans les accords de libre-échange, au risque de coûteux procès pour pertes de revenus non pas réels, mais supputés.

Les compagnies se targuent de bénéficier de la liberté d'expression et de toutes sortes de droits relevant de la personne humaine, sans en avoir pourtant les obligations, sous prétexte qu'elles sont des personnes morales. Mais a-t-on déjà vu une entreprise qui saigne ?

On a appris tout récemment qu'une société a obtenu un jugement de cour obligeant une chercheuse à révéler les sources dont elle s'est pourtant engagée à préserver la confidentialité par son protocole d'éthique de recherche. En effet, la recherche portait sur la cohésion sociale d'un groupe affecté par la présence d'un parc d'éoliennes, ce qui a malheureusement meurtri le « bon plaisir » des promoteurs.

Ni l'éthique, ni la liberté de presse, ni la liberté d'expression des personnes humaines, ni la santé ni la sécurité des populations, ni la protection de l'environnement, ni la survie des espèces menacées, ni l'équité de traitement entre personnes humaines, ni le respect des droits des travailleuses et des travailleurs, non plus rien ne peut se dresser contre la main vengeresse marchande dont la seule obsession est le profit aux dépens de la justice la plus élémentaire.

On ne saurait revendiquer la peine de mort pour aucune personne, mais lorsqu'il s'agit de ces iniques personnes morales, on voudrait bien en exécuter quelques-unes pour en transférer les avoirs à leurs employéEs ou à la société en général. On a envie de reprendre ce proverbe texan : « Je croirai que les compagnies sont des personnes quand on en passera une à la chaise électrique. »




29 octobre 2016


L'hégémonie marchande


L'hégémonie culturelle au sens où l'entendait Gramsci est ce qui faisait en sorte par exemple que, sous le régime Duplessiste, les années de la grande noirceur québécoise, il était impossible de mettre en doute la vertu des congrégations religieuses parce que tout le monde, politiques, médias, administration, enseignants, etc. tenait pour acquis qu'elles étaient vertueuses. On sait aujourd'hui ce qu'il en était.

La liberté de commerce a servi de prétexte à l'interdiction des syndicats au XIXe siècle. C'est pourquoi des travailleuses et travailleurs ont souffert, été mis en prison, pendus, fusillés, et j'en passe.

Cette même liberté de commerce est à la base du fameux traité que signeront dans la joie, l'allégresse, sans aucune honte, les plus hauts représentants du Canada et de l'Europe. Il fallait voir et entendre cette semaine les lectrices et lecteurs de nouvelles, les chroniqueurs et même les journalistes de nos télé et radio publiques, dont la mission est pourtant de bien informer la population et non de l'intoxiquer, piaffer d'impatience devant les « vilains » résistants gaulois qu'étaient devenus les parlementaires wallons.

Pis encore, il fallait voir et entendre hier (vendredi 28 octobre 2016) les lectrices et lecteurs de nouvelles, les chroniqueurs et même les journalistes de nos télé et radio publiques, dont la mission est pourtant de bien informer la population et non de l'intoxiquer, soupirer d'aise, annoncer la voix tout enjouée et le regard épanoui qu'enfin on irait de l'avant maintenant que la résistance avait été réduite.

Cette liberté de commerce qui prévoit la libre circulation des capitaux et des biens, mais préseve les restrictions sévères envers les faciès peu recommandables, cette liberté de commerce qui assure la concurrence du privé dans la délivrance de services publics, alors qu'il a été montré, entre autres, par les exemples malheureux du Royaume-Uni (pour ne pas citer le désastreux exemple du Centre hospitalier universitaire de Montréal, en voie de réalisation en partenariat public-privé), qu'il y est beaucoup moins efficace et beaucoup plus coûteux, cette liberté de commerce qui garantit aux transnationales un droit de regard sur les lois d'ordre public, faisant passer le profit avant la protection de l'environnement, avant la justice sociale, alors que la population n'a même pas son mot à dire, cette liberté de commerce profondément antidémocratique qui a été concoctée en secret dans des officines lointaines sans aucune consultation des populations concernées, en tout cas de ce côté-ci de l'Atlantique, cette liberté de commerce qui ne souffre aucune critique, pas le moindre doute, pas la plus insignifiante remise en question, fait aujourd'hui figure d'hégémonie culturelle férocement défendue par tout ce qui détient un poste officiel de notre belle société.




23 octobre 2016


Les fraudeurs, rouage essentiel du système financier


Si on avait demandé à mon père comment il appellerait des gens qui prennent des renseignements sur lui à son insu et qui le font ensuite payer pour recevoir, surveiller et protéger ces données, il aurait probablement répondu : des malfaiteurs et des rançonneurs.

Aujourd'hui, il encourrait des poursuites pour affirmer pareille chose. En effet, il est parfaitement légal de prendre des renseignements sur vous auprès d'entreprises de crédit et de les protéger moyennant rémunération. C'est ce que font entre autres des agences comme Équifax et TransUnion.

Ces compagnies n'auraient pas de raison d'exister s'il n'y avait pas de fraudeurs pour subtiliser vos données et se créer des comptes à votre nom auprès des émetteurs de carte de crédit.

De plus en plus de gens reçoivent des appels et des lettres de la part d'agences de recouvrement pour des faux comptes de crédit inscrits à leur nom. Quand ces personnes veulent rectifier la situation puisqu'elles n'ont pas à payer pour des transactions frauduleuses, la réponse préférée des agences de recouvrement est la suivante : « Faites corriger vos données de crédit auprès d'Équifax et de TransUnion. »

Il est possible que ces personnes ne veuillent pas faire affaire avec des agences de protection de crédit. Elles se retournent alors vers la banque dont l'agence de recouvrement prétend qu'elle a émis une carte de crédit pour elles. La première réponse que fait la banque après avoir vérifié que vous n'avez pas de carte de crédit chez elles est, devinez, la suivante : « Faites corriger vos données de crédit auprès d'Équifax et de TransUnion. »

Les banques et les agences de recouvrement font la promotion active des agences de protection de crédit, qui, elles, n'existent que parce qu'il y a de la fraude. Autrement dit, les fraudeurs permettent à ces agences de justifier leur existence et aux autres rouages de promouvoir lesdites agences.




16 octobre 2016


Nos petites éternités


Je ne sais trop qui, je ne sais trop comment, quelqu'un m'a mis au courant par Facebook du récital que donnerait l'auteur-compositeur-interprète Jofroi à Montréal, jeudi soir dernier. Au bon cœur d'une contribution volontaire, nous étions une trentaine à profiter de la prestation intimiste du chanteur dans le cadre agréable d'une ancienne chapelle utilisée comme salle à manger ou salle de spectacle par une résidence de retraite.

Le bonheur d'entendre des chansons à texte, accompagnées simplement à la guitare ! J'inscris ici son site (jofroi.com)), mais je vous préviens : ses vidéos ne rendent pas justice à sa grande présence sur scène, ni à sa voix qui y est beaucoup plus souple et chaleureuse (certains accents font penser à Maxime Leforestier) ni à ses liens très habiles entre chaque pièce où l'humour le dispute à la saine réflexion.

Au début du spectacle, je vois une personne sortir sa tablette et se mettre à filmer. Je réprimais à grand peine mes grognements. Je trouve tellement indécent cette façon de capturer le présent pour le vider de sa substance et en faire du passé pour le futur, surtout sans la permission d'un artiste. Mais, comme si la spectatrice avait lu dans mes pensées, elle s'arrêta net quelques secondes plus tard.

Dans l'une des premières chansons interprétées (La pâte à gaufres), deux vers me marquent et me suggèrent le titre de ce billet :

« À propos de gaufres, ça me fait penser à l’éternité
À cette odeur chaude et cette impression de légèreté ».

Les gaufres réconfortantes me suivent depuis.

Un plaisir simple, riche toutefois, partagé par un groupe intime est une petite éternité aussi ample et aussi satisfaisante que les grandes mécaniques dont les stades s'enflamment. Il ne s'agit pas ici d'établir une hiérarchie. Ces intenses moments de frisson où le fan vibre avec des milliers d'autres à l'unisson avec la star adulée sont aussi de magiques petites éternités, toujours meilleures au fin fond de notre cervelle, peut-être même déformées par la nostalgie ou la bonne disposition particulière que d'autres n'avaient pas, mais où en tout cas personne ne peut les maltraiter comme on peut le faire d'un souvenir physique, objets qui se brisent ou sont dénigrés par les rabat-joie.

Non, il n'y a pas de hiérarchie, seulement le mérite d'autant de considération à la chaleur de l'intimité qu'au clinquant ou au m'as-tu-vu. Dans juste cinq milliards d'années, le soleil explosera, puis balayera tout de la terre sur laquelle nous dansons nos petits ballets. Rien n'est inscrit pour toujours dans les registres à souvenirs, ni dans le marbre, ni dans les Iphone. Notre éternité, elle est en nous. Plutôt que de la négliger, il est si vivifiant, chaleureux, de se constituer, tout en profitant du présent, cette réserve de petites éternités ineffables en communiant à la générosité artistique de bardes qui, comme le disait le poète Saint-Denys Garneau, « agissent vers la beauté », sans omettre cette autre beauté qu'est la justice sociale.

Enfin, certains comme Dylan ont le prix Nobel de littérature, d'autres comme Félix ne l'ont pas eu, mais tous comme Jofroi nous offrent de ces « petites éternités ».




11 octobre 2016


Où les routes nous mènent


À la fin de mon billet dernier, mes lectrices et lecteurs recevaient congé jusqu'à la fin de l'été. Cet été fut même prolongé de trois semaines puisqu'il y a bien vingt jours que l'automne s'est présenté. Voilà ce qui arrive quand, la retraite venue, on ne se sent plus l'obligation du face à face homme-écran. Les routes du libéré du travail sont tortueuses, elles serpentent à plaisir et paressent à leur gré.

C'est une excursion dans la colorée campagne québécoise qui me ramène au fil du clavier. Réflexions devant la triste campagne présidentielle française où risquent de s'affronter un pleutre esclave du capitalisme et un escroc chevalier du même capitalisme, la sinistre campagne présidentielle états-unienne où se déchirent un fou furieux et une docile servante du consumérisme, puis l'anecdotique feuilleton politique québécois où chacun essaie d'inventer la roue que d'autres font tourner depuis longtemps, de quoi se sentir las des sentiers prévisibles qui bifurquent toujours pour éviter les surplombs et nous entraînent toujours plus bas dans les fondrières.

Ce fut décidé, nous irions contempler les chatoyants paysages automnaux en direction de l'abbaye bénédictine qui domine le charmant lac Memphrémagog. Nous nous y approvisionnerions de gourmandises paradoxalement préparées par des serviteurs d'un dieu qui condamne pourtant l'abandon sensuel à la bonne chère au point d'en faire un péché capital : fromages, cidre et autres délices de pomme ont rempli notre besace.

Sur la route des bons pères, on avait l'impression d'entrer dans un kaléidoscope rougeoyant. Un peu partout des tapisseries flamboyantes servaient de décor à notre trajet, certains arbres avaient l'air de torches éclairant une allée triomphale alors que des bosquets primesautiers nous offraient un véritable camaïeu du rouge le plus saturé jusqu'au jaune le plus clair.

Ce plaisir immense que nos panoramas offrent aux touristes, pourquoi faut-il que la signalisation québécoise le gâche en transformant les excursions en énigmes labyrinthiques ? Laissons de côté le colossal et chaotique chantier que sont devenues nos voies de circulation pour nous attarder à la façon dont les renseignements sont fournis sur les panneaux routiers. À moins de savoir déjà quel est le chemin à prendre, la signalétique routière n'est d'aucune utilité sinon une nuisance.

Alors qu'en Europe, au sortir d'une ville, on trouve les directions des autres grandes villes de sorte qu'on puisse bien s'orienter, ici on n'aperçoit que les noms des petites villes voisines. Vous sortez du pont Jacques-Cartier, car l'entrée sur la route 25 Sud vous a été interdite et votre direction est Magog, donc la direction générale de Sherbrooke. Mais, que voyez-vous devant la fourche où vous devez choisir ? D'un côté, on vous annonce le boulevard Taschereau et de l'autre Laprairie. Comme si, sur le périphérique parisien, on vous offrait le choix entre l'avenue Jean-Jaurès de Pantin et Pontoise.

Quand vous rentrez de l'Estrie par l'autoroute 10 et que vous voulez rejoindre le tunnel Louis-Hippolyte-Lafontaine pour atteindre l'est de la ville de Montréal, on vous indique de prendre l'autoroute 30 puis l'autoroute 25 Nord. Le problème, c'est qu'une fois sur l'autoroute 30, on ne vous annonce plus l'autoroute 25 Nord, mais seulement l'autoroute 20 Ouest. Alors, à moins de savoir que la dernière nous amène à la première, vous continuerez tout droit vers Sorel et raterez Montréal. Il faut le faire !

La signalisation québécoise semble avoir été faite par des marguilliers locaux plus soucieux de bien baliser leur propre échoppe que d'orienter le voyageur. Vous me direz : « Ce n'est plus nécessaire maintenant, la signalisation, il y a le GPS ». Il y aurait long à « renoter » là-dessus, comme disait mon vieux, surtout quand on voit les trajets farfelus que la parlote électronique nous serine.

Mais terminons tout de même en insistant sur la beauté ardente des forêts estriennes en ce bel octobre.




17 juillet 2016


Le délire individualiste


Les grands chantres de l’individualisme se livrent à des contorsions logiques bien compliquées et surtout fort négatives. D’abord, ils cèdent à l’illusion de leur individualité irréfragable comme si ce résultat d’une quantité innombrable d’interrelations avec l’environnement (ce qui inclut tous les liens sociaux) était transcendant et autogénéré. Ensuite, ils posent en a-priori des questions comme : « Que faire pour ne pas brimer l’individu ? »

Il faudrait bien savoir ce que signifie brimer l’individu et, d’abord, d’où vient-il qu’il faille absolument se préoccuper de ne pas brimer l’individu ? Et si la question était mal posée ? Si le but était d’assurer une justice sociale qui garantisse l’épanouissement des individus ? Ainsi posée, la question devient positive et s’oriente vers une coopération des individus plutôt que dans la lutte de chacunE contre chacunE. Ensuite, il est important de reconnaître qu’il existe des liens en dehors de ce que la volonté de chacunE exprime.

Même au niveau le plus simple, quand on forme un couple, il se forme une troisième unité en plus des deux individus. Deux individus qui forment un couple ne marchent pas ensemble de la même façon que deux individus qui marchent individuellement. Même la façon d’acheter son épicerie change, ce qui permet de distinguer deux colocs de deux amants. C’est une relation qui se surajoute sans même qu’il soit nécessaire d’y penser.

Le délire individualiste relève d’une inguérissable simplesse. On peut essayer de la camoufler sous une logorrhée sophistique, on réussira tout au plus à l’escamoter, certainement pas à la guérir. En effet, l’individualisme actuel est d’une telle absurdité qu’il est facile de le démolir par les arguments les plus simples. Arguments qui semblent pourtant avoir échappé aux plus grands philosophes comme le rappelle Jacques Généreux dans son magnifique essai La Dissociété, où il explique qu’il n’y a pas d’individu comme catégorie autonome donnée d’avance : l’être humain naît, est élevé et est façonné par le social qui lui préexiste aussi ténu soit ce tissu. On sait le sort des enfants abandonnés en forêt. Ce qui m’amène à formuler cette vérité d’une simplicité désarmante : on naît dans la dépendance absolue, on croît dans la plus grande dépendance, puis on murit dans l’interdépendance. Finalement, on décline dans une dépendance plus ou moins grande selon les cas.

Je frémis quand je lis des incongruités comme « il y a des individus qui n’ont pas besoin des autres pour se nourrir ». Ces individus très riches sont au contraire ceux qui ont le plus besoin des autres puisqu’ils ne savent rien faire par eux-mêmes et ils sont la preuve la plus éclatante qu’ils dépendent de la société et que cette société fonctionne, car tout le monde accepte de jouer le jeu en consentant à une certaine hiérarchie et en reconnaissant une valeur à certains moyens de paiement, valeur qui est uniquement conventionnelle. Il suffit que le jeu soit annulé pour des raisons de grave crise économique ou par révolution politique pour que les moyens de paiement n’aient plus aucune valeur. Le millionnaire tout seul sur son île avec sa valise de billets ou son téléphone portable qui contient le relevé bancaire n’a aucun moyen de se faire servir par qui que ce soit et ne peut manger ni ses billets ni son portable, comme le fait justement remarquer un proverbe amérindien.

À cet individualiste effréné qui prétend ne rien devoir à personne, j’ai une proposition à faire : va-t’en au plus profond des bois tout nu et reviens-m’en vêtu et tout propre sans l’aide de personne. Après, on en reparlera.

Nous devons tout à tout le monde. Nous mangeons parce que les boulangères et les boulangers acceptent de se lever pour faire notre pain. Et monsieur Weston est millionnaire parce que madame Panet de la rue Panet achète son pain. C’est lui qui lui doit sa fortune à elle et non l’inverse.

Quant à l’individu parfaitement autonome, j’attends qu’il me revienne du bois sans piqûre de moustiques avec son bel habit neuf parce c’est bien ça qu’il me propose : il prétend qu’il peut tout faire tout seul et que, si on refuse de le servir, il se passera de nous.

Bon, je vous donne congé de billet pour le reste de l’été à moins qu’une urgence se présente.




27 juin 2016


La beauté du vieux


Poursuivant ma série de réflexions sur les maux des mots, il en est un qu’il convient de réhabiliter, me semble-t-il, c’est le terme vieux.

Dès qu’une chose est vieille, on pense « usée, finie, bonne à jeter ».

Pourtant, on apprécie qu’un fromage soit vieux, qu’un vin vieillisse, qu’une sculpture acquière de la patine, qu’une pièce de monnaie soit très ancienne... pourquoi donc n’acceptons-nous pas comme humains de devenir vieux ?

Il serait fort mal venu de m’accuser ici d’opportunisme puisque j’avance en âge, car j’avais dix-neuf ans lorsque j’ai écrit la première fois que le culte de la jeunesse était une erreur. Et j’en profite pour affirmer aujourd’hui que le culte de la vieillesse est une tout aussi grande erreur.

Il n’y a heureusement pas que du divertissement futile à notre radio publique, aussi j’ai pris grand plaisir à écouter l’émission La nature selon Boucar samedi matin à 11 h et à la réécouter en reprise le dimanche après-midi à 16 h, où il était question des arbres et surtout des vieux arbres. En effet, n’est-on pas fier qu’un arbre soit vieux ? N’admire-t-on pas sa ténacité et la marque des ans sur son corps ?

Il faut dire que Boucar Diouf, étant d’origine africaine, il a un peu plus de facilité que ses concitoyens québécois à apprécier la vieillesse, d’autant plus facile peut-être qu’il est encore jeune et pourra changer d’avis s’il trouve le vieillissement difficile.

Vieillir, c’est aussi se donner la chance de cueillir un peu de sagesse en chemin si on en prend la peine, si on a l’heur d’ouvrir son cœur et son esprit, ce qui n’est hélas pas le cas de tout le monde. J’ai déjà écrit ailleurs que je suis plus disposé à pardonner aux jeunes fous qu’aux vieux fous. En effet, les jeunes fous ont encore la chance de s’amender alors que les vieux fous auraient dû tirer les leçons de la vie quand ils en avaient l’occasion.

Qu’on ne se méprenne pas, contester l’ordre établi, les à priori et les injustices constitue bien de la sagesse et non de la folie.

C’est vrai que la jeunesse offre fraîcheur et vigueur, c’est vrai qu’il y a des attraits particuliers à la nouveauté. Mais, c’est vrai aussi que ce qui est vieux peut avoir de la valeur, que la patience et le bonheur de prendre son temps sont les armes de la vieillesse. Et pour tourner à ma façon un vers d’une chanson de Paul Piché (Cochez oui, cochez non), « j’ai l’intention d’être vieux longtemps ».




21 juin 2016


Ces mots qu’on twiste


« Je twisterais les mots s’il fallait les twister pour qu’un jour les enfants sachent qui vous étiez. » Jean Ferrat, Nuit et brouillard. Dans cette belle chanson, dite engagée, Ferrat parle du rythme sur lequel mettre ses chansons pour atteindre le public.

Mais il est un sens du mot twister, c’est-à-dire « tordre étirer », qui amène à vider le vocable de toute la substance qu’il emportait avec lui. Ainsi en France on a des socialistes qui sont néolibéraux et, avec une étiquette sociale, travaillent pour le bonheur du commerce.

Au Québec, le Parti libéral a cette appellation depuis la fin du dix-neuvième siècle, où les libéraux étaient des gens ouverts sur le monde s’opposant aux conservateurs, puis plus tard aux unionistes, tous gens portés sur la tradition catholique.

Or, à la fin des années quatre-vingt-dix, le Parti libéral du Québec, qui se cherche un chef, va faire appel à l’ancien chef des conservateurs de l’état fédéral. Ainsi, il s’assure de se trouver à droite du Parti québécois, lui-même devenu très à droite et néolibéral depuis qu’il a élu à sa tête un ancien ministre conservateur fédéral en la personne de Lucien Bouchard.

Tout en continuant à s’appeler libéraux, les dirigeants de ce parti deviennent de plus en plus conservateurs jusqu’à la crise sociale de deux mille douze, poétiquement baptisée par la population comme « printemps érable ».

Mais chassés du pouvoir pendant environ dix-huit mois, ils y reviennent en avril deux mille quatorze avec toujours le même programme de privatisation et de transformation de l’État social en état pourvoyeur d’opportunités commerciales.

On a donc comme parti conservateur un parti qui s’appelle libéral alors que plusieurs membres de Québec solidaire, un parti de gauche, hésitent fortement à se définir comme socialistes tant le mot fait peur en Amérique. Et dire que les socialistes français sont devenus des néolibéraux. Si c’est pas twister le vocabulaire !

Je m’en voudrais de terminer mon billet sans vous souhaiter une excellente Journée internationale de la lenteur. Faut-il se dépêcher de ralentir ?




13 juin 2016


Ces mots qui font peur


Dans une émission de télé qui mêle variétés et discussions sociopolitiques, j’ai entendu un animateur demander à une invitée qui proposait des mesures de justice sociale : « Mais, seriez-vous gauchiste ? » Et toute la conversation a dérapé déplaçant ainsi l’attention qui devait porter sur la recherche de justice vers l’opprobre d’appartenir à la vilaine catégorie des gauchistes.

La crainte des mots, le maquillage des réalités jette le discrédit sur ce qui est bon. À croire qu’il faudrait faire comme ces restaurateurs québécois qui nous servent du cabillaud alors qu’on serait tout aussi heureux de manger de la morue puisqu’il s’agit du même poisson.

Cela me fait penser à toutes ces femmes qui, aujourd’hui, prennent mille précautions oratoires pour préciser qu’elles ne sont pas féministes même si elles revendiquent l’égalité pour les femmes. C’est pourtant être féministe que de revendiquer l’égalité réelle et systémique. Pourquoi ce mot serait-il mal venu ?

Si on vous demande : « À qui appartiennent la terre et les océans ? » et que vous répondez : « À toute l’humanité. » Vous venez de découvrir que vous êtes communiste et vous devriez vous en réjouir plutôt que de vous en désoler parce que vous constatez qu’il s’agit de la simple justice.




23 mai 2016


Le pari de la lenteur


J’écoutais une émission scientifique à la radio publique récemment, où un savant nous expliquait que l’érosion causée par les chutes Niagara les ferait reculer dans le lac Érié, c’est-à-dire qu’il n’y aurait alors plus de chutes à voir, dans 50 000 ans.

A-t-on idée à l’échelle cosmique de combien 50 000 ans est court ? C’est très peu quand on sait que la terre a peut-être cinq milliards d’années. C’est surtout une occasion de réfléchir au fait que le monde tel qu’on le connaît est loin d’être éternel, qu’il varie sans cesse. Et même à l’échelle humaine, le paysage tel qu’il est façonné par nous évolue constamment. Si on devait l’extirper des années trente du vingtième siècle, quel quidam reconnaîtrait l’allure de Montréal ?

Et nous sommes là à nous agiter en croyant que le moindre de nos gestes sera marquant, que la moindre de nos décisions a valeur pérenne. Et si, justement, nous attachions tant d’importance à nos choix quotidiens, ne prendrions-nous pas plus de temps pour les calculer ? De quotidiens ne pourraient-ils pas devenir hebdomadaires ou mensuels, ou moins fréquents encore ?

La lecture de l’essai Hâte-toi lentement de Lamberto Maffei (traduit de l’italien Elogio della lentezza) ne peut que me conforter dans ce pari de la lenteur que nos gadgets électroniques bousculent sans cesse. Après la nourriture lente, ces aimables Italiens nous offrent la pensée lente.

Certes, vous me direz que cette gageure est plus facile à tenir quand on a la chance comme moi d’être à la retraite. Vous arguerez aussi avec raison que nos gadgets électroniques nous rendent des services inestimables. Il ne s’agit pas de les abandonner, mais bien de les domestiquer, car pour l’instant, c’est eux qui nous dirigent.

Si on doit répondre aux courriels à son travail, qui nous oblige à consulter notre courrier personnel plus d’une fois par jour ? Qui nous oblige à réagir à chaque sonnerie, bip ou autre signal ? La plupart des offres d’emploi pressantes peuvent attendre qu’on les écoute à la boîte vocale, qu’on les lise sur messagerie et qu’on se donne une heure ou deux, sinon davantage, de réflexion.

Il existe, dans le transport des objets qui nous sont utiles, la technique du « voyage du paresseux », que mon père me recommandait souvent. Il s’agit de prendre le plus de choses possibles à chaque tour pour réduire le nombre de pas. Or, j’ai toujours contesté cette technique parce qu’elle favorise les accidents, les blessures et les bris.

Par exemple elle ne s’applique pas au transport de la vaisselle ou de la verrerie. Elle ne peut non plus être employée pour le déplacement des classeurs remplis, car elle cause la torsion du métal ou, pis encore, la confusion totale des documents qui se mélangent. Or, le but d’un classeur, c’est d’avoir du matériel classé, pas de devoir tout reclasser. Le transport d’un tiroir à la fois est plus sage même si c’est plus long.

Lorsque mon conjoint et moi avons emménagé dans notre nouveau logement l’an dernier, nous avions 125 cartons à sortir de notre camion pour les monter au troisième étage. Plutôt que de courir sous le soleil de plomb et de nous déshydrater en conséquence, nous avons décidé de monter chacun son tour un carton pendant que l’autre faisait une pause en bas à surveiller le stock. Entre chaque tour, nous marquions bien un temps d’arrêt pour passer le relais.

Résultat : le lendemain quand les déménageurs sont venus pour livrer les gros meubles et les quarante autres cartons qui restaient, nous, petits vieux, étions encore en forme et capables de les aider à monter les cartons, car après l’effort de quelques montées avec de gros meubles, les vigoureux jeunes hommes étaient déjà essouflés, cassés. L’endurance est plus importante que la force.

N’est-ce pas ce que nous souhaitons, durer ? Vivre longtemps ? Ça demande de mesurer son pas. S’il y a des romantiques à la James Dean qui préfèrent mourir jeunes, demandez à tous ceux qui ont eu la chance de vieillir (j’exclue ici bien sûr les personnes qui sont très mal en point à cause d’accident ou de maladie graves) s’ils n’apprécient pas de respirer l’air du mois de mai, d’entendre siffler les merles et de prendre un rosé à l’apéro, car comme le disait Albert Cossery dans le magnifique film Hôtel La Louisiane, « C’est toujours magnifique d’être en vie ! »

Maffei, dans son essai, est très sévère. Il y écrit : « On arriverait au paradoxe suivant : la globalisation, but ultime de la civilisation, pourrait produire une régression du cerveau. »

Il y a un temps pour la vitesse et un temps pour la lenteur ; on dirait juste qu’aujourd’hui certainEs ne voient plus ce deuxième temps.




24 avril 2016


Le roi...


Les prétendants au trône du roi de l’ineptie se bousculent en des théories innombrables, et il n’est pas un jour sans que ne s’ajoutent à la liste quelques nouveaux champions.

Certains sont autoproclamés. C’est ce qu’illustre avec brio l’excellent film de fiction Made in France du réalisateur Nicolas Boukhrief dans lequel on retrouve des jeunes souffrant de divers maux embrigadés par un as désireux de voir les autres se faire immoler pour le Djihad alors que ni lui ni ses sbires ne comprennent le premier mot de l’islam ni ne connaissent le coran. On y présente ces personnes comme de pauvres types, qui auraient tout aussi bien pu s’enrôler dans des brigades néonazies si le contexte l’avait permis, la bêtise acceptant de s’habiller sous les atours les plus divers.

Toutefois, au Québec, nous avons certainement un concurrent tout désigné pour le sceptre en la personne d’Adrien Pouliot, chef du Parti conservateur du Québec. Il faut vraiment ne douter de rien pour se fendre d’une lettre publique, parue dans le journal Métro du mardi 19 avril 2016 en page 22, qui déclare à grands regrets « J’aurais aimé que mon nom soit dans les Panama Papers », alors qu’un Premier ministre a dû démissionner en Islande pour cette raison.

Et le savoureux auteur de reprendre le cliché éculé des libertariens selon lequel l’impôt est du vol organisé, malheureusement accrédité par la démocratie, cette vilaine démocratie, qui fais-je observer, devrait permettre d’assurer que la chance (quand ce n’est pas autre chose de moins brillant) de quelques-uns ne devienne pas le malheur de la plupart. Et d’inciter ses concitoyens à tout faire pour éviter de payer de l’impôt en prétendant que l’argent qui y est soustrait est nécessairement réinvesti de façon productive.

Il y avait longtemps que je n’avais pas vu un personnage se désigner si volontairement à la risée publique. Il faut dire que le Parti conservateur du Québec a obtenu 0,39 % des votes aux dernières élections générales, le véritable parti conservateur portant le nom de Parti libéral du Québec (cette confusion dans les termes fera l’objet d’un billet à venir).




17 avril 2016


Humour et censure


On n’aimerait pas être la ou le juge qui devra trancher dans la poursuite opposant la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse au nom de Jérémy Gabriel à Mike Ward dans l’affaire qui sera connue désormais comme celle du « petit Jérémy » contre Ward.

Pour mémoire, on rappellera que Jérémy Gabriel était un jeune enfant handicapé qui a chanté devant le pape en 2006. Beaucoup ont cru à l’époque que l’enfant, aujourd’hui âgé de dix-neuf ans, ne devait pas vivre très vieux. Il a ensuite fait des tournées pour des œuvres caritatives. Mike Ward est un humoriste trash connu pour sa propension à pousser les limites de la vulgarité. Il lui est reproché d’avoir dit dans des spectacles en 2010 que le « petit Jérémy » devrait être mort.

Plusieurs règles se croisent dans ce contexte. Il y a la liberté d’expression qui, bien sûr, permet de dire tout ce qu’on veut, surtout dans un spectacle d’humour. Cette liberté est cependant restreinte par tout ce qui pourrait inciter explicitement à la haine, au racisme, à l’homophobie, etc.

Pour illustrer notre réflexion, on fera appel à des exemples pris chez Yvon Deschamps puisqu’il est une institution dans le domaine humoristique et sert de référence depuis la fin des années soixante.

Prenons les incitations à la haine. Elles peuvent être en fait des dénonciations de l’incitation à la haine. On a le cas célèbre, mal compris aujourd’hui, de son personnage qui criait Nigger black. On se rappelle que le but du sketche était de ridiculiser celui qui lance cette insulte et non de ridiculiser les Noirs. Il ne manqua pas, pourtant, d’individus mal avisés pour l’interpréter au premier degré. Dans le cas Ward, le deuxième degré est moins facile à voir dans la mesure où le personnage incarné sur scène par l’humoriste est moins clairement dissocié de l’homme.

Il y a aussi le fait que, lorsqu’on devient une personnalité publique, on s’expose à la satire, ce qui est expressément prévu par la loi. Encore une fois, on pourra citer Yvon Deschamps, en contre-exemple ici, qui a longtemps fait de l’humour de mauvais goût sur le poids et la taille de Lise Payette, mais cela était couvert par le fait qu’elle était une personnalité connue.

On peut par ailleurs se demander pourquoi faire de l’humour pour ridiculiser les plus faibles de la société quand on n’a pas pour intention de dénoncer le traitement qu’on leur fait. La « petite mongole » du monologue d’Yvon Deschamps était un personnage générique et non une handicapée en particulier. La distance entre l’auteur et son personnage amenait le spectateur intelligent à porter un regard critique sur le traitement réservé aux personnes handicapées.

Il est plus difficile de voir cette distance chez l’humoriste Ward où les mécanismes de création des stéréotypes ne sont pas démontés, seuls leurs résultats étant exposés. La variété de la position sociale des cibles d’un humoriste aide aussi à comprendre l’intention de son humour.

Peut-on rire de tout ? demandait Pierre Desproges. Oui, mais pas avec n’importe qui. Si je ris des handicapés avec des gens qui méprisent les handicapés, est-ce que je n’incite pas à la haine ?

Mais, bien sûr, on se rappelle qu’il vaut mieux la liberté d’expression que la censure, sinon on est à la merci du bon vouloir du prince.




11 avril 2016


La saison des impôts


Les experts qui structurent la formule des déclarations de revenus tant fédérale que provinciale doivent faire des efforts désespérés pour rendre le tout plus simple, car il semble bien que ça devienne de plus en plus complexe chaque fois.

Je ne rechigne jamais à payer mes impôts même si je trouve fastidieuse la tâche de remplir tous les formulaires et de fournir tous les renseignements requis, corvée que je ne confierais à personne d’autre puisque je veux être pleinement conscient de chaque ligne que je remplis quant à sa signification fiscale, économique, politique.

J’ai tout de même l’impression que, d’année en année, le nombre d’annexes qu’il faut joindre augmente et que ces annexes elles-mêmes s’allongent indéfiniment. Sont remarquables les nombreuses lignes qui se répètent et dans lesquelles il faut sans cesse reprendre les mêmes informations.

Puis l’éclair se produit et votre esprit s’illumine : toutes ces exceptions, ces possibilités de modifier les sommes déclarées, toutes ces défalcations, ces annexes qui se complexifient, se multiplient, s’entrecroisent et font référence les unes aux autres sont le fruit de politiques ayant pour visée de permettre à qui brasse le plus d’argent d’éviter de contribuer. Les échappatoires sont parfois fort plaisantes comme cette possibilité de défalquer de son revenu imposable les intérêts payés sur une somme empruntée dans le but de faire des placements qui rapportent. Autrement dit, les contribuables ordinaires financent les riches pour qu’ils deviennent plus riches.

On aime bien prétendre qu’il n’y a que deux choses inévitables : la mort et les impôts, mais les seconds ne frappent pas tout le monde de la même façon s’ils les frappent, ce que l’on constate de plus en plus fréquemment avec les fuites qui font les manchettes et risquent fort bien de le refaire, tant il est vrai qu’on n’a entrevu que la pointe d’un incommensurable iceberg.




5 avril 2016


Les étranges réactions humaines


Devant l’irrémédiable incurie des gouvernements libéraux successifs, devant l’incompétence, la suffisance et l’inouïe nonchalance des gouvernants envers la société, on s’étonne à bon droit de la docilité des électrices et électeurs qui votent pour eux les yeux fermés.

La nature humaine est ce qu’il y a de plus étonnant et la psychologie prouve sans arrêt que le bon sens, la logique ou la rationalité ne sont pas les moteurs de l’agir. D’autres mécanismes qui ont sans doute contribué à notre survie dans l’histoire de l’espèce font en sorte que nous acceptons et même approuvons des comportements pourtant immoraux, cruels, injustes et même monstrueux.

Chacun sait comment dans la cour de récréation celui qu’on appelait le bully s’attire les faveurs des foules et l’approbation de ceux-mêmes qui ont le plus à craindre de lui. On a démontré il y a longtemps que les enfants battus préfèrent le parent qui les bat, que la perspective d’un bonheur inconcevable est beaucoup plus inquiétante que le malheur connu et prévisible.

Machiavel avait déjà établi que les gens vous pardonneront plus facilement d’avoir assassiné leurs pères, mères, frères et sœurs que d’avoir pris leur terre, mais qu’à l’inverse, ils pourront oublier même leurs possessions si vous leur accordez un peu de pouvoir ou même l’illusion du pouvoir sous forme d’honneurs.

Un autre étrange penchant de notre surprenante espèce me semble avoir été peu analysé, quant à ses causes en tout cas, non à sa prévalence, c’est la propension à généraliser l’événement le plus récent en dépit de la plus élémentaire logique, ce qui n’a rien d’étonnant, mais même du souvenir de l’expérience passée.

Si une personne se trompe quatre-vingt-dix-neuf pour cent du temps, mais que la centième fois elle a raison par hasard pour ne pas dire par erreur, la foule l’acclamera et lui accordera sa confiance inébranlable.

Si une personne a raison quatre-vingt-dix-neuf pour cent du temps, mais que la centième fois elle a tort par hasard ou même parce qu’elle a été piégée, la foule la vouera aux gémonies et lui rappellera sa déchéance pour l’éternité ; on ne lui accordera jamais la chance de se racheter.

Issu d’un milieu pauvre et peu instruit, j’ai longtemps cru que c’était le propre d’esprits peu éclairés, mais quelle ne fut pas ma déception de constater à l’Université, que ce soit au premier, au deuxième, au troisième cycle, puis dans le monde professionnel, même chez les intellectuels, que cette inclination était prépondérante en tout temps et en tout lieu.

Je cherche encore ce que ce mème (rappelons le sens d’origine de ce concept développé par Richard Dawkins : disposition culturelle héritée pour des raisons qui à l’origine étaient propices à l’espèce) pouvait bien nous apporter au néolithique.




21 mars 2016


Des renseignements utiles pour les fraudeurs sur le site de l’Office de la protection du consommateur


Vous trouvez sur votre boîte vocale un appel d’une compagnie qui se fait appeler TCR et dit que vous devez la rappeler concernant un certain numéro de référence. Vous vous demandez bien ce que c’est, mais vous êtes méfiant, car il y a bien des fraudeurs qui prétendent vous aider à faire annuler une fausse carte de crédit établie à votre nom et, en vous demandant des renseignements, ils en créent justement une. Vous laissez donc faire et n’appelez pas.

Quelques jours plus tard, vous entendez au répondeur le même message alors que vous êtes dans la maison. Vous décidez de décrocher et de demander à la personne de quoi il s’agit. La personne vous dit qu’elle travaille pour une agence de recouvrement et que vous devez de l’argent à la Scotia. Jamais de votre vie vous n’avez fait affaire avec cette banque. La personne change son fusil d’épaule et dit que vous avez plutôt des dettes envers Sears (la majorité des consommateurs font affaire un jour ou l’autre avec cette compagnie). Ça tombe mal, vous avez mis fin à vos relations avec cette compagnie il y a plus de cinq ans et tous vos comptes étaient en ordre.

La personne dit que vous pouvez prétendre ce que vous voulez. Vous lui demandez : mais quelles sont vos preuves ? Elle répond qu’elle peut vous les refaire parvenir par écrit comme elle l’a déjà fait. Mais, vous n’avez jamais rien reçu par écrit. Elle répond alors qu’elle n’a pas votre adresse. Comment peut-elle vous avoir déjà écrit si elle n’a pas votre adresse ? Vous lui dites de vous oublier et vous raccrochez. Mais la supposée compagnie vous rappelle quatre fois par semaine sous différents noms (ATC, AIT, TCR, etc.), soit avec des appels robotisés, soit avec des appels par une personne humaine.

Quand vous cherchez vos recours sur le site de l’Office de protection des consommateurs, on vous dit que vous pouvez demander à la firme de vous faire parvenir un avis détaillé à votre adresse et qu’après vous pourrez exiger qu’elle ne rappelle plus. Mais, c’est justement ce qu’il ne faut pas faire quand vous savez que vous avez affaire à un fraudeur, car ils n’attendent que ce renseignement pour créer un faux compte de crédit à votre nom.

Les règles concernant les appels précisent quand il est possible d’appeler et quand il est interdit de le faire. Les fraudeurs y font donc attention et n’appellent pas en dehors des moments permis. Les règles concernant le message à laisser au répondeur stipulent ceci : « Le nom de l’agence de recouvrement peut être mentionné dans le message, mais sans laisser entendre qu’il s’agit d’une agence de recouvrement. Par exemple, on ne pourrait pas vous demander de téléphoner à l’agence de recouvrement ABC. Par contre, on pourrait vous demander de téléphoner chez ABC. » Comme le hasard fait bien les choses, les compagnies qui essaient d’attraper vos renseignements donnent toujours trois lettres comme nom de compagnie (en manque d’imagination, elles copient servilement le modèle laissé sur le site de l’Office).

Quoi qu’il en soit, ne donnez jamais votre adresse à une prétendue compagnie que vous ne connaissez pas puisque vous savez bien que vous ne leur devez rien. Ne leur permettez pas de créer un faux compte de crédit à votre nom.




15 mars 2016


Joute politique ?


Il y avait au moins deux ans que je n’avais pas regardé l’émission Tout le monde en parle. Dimanche dernier, 13 mars 2016, deux segments m’ont particulièrement frappé : celui avec Christiane Taubira, ancienne garde des sceaux de la République française, et celui avec l’actuel ministre de la Santé du Québec, Gaétan Barrette, confronté à la critique de l’opposition officielle en la matière, Diane Lamarre.

Chez les deux femmes, bien qu’elles n’aient pas été présentes en même temps sur le plateau, on constate la volonté que la politique se rapproche du politique, fasse valoir les idées et le développement des sociétés avant les attaques personnelles, la dernière se plaignant d’un comportement harcelant de la part du ministre à l’Assemblée nationale du Québec.

L’attitude du ministre est très révélatrice d’une conception purement technocratique du pouvoir. Sa défense a été sans cesse la suivante (je résume en substance) : « La politique est une joute dans laquelle il y a des coups et tous les politiciens savent ça. Si on ne peut pas le supporter, on ne va pas en politique. »

Cette conception du rôle d’un élu est à la fois méprisante et infantile. Méprisante parce qu’elle rejette du revers de la main toute personne qui voit au-delà de l’affrontement individuel et cherche à faire avancer une cause et non sa propre personne. Infantile parce qu’elle supprime toute responsabilité sociale pour réduire l’activité politique au plaisir narcissique de river son clou à l’adversaire.

Qu’y a-t-il à attendre d’un tel ministre ? Rien de bon !




7 mars 2016


La chasse aux méchants


En mal de notoriété, le psychologue Richard Tremblay, qui se vante pourtant de ses quatre cents et quelque publications a réussi à se faire inviter le mardi premier mars dernier à l’émission de vulgarisation scientifique Le code Chastenay de la moins en moins publique chaîne Télé-Québec. Il a eu l’occasion d’y faire valoir, à grands renforts d’encouragements par les reporters et l’animateur, sa controversée théorie selon laquelle il faut intervenir très très tôt sur les enfants, car leur maximum d’agressivité s’exprime dès l’âge de deux ans. D’où l’expression si juste de la très regrettée Carol Gélinas traitant ce projet de « prévention féroce ».

Mieux encore, c’est-à-dire bien pis, il veut convaincre la population et les autorités de détecter les gènes de la violence dès le fœtus. Dans la mouvance des grandes fondations philanthrocapitalistes états-uniennes et de notre vénérée fondation Chagnon, qui prétendent lutter contre la pauvreté et réformer la société en changeant les individus un par un, cette obsession de trouver le mal dans un bouton particulier qu’il suffirait de crever, est d’un simplisme monstrueux, faisant totalement abstraction des sciences sociales (on sait bien, ce ne sont pas de « vraies sciences ») et même de l’épigénétique (et là, c’est un peu plus gênant parce que c’en est une « vraie »).

Tout cela n’est pas sans rappeler les projets eugénistes de la fin du dix-neuvième et du début du vingtième. Sous la promesse de lendemains radieux et d’un homme nouveau se cache la réalisation d’un univers plat et lisse d’où la contestation est éradiquée puisqu’elle est automatiquement étiquetée comme violente.

Et si on se met à étiqueter les enfants (ou même les fœtus) comme violents sans leur donner la chance d’évoluer à leur façon, ne cherche-t-on pas à créer des troupeaux d’individus conformistes, et donc productifs comme des machines. C’est bien ce que semblent nous promettre les chantres de l’économétrie Heckman, Knudsen, Cameron et Shonkoff dès la première page de leur article Economic, neurobiological, and behavioral perspectives on building America’s future workforce (consultable en ligne http://www.pnas.org/content/103/27/10155.full.pdf%5D). On y lit (je traduis) : « [L]es études sur la formation du capital humain indiquent que la qualité de l’environnement de la prime enfance est un solide prédicteur de la productivité à l’âge adulte. »

Et le sociologue Nicola Guilhot nous met en garde contre les bonnes intentions des philanthrocapitalistes : « En contribuant au développement en bas âge [des individus], les philanthropes cherchent à s’assurer que la réforme sociale soit conforme à leurs propres intérêts. » (« Reforming the World : George Soros, Global Capitalism and the Philanthropic Management of the Social Sciences », Critical Sociology, nº 33, p. 449, ma traduction.)

Ces apprentis sorciers qui voudraient bien domestiquer la force de travail ou guérir le gène de la violence oublient la complexité de l’être humain qui a besoin d’être violent quand c’est nécessaire, car c’est ce qui lui permet d’être doux quand c’est nécessaire. On a l’impression de se retrouver devant les curés qui voulaient exorciser le diable et faire sortir le méchant de la bête ou comme ces médecins du dix-huitième et du dix-neuvième qui espéraient trouver quelque part dans le corps humain la gâchette responsable de la bonté ou de la cruauté.

Comme si l’agressivité n’était pas, elle aussi, nécessaire au développement humain. C’est une question de dosage et de canalisation. Si un enfant ne mesure pas sa force, n’est-ce pas normal ? On ne lui coupe pas la main pour autant, on lui apprend à s’en servir. N’est-ce pas ce que les mères (et les parents maintenant) font depuis les débuts de la civilisation ? On n’a pas besoin de cibler des fœtus pour savoir ça. Sait-on aussi ce qui arrive à un enfant étiqueté comme délinquant potentiel ? Quelle surprise : il devient délinquant ! Vous venez de découvrir l’effet Pygmalion inversé.

Tout n’est pas génétique. Tout n’est pas social. Tout s’apprend, évolue, se civilise et les solutions miracles sont toujours plus dangereuses que le mal qu’elles prétendent déraciner.

[Mes remerciements à Élise Ducharme pour son mémoire de maîtrise Étude de l’impact de l’arrivée des fondations privées sur les organismes communautaires qui se consacrent à la famille déposé en 2010 dans lequel j’ai trouvé les références citées.]




22 février 2016


Cette part sombre


Deux affaires qui ont défrayé les manchettes sont, si on s’y arrête, propices à approfondir notre réflexion quant à la réaction sociale aux défectuosités de la sexualité : le procès Ghomeshi et l’affaire Jutra.

Dans l’affaire Ghomeshi, il a souvent été relayé par les médias que ses victimes alléguées ont pourtant continué à correspondre avec lui, certaines même à le fréquenter. Connaître la complexité des relations de pouvoir qui s’établissent entre un agresseur et les personnes agressées amène à écarter ce genre d’argument. Le lent travail d’autonomie et de reprise en main qu’exige le refus des agressions ne se produit pas en une journée.

Par ailleurs, un aspect de la vie qui est foncièrement détestable peut être allié à d’autres qui sont agréables ou supportables. Pensons par exemple aux agresseurs qui comblent leurs victimes de cadeaux. Ce n’est pas chose facile de démêler ses sentiments devant ces contradictions. Les agresseurs ont aussi beaucoup d’habileté à culpabiliser leurs victimes. Leur estime de soi est souvent très faible et elles en viennent à croire qu’elles méritent ce qui leur arrive.

Dans l’affaire Jutra, on constate qu’énormément de temps s’est passé avant que quiconque parle. Sans se prononcer sur l’opportunité de déboulonner tout ce qui réfère à lui, on peut réfléchir à ce qui retarde la dénonciation de comportements inacceptables. La réaction de l’entourage est rarement favorable à la personne qui porte plainte : le premier réflexe est toujours de condamner la victime. Hélas, un cas célèbre va dans ce sens, deux adolescentes ayant en 2010 faussement accusé d’attouchements leur professeur d’éducation physique. Mais pour un cas de fausse déclaration, combien de véritables cas d’agression sont tus.

Il faut comprendre que rien n’encourage les victimes à porter plainte : la culpabilité qu’elle ressente, la honte dont elles se couvrent, la bonne réputation des personnes responsables, la lourdeur du système juridique, la présomption d’innocence, qui est bien sûr une règle de droit, mais qui ne facilite pas la tâche, la difficulté d’apporter des preuves, la remise en doute constante des déclarations et le manque de compréhension des phénomènes complexes qui relient les victimes à leur agresseur, où se mêlent du côté de l’agresseur : jeux de pouvoir, séduction et manipulation ; du côté des victimes : dépendance, admiration et même amour.

C’est pourquoi, souvent, les victimes préféreront, au moment où elles se sentent assez fortes, couper tous les ponts et ne plus jamais avoir affaire avec les personnes qui les ont dominées. Comble de difficulté, on les accusera alors d’être de caractère difficile, d’être méchantes envers quelqu’un de si bon. On en a même vu se faire accuser de harcèlement parce qu’elles refusaient obstinément de prendre contact avec un être qui leur est devenu insupportable. Décidément, on a encore beaucoup de chemin à faire avant de reconnaître tout le poids qui pèse sur les épaules de gens qui n’avaient rien demandé.

Un autre détail est assez ennuyeux quand on associe une personnalité géniale à un trouble comportemental de ce genre. On semble accréditer l’idée selon laquelle il faut être tordu pour être génial ou qu’il faut être génial pour être tordu, ce qui est absolument faux dans les deux cas. La maladie, les écarts de comportement sont assez également répartis statistiquement parlant, bien que l’inconduite sexuelle soit plus souvent le fait des hommes, c’est la seule corrélation exacte, mais pour le reste : éducation, Q I, métier, position sociale ne sont pas des indicateurs de ces tares. Toutefois, plus on est riche, mieux on est positionné socialement, plus il est facile de camoufler ses dérèglements.




1er février 2016


Posthumanisme, capitalisme et suicide


Il est un courant qui aime bien se prétendre évolutif et libérateur selon lequel nous devrions muter de notre condition humaine et migrer vers une condition cybernétique, où les composantes électroniques prendront de plus en plus de place jusqu’à peut-être constituer la partie la plus importante de notre corps. Les partisans extrêmes de cette tendance imaginent que nous pourrions déposer le contenu de notre cerveau dans un ordinateur, de sorte que nous devenions quasi-éternels et libérés de notre corps biologique.

J’ai entendu un jour à la radio publique une jeune et talentueuse écrivaine, dont j’ai goûté les romans dystopiques, parler de son intérêt pour le posthumanisme et du dégoût que lui inspiraient ses fonctions biologiques, notamment le fait de devoir ingérer de la nourriture tous les jours. Je ne fus pas surpris, même si cela m’a profondément attristé, d’apprendre quelque temps plus tard qu’elle avait mis fin à ses jours. Refuser sa condition biologique, c’est refuser la vie, et c’est fort navrant, car l’humaine condition, l’humaine aventure est faite de l’expérience de sentir douleurs et plaisirs, joies et peines et de progresser grâce aux leçons que la raison et le cœur tirent de ces émotions et sentiments. On se rappellera que les personnes qui mettent fin à leur jour ne veulent pas cesser de vivre, elles veulent seulement cesser de souffrir.

En cette semaine de prévention du suicide, on est en droit de craindre la tentation pseudo-libératrice du posthumanisme qui refuse tout simplement la richesse de l’expérience humaine et conduit à la désolation la plus totale. L’idéal cybernétique est tout à fait conforme à l’idéal capitaliste qui tous deux réalisent le paradoxe suivant : Tout en donnant l’illusion d’une libération des contraintes alliée à une originalité absolue, ils transforment le sujet en banal agent d’échange d’informations pour la cybernétique ou de capital pour le capitalisme, ce qui revient au même puisque désormais l’argent n’est plus qu’une donnée enregistrée dans les bases des différentes institutions financières. L’individu cybernétique ou posthumain ou capitaliste n’est qu’un module d’échange et de transport de données. En ce sens, il est parfaitement interchangeable et n’a plus aucune originalité, malgré ce qu’il en croit.

C’est donc une culture de mort que nous promettent le posthumanisme et le capitalisme dans cette course à l’éternité, car il s’agit d’une éternité toute minérale. Le malheureux exemple de l’écrivaine à laquelle j’ai fait référence plus tôt ne l’illustre que trop. C’est aussi le message que transmettait la fable The Gamesters of Triskelion, cet épisode de la série originale de Star Trek, dans laquelle des cerveaux avaient évolué intellectuellement à un point tel qu’ils n’avaient plus aucune connexion biologique et avaient donc, pour dissiper leur ennui, décidé de parier sur le résultat de batailles entre des individus d’espèces biologiques différentes sans tenir compte de leur droit à la libre détermination.

La liberté de se déterminer soi-même ne consiste pas à se fondre dans une chaîne indistincte de relais de données, mais bien à contribuer à créer un corps social de plus en plus conscient, orienté vers le beau au sens platonicien du terme.




25 janvier 2016



L’État n’est pas une cantine ?


Pour justifier la sous-traitance et le délestage des emplois vers des entreprises privées, on utilise souvent l’argument que l’État n’a pas à assurer certains services comme celui de la nourriture dans les écoles ou dans les hôpitaux.

C’est un argument on ne peut plus fallacieux. Et c’est particulièrement plus absurde quand il s’agit des hôpitaux. On devrait pourtant se rendre compte qu’une nourriture saine, préparée sur place et conçue par des personnes soucieuses de l’équilibre entre les différents nutriments nécessaires fait partie du traitement d’unE patientE au même titre que le repos et les médicaments. Non seulement c’est une fonction qui peut être assurée par l’État, mais cela devrait faire obligatoirement partie de la mission des établissements de santé.

On a souvent la vision courte quand il s’agit de saucissonner les activités d’un établissement public, mais à prendre isolément chaque activité, on en arrive à ne plus voir la finalité de chacun de ces gestes qui font partie de l’ensemble. C’est bien là le propre de la pensée néolibérale qui voit en chaque opération une occasion de profit, mais qui ne se préoccupe jamais du mieux-être de la société.

Oui, la santé doit rester un service public et les établissements de santé doivent fournir intégralement l’alimentation autant que les soins.




18 janvier 2016


La guerre contre les pauvres


La forme de discrimination qui semble la plus populaire, la plus tenace et la plus pernicieuse qui soit ne fait pas l’objet de réprobation publique. Il s’agit de la discrimination économique et, plus particulièrement, contre les assistés sociaux.

Une étude récente effectuée pour le compte de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, et dont faisait état le journal Le Devoir le 15 janvier dernier de même que le journal Forum de l’Université de Montréal le 14 janvier dernier, indique que seulement 50,9 % des QuébécoisES ont une opinion positive des personnes assistées sociales.

Ce type de discrimination relève de l’idéologie ambiante et contribue à montrer du doigt les victimes du néolibéralisme plutôt que les coupables. On remarquera que même un certain nombre d’humoristes ne se gênent pas pour taper sur les plus faibles se faisant une gloire d’exercer une liberté d’expression qu’ils ne retournent pas contre les oppresseurs.

Il convient ici de rappeler une blague fort juste qui circule depuis longtemps sur les réseaux sociaux. Dans une pièce, sur une table, il y a douze biscuits et près de la table sont assis un ouvrier et un assisté social. Arrive un président-directeur général qui gobe onze biscuits et hurle à l’ouvrier : « Attention, le BS va te voler ton biscuit ! » Cette illustration est parfaitement représentative de ce qui se passe dans la réalité économique. Plutôt que de chercher les causes de la pauvreté, on essaie de liguer la classe moyenne avec les riches contre les pauvres qui en sont victimes.

J’ai hélas remarqué cette attitude même dans des milieux syndiqués, où certaines personnes se permettaient de juger les bénéficiaires de l’assistance sociale sans qu’on remette en question leurs préjugés. Bien sûr, tout le monde me ressortira l’histoire d’Untel ou d’Unetelle qui travaille au noir tout en retirant du Bien-Être social. Ces cas sont pourtant marginaux et caricaturaux. Par ailleurs, si vous deviez vous arranger avec six-cents dollars par mois, je suis convaincu que vous feriez appel au système D pour boucler vos fins de mois. On n’arrive même pas à payer un loyer à Montréal avec cette somme.

Il serait grand temps qu’une campagne de publicité sociétale attire l’attention sur cette discrimination délétère pour notre société. Il ne faut pas compter sur le gouvernement du Parti libéral du Québec pour entreprendre cette tâche nécessaire puisqu’il contribue lui-même à enraciner ces préjugés.

Et ce qui m’afflige le plus, mais on en parlera dans un autre billet, c’est que le groupe qui obtient encore moins d’appuis de la part de la population, ce sont les manifestants avec quarante-trois pour cent d’opinions favorables, alors que ce sont eux qui luttent pour la justice sociale. L’atomisme social est à son apogée.




3 janvier 2016


Brèves considérations sur l’intelligence et la vertu


Il est désolant de constater que certaines personnes aient besoin de la menace de châtiments horribles administrés par des dieux vengeurs et, en compensation, de la promesse de délices attribuées seulement après leur mort pour pouvoir agir conformément à la « vertu », qu’on se contentera ici de faire équivaloir à la justice et à l’honnêteté.

Il n’est aucune personne intelligente qui ne sache que le meurtre, le vol, la torture, le viol et autres crimes de même nature sont condamnables non pas parce qu’ils font de la peine au Petit Jésus, mais tout simplement parce qu’ils constituent une injustice et un manque de respect envers les autres êtres humains, lesquels sont par droit et par nature égaux. C’est l’intelligence qui nous le dit, et le concours de la religion ne rend en rien ces actes moins désirables (c’est parfois, hélas, le contraire).

Nulle part toutefois, cela n’est mieux dit que chez Spinoza dans la quatrième partie de son Éthique, intitulée « De la servitude humaine ». C’est pourquoi il convient de le citer ici : « À l’homme, rien de plus utile que l’homme; les hommes, dis-je, ne peuvent rien souhaiter de supérieur pour conserver leur être que d’être tous d’accord en toutes choses, de façon que les esprits et les corps de tous composent pour ainsi dire un seul esprit et un seul corps, et qu’ils s’efforcent tous en même temps, autant qu’ils peuvent, de conserver leur être, et qu’ils cherchent tous en même temps ce qui est utile à tous. D’où suit que les hommes qui sont gouvernés par la Raison, c’est-à-dire les hommes qui cherchent sous la conduite de la Raison ce qui leur est utile, ne désirent, rien pour eux-mêmes qu’ils ne désirent pour les autres hommes, et par conséquent sont justes, de bonne foi et honnêtes. »

En conséquence, on mettra en doute la supposée intelligence des gens qui choisissent volontairement d’être nuisibles. On dira qu’ils sont habiles, mais certes pas intelligents s’ils ne comprennent pas ce qui est le mieux. On citera à nouveau Spinoza à propos de l’esprit et du comprendre : « L’esprit, en tant qu’il fait usage de la raison, ne désire rien d’autre que comprendre, et ne juge pas qu’autre chose lui soit utile, sinon ce qui conduit à comprendre. » Cela est garant de la tranquillité d’esprit comme l’attitude même de l’illustre penseur le démontre.

Choisir de détourner la nature à ses fins égocentriques, c’est embarquer dans la lutte de chacun contre chacun et de tous contre tous, qui conduit inéluctablement à l’inquiétude permanente, position du dictateur par exemple. Celui qui se hisse à ce niveau n’apparaît donc pas faire preuve d’intelligence, mais plutôt d’habileté.

Vous connaissez peut-être de ces personnes qui, incapables de comprendre le théorème de Pythagore, sont pourtant dotées d’une mémoire phénoménale et qui, donc, ne répéteront jamais une même erreur. Elles sont véritablement redoutables à l’instar des Borg de la série Star Trek, the next generation. Leur absence totale d’empathie est, il faut le comprendre, une preuve de plus de leur manque d’intelligence et une preuve de plus de leur extraordinaire habileté.

L’aspiration à gouverner ne semble pas, sous cet éclairage, faire partie des conséquences de l’intelligence. Non pas que le gouvernement soit étranger à qui comprend plus et mieux, mais on pourra dire de ces personnes qu’elles l’exerceront par nécessité et non pour le pouvoir en soi.

On a souvent associé l’innocuité au manque de cervelle et la dangerosité à la puissance de l’esprit. L’expression populaire ne disait-elle pas « Trop innocent pour penser à mal ». En fait, l’innocent peut penser à mal ou à bien, mais dispose de peu de moyens pour comprendre ce qu’il fait réellement, c’est pourquoi comme dans les Malheurs de Sophie, il peut faire mal en pensant bien faire ou faire bien en pensant mal faire. Toutefois, la personne vraiment brillante ne perd pas son temps à imaginer des pièges pour les autres, c’est pourquoi vous voyez souvent de vos amiEs très intelligentEs se faire jouer des tours par de vos amiEs qui le sont moins, étant entendu qu’une personne très intelligente et très empathique n’imagine pas qu’on pourrait lui tendre un piège si grossier puisqu’il est visible. Il ne faudrait pas en conclure que les personnes intelligentes ne jouent pas de tours aux personnes qui le sont moins, mais disons qu’ils seront plus subtils, plus brefs et, peut-être, moins risqués, peut-être...

C’est aussi à juste titre qu’on a détaché le terme savant de la série des expressions désignant les personnes qui réfléchissent, car on peut être fort savant sans rien comprendre de ce qu’on récite. Longtemps, l’expression « être savant » a été synonyme d’« être intelligent », ce qui n’est pas du tout la même chose. Il est certain que la personne intelligente qui a en plus une excellente mémoire dispose d’un grand avantage pour elle-même et pour ses proches et, en général, elle en fait effectivement bénéficier tout son entourage. D’ailleurs dans les écrits sur les personnes à très haut potentiel, on souligne régulièrement qu’une intelligence très élevée s’accompagne d’une capacité d’empathie également très élevée.

Ainsi nous bouclons notre boucle en rappelant que c’est par la compréhension qu’on s’intéresse à la justice et à l’honnêteté et que les menaces ou les promesses des dieux des trois grandes religions sont bien plus propres à nous éloigner de la vertu qu’à nous en rapprocher puisqu’elles enseignent à réprimer l’accomplissement d’actes répugnants même s’ils semblent désirables alors que la raison nous conduit tout naturellement à trouver odieux les actes répugnants et à aimer tout naturellement la vertu, c’est-à-dire la justice et l’honnêteté, comme hautement désirable pour elle-même.




22 décembre 2015


Le monde sont « ben mélangés »
(chronique enjouée sur l’air du temps)


Est-ce l’inculture politique ? Est-ce la confusion du discours officiel ? Est-ce l’effet du tout au divertissement ? Toujours est-il qu’on en entend des vertes et des moins mûres quand il s’agit de savoir ce qu'est un comportement de gauche.

Je passerai rapidement sur l’inénarrable Jeff Fillion et sa déclaration radiophonique à l’effet que le Front national véhiculait des idées de gauche. Je me concentrerai sur d’étonnants et surréalistes échanges auxquels nous donne droit la fréquentation des réseaux sociaux. On se retrouve parfois associé à des discours dont l’étrangeté ferait pouffer si elle ne révélait une indigence conceptuelle alarmante.

Quand on est de gauche, on se fait souvent reprocher de citer Lacordaire, libéral s’il en est, parce qu’il a écrit : « Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit. » On nous réplique : « Justement, c’est un libéral qui croit aux vertus du libéralisme économique. »

Il faut pourtant répondre : Oui, justement, c’est un libéral, qui croit que le libéralisme a besoin de freins comme toute activité humaine et, donc, s’opposerait tout à fait à la déréglementation, car il croit que la loi divine doit être reflétée sur terre par la loi humaine. Ce n’est pas un partisan du socialisme, mais il va dans le sens d’une réglementation. Il le fait pour des raisons morales alors qu’on l’invoque pour des raisons de justice sociale.

De la même manière, la fameuse théorie de la main invisible d’Adam Smith n’est pas une théorie en faveur du libre marché total, c’est en fait la constatation que si les marchands nationaux suivaient leur penchant, c’est-à-dire favoriser l’économie locale, les avantages pour l’ensemble de la nation seraient meilleurs que s’ils commerçaient à tout venant avec l’étranger. On a donc fait dire à Adam Smith le contraire de ce qu’il voulait alors qu’il favorisait une réglementation des échanges dans son essai sur la richesse des nations.

Bon, ça peut sembler bien théorique tout ça. Mais le concret est parfois très déconcertant quand on se fait dire par un correspondant sur Face de bouc qu’on devrait être pour les marchés financiers (la bourse) si on est de gauche parce que ça favorise la participation d’un grand nombre au lancement d’entreprises. Comme si l’entrée en bourse n’était pas aujourd’hui le fait des riches qui cherchent à garder le contrôle de leur avoir tout en répartissant les risques sur le plus grand nombre. Comme si la bourse ne servait pas surtout à spéculer.

Tout aussi surprenants sont ces correspondants qui nous vantent des entreprises dites collaboratives (Über, AirBnB) qui n’ont d’autre but que de faire des profits rapides en court-circuitant les réglementations locales sans assurer de garanties fiables et éprouvées.

Et il y a ce correspondant furieux qui m’accusa de tartufferie quant à mes positions solidaires sous prétexte que je refusais de faire la promotion de ses projets commerciaux sur ma page Facebook.

Et encore un autre qui citait Marx à contresens pour dire que produire de la valeur et créer de la richesse devrait me rallier puisque j’étais de gauche, alors que « créer de la richesse » est une expression tout ce qu’il y d’absurde, car la richesse n’est qu’une unité de mesure, donc une chose abstraite. Les gens qui s’enrichissent ne créent pas plus de richesse que les gens qui agrandissent leur terrain ne créent d’espace.

Et pour finir, en cette saison des guignolées et des fondations si généreuses, on prétend faire œuvre de transformation sociale en favorisant cette charité privée qui chante la gloire des supposés mécènes et réduit les pauvres à des faire-valoir dont on a la chasse-gardée parce qu’on ne veut pas « se laisser voler ses pauvresses » comme le chantait Brel dans La dame patronnesse et qu’on surveille parce que, vous savez, « j'ai dû rayer de ma liste une pauvresse qui fréquentait un socialiste Et un point à l’envers et un point à l’endroit Un point pour saint Joseph un point pour saint Thomas ».

Là-dessus, je vous souhaite de passer un temps des Fêtes à votre goût : avec ou sans l’orgie de cadeaux, avec ou sans la famille qui pèse ou qui réchauffe, mais surtout avec la paix et l’humanité.

Que l’année 2016 vous trouve sereinEs, déterminéEs et prêtEs au combat pour la justice sociale !




13 décembre 2015


Ces gens dont on paye le salaire à même nos poches



Il est une récrimination que l’on entend souvent à propos des employéEs de l’État à l’effet qu’on paye leur salaire à même nos poches puisque ce sont nos taxes et impôts qui permettent audit état de verser leur rémunération.

Ce reproche est répercuté de manière tonitruante surtout par des animateurs, animatrices, commentateurs, commentatrices de radio privée, donc de personnes qui gagnent leur salaire sans que ça affecte nos taxes et impôts...

Pas si vite ! Voyons ce qu’il en est précisément. De quoi vivent donc les radios privées ? De la publicité. Qui paie la publicité ? Les entreprises ? Les entreprises paient leur publicité à partir des revenus qu’elles font de la vente de leurs produits. C’est donc tout un chacun d’entre nous lorsque nous achetons nos céréales, nos yogourts, nos voitures, nos meubles, etc. qui finançons les radios privées, leurs animateurs, animatrices, commentateurs, commentatrices. Leur salaire vient de nos poches aussi assurément que celui des fonctionnaires.

Mais ce n’est pas tout, car les coûts de publicité sont entièrement déductibles des revenus des entreprises et sont donc subventionnés par l’État puisqu’ils sont exemptés d’impôts. Alors, non seulement les forts en gueule qui hurlent leur dédain des personnes qui nous doivent leur salaire sont eux-mêmes dans cette position, car chaque fois qu’ils se négocient (dans le secret faut-il ajouter alors que les négociations des employéEs de l’État font l’objet de débats) des augmentations, c’est nous qui les payons par l'augmentation du prix de nos céréales, yogourts, voitures et meubles, mais en plus ils doivent leurs émoluments à la générosité de ce même État qui permet aux entreprises de financer largement leurs somptueuses dépenses publicitaires.

Le plus drôle, c’est que vous pourriez analyser la circulation de l’argent et découvrir que c’est toujours nous qui payons pour les salaires de qui que ce soit. Il n’y a pas à ergoter, tout le monde paye pour tout le monde, ça s’appelle une société et c’est bien normal.

Les seules à ne pas apporter une contribution équilibrée à la société canadienne sont les entreprises qui sont assises sur 700 milliards de liquidités inemployées comme le révélait récemment une étude du Centre canadien de politiques alternatives. Et ces 700 milliards-là, oui c’est vous, avec l’argent de vos poches qui les avez payés en achetant vos céréales, yogourts, voitures et meubles.




14 novembre 2015


Je pleure pour le peuple de Paris



Je pleure pour le peuple de Paris
Même dieu, qui n’existe pas
Est malheureux aujourd’hui
Je ne suis pas sûr qu’il faille chanter la Marseillaise
Je préfère encore les chansons de Clément et de Pottier
Et puis celle de Raymond Lévesque




26 octobre 2015


S’informer


Garder tous ses sens ouverts est nécessaire pour accéder à l’information. Parce que je ne réagis pas de la façon que je vais décrire dans la ligne qui suit, je ne songe pas souvent au fait qu’il y a des gens qui évitent systématiquement l’information, qui changent de chaîne dès qu’il y a des nouvelles, qui tournent la page du livre ou du journal aussitôt qu’il n’est pas question de divertissement et qui sautent à une autre page web ou cliquent sur un autre lien à la simple vue d’un reportage ou d’une analyse.

À l’occasion d’une conversation avec des personnes dont je venais de faire la connaissance, j’ai pleinement pris conscience que l’immense majorité des gens non seulement sélectionnent soigneusement l’information, mais la restreignent au minimum. La discussion avec ce couple à tendance libérale portait sur la situation politique du Canada. À un moment donné, l’homme (car il s’agissait d’un couple d’hétérosexuels) me demande : « Mais où prenez-vous vos informations ? » Cette interrogation me laissa pantois. Surtout, qu’elle fut suivie de l’exclamation : « Moi, c’est la Presse + ! »

Vous me traiterez d’innocent avec raison, mais l’idée qu’on n’ait qu’une seule source d’informations était pour moi une affaire toute nouvelle. Il ne m’était jamais arrivé de penser qu’une personne évoluant dans un milieu très éduqué puisse se restreindre volontairement à ne s’abreuver qu’à un seul robinet et n’en change jamais.

Pour le naïf que j’étais jusqu’alors, il me semblait qu’il fallait chercher toutes les sources et qu’il était très facile d’y avoir accès puisqu’on peut zapper la télé pour aller d’un journal télévisé à l’autre, bien que je comprenne fort naturellement que des personnes peu instruites, malmenées par la vie et fatiguées zappent au contraire pour éviter les dits journaux, mais on parle ici de gens assez à l’aise. Il me semblait qu’il est facile d’avoir accès à tous les journaux du monde sur le web et on n’a même pas besoin d’être abonné pour avoir les manchettes de chacun d’entre eux. Il me semblait qu’il était tout naturel de zapper la radio et de glaner des informations ici et là.

Des journaux papiers, on en trouve partout sur les tables des cafés, restaurants, bancs des métro et autobus... On reçoit des informations en discutant avec nos réseaux et chaque personne ayant ses préférences nous met au courant de ce qu’on apprend dans tel ou tel média. Ensuite on peut confronter les sources, vérifier auprès des organisations bien renseignées, lire l’opinion des groupes qui partagent nos affinités philosophiques, s’abonner à mille feuilles électroniques que l’on reçoit quotidiennement, hebdomadairement, mensuellement. Mais où est-ce que je prends mes informations ? Partout, y compris dans les bibliothèques où il y a encore de ces véhicules d’idées très vintage, qu’on appelle livres.

Au vu de cette richesse, paradoxalement la société hyperinformée où les unités d’information sont sélectionnées et répétées mille fois plutôt que d’offrir mille unités différentes une fois peut favoriser la fermeture des robinets et le confinement à une seule sorte d’interprétation du monde toujours tronquée quand ce n’est pas le refuge dans le glamour qui fait rêver et, surtout, se sentir toujours plus impuissant. D’où la nécessité d’enseignantEs dont je parlais dans le billet du 12 octobre 2015.




18 octobre 2015


Coup de littérature !


Il y en a qui ont des coups de soleil, des coups de chaleur, des coups de foudre, des coups de fouet, moi il m’arrive d’avoir des coups de littérature !

L’inactualité est toujours plus actuelle que l’actualité. En pigeant dans mon tas de livres à lire, qui ne diminue pas depuis la retraite, comme chacun sait, j’ai pêché un roman fulgurant publié en 2008 et vraisemblablement écrit en 2006 puisque le narrateur, qui porte le même nom que l’auteur et est né la même année, y parle de ses 30 ans.

Vu d’ici de Mathieu Arsenault est écrit en paragraphes titrés plus ou moins longs n’ayant pour toute ponctuation que le point final. Divisé en cinq parties intitulées Nouvelles internationales, Nouvelles continentales, Nouvelles nationales, Nouvelles régionales et Nouvelles locales, ce récit raconte votre vie à travers celle d’un jeune homme de 30 ans qui cherche l’amour dans l’immense parking de centre commercial qu’est devenue notre société.

Il y a bien longtemps que je n’étais tombé amoureux d’un roman. La richesse des évocations, les images efficaces, le caractère éclaté de la phrase... J’ai pensé à Laurent Girouard, qui fut le premier au Québec avec La ville inhumaine (Parti Pris, 1964) à utiliser cette musique phraséologique urbaine accélérée.

Mais, il y a plus. L’intertexte, les citations interstitielles font que le roman dialogue avec toute la culture québécoise (et l’occidentale qui y est intégrée) qu’elle soit présente ou passée, savante ou populaire, littéraire ou musicale, historique ou commerciale, comme de mêler les paroles de la chanson de Passe-Partout à un paragraphe titré Génération génocide.

Quand vous appréciez particulièrement une expression dans un ouvrage que vous avez acquis, vous vous empressez de le surligner, n’est-ce pas ? Que diriez-vous d’un livre dont vous avez envie de surligner tous les mots du premier jusqu’au dernier. Mon surligneur bleu y est passé et il a fallu me retenir pour ne pas bleuir au complet les 97 pages de ce court et dense roman, dont on sort essoufflé, soufflé, marqué, profondément heureux que tant de beauté naisse et profondément malheureux parce que tant de beauté naît de ce malheur. Je n’ai encore donné aucun exemple ni rien cité parce que je ne sais que choisir tant tout est frappant, juste, douloureux, tellement vrai.

En feuilletant, je m’arrête sur ceci en page 37 : «...ce que je déteste le plus c’est d’en être venu à aimer mieux que la mienne ces existences de cul ces séries télé complètement débiles où tout le monde trompe tout le monde...»

Pour la suite, je fais un jeu : je choisis trois pages au hasard en lançant trois fois mes deux dés à 10 chiffres et vous livre ces trois exemples :

Page 16 : «...je m’appelle mathieu ça se passait en banlieue comme le déclenchement de la guerre au terrorisme après le 11 septembre où je me souviens de la parfaite normalité du lendemain des premières frappes à l’épicerie où je poussais mon panier où les spéciaux étaient les mêmes où absolument tout avait été symptahique et souriant...»

Page 46 : «...depuis ma naissance dans la bourrure d’un divan j’ai le corps livide en miettes et je vois chaque soir de la semaine de sept à dix l’appétit des vers qui me grignotent le confort de mon foyer m’use au possible il ne devrait plus rien rester et pourtant je persiste à me demande si britney spears va reprendre sa vie en main...»

Page 81 : «...Je pourrais partir faire le tour du monde rencontrer des allemands dans un hôtel de quito me faire arnaquer dans un quartier mal famé de kiev passer une nuit agrippé à mon sac à dos dans un terminus d’autobus de hanoi je pourrais partir mais on finit toujour par se retrouver dans un stationnement d’aéroport ou d’hôtel l’asphalte nous retrouve tout le temps je pourrais tout quitter mais on ne quitte jamais son porte-monnaie...»

Et je ne résiste pas à citer ce bout-là que j’ai aperçu à la page 31 quand mes dés ont roulé 29, une page où il n’y avait rien d’écrit : «...je suis mathieu-mélamine dans sa banlieue la plus pure j’ai l’air cool et avenant mais en dedans c’est de la granule de bois pressé pourrie qui s’effrite après une semaine on ne se connaît pas mais si jamais ça arrive et que vous essayez de me mettre une vis dans le corps vous allez tourner longtemps dans le vide...»

Et pour la route, je vous en donne deux autres, après quoi je me tais :
«Mon pays ce n’est pas un pays c’est voter pour la neige et perdre ses élections de glace sur le lac et année après année je fais la file au bureau de vote de tout ce givre sur mon visage...» (p. 59)

«...je sais ce qui se passe dans le monde moi mais je ne vais quand même pas me fourrer les mains dans la pourriture du bac à compost pour sauver la planète ou me taper deux heures d’autobus pour aller manifester devant l’ambassade des états-unis...» (p. 62)

Vu d’ici, Mathieu Arsenault, Triptyque, 2008, ISBN 978-2-89031-619-5




12 octobre 2015


Les nécessaires enseignantEs


Êtes-vous parmi celles et ceux qui ont manifesté leur appui aux employéEs du secteur public à l’occasion des nombreuses manifestations récentes ? Elles et ils méritent notre plus haute estime, toujours sous la pression de faire plus avec moins, constamment l’objet du dénigrement systématique des chantres de l’austérité, et j’en passe.

J’ai une pensée particulière pour la profession enseignante, le plus beau métier du monde après celui de parent, aussi je profite de l’occasion pour proposer une réflexion sur le mythe tenace selon lequel on arrivera un jour à se passer de professeurEs.

Certes, cette idée, qui n’est pas neuve, fait bien l’affaire des universités-usines à diplômes. Plus on met de « clients » dans la boîte, plus c’est lucratif. Puis, on n’a qu’à mettre les contenus de cours en boîtes de conserve et à les livrer partout dans le monde. Avec les ordinateurs, on a franchi une étape de plus vers l’affranchissement de l’élève, qui peut fort bien se passer de maître (j’entends maître au sens noble de « personne qui guide » et non de potentat tyrannique).

Je soumettrai modestement que les individus qui peuvent se passer de guide sont rares et ne sont pas plus nombreux aujourd’hui qu’il y a cinq mille ans aux débuts de notre histoire. Les esprits de fine observation à la capacité d’analyse, de synthèse et d’application existaient alors et pouvaient se débrouiller sans qu’on leur enseigne. Mais, l’immense majorité des gens avaient absolument besoin de quelqu’un pour leur montrer comment distinguer le bon sens des faux-semblants, pour apprendre les règles de la logique et la démarche analytique.

Puis sont arrivés les codex, les manuscrits et autres instruments de savoir. Les esprits de fine observation à la capacité d’analyse, de synthèse et d’application existaient alors et pouvaient se débrouiller sans qu’on leur enseigne. Mais, l’immense majorité des gens avaient absolument besoin de quelqu’un pour leur montrer comment lire, écrire, chercher dans les ouvrages, pratiquer un art ou une technique.

Ensuite est arrivée l’imprimerie avec la diffusion phénoménale des livres et du savoir dans les bibliothèques et les écoles. Les esprits de fine observation à la capacité d’analyse, de synthèse et d’application existaient alors et pouvaient se débrouiller sans qu’on leur enseigne. Mais, l’immense majorité des gens avaient absolument besoin de quelqu’un pour leur montrer à lire, écrire, compter, réfléchir, avoir l’esprit critique, comprendre la démarche scientifique.

Alors est arrivé l’ordinateur, cet outil merveilleux qui permet d’engranger des connaissances en quantité astronomique, de les restituer à la demande et de faire des calculs et autres opérations avec une rapidité hors d’atteinte des humains. Les esprits de fine observation à la capacité d’analyse, de synthèse et d’application existaient alors et pouvaient se débrouiller sans qu’on leur enseigne. Mais, l’immense majorité des gens avaient absolument besoin de quelqu’un pour leur montrer à utiliser cet ordinateur, à distinguer mémoire et compréhension, à garder les objectifs humanistes au-dessus du rationalisme froid, toujours à lire, à écrire, compter, réfléchir, prendre une distance critique, douter de ce qui paraît évident et savoir observer au-delà et en-deça de ce que la technique laisse voir.

Finalement est apparu Internet grâce à quoi tout le savoir du monde est au bout des doigts de n’importe quel enfant et la sagesse des plus grands esprits présents et passés accessible où qu’on soit sur la planète (enfin dans beaucoup d’endroits, disons). Les esprits de fine observation à la capacité d’analyse, de synthèse et d’application existent toujours et peuvent se débrouiller sans qu’on leur enseigne. Mais, l’immense majorité des gens ont absolument besoin de quelqu’un pour leur apprendre à distinguer dans le fatras d’information pêle-mêle auquel ils sont confrontés ce qui correspond à une argumentation logique, ce qui est le fruit de la démarche scientifique, ce qui est fait avéré et ce qui est rumeur, ce qui résulte d’une réflexion critique, comment tenir cette réflexion critique, à se poser les bonnes questions, à se demander comment trouver la « vie bonne » et à ne pas être l’esclave de la technique, à ne pas se laisser manipuler par les concepts fumeux, à comparer, analyser et trier, à chercher par soi-même.

Les esprits qui n’ont pas besoin d’enseignantE ont toujours été les mêmes. Ils se débrouillaient bien avant Internet, l’ordinateur, l’imprimerie, les codex, les péripatéticiens... L’immense majorité des gens, comme moi, ont besoin d’une personne pour les encourager, pour avoir une relation humaine, pour réfléchir à haute voix, puis méditer dans le calme, pour fermer le bouton de l’appareil et faire une blague absurde avant de reprendre sur un autre sujet.

Comme moi, vous avez peut-être des souvenirs de ces personnes qui ont marqué votre vie et vous ont permis de devenir qui vous êtes : Fernand, qui m’a enjoint de faire fructifier mon talent jusqu’à l’université, parce que personne dans mon milieu ne pensait à ce genre de choses, Florido, qui m’a fait confiance et a accepté les discours d’opposition, Bertrand, qui m’a appris à remettre cent fois sur le métier le tissu de mon argumentation, Gérald, qui avec enthousiasme m’a ouvert toutes grandes les portes de l’enseignement malgré mon allure et mon attitude marginales, Jean-Marcel, qui m’a soutenu et a combattu les dogmes avec moi et d’autres sans doute que j’oublie, mais que mon habitus a intégrés.

Toujours nous aurons besoin de nos enseignantEs.




28 septembre 2015


Le slam de l’Islam


J’étais en train de réfléchir à combien est décourageant et machiavéliquement efficace le tour de passe-passe auquel se livrent les conservateurs en détournant l’attention des électrices et électeurs sur un jugement de cour concernant une directive ministérielle contraire à la Charte des droits et libertés en prétendant qu’il s’agit d’un enjeu de société. Parce que trop de monde oublie dans l’affaire que ce n’est ni une loi ni un règlement qui est en cause, mais bien une directive ministérielle. Que la cause porte incidemment sur le niqab alors qu’elle porte principalement sur la possibilité d’un ministre de donner des directives qui entrent en contradiction avec le respect de la Charte.

Je pensais aussi à l’incroyable hypocrisie des nationaleux poussant des cris effarouchés devant la possibilité qu’une personne puisse participer à une cérémonie de prestation d’allégeance à la Reine en portant le niqab alors qu’ils ne sont pas foutus de décrocher le crucifix de l’Assemblée nationale, ce dont ils ont pourtant eu le pouvoir.

Rappelons que la personne en cause dans l’histoire doit se dévoiler pour recevoir son titre de citoyenneté, c’est seulement pour la cérémonie d’assermentation qu’elle peut se déguiser.

Je pensais donc à tout ça avec force désolation quand me tombe dessus cet essai de Paul Laurendeau intitulé L’islam, et nous les athées (Éditions ÉLP, collection Essais & Témoignages, 376 p. www.elpediteur.com).

C’est un ouvrage un peu baroque tant par le contenu qui nous promène de considérations philosophiques, politiques et historiques en discussions théoriques, pratiques ou géopolitiques en passages romancés fort élégamment que par le style vert, primesautier, et particulièrement incisif d’un point de vue intellectuel, dont sait faire preuve l'auteur.

Jamais de ma vie je n’ai lu si rapidement un essai, j’avais l’impression d’assister à une séance de slam, d’où mon titre, tellement le rythme m’emportait tout en gardant mon intellect constamment attisé par le désir d’en savoir plus.

L’auteur nous prévient, son document est loin d’être exhaustif. Il y faudrait des thèses entières. Mais, il a le mérite de nous apprendre que nous ne savons pas grand-chose et il a l’attitude empathique qu’il faut avoir sans aucune complaisance ni flagornerie. C’est un équilibre fort difficile à maintenir, mais le pari est tenu.

Un bel exemple se trouve dans cette citation dont le contenu s’adresse aux trois grands monothéismes : «Il n’est plus possible d’imposer l’héritage religieux au premier degré, de l’incorporer à l’existence contemporaine, sans fatalement s’en distancier et le relativiser. La décence la plus élémentaire interdit de faire primer des principes archaïques aussi iniques et aussi vermoulus sur nos chartes des droits humains, si imparfaites soient-elles d’autre part.» (p. 30)

Si j’avais deux petits reproches à faire à ce livre, ce serait d’abord de ne pas nous offrir de table des matières en début d’ouvrage. Étant donné la richesse et la diversité du contenu, cela nous aiderait à revoir le parcours d’une manière synoptique que ne permet pas la fonction «recherche».

L’autre reproche est une erreur qui concerne la confusion, lapsus calami fort probablement, qui a conduit l’auteur à appeler le sociologue Guy Rocher du nom d’Yves Rocher, le fabriquant de cosmétiques.

Je n’entrerai pas dans le détail à savoir si, dans tel ou tel cas, je suis d’accord à 100, 94 ou 38,9 % avec l’auteur, cela est secondaire. C’est un essai qu’il convient de lire (et vous aurez du plaisir à le faire) pour approcher un peu la richesse du dialogue que nous devons tenir avec une civilisation que nous comprenons mal.

Et pour nous expliquer tout ça, l’auteur n’a même pas eu besoin de passer par la longue histoire de poésie homoérotique écrite même par de savants théologiens comme Ibn Hazm ou par le brillant califat de Cordoue qui entretenait pour nous le délicieux xérès.




20 septembre 2015


L’esclavage et le salaire


Être obligé de gagner sa vie est une drôle de situation, comme si la vie ne nous était pas donnée et comme si les personnes qui préfèrent la poésie à la fabrication des matraques méritaient moins d’accès aux fruits de la Terre.

C’est en pensant à cette désolante hiérarchie des valeurs qu’on peut trouver fort à propos la suggestion de Dotation inconditionnelle d’autonomie (DIA) que mettent en avant les objectrices et les objecteurs de croissance, ce qui nous sortirait aussi de la tyrannie du travail salarié.

En effet, la croissance n’est certainement pas la façon de répartir équitablement le travail et ses fruits, puisqu’elle exige toujours plus de consommation pour justifier cette dite croissance, qui en retour nécessite toujours plus de travail pour avoir accès à cette dite consommation.

Depuis le tout début de la mécanisation, il est clair qu’on a besoin de moins en moins de travail. C’est la course au profit qui engage à de plus en plus de travail par de moins en moins de gens, ce qui crée de plus en plus d’exclus pour une somme totale de biens de plus en plus grande, biens dont une large part est futile et dont l’immense majorité est programmée pour durer le moins longtemps possible.

La DIA, qui est une forme plus précise et mieux structuré du revenu minimum garanti, met fin à la course au travail inutile et permet à chacunE de faire des choix plus éclairés. Elle exigera toutefois des discussions démocratiques pour s’assurer que le travail nécessaire et ennuyeux (par exemple les ordures, l’entretien des égoûts, etc.) soit mieux réparti.

Si une forme de revenu minimum garanti est soutenue à la fois à droite et à gauche, c’est qu’il n’a pas la même signification de chaque côté. Pour la droite, il est vraiment minimal, il ne permet pas nécessairement de vivre, mais remplace toutes les aides concernant l’assurance maladie ou médicament, l’aide aux garderies, au logement, etc. et est un prétexte pour renvoyer les femmes à leurs fourneaux.

Pour une gauche bien pensée, la DIA ou allocation universelle comme l’appelle André Gorz, ce revenu minimum donc, afin de bien fonctionner et de ne pas multiplier les inégalités au lieu de les réduire, doit être universel (s’adresser à tout le monde), inconditionnel (ne souffrir aucune exception) et suffisant (il doit permettre de vivre).

Qui voudra travailler, me demande-t-on ? TouTEs les artistes ne demandent pas mieux que d’exercer leur art. Pour ce qui est des emplois lourds et ennuyeux, on a dit plus haut qu’il faudra un système de répartition, sans doute par rotation. Pour ce qui est des autres emplois, si on prend l’exemple des personnes retraitées, on constate qu’elles ne se font pas prier pour exercer des emplois se sentant libres de s’engager. C’est un très bon indice de la tendance des humains à aimer se rendre utiles à leur société et à effectuer des tâches valorisantes.

La question d’un revenu minimal entraîne toutefois par corrollaire celle d’un revenu maximal acceptable. Il devrait y avoir un seuil au-delà duquel toutes les sommes seraient renvoyées à une instance de répartition entre les services d’utilité publique, au premier chef desquels se trouvent les établissements d’éducation et les hôpitaux.

Mais, on ne pourra plus faire de folies ! me direz-vous. Je ne sais pas de combien de folies on a besoin dans la vie ni de quelle nature elles sont, mais quand votre logement est assuré et que votre subsistance l’est aussi, vous seriez étonnéEs des plaisirs qui vous sont encore accessibles : se payer une bonne bouteille, faire un petit voyage, s’offrir une œuvre d’art...

Tout cela est possible et fort différent des excès dont parlait par exemple Gerard Hastings dans une de ses conférences. Vous connaissez les montres qui sont remontées automatiquement par le mouvement que vous faites en les portant, en agissant et en marchant. Il existe par exemple des coffrets qui permettent de conserver jusqu’à quarante de ces montres et qui les agite automatiquement de sorte que vous n’avez plus besoin de vous inquiéter pour les trente-neuf montres que vous ne portez pas au moment où vous en portez une. Est-ce ce genre de folies qu’on a peur de perdre ?

On me dira encore que de telles limites empêcheront les meilleurs d’exceller. C’est un préjugé difficile à prouver. Les gens qui gagnent le plus d’argent sont ceux qui vendent le plus. Est-ce que ça veut dire qu’ils excellent ? Est-ce que les artistes écrivent des chansons pour faire de l’argent ? Ils font des chansons et parfois font de l’argent, la plupart du temps n’en font pas. Les chercheurEs en science fondamentale font des découverts parce que le sujet les passionne pas pour faire de l’argent.

On me dira aussi que cela empêchera les millionnaires de faire des dons aux fondations. Ils n’en auront heureusement plus besoin parce que l’État le fera à leur place. On pourra décider démocratiquement de financer les services publics plutôt que d’espérer que telle ou telle cause soit assez sexy pour attirer les vedettes.

Libérer sa subsistance de l’obligation de vendre sa force de travail, c’est se libérer de l’esclavage du salariat, c’est assurer la justice parce que tout le monde n’a pas la chance de savoir séduire les foules, mais ça demande probablement aussi qu’on limite l’appât du gain.




15 septembre 2015


Les malheurs du Plateau


Le Plateau Mont-Royal voit fermer certains de ses commerces, subit les plaintes de celles et ceux qui le traversent parce qu’il n’est pas très convivial envers les automobiles et attire les critiques envers son maire d’arrondissement.

Se peut-il que le Plateau Mont-Royal soit victime de son propre succès ? Surtout de l’avidité de qui veut profiter dudit succès ? Ne veut-on pas le beurre et l’argent du beurre quand on veut résider dans un quartier branché, densément peuplé, couru par les élites économiques et artistiques et qu’en même temps on voudrait pouvoir s’y comporter comme en banlieu avec sa grosse cylindrée ?

Un quartier urbain doit permettre de vivre sa vie de quartier à pied, non ? Dans l’arrondissement que je viens tout juste de quitter, je me rappelle les hauts cris de mes voisins quand on avait voulu piétonniser la rue Masson. Imaginez, l’autobus passera désormais devant chez nous. Quelle horreur ! On m’avait soumis une pétition que je refusai de signer. On m’avait bien prévenu que je regretterais ma qualité de vie quand il y aurait un autobus qui passe plusieurs fois par jour devant ma porte. C’est quand même curieux, parce qu’il me semble moi, justement, que d’avoir une ligne d’autobus devant chez soi fait partie de la qualité de vie.

Se peut-il que les commerces qui ferment aient plutôt maille à partir avec la flambée astronomique des loyers ? Avec les prix faramineux des services qui y sont offerts ? Les propriétaires, qui n’habitent pas tous le quartier, loin de là, veulent le plus haut rendement possible et pouvoir se garer juste devant leur porte.

Et que dire des loyers résidentiels, de la transformation en condos, de la publication à l’étranger des logements disponibles dans l’espoir d’attirer des gens qui ne rechigneront pas sur des prix moins élevés que chez eux, où l’on est habitué à des tarifs excessifs ?

On peut difficilement presser le citron sans arrêt et se surprendre ensuite qu’il n’y ait plus de jus. Il ne faudra pas s’étonner d’entendre bientôt sur Rosemont les mêmes plaintes qui décrivent les malheurs du Plateau.




31 août 2015


Instaurer la démocratie


On se rappellera qu’en 2012, la ministre de l’Éducation d’alors avait déclaré que c’était bien beau la démocratie et qu’il fallait faire de grandes manifestations qui ne dérangent rien puisqu’elle ne changerait pas d’avis. C’était d’ailleurs exactement l’attitude du Premier ministre d’alors, Jean Charest, qui s’amusait beaucoup des manifestants qu’on poivrait en suggérant qu’on les expédie dans le Grand Nord.

Très récemment, le Premier ministre actuel, Philippe Couillard, a remis ça en disant que, oui, il faut bien que les gens manifestent, c’est la démocratie, mais qu’absolument aucune manifestation ne le ferait changer d’avis quant à ses politiques.

Il y a là des leçons à tirer pour les organisations syndicales qui sont en négociation cet automne. Elles devront être inventives, car l’avertissement est clair : « Manifestez gentiment et laissez-nous vous enfirouaper. »

Il est très clair que, pour ces gens qui nous gouvernent, la démocratie c’est quelque chose d’ennuyeux qu’il faut bien endurer (les manifestations, une élection aux quatre ans), mais ce qui importe, c’est la gouvernance, c’est-à-dire ce qu’Alain Deneault appelle avec justesse et rigueur le management totalitaire.

Qu’en est-il des partis fédéraux qui aspirent à nous gouverner ? Qui s’est fermement engagé à respecter la volonté des communautés ? Qui s’assurera que c’est la population qui décide de ce qui se passe sur son territoire ? Qui s’assurera que les gens passent avant l’argent ?

On peut dire que la période des casseroles en 2012 a été un moment fort de démocratie dans les récentes années. La souveraineté appartient à la population et il faut prévoir, entre autres choses, des mécanismes qui lui permettent de retirer le pouvoir qu’elle donne à ses représentants lorsqu’ils ne s’en montrent pas dignes. La démocratie est à instaurer.




24 août 2015


Vivre ou consommer ?


Ma réflexion d’aujourd’hui est inspirée par un atelier intitulé De la décroissance au Buen Vivir : Au-delà du capitalisme, offert par l’Université populaire des Nouveaux Cahiers du socialisme.

On constate que le vocable décroissance suscite des réactions négatives dans la population en général et que beaucoup craignent de perdre énormément si on s’engage sur cette voie, oubliant en même temps que c’est la vie humaine sur la planète qu’on perdra bientôt si on ne sort pas de la surconsommation.

L’expression buen vivir, concept développé en Amérique latine, a plus de charme et laisse entendre qu’on se dirige sereinement vers une meilleure vie. On peut faire le lien avec le concept de « simplicité volontaire », mais là encore, l’expression suscite des réticences à cause du présupposé de réduction du train de vie qu’elle implique.

Pour ma part, j’aime bien parler de « la vie bonne ». Ce concept nous renvoie à deux idées :

1. Celle de choisir la vie qu’il convient, c’est-à-dire offrir la réponse à la question que se posent tous les philosophes : « Qu’est-ce que la vie bonne ? »

2. Celle de faire une vie qui soit bonne pour soi et les autres, donc agréable.

Dès qu’on parle de quitter le paradigme de la surconsommation et de la surexploitation des ressources naturelles, les gens s’effraient en pensant qu’ils devront mener une vie monastique. Pourtant, ce sont surtout les personnes qui vivent dans un monde outrageusement luxueux qui souffriront d’un manque. Pour la plupart du monde, ça signifie surtout refaire des priorités qui permettent de jouir davantage de la vie, par exemple être un peu plus maître de son temps.

De nombreuses personnes libérées du travail peuvent consacrer un part plus importante de leur quotidien à des activités mutuellement bénéfiques avec leur entourage, que ce soit, à un niveau d’intérêt particulier, des loisirs de plein air, de l’aide bénévole, des services communautaires, une passion commune pour la musique, la lecture, l’observation d’oiseaux ou, à un niveau d’intérêt social, les discussions politiques, l’action politique, l’intervention dans les instances de sa communauté, la création d’instances dans sa communauté, etc.

Choisir ses priorités ne signifie pas se priver, mais plutôt jouir davantage de ce qu’on fait, approfondir ses relations, être plus concentré sur ses préférences, être moins dispersé.

Pour les personnes qui sont toujours au travail, les choix sont plus difficiles, mais souvent se rapprocher de son lieu de travail et se défaire de la deuxième voiture peut être vécu comme une véritable libération. Les heures perdues chaque jour dans la boîte de tôle et de plastique sur les ponts peuvent avantageusement être remplacées par du temps passé au jardin communautaire en été et à la piscine ou à la bibliothèque du quartier en hiver.

C’est un exemple qui ne convient pas nécessairement à tout le monde, mais chacunE dans les classes moyenne et supérieure peut trouver une façon de rendre sa vie plus agréable en échangeant une pratique délétère pour une autre plus conviviale.

Il est cependant très clair qu’aucune initiative individuelle ne pourra jamais remplacer les changements nécessaires à un niveau plus global : amélioration des transports en commun, densification des quartiers, aménagement des services, transition vers une économie non extractiviste, favorisation de la production et de la consommation locales.

Pour les classes moins nanties, ce luxe de choisir « la vie bonne » n’existe pas. C’est pourquoi des changements politiques sont essentiels, et ce n’est certainement pas la privatisation des services publics qui ira dans le bon sens.

Si les centres commerciaux ont remplacé les églises, ils laissent toujours les « damnéEs de la terre » dans la même déréliction. C’est là qu’intervient l’écosocialisme, car on ne saurait être socialiste tout en prétendant continuer à épuiser et polluer nos ressources.




11 août 2015


Méfions-nous de ces gens qui nous protègent !


L'argument de la sécurité peut servir de prétexte à bien des excès. On l'a vu récemment avec le projet de loi C-51, qui risque de faire passer pour terroriste quiconque s'oppose à la volonté du gouvernement de construire ou de laisser construire telle ou telle infrastructure.

La dernière trouvaille de monsieur Harper est de proposer qu'il soit interdit aux citoyenNEs canadienNEs de se rendre dans des contrées où il y a des terroristes. Bien sûr, on a prévu des exceptions comme celle des humanitaires, mais si vous avez de la famille qui vit normalement dans l'un de ces pays et que l'une de ces personnes tombe malade, devrez-vous vous faire embaucher par une organisation humanitaire pour pouvoir lui rendre visite ?

Quels seront les pays ou les villes visées ? Et pourquoi pénaliser tout le monde ? Tout le monde serait donc terroriste dans telle ou telle ville ? Et s'il y a des terroristes à Vancouver ? On fera quoi ? Si on trouve des terroristes à Longueuil, on fera quoi ?

Ensuite, rappelez-vous C-51, s'il y a un grand congrès environnemental à Berlin pour s'opposer aux pipelines du pétrole sale, ce sera sans doute considéré comme un rassemblement de terroristes. Est-ce que Berlin sera interdit comme destination ou seulement les personnes qui vont au congrès ou alors tout Berlin, mais seulement pendant la durée du congrès parce que des gens peuvent mentir sur le fait qu'ils ne vont pas au congrès, ou peut-être aussi quelques semaines avant pour éviter que des personnes qui vont à Berlin restent pour le congrès ? Vous imaginez le casse-tête ?

Pourquoi pas soumettre tous vos projets de déplacement au Premier ministre, et ce sera lui qui décidera où et quand vous pourrez voyager ! Ce serait beaucoup plus sécuritaire, non ?

Quand on cède aux dérives sécuritaires, on autorise ceux qui nous protègent à construire les barreaux de notre prison et on leur en donne la clé.




3 août 2015


Le capitalisme est-il réformable ?


Répondons en philosophe prudent (ce n'est pas mon habitude, vous me direz) et disons : probablement pas. En fait, les analyses les plus sérieuses montrent bien que le capitalisme est devenu ce qu'on peut appeler un « sujet automate », une véritable machine qui se nourrit elle-même et qui a besoin de produire toujours plus, c'est pourquoi aucune amélioration mécanique ne donne de répit aux travailleuses et aux travailleurs.

Au contraire, plus il y a d'innovation, plus il faut produire pour engranger de la valeur étant donné que la facilité de production diminue la valeur de biens toujours plus nombreux et toujours plus inutiles. De même, cela ne donne pas plus d'emploi, mais fait plutôt appel à de plus en plus de machines, et la ressource humaine, de plus en plus dévalorisée, se sacrifie pour la moindre apparence d'occupation rémunérée.

Il est bien vrai que la logique interne du capitalisme, qui est une machine de destruction emballée, n'est pas l'objet d'un plan machiavélique des banquiers, des financiers ou du 1 %, qui ne sont tous, comme nous pauvres consommateurs (comme on dirait pauvres pécheurs pour faire le lien avec la religion économique dont je parlais dans le billet du 27 juillet dernier), que des pièces de l'immense mécanique à dévorer les ressources.

Alors, qu'avons-nous comme choix ? La révolution ? Je veux bien, mais ils ne semblent pas très nombreux sur ce chemin. Attendre l'effondrement du système ? L'arrêt de cette machine arrivera fatalement dans une catastrophe qui aura bousillé notre environnement pour des siècles (et des siècles amen, je file la métaphore religieuse) et qui entraînera des morts par centaines de millions.

Si le capitalisme ne se réforme pas facilement, il a déjà été bridé par la social-démocratie, et il n'y a pas de raison de ne pas le brider à nouveau en attendant que les messies révolutionnaires viennent nous délivrer. Je ne parle pas ici du bon temps des trente glorieuses, mais de la social-démocratie à la façon scandinave des années soixante-dix ou même de la Nouvelle-Zélande de l'époque.

Qu'est-ce qui a mis fin aux avancées de la social-démocratie ? Ce ne sont pas des difficultés économiques, comme on voudrait nous le faire croire, mais bien le changement d'hégémonie culturelle. Les tenants du laisser-faire économique ont réussi à convaincre une part assez importante de la population que la régulation était une atteinte à la liberté. Dans l'hégémonie culturelle, les entreprises ont acquis un statut supérieur à celui des êtres humains : la liberté d'exploiter un territoire est plus importante que la liberté des peuples qui l'occupent (c'est le sens des accords de libre-échange entre autres).

Plutôt que d'attendre le cataclysme programmé par le capitalisme, il me semble qu'il n'est pas mauvais de faire tout ce qu'on peut pour rendre la vie vivable et, oui, ne pas laisser faire les financiers et les banquiers, même s'ils ne sont pas nécessairement méchants, de la même manière qu'il faut contester la charité des grandes fondations quand elles réorientent les décisions de l'État et parce qu'elles se soustraient à l'impôt, même si les gens qui les dirigent sont d'une grande bonté, parce que, oui, faire le bien de cette façon, c'est mal.

Il vaut tout de même mieux voter pour des réformistes que de s'en balancer et laisser les conservateurs détruire le peu de démocratie et de liberté qu'il nous reste. Et, bien sûr, il faut construire partout où on le peut des espaces de liberté citoyenne, favoriser les villes en transition, contester les développements nuisibles à l'environnement et, surtout, surtout, travailler à changer l'hégémonie culturelle. Il s'agit, un jour, d'atteindre la masse critique nécessaire à créer le point de bascule pour que la religion économique paraisse tout à coup absurde et que le culte disparaisse. Et que, comme dans le magnifique roman d'anticipation d'E. M. Forster, La machine s'arrête.




27 juillet 2015


La religion économique


Déjà en 1991, même un grand bourgeois comme Jacques Parizeau, à l'occasion d'un congrès régional du Parti québécois, nous mettait en garde contre la religion de l'économie. C'est dire à quel point on n'a pas besoin d'être anarchiste pour trouver que la dictature économique fonctionne avec des dogmes.

La religion économique fait en sorte que nous acceptions comme vérité révélée des affirmations qui ne reposent sur rien d'autre que la croyance ou l'habitude, par exemple qu'il faut que le PIB croisse sans cesse, que les cours de la bourse sont un indicateur de la santé d'une nation, que le privé fait mieux que le public, que la dette publique est comme la dette des ménages...

La religion économique fait que l'on écarte comme hérétique toute personne qui conteste le diktat de la rentabilité financière.

La religion économique fait en sorte que l'on nie des faits pourtant reconnus par la majorité des scientifiques, comme le réchauffement global et les changements climatiques qu'il entraîne.

La religion économique fait en sorte que l'on encense des gens qui prétendent créer de la richesse. Pourtant, il n'existe pas une telle chose que la création de la richesse. Les richesses existent dans la nature, et on se les approprie pour les transformer et s'en servir. Mais, personne ne crée de richesse.

Les « explorateurs » des temps passés, qu'on aurait tout aussi bien pu appeler des exploiteurs, avaient quand même l'humilité de ne pas prétendre être les créateurs des richesses qu'ils captaient dans les pays qu'ils allaient coloniser.

Sondage après sondage, les populations humaines confirment que leurs plus grandes richesses sont la santé et le temps dont elles peuvent disposer ainsi que la famille avec qui elles peuvent passer ce temps.

La sagesse autochtone nous dit : « Quand ils auront coupé le dernier arbre, pollué le dernier ruisseau, pêché le dernier poisson, alors ils s’apercevront que l’argent ne se mange pas. »

Il y a des gens qui s'enrichissent, ils ne créent pas de richesse. Si on vous disait qu'il faut rendre grâce aux gens qui s'enrichissent, ça serait pas mal moins sexy que de féliciter ceux qui créent de la richesse, n'est-ce pas ? Mais, ce serait plus exact.

La religion économique fait croire aux travailleuses et aux travailleurs que ce sont leurs employeurs qui les font vivre alors que ce sont elles et eux qui font vivre les employeurs.

La religion économique nous fait accepter des concepts fumeux comme la « saine gestion ». C'est sûr que c'est bon, ça le dit, c'est une gestion saine. Comme dans les années 50, on ne pouvait pas contester le bon Dieu, c'est sûr, il est bon, alors on ne peut être contre lui. On peut pourtant décider nous-mêmes de ce qui est sain et de ce qui est bon.

La religion économique ordonne de consommer toujours plus de nouveaux gadgets pour stimuler l'économie.

La religion économique condamne les personnes qui ne sont pas « productives » comme si elles étaient des parasites. Les artistes fauchés, les retraités, les handicapés, les assistés sociaux ont pourtant beaucoup plus à nous apprendre que les champions investisseurs.

La religion économique fait passer la production et le profit avant la santé, le temps et les gens.




20 juillet 2015


Comment crée-t-on de la richesse ?


Un homme trouve un filon d'or; il l'exploite, il en tire de la richesse. En a-t-il créé ? Non, il l'a trouvée et se l'est appropriée.

Un investisseur fait construire une usine et embauche des employéEs qui travaillent pour lui à la production d'appareils électriques. A-t-il créé de la richesse ? Non, il a fourni l'occasion à des personnes de contribuer à son enrichissement par les profits qu'il tire de son entreprise. Ses employéEs transforment des pièces en appareils complets. Il y a déplacement et transformation, pas création.

Un financier crée un nouveau produit boursier grâce auquel des centaines de personnes spéculent et font gonfler la valeur de certains titres, qui leur valent des rentrées pécuniaires importantes. A-t-il créé de la richesse ? Non, il a seulement permis à certains un accès plus grand à des moyens financiers, ce qui signifie pour plusieurs autres des manques et des déperditions. La possibilité d'acheter des biens que ces moyens financiers procurent ne crée pas les biens. Elle les accumule, mais ne les crée pas.

Un gouvernement soucieux de sauver les banques de la ruine afin de s'assurer qu'elles puissent continuer à saigner les gagne-petits sort la planche à billets, ramasse les fonds de budget et déverse le tout dans les comptes des institutions financières. A-t-il créé de la richesse ? Non, il a simplement déplacé des instruments financiers et en a multiplié d'autres, mais aucune matière qui n'existait déjà n'a été créée.

On ne crée pas de richesse : on l'accapare, on se l'approprie, on en prive les autres.

« Le premier qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, que de guerres, de meurtres, que de misères et d'horreurs n'eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : Gardez-vous d'écouter cet imposteur; vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n'est à personne. »

Jean-Jacques Rousseau





4 mai 2015


Dénoncer la violence, pourquoi, comment


Je suis membre des Artistes pour la paix. Cet organisme croit au pouvoir pacificateur de l'art et s'engage dans des activités qui font la promotion de la paix. On comprend donc que la violence ne fait pas partie de nos outils d'intervention et qu'elle ne trouve pas de complaisance chez nous.

Toutefois, quand on demande de condamner la violence, il y a la façon de le demander comme il y a la façon de le faire.

Prenez par exemple une porte-parole étudiante à qui on demande de condamner la violence qui a été constatée lors d'une manifestation. Cette violence n'est pas de son fait et ne vient pas de son groupe. Si elle accepte la proposition de démarrer l'entrevue là-dessus, la conversation ne risque-t-elle pas de porter uniquement sur ce sujet et donc d'évacuer totalement le message qu'elle est venue transmettre alors qu'elle n'a rien à y voir, sans compter que ladite violence peut avoir été déclenchée par des agents provocateurs.

Et puis, même si l'interview finit par porter sur les revendications de son groupe, quels seront les titres le lendemain? «La porte-parole dénonce les violences» (ce qui évacue encore une fois le sujet) «La porte-parole renie son groupe» (ce qui est sans aucun rapport puisque ce n'est pas son groupe qui est à l'origine de la violence), car hélas la confusion et les amalgames sont monnaie courante quand ils ne sont pas tout simplement commandés dans certains organes de propagande.

De plus, il faut noter le caractère proprement asymétrique de la demande de condamner la violence. On demande uniquement de condamner la violence contre les biens, contre les autorités. La violence exercée contre les personnes par ces mêmes autorités ne fait jamais l'objet d'une demande de condamnation.

Demande-t-on aux autorités de condamner la violence arbitraire exercée par ses forces de l'ordre? On a vu récemment une cliente qui sortait d'un dépanneur se faire poivrer sans raison. A-t-on demandé au premier ministre, au ministre de la sécurité publique de condamner cette violence?

Il y aussi le double discours des autorités. Que ce soit madame Beauchamp en 2012 ou monsieur Couillard aujourd'hui, en substance leur discours est le suivant: «Manifestez pacifiquement, ne dérangez rien, c'est excellent! Et, nous, c'est certain, nous ne dévierons pas d'un iota de notre orientation.» Il est tentant de lire entre les lignes: «Seules des interventions violentes pourraient nous ébranler.» Il ne s'agit pas ici d'excuser la violence, mais d'expliquer que, par leurs discours, les autorités jouent avec le feu.

Ou encore, on entend des ténors du gouvernement dénoncer la désobéissance civile comme de la violence. Or, la désobéissance civile n'est pas violente et est un élément nécessaire à la progression de la démocratie.

Il faut savoir que, lorsqu'on est contre la violence, on doit faire preuve de patience, qu'il faut être assez stoïque et qu'on subit l'injustice pendant longtemps. C'est extrêmement frustrant, mais on ne peut en déroger sous peine de faire le jeu de nos adversaires.

Cependant, cela ne signifie pas non plus qu'on est prêts à tomber dans le piège qui consiste à ne dénoncer qu'une seule sorte de violence, ce qui reviendrait alors à faire la promotion d'une autre violence, celle des autorités.




21 avril 2015


Greenwashing


Si vous possédez un téléviseur, vous avez sûrement vu la publicité d'Écoentreprises mettant en vedette Éric Salvail, lequel annonce fièrement : «Saviez-vous que ce sont les entreprises qui financent la récupération au Québec ?»

Eh bien, non, vous ne le saviez pas et il n'y a pas de raison de se mettre à le croire. Outre les subventions et déductions fiscales que reçoivent les entreprises pour faire de la récupération, du recyclage et autres améliorations à leur production, les coûts nets font nécessairement partie du prix de revient inclus dans le prix d'achat que vous déboursez comme consommatrices et consommateurs. Alors, c'est toujours la société qui finance la récupération et les entreprises qui en récupèrent le crédit.

C'est bien et c'est apprécié que les entreprises s'entendent pour coordonner les efforts dans la récupération, mais c'est aussi tout à fait normal et vous n'avez pas à vous en sentir redevables puisque vous payez ces frais de toute façon quand vous achetez les produits.

Mais, il y en a qui font bien pis. Lors de la journée d'études sur l'économie verte, bellement organisée par le Centre Justice et Foi et ATTAC-Québec le samedi 18 avril dernier, il a été entre autres question de la fameuse bourse du carbone.

C'est un magnifique système qui permet à une entreprise de recevoir des crédits d'émission de carbone et, si elle ne les dépasse pas, de les vendre à d'autres ou, au contraire si elle les dépasse d'en acheter à d'autres, y compris à ses propres filiales dans d'autres localité ou régions.

En d'autres termes, outre les crédits, subventions et déductions fiscales pour contribution à l'environnement, cette bourse du carbone permet aux entreprises les plus riches et les plus polluantes de polluer encore plus (puisque les crédits carbones sont en fait des permis de polluer) tout en faisant encore plus d'argent.

En plus d'être un vrai jeu de casino sur le droit de polluer, c'est une très mauvaise pratique qui oublie le véritable enjeu : réduire la pollution et les émissions de carbone à la source.




13 avril 2015


Le dernier bon coup de Michel Chartrand


Hier, 12 avril, nous commémorions le cinquième anniversaire du décès de Michel Chartrand. Je me rappelle que c'est le 13 avril au matin que la nouvelle déferlait dans les médias.

Le flamboyant syndicaliste était devenu très tôt de son vivant un personnage mythique. Nul doute qu'on lui attribuera des faits et gestes qui seront magnifiés par le passage du temps et par la grandeur de l'impression qu'il a laissée dans l'imaginaire québécois. L'anecdote que je vous raconte aujourd'hui aura peut-être une toute petite place dans la saga qui se constituera à sa mémoire.

Le dimanche 10 avril 2010, le Syndicat des chargées et chargés de cours de l'Université de Montréal, dont j'étais le président, acceptait à 74 % une entente de principe avec l'employeur après presque deux mois de grève, de piquetage dans le froid et de négociations des plus ardues.

La couverture médiatique était particulièrement négative. On nous accusait de prendre les étudiants en otage, certains réclamaient l'intervention de la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, qui à la fin nous menaçait pratiquement d'une loi spéciale. Les étudiantEs de la Fédération des associations étudiantes du campus de l'Université de Montréal (FAECUM) ne nous appuyaient pas. Les radios nous vouaient aux gémonies.

Personne ne songeait à rappeler à l'administration universitaire que, juste avant de venir pleurnicher en séance de négos qu'elle n'avait plus d'argent, les hauts cadres s'étaient voté des augmentations de salaire rétroactive à 2007 et 2008 pour une valeur de 2,5 millions de dollars comme nous l'avait appris le Devoir, le 19 septembre 2009, le jour même où nous tenions une importante assemblée syndicale sur la négociation.

Trois exceptions notables nous apportaient un peu de baume au cœur. La chaîne télé de nouvelles continues LCN du groupe TVA proposait une couverture équilibrée du conflit. De même, le journal Métro de Montréal a offert des reportages équilibrés entre les deux parties. Et les membres de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (l'ASSÉ, alors très minoritaire à l'Université de Montréal) nous donnaient leur appui.

Toujours est-il que nous étions parvenus à une proposition de règlement qui nous paraissait raisonnable dans les circonstances et que ce dimanche-là, le 10 avril 2010, notre assemblée générale avait acceptée aux trois quarts. Mais les deux jours qui suivirent ne nous donnèrent pas de répit, car les médias ont continué à se déchaîner contre les chargéEs de cours, plaignant l'Université qui devait trouver des mesures de rattrapage, comme si ce n'était pas les chargéEs de cours qui se taperaient ce boulot, nous attribuant le caractère chaotique des mesures prises par l'administration et récoltant les témoignages de certainEs étudiantEs pleinEs de hargne, qui voyaient leur emploi d'été écourté.

Alors que nous étions affairéEs à finaliser le texte de la convention, à essayer de mettre de l'ordre dans les mesures incongrues que l'Université improvisait, à trouver des façons de nous entendre avec les étudiantEs pour couvrir les matières à rattraper, nous étions encombréEs par des récriminations médiatiques sur les vilaines conséquences de la grève maintenant qu'elle était terminée.

Mais, le mercredi 13 avril 2010 au matin, il n'y en avait plus que pour Michel Chartrand, qui venait de décéder, et le Syndicat des chargées et chargés de cours de l'Université de Montréal était redevenu une quantité négligeable.

Merci donc à Michel Chartrand car, même en mourant, il a accompli une bonne action et nous a délivréEs du bourdonnement intempestif, qui compliquait notre retour au travail.




2 avril 2015


À quand un ministre de l'Éducation nationale ?


À toutes les personnes qui ont pu croire que François Blais avait des sympathies pour la gauche, le choc a sans doute été brutal : le responsable du business de l'éducation s'est présenté dans le média qui lui ressemble (radio X) pour dire ce qu'il pense (bien que ce dernier mot soit plutôt fort) des étudiantEs, dont ce devrait être sa mission de prendre soin. C'est-à-dire que ce sont des enfants gâtés qu'il faut mâter.

J'ai eu l'occasion de débattre lors des soirées Michel-Chartrand, à Longueuil, le mercredi 8 juin 2011, avec François Blais à propos du revenu de citoyenneté. J'y défendais la position du Conseil central du Montréal métropolitain de la CSN, qui a de sérieuses réserves sur cette mesure si elle n'est pas bien définie dans une politique globale et complète de services sociaux.

La salle peuplée essentiellement de sympathisants à Québec solidaire (dont Blais est aussi loin que d'Alpha du Centaure alors que moi j'en suis un des quelques centaines de membres fondateurs) a fait une fête à monsieur Blais qui défendait la position d'une instauration rapide et partielle d'un revenu qui ressemble beaucoup plus au revenu minimum garanti que prônait le crédit social en espérant que ça renvoie les femmes à leurs fourneaux.

Monsieur Blais était un poisson bien difficile à saisir, car il ne répondait jamais aux arguments montrant que le revenu minimum peut être une arme d'augmentation des inégalités et de délestement des plus riches de leurs responsabilités sociales s'il s'accompagne de la disparition des diverses assurances sociales et de la réduction des services sociaux et publics.

Demi-vérités, omissions, réticences et restrictions mentales de la part de mon interlocuteur ont fait de cette soirée une expérience extrêmement frustrante, où il s'était réservé le beau rôle alors que je passais pour le méchant. Il paraissait bien généreux de proposer une implantation partielle du régime de revenu minimum alors qu'en fait il s'agit de la proposition de Milton Friedman, le pape du néolibéralisme : «Donnez la même somme minimum à tous les adultes, puis laissez-les se débrouiller. Plus d'aide d'aucune sorte. Les plus méritants s'en tireront bien.» Je paraphrase, mais c'est en gros la pensée de Friedman, que Blais s'est bien gardé de rendre claire, mais c'est aussi sa position.

De mon côté, j'ai dû expliquer, comme le montre André Gorsz, que l'allocation de citoyenneté doit être inconditionnelle, suffisante et universelle pour être efficace, sinon elle accroit les inégalités. Mais, j'ai obtenu la réponse qu'on pourrait commencer par une forme de revenu minimum pour certaines catégories, puis après élargir. Ce qui a bien plu à l'auditoire, mais justement, c'est ouvrir la porte à la ségrégation des catégories sociales alors qu'une telle mesure ne peut pas être partielle, pour fonctionner elle doit s'appliquer à tous.

Tout cela pour dire qu'on peut facilement passer pour généreux quand en fait on veut abandonner les moins nantis à la loi du plus fort.

Et, finalement, j'ai bien hâte qu'on nomme comme ministre de l'Éducation quelqu'un qui s'intéresse vraiment à l'avenir de la société, qui a à cœur la jeunesse, qui l'aime, la comprend et veut profiter de son énergie et de sa capacité critique, plutôt que de voir ce ministère comme une usine à fabriquer des diplômes et des robots serviles.

Mais à quoi peut-on s'attendre d'un gouvernement formé par le Parti des Affairistes ?




29 mars 2015


Péchés à usage réservé


Dans la religion catholique romaine, qui est l'univers culturel dans lequel j'ai macéré pendant toute mon enfance, c'est aujourd'hui le dimanche des Rameaux et demain commencera ce qu'on appelle la semaine sainte préparant le jour de Pâques, la fête la plus importante de cette religion puisqu'elle célèbre la résurrection du sauveur appelé Christ.

C'est une excellente occasion de réfléchir à certaines prescriptions de l'Église qui sont assez intrigantes quand on les considère de prime abord. J'ai nommé les sept péchés capitaux, fautes fondamentales qui incarnaient tout ce qu'il faut éviter, car comme le disait le petit catéchisme «ils sont la cause de beaucoup d'autres» ou pire encore selon Monseigneur de Saint-Vallier dans son catéchisme du diocèse de Québec en 1702 : «Parce que d'eux comme de certaines sources, descendent tous les autres péchés.»

Ne disait-on pas d'une personne très vilaine à regarder ou monstreuse dans son comportement qu'elle était «laide comme les sept péchés capitaux».

Quels sont donc les sept péchés capitaux ? L'orgueil, l'avarice, l'impureté (ou impudicité), l'envie, la gourmandise, la colère et la paresse. Dans le catéchisme de Monseigneur de Saint-Vallier, l'impureté est appelée luxure et la colère a fait l'objet d'une erreur d'impression de sorte qu'on n'y retrouve que deux lettres «ne», dont l'une n ne fait même pas partie du mot.

Cette liste m'a toujours semblé bien étrange parce qu'elle mélangeait des choses désirables avec des choses indésirable. En effet, on comprend bien pourquoi on interdit la gourmandise, la paresse et la luxure, ce sont des choses agréables et, quand on a été dé-formé par la religion catholique, on comprend vite que les ecclésiastiques nous interdisent tout ce que nous aimons et on a l'impression que faire souffrir les autres est le premier but de leur vie.

Mais l'orgueil, l'avarice, la colère, l'envie, en quoi cela est-il attirant? En tout cas, je ne pouvais pas comprendre qu'on m'interdise des choses qui ne sont pas vraiment tentantes.

Prenons l'orgueil par exemple. Personne n'aime fréquenter les orgueilleux, donc on n'a pas besoin d'en faire un péché. Pourtant, il y un sens ancien de ce mot qui est «la fierté naturelle», «le sentiment de dignité». Quand une personne n'avait aucune dignité, qu'elle se rendait ridicule, qu'elle s'humiliait elle-même et recommençait sans cesse, je me rappelle que les vieux en disaient : «Ça n'a pas d'orgueil». Tiens donc, en interdisant l'orgueil, peut-être voulait-on rabaisser les pauvres et les peu instruitEs pour qu'elles et ils ne se redressent pas devant l'autorité ? Peut-être voulait-on simplement dire qu'il faut accepter de se faire humilier ? Ce qu'aucun ecclésiastique ne souffrirait pour lui-même bien sûr.

Mes lectrices et lecteurs assiduEs auront déjà vu dans mon billet de la semaine dernière que la colère est quelque chose d'utile, qui peut mener à la révolte contre l'injustice, donc les ecclésiastiques qui sont gens de pouvoir avaient tout intérêt à l'interdire. C'est par ce biais qu'on peut comprendre comment la liste des péchés capitaux a finalement été établie.

Si on se place du côté du pouvoir et qu'on veut dominer la masse, il faut lui interdire tout ce qui nous sert et tout ce qu'on veut préserver pour soi dans une chasse gardée.

Ainsi les princes de l'Église ont-ils décidé de se réserver l'accumulation des richesses (avarice), les plaisirs de la table et du lit (gourmandise et luxure), qui vont souvent ensemble, la superbe qu'on peut imposer aux autres (orgueil), le droit de se mettre en colère, le désir de surpasser les autres en possession et en richesse (envie) et le luxe du farniente (paresse).

Voilà, tout devient clair : ce n'est pas parce que ce sont toutes des choses désirables que les aimables princes du catholicisme nous interdisaient ces «péchés», mais bien parce qu'ils voulaient les garder pour eux seuls, s'assurant de pouvoir dominer le bon peuple.

Et on remarquera, en passant, que ce sont bien les mêmes «fautes» que les capitalistes, qu'ils soient catholiques ou pas, nous reprochent. Vous n'avez pour ça qu'à vous remémorer les sermons du curé Lucien Bouchard.

Quand j'étais petit, il n'y avait que quatre péchés que je trouvais difficiles à éviter : gourmandise, paresse, impureté et colère. Les autres ne m'intéressaient nullement. Maintenant, ils ne m'attirent pas davantage, mais je peux pratiquer les quatre premiers avec d'autant plus de plaisir que je sais pourquoi ils nous étaient interdits.




22 mars 2015


De l'utilité de la colère


La colère est mauvaise conseillère dit l'adage. Peut-être l'adage est-il, comme souvent, plutôt conservateur et peu approprié à la défense du peuple, parce que la colère, c'est drôlement utile.

Qu'on ne se méprenne pas ! Attention ! Je ne parle pas de la rage. La rage rend aveugle et répand de façon indistincte la sanction sur toutes les personnes qui ont le malheur d'être sur le chemin de l'enragé. Il n'est pas question de ça ici.

Qu'on ne se méprenne pas ! Attention ! Je ne parle pas de l'impulsivité. L'impulsivité fait réagir trop vite et commettre des bêtises qui peuvent affaiblir la personne qui en est affectée. Il n'est pas question de ça ici.

Un exemple : Vous passez à côté de deux hommes, l'un vous fait un croc-en-jambe. Réaction d'enragé, vous engueulez les deux alors qu'un seul est coupable. Réaction impulsive vous frappez le responsable du croc-en-jambe, ce qui déclenche un bagarre.

Mais, si vous vous mettez en colère, vous pourrez prendre le temps de réfléchir à la bonne façon de trouver réparation : demander des excuses, porter plainte, ne plus faire affaire avec cette personne si elle vous était connue, etc.

La colère est nécessaire pour s'opposer aux injustices. Notre grand poète et chanteur Félix Leclerc l'a bien compris dans son Alouette en colère. Les ecclésiastiques ne s'y sont pas trompés, eux, qui ont fait de la colère un péché capital, donc une chose interdite pour le peuple et réservée seulement aux puissants et à eux-mêmes. D'ailleurs, quand ils se fachent, eux, ce sont de saintes colères. Les crimes des dominés sont les vertus des dominants.

Parce que la colère signifie la possibilité de révolte, la colère est loin d'être une mauvaise chose.

Une anecdote en passant. Dans une famille dysfonctionnelle de ma connaissance, l'un des parents au matin, en plus de raconter les voix qui peuplaient sa tête, se concertait avec tous ses enfants pour décider qui d'entre eux serait la victime du jour afin de lui imposer diverses brimades et mauvais traitements. Quand la victime se plaignait, on l'accusait de colère, qui était un bien vilain péché.

Évidemment, on ne s'avisait pas que tourmenter un enfant est bien plus grave que de se mettre en colère. Après tout, la colère est listée parmi les péchés capitaux, alors que les tourments et même la torture n'y figurent pas. On peut même dire que la persécution et les supplices font partie des bonnes pratiques grâce au divin exemple de la Sainte Inquisition.

Bon, il s'agit d'un cas pathologique, bien sûr, mais il reste que toutes les dictatures, de petite ou de grande taille, s'autorisent de l'interdit qu'on impose à la colère et à la révolte.

Dans un magnifique discours prononcé en juin 1981, la féministe Audre Lorde explique comment la colère doit être canalisée pour lutter contre l'injustice et plus particulièrement le racisme. La lecture de ce discours devrait être obligatoire dans les cours d'éducation à la citoyenneté : «The Uses of Anger : Women Responding to Racism» traduit en français par «De l'usage de la colère : la réponse des femmes au racisme». Vous le trouverez facilement sur le web.

La colère est nécessaire pour combattre la misère institutionnalisée. Elle est nécessaire pour s'opposer à l'iniquité. L'exemple lumineux des Mères en colère et solidaires du printemps 2012 devrait justement nous éclairer.

Contrairement à la rage et à l'impulsivité, la colère ne nous épuise pas, elle fournit juste ce qu'il faut d'adrénaline pour voir plus clair et penser à la riposte. Contrairement à la rage et à l'impulsivité, la colère n'empêche pas de rire et même d'avoir de la joie. La colère est une force qui permet le changement.

Si les puissants et les dévots nous ont interdit la colère, c'est sans aucun doute parce qu'elle était plutôt bonne conseillère.




15 mars 2015


Je suis intellectuel


L'anti-intellectualisme a longtemps été un défaut fondamental de la société québécoise. On croyait en être sorti à la fin de la Révolution tranquille, mais c'était sans compter sur la révolution de droite qui commençait en même temps que déclinait la grande ère des acquis sociaux, soit vers la fin des années 70.

La transformation de la lutte de classe en conflit culturel qu'a si bien décrite Thomas Frank dans son livre What's the Matter With Kansas ? (traduit en français par Pourquoi les pauvres votent à droite) s'alimente entre autres de cette confusion entre intellectuel et snob et contribue à faire croire que, parce que les dominants et leurs larbins affichent un mépris de façace pour la culture savante, ils sont du côté du peuple essayant de gommer par là la différence de classe, prétextant que les philosophes et les écrivainEs oppriment les gens plus que les banquiers et les propriétaires de manufactures.

Le maire d'une ville qu'il n'est pas nécessaire de nommer ici croit avoir la vérité révélée par Dieu le père en personne et est certain d'être le seul à avoir raison contre l'évidence scientifique. Ce même maire affirme ensuite que les intellectuelLEs sont les personnes qui se pensent plus fines que les autres. On se demande s'il faut rire ou pleurer devant ce raisonnement absurde en miroir.

Les intellectuelLEs sont les personnes qui font de la réflexion leur fonction principale. Leur activité n'a pas nécessairement de valeur pratique immédiatement. C'est toutefois cette occupation qui permet la découverte de principes utiles en science, en philosophie, en sciences humaines, puis dans la vie. S'il n'y avait pas eu d'intellectuelLEs pour rêver à des choses inutiles, on pourrait dire adieu aux avancées dans le monde de la chimie et de la biologie (la découverte des médicaments se base sur leurs principes), de la physique (le développement de l'électricité, puis de l'électronique se base sur ses principes), de la philosophie (bon, c'est vrai que la «vie bonne», ça n'intéresse personne), de l'économie (la redistribution de la richesse, par exemple), etc.

Il est bien certains que les conservateurs (c'est-à-dire les Libéraux à Québec et les Conservateurs à Ottawa) préfèrent une société sans intellectuelLEs où l'on se contente de faire du développement technique, ça fournit des robots pour les usines et ça évite les contestations étudiantes. Mais ils oublient que même leurs techniques de manipulation reposent sur des principes psychologiques qui ont d'abord été trouvés par des rêveuses et rêveurs inutiles qu'on appelle intellectuelLEs.

Il n'y a pas de raison de mépriser les travailleuses et travailleurs manuels. Il n'y en a pas davantage de mépriser les travailleuses et travailleurs intellectuels.

Cela dit, il faut être conscient que les intellectuelLEs ne sont ni meilleurEs ni pires que les autres membres de la société, qu'elles et ils font aussi des bêtises (par exemple l'École de Chicago), qu'elles et ils peuvent contribuer autant au malheur de leurs semblables qu'à leur bonheur. Mais, voilà, justement, elles et ils font partie de la société et y ont un rôle à jouer, qui ne mérite certainement pas le mépris dans lequel les maires à œillères les tiennent.

Il n'y a pas de raison de mépriser les travailleuses et travailleurs manuels. Il n'y en a pas davantage de mépriser les travailleuses et travailleurs intellectuels.




8 mars 2015


Les politiques cyniques


Ce ne sont pas les citoyenNEs qui sont cyniques. Elles et ils n'en ont hélas pas le temps, engagéEs touTEs dans la compétition féroce que notre monde du travail impitoyable leur impose. La société de la réussite économique ne laisse plus de place aux marginaux de toutes sortes, sauf si ces personnes posent en vedette tant il est vrai que le capitalisme valorise le narcissisme au-delà de toute autre caractéristique.

Quand on a comme premier ministre une personne qui s'était préparée une transition dorée vers le privé et y revient dans l'espoir d'en faire profiter ses acolytes du secteur privé; Quand on a nommé comme ministre de l'Éducation une personne qui s'en souciait autant que les Klingons se préoccupaient des dépouilles des soldats; Quand on a un ministre de la Santé qui s'exclame en substance à la radio «Ce n'est pas moi qui suis intervenu, c'est eux qui m'écoutent pas!»; comment considérer le personnel politique autrement que comme des marguilliers de petite paroisse dont les fidèles trop préoccupéEs par leur survie au quotidien leur laissent toute latitude.

Au niveau fédéral, le premier ministre Harper a récemment déclaré à propos de l'horrible projet de loi C-51, qui transformera les militants des droits sociaux et de l'environnement en terroristes, qu'il n'avait «pas encore entendu un amendement que nous aimons». Voit-on là la façon ignominieuse de traiter la chose politique? Pour Harper et les conservateurs, un projet de loi n'a pas pour but le bien commun, non, il doit correspondre aux goûts du gouvernant. «Tel est mon bon plaisir», disaient les souverains de droit divin.

Notre démocratie est factice; elle nous autorise à élire un dictateur aux quatre ans. Des transformations radicales sont nécessaires : instauration d'un système proportionnel, création d'instances décentralisées de décision citoyenne, participation systématique des travailleuses et travailleurs aux législations qui les concernent, retour d'une véritable gestion publique des services avec reddition de compte non pas selon les principes de la gouvernance, mais selon les principes de la démocratie... La liste serait fort longue, mais on pourrait commencer par cela.

Mais, ai-je employé le mot radical? Pour le gouvernement conservateur fédéral, sans doute aussi pour le gouvernement libéral québécois, cela suffit à faire de moi un terroriste, juste parce que je souhaite la démocratie.




2 mars 2015


Cette semaine, je diffuse le manifeste des profs contre la hausse. Merci à elles et eux pour leur contribution à la vie démocratique du Québec.

La guerre qu'on nous fait


Manifeste de profs contre tout ce qui vient avec l’austérité

Nous refusons l’appauvrissement humain, social, politique et intellectuel que l’offensive antisociale appelée austérité fait subir au monde, lui donnant ce visage patibulaire, cynique, servile, tout juste navré, médiocre, un brin sadique.

Cette offensive menée pour satisfaire les intérêts des élites économiques vise à soumettre, secteur par secteur, les personnes et les choses au règne contraignant de la marchandisation et du profit tout-puissant.

Depuis longtemps mise en œuvre, cette révolution conservatrice est avant tout une guerre menée contre les mécanismes collectifs de redistribution des richesses, de mise en commun des ressources pour faire face aux aléas de la vie. Même imparfaits, même incomplets, les services publics sont les arrangements minimaux de solidarité qui témoignent d’un souci collectif pour une vie juste. Et pour défendre cela nous sommes prêts à nous battre.

Dans notre domaine, celui de l’éducation, une telle révolution procède par l’instrumentalisation des savoirs, de l’enseignement et de la recherche, arrimés de plus en plus entièrement aux seules exigences toxiques, mortifères, de l’accumulation et de l’optimisation. L’introduction, en force et partout, de techniques et mesures managériales, adossées au grand calcul néolibéral, ratatine l’éducation comme système et comme geste. Loin de cet appauvrissement, l’éducation que nous défendons consiste à soutenir l’aventure des esprits en train d’apprendre et d’interroger les réalités, et à assumer avec eux toute l’intensité affective et intellectuelle qu’elle engage.

Cette offensive généralisée s’attaque aux ressources et aux pouvoirs qui constituent nos milieux. Comme acteurs et actrices du monde de l’éducation (et nos camarades de la santé et des services sociaux en savent aussi quelque chose), nous ne cessons de constater les multiples atteintes aux temps et espaces où s’exercent notre autonomie professionnelle et notre collégialité. L’exercice de notre responsabilité se rétrécit à mesure que croît une bureaucratie managériale et ses instances de contrôle infantilisantes sous couvert de reddition de comptes débiles.

Dans la société tout entière, c’est l’ensemble des formes de l’action collective que l’austérité prend pour cible. L’action syndicale, autonome ou directe, la grève, les pratiques politiques contre-hégémoniques, hors de la scène parlementaire, sont de plus en plus marginalisées, criminalisées, suspectées (de radicalité notamment), méprisées, réprimées au nom de la protection d’un ordre des choses naturalisé, scellé, poli et policier, placé hors d’atteinte derrière des vitrines qu’on ne pourrait que lécher.

Cette neutralisation de notre capacité d’action participe d’un dispositif de dépolitisation qui tente de nous faire prendre pour des nécessités des décisions politiques. Cette affaire-là n’est pas banale. Elle fait violence, symboliquement et effectivement, aux conditions mêmes du commun et de toute communauté : la politique, et son cœur, la conflictualité. La révolution dont l’austérité est le visage confine la politique à un terrain neutralisé, procéduralisé. Reste la forme aseptisée et infiniment appauvrie d’un système incarné par ses politiques professionnel-le-s.

Cette violence a ceci d’insidieux qu’elle impose les termes mêmes du débat par lequel nous essayons de la déplier pour nous en défendre. Elle soumet le sens des mots à sa seule autorité et nous tire par la langue sur son terrain marketing où seule prévaut la relation de l’approvisionnement commercial. Même quand on prétend le protéger, le citoyen n’est qu’un « client ». S’efface dès lors la portée politique de ses exigences. Si le mot chien n’a jamais mordu personne, la langue du pouvoir, au contraire, performe directement une guerre contre cette autre richesse mise à mal : les idées et les langages servant à dire la complexité du monde.

L’austérité est donc un appauvrissement intérieur, où dominent la crainte des sanctions et la faim des récompenses, le stress et l’insécurité sociale, la peur de l’avenir et la peur de l’autre, peur bleue – peur rouge – peur blanche. État d’esprit assiégé, redoutable producteur d’impuissance et de docilité. Les êtres par lui créés seront faits sur mesure pour un système libéral-paternaliste. Un système où les formes mêmes de notre présence au monde sont captives, où l’audace, la création et l’invention voient détournées leurs forces éruptives au profit de la rengaine plate de l’innovation.

Ne reste alors qu’à devenir un bon entrepreneur de soi, à mesurer la valeur de sa vie à l’aune de ses biens, de ses placements et de ses investissements, à voir en l’autre au mieux un partenaire, au pire un compétiteur dans l’infernale roue de fortune néolibérale.

Également compromise avec la violence faite aux territoires et à leurs composantes naturelles, l’austérité est la face coupante d’un abandon de la richesse commune de notre géographie à des projets de transport et d’extraction (de pétrole notamment) écocidaires, autant de désastres toujours déjà là et que rien ne pourra réparer. Pour le néolibéral austère comme pour l’homme blanc dont parlait le chef Seattle il y a plus d’un siècle et demi, la terre est un ennemi à piller ; lorsqu’il l’a conquise et exploitée, il va plus loin ; il l’enlève à ses enfants et cela ne le tracasse pas ; son appétit la dévore et ne laisse derrière lui qu’un désert.

En fait, c’est l’ensemble du territoire humain et social, et tout ce qui fait la valeur de la vie, sa véritable richesse, c’est tout cela qui est ainsi traité comme un corps malade à assainir, un budget à compresser. Et puis des ruines, d’où l’on tire les diamants noirs des millionnaires s’adonnant à l’évasion et l’évitement fiscaux.

La charge dont austérité est le nom euphémisé, c’est la capture de nos existences par le travail, toujours plus de travail, qui consume le cœur de nos vies et le temps de nos meilleures années. Elle vole les jours que nous ne passerons pas à vivre, à bien vivre ensemble, à prendre soin les uns des autres, à aimer, à discuter, à mettre bout à bout nos solitudes, à inventer des manières nouvelles de faire, de dire, de fabriquer, de penser.

La guerre qu’on nous fait se réfracte dans tous les espaces de nos vies. Elle plie nos rythmes et notre quotidien, ses gestes et ses heures, à ses obligations. Elle nous frappe toutes et tous, nous sépare des territoires communs que nous essayons d’habiter pour les ouvrir aux dispositifs de l’extraction pour le profit privatisé.

Nous refusons les névroses du tout-marchandise et son angoisse sociale.
Nous refusons le peu où on nous réduit.
Nous refusons notre réification triple de contribuable-consommateur-majorité silencieuse.
Nous refusons la grande honte de vouloir la vie bonne pour toutes et tous.
Nous nous organisons.
C’est ici que croît la rose, c’est ici que nous dansons !




23 février 2015


Inactualité cybernétique


Avec la retraite, je croyais naïvement que la grosse pile de livres à lire diminuerait, mais elle continue à croître sans tenir compte du changement dans mon rythme de vie.

Toutefois, le mode de sélection dans ladite pile s'est modifié. Il ne s'agit plus de choisir ceux qui devraient être lus parce qu'ils correspondent à des préoccupations au travail ou à une certaine actualité politique, syndicale, littéraire... C'est plutôt l'humeur et les affinités du moment qui décident de l'élection d'un livre. L'inactualité prend alors la place de la dictature de l'actualité et se donne l'allure d'un délicieux péché contre la supposée pertinence des lectures auxquelles se livre un intellectuel.

Pêcher littéralement dans le grand bassin des livres à lire ramène à la surface des ouvrages qui ont été acquis il y a quelques années ou même il y a plus de dix ans. Ainsi, quand je suis tombé sur L'empire cybernétique de Céline Lafontaine acheté en 2004, je me suis dit qu'il n'y aurait plus grand-chose d'à jour dans cet essai.

Je commence donc la lecture et suis vite séduit par le style limpide et vif. On y fait un historique du paradigme cybernétique avec acuité sous un parti pris énoncé dès le départ, celui de l'humanisme. Il y a là une qualité certaine de ne pas se draper sous une apparente neutralité quand il s'agit de réfléchir à des développements philosophiques qui orientent l'agir.

Au fil de l'exposé, on met au jour des contradictions fort intéressantes. Par exemple, la pensée cybernétique place l'inconscient en dehors des individus plutôt qu'en dedans puisqu'il s'agit de tout ramener à la circulation de l'information. Un tel mouvement peut être vu comme fort libérateur puisqu'il réduit l'importance accordée à l'individualité. Pourtant, dans la pratique, le résultat est une exacerbation du narcissisme tel que l'individu prend toute la place dans les relations du cyberespace. Et Céline Lafontaine parle à un moment où Facebook n'est pas encore dans le paysage, il vient à peine d'être fondé quand le livre est imprimé en février 2004.

Autre contradiction fort intéressante : la pensée cybernétique qui a émergé à la fin de la Deuxième Grande Guerre visait à combattre le totalitarisme, or il conduit dans l'état actuel des choses à une gestion informationnelle livrée au contrôle soumettant les individus à l'adaptabilité, qu'elle soit technologique ou psychologique.

La critique elle-même de la cybernétique n'est pas exempte de contradiction : si l'on admet que la subjectivité est irréductible, cela conduit à la reconnaissance d'un dualisme âme et corps incompatible avec les connaissances scientifiques actuelles.

De mon côté, je reconnais volontiers que la subjectivité est irréductible en ce sens que le subconscient d'un individu n'est pas substituable à celui d'un autre, mais il faut admettre que ces subconscients sont des constructions dont l'individualité est liée au parcours et à l'environnement de chacun.

En une ère où la chasse aux temps morts est la règle dans tous les milieux de travail, on se désole de constater que seules les personnes retraitées et les philosophes peuvent se payer le luxe de l'inactualité.




16 février 2015


Et le terrorisme économique ?


On a appris récemment que, d'après les autorités canadiennes, le terrorisme était caractérisé par des actes violents motivés par des raisons politiques, culturelles ou religieuses. Et le terrorisme économique, a-t-on envie de rétorquer ?

En effet, n'est-ce pas une forme de terrorisme que de forcer des femmes et des enfants à travailler dans des usines ou des mines pour un salaire dérisoire ? De les enfermer et les menacer au moindre signe de protestation ? N'est-ce pas une forme de terrorisme que d'obliger des êtres humains à se vendre pour assouvir les instincts des Occidentaux ?

N'est-ce pas une forme de terrorisme que de dire à des peuples tout entiers que la démocratie doit s'aplatir devant le diktat des banques ? N'est-ce pas une forme de terrorisme que d'obliger les plus démunis à se priver encore et encore pour satisfaire à la voracité des institutions financières qui sont responsables de leur état? N'est-ce pas une forme de terrorisme que de prétendre qu'il n'y a pas d'autres moyens d'équilibrer le budget que d'enlever aux plus pauvres pour épargner les plus riches ?

N'est-ce pas une forme de terrorisme que de faire vivre des gens dans la crainte de perdre le peu qu'ils reçoivent s'ils ont le malheur de se mettre en colocation pour partager les dépenses ? N'est-ce pas une forme de terrorisme que de transformer les sociétés d'État dont le but devrait être d'assurer un service à frais raisonnables en entreprises vouées au profit ?

N'est-ce pas une forme de terrorisme que de transformer toute l'interaction humaine du milieu de la santé en opération comptable sans tenir compte du temps nécessaire au réconfort affectif si important dans la guérison ou le soin, tout ça pour réduire les coûts ?

Pendant qu'on nous divertit avec des lois qui ont pour but de nous surveiller davantage sous prétexte de nous protéger, le terrorisme le plus grave qui nous affecte, c'est le terrorisme économique et sa violence extrême est quotidienne.




9 février 2015


Quand la vertu était en fait un vice


Je me rappelle, lorsque j'enseignais dans le Moyen Nord de l'Ontario, avoir retrouvé chez les Franco-OntarienNEs un défaut dont je croyais que les QuébécoisES avaient réussi à se défaire. Il s'agit de cette extrême politesse qui fait en sorte qu'on s'efface et se renie devant l'autre. Il ne s'agit pas ici de la courtoisie ou du savoir-vivre, mais bien de cette dictature de la gentillesse que nous avaient inculquée les autorités et l'église, car comme le chantait Ferrat «On se sert aussi bien pour tondre le mouton du sabre que du goupillon.»

Je me revois en train d'expliquer à mes étudiantEs anglophones comment ce qu'elleux considéraient comme une vertu était devenu chez nous un véritable défaut à tel point qu'en 1967, ce qui est fort tard, un chanteur nommé Pierre Filion avait fait un grand succès d'une chanson intitulée Dis ce que tu penses sur une musique de Gordon Lightfoot. L'un des éléments du refrain était «Il faut être soi-même dans ce monde d'aujourd'hui.»

Seules des personnes qui ont connu l'étouffante chape de plomb de l'autorité catholique peuvent avoir une idée de l'effort incommensurable qu'il fallait à beaucoup d'entre nous pour simplement exprimer son opinion. Le respect de l'autorité était prétexte à tous les écrasements et a conduit nombre de personnes à littéralement laisser broyer leur personnalité.

C'est ainsi que personne n'osait critiquer un ecclésiastique qui se permettait des privautés avec les jeunes gens et les jeunes filles. C'est ainsi qu'un enfant qui se révoltait contre la cruauté de ses parents se retrouvait en maison de réforme où il était sévèrement puni pour avoir réclamé un peu de justice et de respect.

C'est ainsi que des personnes par ailleurs très intelligentes et très capables étaient timides au point de se faire dépouiller par des inconnus juste parce qu'elles avaient appris à ne jamais se rebiffer.

Cette destruction de la volonté n'a pas affecté touTEs et chacunES des individus de la société québécoise, mais il s'agit d'une sorte de mème (au sens fort, celui de Dawkins, créateur du concept, c'est-à-dire de trait culturel qui est passé de génération en génération). Encore récemment, un homme de ma connaissance s'est brouillé avec son frère, ce dernier reprochant au premier d'avoir défié l'autorité parentale dans son enfance, car il était le seul à contester les décisions arbitraires et sadiques de l'un de ses parents qui concoctait le programme de la journée selon les voix entendues dans sa tête.

Le mème laisse encore des traces, et quand j'entends nos camarades FrançaisES se plaindre, avec raison, de l'incapacité des QuébécoisES à débattre par crainte de la «chicane», je vois un début d'explication dans cette «sainte» horreur qu'on nous avait inculquée de toute véritable affirmation de soi sous peine de querelle.

Nos jeunes qui débattent si hardiment dans leurs associations aideront sans doute à corriger ce mème dans le juste équilibre entre le respect de l'autre et l'affirmation de soi.




2 février 2015


Qui a peur de Vivian Maier ?


Un jeune homme états-unien achète dans une vente aux enchères un carton rempli de pellicule photographique non développée. S'enquérant auprès des personnes qui avaient possession de ces documents, il découvre qu'il y en a un garde-meuble plein. Des milliers et des milliers de photographies jamais révélées que John Maloof, le jeune homme en question, met au jour.

Il faut un film, Finding Vivian Maier, pour que les galeries commencent à s'intéresser au travail de cette véritable artiste qui n'a jamais vu ses propres œuvres. Les musées, quant à eux, semblent bouder le travail colossal, dont on ne voit qu'une partie dans le film.

Vivian Maier travaillait comme bonne d'enfant et profitait de ses sorties, seule ou avec les enfants, pour prendre des photos de rue. Certains se rappellent qu'elle croquait les scènes sur le vif, d'autres qu'elle mettait en scène les photos en commandant aux passants de se poser ici ou là.

Les témoignages sur son tempérament sont contradictoires. Elle n'a jamais été mariée, n'a jamais fréquenté ni hommes ni femmes. Il semble que sa vie soit tout entière consacrée à son travail et à ses photos. Mais alors pourquoi ne jamais les développer ?

Elle avait des obsessions-compulsions. Elle empilait les journaux dans sa chambre, et il ne fallait pas en déplacer un seul au risque de déclencher une colère abominable. Les personnes aujourd'hui adultes qui ont été sous sa garde témoignent aussi de façon contradictoire, certaines disant qu'elle était très douce ou d'autres qu'elle était très dure.

Elle ne supportait pas d'être surprise. Si quelqu'un arrivait par derrière, cela la désorganisait. Elle avait un côté narcissique, qui la poussait à se mettre en scène par diverses techniques et reflets dans nombre de ses photos.

On comprendra, par des allusions à ce que font les hommes quand ils vous demandent de s'asseoir sur leurs genoux, qu'elle a sans doute été victime d'abus sexuel dans son enfance.

Son œuvre immense est d'une qualité remarquable, son sens de la composition ne laisse d'impressionner. Il y a encore des milliers et des milliers de photos qui n'ont pas été développées, et le seul M. Maloof ne suffira pas à la tâche. Un tel talent, qui aurait pu passer totalement inaperçu mériterait pourtant qu'un musée y consacre l'une de ses collections. Pour se faire une idée de l'ouvrage extraordinaire auquel cette femme s'est engagée, on peut consulter le site vivianmaier.com.

Peut-être cet investissement artistique fut-il sa bouée de sauvetage et il s'en est fallu de peu que l'humanité en soit privée.




25 janvier 2015


La force des symboles


Les choses en elles-mêmes ne signifient rien. Ce sont les êtres humains qui donnent une signification à toute chose. Les symboles par exemple permettent de créer des évocations dont l'interprétation est aussi vaste et riche que le sont les expériences individuelles et collectives de chacune des personnes qui entrent en contact avec eux.

Le 5 janvier dernier, j'ai découvert l'existence de l'École élémentaire et Centre de Loisirs Joséphine-Baker. Cet établissement a éveillé en moi une floraison de valeurs symboliques. D'abord une école qui porte le nom de cette chanteuse allie ainsi l'art et l'éducation. Puis quand on sait la famille arc-en-ciel qu'elle a voulu créer, on ajoute l'anti-racisme, l'ouverture aux autres, qui, tout naturellement, sont liés à l'art et à l'éducation.

Ensuite, quand on regarde l'architecture du bâtiment : des blocs de couleurs différentes avec un toit percé de grands crayons la pointe levée au ciel, on songe à l'écriture, instrument de libération, on songe à ce défi lancé au ciel qu'est l'art, la création humaine. Ce lien vers le site d'une entreprise ayant contribué à sa réalisation, où l'on en voit une photo, vous donne une idée de ce dont je parle : Photo de l'école Joséphine-Baker

Cette école est située sur la rue Denis-Papin dans la ville de Pantin, une banlieue immédiatement limitrophe de Paris, une banlieue pas particulièrement riche. C'est le département de Seine-Saint-Denis, où le chômage est plus élevé que la moyenne de l'Île de France, où le nombre d'employéEs est beaucoup plus élevé que le nombre de cadres et de professionnelLEs.

Deux jours plus tard, les tueurs de Charlie Hebdo s'enfuyaient par la porte de Pantin. J'ai fait d'une photo de l'école Joséphine-Baker, ma couverture de page Facebook.

Pensée du jour : Élections en Grèce, souhaitons que, devant le choix des électrices et électeurs, les dirigeants de ce monde (les banquiers et autres dictateurs) apprennent un peu ce qu'est le respect.




22 décembre 2014


Salmigondis de Noël


Comment souhaiter Joyeux Noël quand on n'est pas croyant ? En passant, ici on inclut la personne qui parle comme à chaque fois que c'est utile ou nécessaire.

J'ai entendu l'autre jour une grande vedette dire dans un jeu télévisé : «On exclut toujours la personne qui parle». Cela est évidemment faux. Mais d'où vient donc cette croyance ?

Il y a sans doute deux raisons à cela. D'une part, il y a nos bons maîtres et maîtresses d'autrefois qui voulaient corriger les Québécois de leur usage dans lequel le pronom sujet nous est remplacé par on. Nous, les Québécois, on ne dit pas «nous» comme sujet en langue orale, on dit «on». Répéter la fausse maxime : «On exclut la personne qui parle» était une façon de se rappeler qu'il vaut mieux utiliser nous quand le sens est défini et qu'il inclut la personne qui parle comme dans «Nous sommes allés au cinéma hier.»

L'autre origine de cette confusion est une lecture erronée de certains manuels de grammaire qui donnaient la phrase «On exclut la personne qui parle» comme exemple et non comme règle. C'était un exemple de phrase qu'on peut faire avec on et non une règle d'utilisation. Quand je dis «on m'a téléphoné», on exclut la personne qui parle. Quand je dis, au Québec, on aime la bière, on inclut la personne qui parle.

Le bon usage du bon Maurice Grevisse, dans sa douzième édition refondue par son gendre André Goosse, précise à l'article 725e) que le pronom complément nous et que le possessif notre «s'imposent quand on = nous». Un exemple de cela serait : «On a distribué tous nos fruits, on n'a rien gardé pour nous.»

On est loin de nos moutons incroyants me direz-vous. Moi, qui suis plus athée qu'un iceberg, je fête Noël et j'en souhaite un joyeux aux alentours. C'est un prétexte pour fêter, après tout c'est le solstice. Mais je vous comprends de ne pas aimer l'orgie commerciale des cadeaux obligés, l'incitation à la surconsommation et les airs lourds de mélasse états-unienne mugis par des chanteurs et chanteuses qui rivalisent de vibratos agonisants. C'est profondément déprimant.

Cela me fait penser à cet étudiant qui s'obstinait à vouloir écrire noël avec une minuscule parce qu'il avait vu dans un dictionnaire l'exemple suivant : «un beau noël». Il a fallu que je lui explique la différence entre la fête de Noël et un cantique ou chant de Noël, qu'on appelle «un noël». Par exemple, aux époumoneries funestes dont je parlais plus haut, je préfère les noëls anciens, qui datent des XVe et XVIe siècles. On appelle aussi un noël ou un petit noël le cadeau qu'on fait à un enfant. Si vous en donnez trente-deux et qu'ils coûtent quatre-vingt-dix-huit dollars chacun, on pourra difficilement parler de «petits noëls».

Pour en revenir à nos boules de Noël, je fêterais tout aussi volontiers Vishnou, Zeus, Aphrodite, Thor, Gaïa et tutti quanti si on avait la sagesse de donner de ces nécessaires congés à l'occasion de leurs fêtes, ces congés que n'aimait pas voltaire parce que ça empêche les employés de travailler.

On comprendra que la période des Fêtes, qui s'appelle ainsi parce qu'il y a trois fêtes : Noël, le jour de l'An et les Rois, est un prétexte, commercial pour notre classe dominante, social pour les autres.

Mais, tout le monde n'a pas ni le cœur ni les moyens de fêter, et pour celleux-là je souhaite qu'on les respecte.

En finissant ce salmigondis, je vous avais prévenuEs, je nous souhaite pour 2015 de remettre la dignité au centre de nos préoccupations sociales, que le printemps ne se fasse pas trop attendre...




14 décembre 2014


La santé malade de sa gestion


J'emprunte le titre de mon billet à l'ouvrage de Vincent de Gaulejac : La société malade de la gestion paru une première fois en 2005 aux éditions du Seuil, puis réédité en 2009. Il y a donc assez longtemps que ce chercheur et penseur français nous met en garde contre les dérives déshumanisantes de la gestion qui privilégie les chiffres et range les humains parmi les ressources qu'on peut traiter de manière comptable.

Les nombreuses et récentes modifications au système de santé québécois en sont une illustration désolante. Prenons l'une des toutes dernières proposées par le Dr Barrette, ci-devant ministre de la Santé. Au lieu de faire comme en Suède, dont on prétend s'inspirer, et d'augmenter l'accès aux soins en favorisant un plus grand nombre de médecins (il y en a 50% plus en Suède qu'au Québec, toute proportion gardée), le ministre propose que les médecins de famille voient beaucoup plus de patients. Autrement dit, qu'ils fassent du chiffre.

Ce n'est pas vraiment une nouveauté que d'appliquer une technique exigeant qu'on fasse plus avec moins, qu'on ne perde pas une seconde, qu'on ne respire pas entre deux activités de travail, qu'on performe comme sur une chaîne de montage et qu'on traite les patients comme des unités de production qu'on peut multiplier. C'est l'application de la méthode Toyota, poétiquement appelée «optimisation» avec un joli nom, comme tout ce qui est dégueulasse dirait Foulquier avec les paroles de Le Prest.

Maintenant qu'on veut appliquer cette optimisation aux médecins généralistes et à leur pratique, ils se rebellent publiquement, ce qui est la moindre des choses, mais tout le système est déjà engagé dans cette voie qui «transforme les usagers en clients, les agents en représentants de commerce et les institutions en entreprises.» (de Gaulejac, édition 2009, p. 10)

Au final, notre système de santé au lieu de remettre les gens sur pied rendra tout le monde malade à commencer par ses fidèles employéEs qui n'auront plus aucun plaisir à rendre des soins selon des contraintes impossibles, qui feront des dépressions, auront des troubles de toutes sortes et ne seront plus capables d'entrer en relation avec des personnes humaines qui ont besoin d'attention et de temps de qualité, la chose la plus importante dans la guérison.




9 décembre 2014


Misogynie et féminisme


La misogynie, c'est la haine des femmes ou la crainte qu'elles inspirent, mais c'est aussi quelque chose de plus sournois, c'est-à-dire la malheureuse culture qui les relègue toujours au second plan, qui les oublie, qui les considère comme quantité négligeable, qui les déconsidère donc.

Même si c'est rationnellement indéfendable, il reste que la moitié de l'humanité (les hommes) a tendance à traiter l'autre moitié (les femmes) comme si elle n'était qu'accessoire alors que c'est elle qui détient la clé de l'avenir. Jean Rostand expliquait déjà cela dans son livre Les chromosomes au début du vingtième siècle : on peut théoriquement répliquer un œuf humain pour obtenir un nouvel humain, il faudrait d'ailleurs mettre ça au féminin, car ça donnerait une humaine, l'ovule étant nécessairement de chromosome X. On ne peut pas théoriquement faire un nouvel humain juste avec un spermatozoïde, ni même avec des millions.

Mais la culture dans laquelle nous vivons, si elle consent avec morgue à reconnaître un peu de ce qu'elle doit aux femmes, continue à leur imposer une vie faite de renoncement et d'autosurveillance. S'est-on demandé pourquoi la récente vague de «coming out» de femmes agressées qui n'avait jamais parlé paraît si importante alors qu'elle n'est en fait que l'écho lointain de la réalité ? Les hommes qui sont en position d'autorité se sont-ils mis à la place des femmes qui se demandent toujours ce qui peut leur arriver quand elles doivent sortir le soir, quand elles passent dans un lieu mal éclairé, quand elles sont aimables avec un étranger ? Pourquoi devraient-elles avoir à se surveiller ? Pourquoi serait-ce leur responsabilité de se surveiller et pas celle des hommes d'être respectueux ?

On se rappellera peut-être la chanson La rue, qu'interprétait Pauline Julien à la fin des années 70 : «Si tu sors dehors, toutt peut t'arriver, si tu sors dehors, t'es comme en danger, tu peux t'faire faire n'importe quoi, pi ça peut être n'importe qui» (paroles d'Odette et Madeleine Gagnon, musique de Jacques Marchand). Cette chanson exprime parfaitement l'injonction horrible faite aux femmes par la culture misogyne : «Tu es à la disposition des hommes, de tout homme.»

C'est pourquoi on ne peut se contenter de classer la série des tweets #agressionnondénoncée comme une mode de réseaux sociaux. Il faut l'intégrer dans un mouvement continu de prise de parole, de conscience et d'éveil, dont les femmes sont les phares.

Cela nous amène à la triste constatation faite par nombre de participantEs aux activités commémorant le vingt-cinquième anniversaire de la tuerie misogyne du 6 décembre 1989 : comment se fait-il que la plaque commémorative à Polytechnique soit si peu connue, ne fasse l'objet d'aucun fléchage signalétique, ne soit pas référée comme lieu de recueillement ? Est-ce par manque d'intérêt ? Est-ce par crainte du vandalisme misogyne ?

Qui osera prétendre après cela que le féminisme n'est plus nécessaire ?




24 novembre 2014


La grande manipulation


L'une des techniques de manipulation les plus efficaces et les mieux connues consiste à proposer quelque chose de très difficile à quelqu'un pour finir par obtenir quelque chose que cette personne n'aurait probablement pas voulu donner si on l'avait demandé directement. Par exemple, votre patron pourra vous proposer de rester au bureau tous les soirs de la semaine pour finir par accepter que vous ne le fassiez que deux fois. Vous avez l'impression d'avoir fait un gain, alors que lui a obtenu exactement ce qu'il souhaitait.

C'est la même chose qui se produit avec le fameux rapport Robillard sur les programmes gouvernementaux du Québec. La fidèle libérale a été commissionnée pour faire le sale boulot de proposer des mesures insupportables, ainsi le gouvernement pourra se donner des airs de «bon garçon» en se contentant des mesures qu'il avait soigneusement préparées.

Les membres de ce gouvernement ont pour mission d'aplatir l'État social pour faire la place au privé, et rien ne les fera dévier de leur objectif. Le ministre Bolduc en a donné une autre preuve lors de son allocution à la clôture du Forum sur les enseignantes et enseignants universitaires contractuels organisé par la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (Fneeq-CSN) du 20 au 22 novembre dernier.

Voici en substance ce qu'il a dit :
«C'est beau votre lutte à l'austérité, vos manifestations pacifiques, vous faites bien de vous exprimer, mais nous allons continuer selon ce que nous avons prévu. L'Éducation va faire sa part et tous les ministères vont y passer, la santé aussi. Cette année et l'année prochaine seront difficiles, mais j'espère que nous pourrons bientôt réinvestir dans l'Éducation.»

En cela, il nous a servi une répétition à peine adaptée de la déclaration que l'ancienne ministre, Line Beauchamp, avait faite à la suite de la grande manifestation du 22 mars 2012. Selon elle, il fallait admirer le caractère pacifique de cette manifestation, grâce à quoi elle ne changerait tout simplement pas de cap. L'opinion et le bien-être des principaux intéressés ne sont pas des facteurs dignes de considération.

La dette, le déficit, l'équilibre budgétaire, tout cela n'est que prétexte. Le seul but : laminer l'État social et faire place nette pour que le privé se partage le butin.




27 octobre 2014


Les loups solitaires


À la suite de meurtres absurdes commis par des jeunes hommes sans doute aliénés, il a beaucoup été question dans le discours médiatique de «loups solitaires», qu'il faudrait dépister pour les neutraliser, peut-on supposer.

L'analogie a quelque chose d'intéressant, aussi convient-il d'en comprendre les implications logiques et descriptives.

Sans être spécialiste de l'éthologie des loups, on peut savoir qu'il existe deux sortes de loups solitaires :

1. Le loup oméga est au bas de l'échelle sociale de la meute; il est victime des sautes d'humeur des autres. C'est un vieux loup, qui quittera la meute par instinct de survie, finalement.

2. Le jeune loup qui cherche à s'accoupler doit quitter la meute pour ce faire puisque le loup alpha se réserve les femelles. Il pourra éventuellement créer sa propre meute à l'extérieur de celle d'où il provient.

Dans tous les cas, rappelons-nous que c'est le comportement de la meute qui est responsable de l'apparition du loup solitaire.




21 octobre 2014


Politique du désespoir


Des gouvernements serrent la vis aux travailleuses et travailleurs, laissent le moins de marge de manœuvre possible pour améliorer son sort, insistent sans cesse sur la sécurité, la surveillance, la répression, n'en ont que pour les entrepreneurs et leurs combines, favorisent la sous-traitance, l'exploitation, l'atomisation du travail, la compétition féroce entre les employéEs parce qu'elles et ils n'ont pas de répit, ne savent plus où se retourner...

En conséquence, des gens que le travail rend malades, fous de frustration se jettent dans les bras d'idéologies sectaires ou de droites dures, un jour pètent les plombs et commettent un geste insensé.

En conséquence, des gouvernements serrent la vis aux travailleuses et travailleurs, laissent le moins de marge de manœuvre possible pour améliorer son sort, insistent sans cesse sur la sécurité...




15 septembre 2014


Qui va payer ?


Un discours d'épouvante répandu dans la population consiste à se demander frénétiquement «Qui va payer?» «Qui va payer pour les services publics? Qui va payer pour la dette? Qui va payer pour les retraites?»

Dans la réalité, c'est une fausse question. Le paiement ne se fera pas dans le futur. Il se fait dès maintenant, il a même toujours été là. Quant à savoir qui, c'est très simple: C'est nous, nous tous. Nous payons depuis toujours, nous payons actuellement et nous continuerons à le faire.

Enfin, pas tous, parce qu'il y en a qui payent le moins possible et qui mettent leurs avoirs à l'abri. Ce sont les grandes entreprises et les très riches, qui ont des rémunérations en options d'achats, qui reçoivent des primes quand ça va bien dans leur banque, et qui reçoivent les mêmes primes quand ça va mal dans leur banque, qui placent des sommes faramineuses dans des paradis fiscaux, qui achètent toutes de sortes de produits dérivés sur lesquels il n'y a pas de taxation.

C'est drôle, mais personne ne nous demande qui paye pour ça. C'est pourtant nous qui payons les salaires et les primes de ces grosses légumes, comme nous payons aussi tous les salaires des grandes vedettes du hockey, car chaque fois que nous achetons notre boîte de céréales ou notre tube de dentifrice, nous payons dans le prix d'achat le coût de la publicité, le coût des droits de télévision, de même que nous payons aussi avec nos impôts les généreuses subventions et les nombreuses exemptions fiscales que reçoivent ces si gentils hommes d'affaires, ces si aimables grandes entreprises.

Nous payons toujours pour tout, et c'est très bien quand ça passe par la distribution progressive de la contribution fiscale parce que ça permet à tout le monde de contribuer aux services collectifs que nous nous offrons. C'est moins bien quand certains, sous prétexte qu'ils gagnent beaucoup plus que la moyenne, veulent soustraire ces surplus à la cotisation fiscale, ce que les salariéEs de la classe moyenne ne peuvent se permettre.

Prétendre que ce n'est pas juste que les contribuables paient pour le régime de retraite des employés municipaux, c'est assez bizarre, parce que le régime de retraite, il fait partie des conditions salariales. Alors pourquoi accepterions-nous de payer pour le régime de retraite des députés, des ministres, des médecins, des banquiers? Nous le faisons pourtant. En entendez-vous qui vous posent ces questions?

Chaque fois qu'on achète un produit, on paye le salaire et le régime de retraite des employéEs et des cadres de l'entreprise qui le fabrique. Bon, c'est sûr, si vous achetez chez Walmart, là vous payez surtout le salaire des proprios parce que, les «associés», ils paient pratiquement pour travailler.

Quand des gens qui veulent notre bien essaient de nous effrayer avec «qui va payer?», ils ne nous proposent pas que nous payions moins à l'avenir, ils nous proposent que nous payions plus dès maintenant et pour toujours, tout en nous offrant moins de services pour que les grands et les puissants de ce monde continuent à jouer à la roulette, pour qu'on oublie qu'on pourrait taxer les transactions financières, qu'on pourrait limiter les primes astronomiques, qu'on pourrait contrôler les mouvements de capitaux vers les paradis fiscaux, qu'on pourrait instituer de meilleures protections sociales, qu'on pourrait réglementer les loyers...




8 septembre 2014


Actuelle inactualité: Beau Dommage


L'actualité est une course folle qui peut nous faire négliger des faits plus importants que d'autres sous prétexte qu'ils sont plus anciens de deux minutes. L'inactualité peut parfois être présomptueuse si elle prétend sélectionner ce qui est digne d'intérêt sans tenir compte de l'ensemble des données.

De son côté, cette chronique de l'actuelle inactualité se contente de s'essayer sur des sujets qui du passé s'imposent au présent pour la raison que des faits récents y amènent, sans se soucier que récent puisse vouloir dire «il y a un jour, une semaine, un mois ou plus».

Le groupe Beau Dommage est présent dans l'actuelle inactualité parce que la télé de Radio-Canada y a consacré deux émissions récemment dans le cadre de Tout le monde en parlait, émission diffusée les mardis soirs 19 h 30 en été, et parce que le groupe était inévitable dans deux expositions présentées à Montréal, soient Musique, le Québec de Charlebois à Arcade Fire au musée McCord, puis Vies de Plateau au musée de Pointe-à-Callière.

Tout le monde s'accorde, les commentateurs culturels et les membres du groupe eux-mêmes, pour dire que l'immense succès de Beau Dommage dans tout le Québec est étonnant étant donné le caractère typiquement montréalais du groupe.

Pourtant, une brève analyse du premier album, celui qui a été cause de leur succès phénoménal et qu'aucun des trois autres des années 70 n'a pu égaler, permettra de montrer que le groupe a connu un tel succès justement parce qu'il correspondait parfaitement à l'état évolutif du Québécois francophone d'alors, majoritairement urbain dans sa résidence, mais encore majoritairement rural dans sa tête.

Il faut d'ailleurs distinguer le décor et les thèmes. Si les décors des chansons de Beau Dommage sont surtout urbains, les thématiques, elles, sont assez larges, une seule chanson (nous y reviendrons) ayant vraiment pour thème la ville de Montréal.

Un nom du terroir
Le nom du groupe Beau Dommage vient d'une vieille expression qui signifie: «Naturellement! Bien entendu! Ça va de soi!»

Où a-t-on surtout entendu cette expression à l'époque? Dans l'émission de télévision Les Belles Histoires des Pays d'En-Haut écrite par Claude-Henri Grignon et qui a rassemblé les téléspectateurs de plusieurs générations pendant des décennies. Avec Terre Humaine de Mia Riddez et Le Temps d'une paix de Pierre Gauvreau, nous avons là un trio des plus grands succès télévisuels dans lesquels l'auditoire se complaisait à se revoir comme s'il vivait encore en des temps héroïques. Malgré leur musique pop, Beau Dommage avait un nom bien du terroir.

Des chansons enracinées
Bien que cadrées en ville pour la plupart, les chansons du groupe sont enracinées dans l'imaginaire québécois traditionnel. Une analyse sommaire de chacune nous en convaincra.

Tous les palmiers
Le thème de cette chanson est le retour à la maison. Tout à fait universel. Que ça se passe à Montréal est simplement contingent à l'auteur qui habite au 6760, St-Vallier Montréal. Certes on y prend le métro à partir de Berri-De Montigny jusqu'à Beaubien, mais c'est en passant par chez Dupuis, le magasin à rayons phare de ceux qu'on appelait les Canadiens français et dont les catalogues étaient diffusés dans toute la province.

La scène où la mère crie: «Manon, viens souper!» a beau se passer dans les galeries de ruelles, tout le monde de tous les villages du Québec (et sans doute d'ailleurs) se rappelle ses jeux d'enfants interrompus par cette injonction maternelle.

«Sortir les bicycles du garage», «sortir les chaises sur la galerie», c'est typiquement québécois au printemps et ça n'a rien de spécialement montréalais.

À toute les fois
Cette histoire d'un garçon démoralisé par une peine d'amour doublée par la vision de son ex qui continue à collectionner les histoires pourrait se passer dans n'importe quel bar de n'importe quelle région et tout le monde a connu quelqu'un qui... Rien dans le décor n'est même typiquement montréalais.

Chinatown
C'est la seule chanson dont le thème est Montréal et qui en parle de façon positive. C'est le seul véritable appui à la thèse que Beau Dommage est montréaliste.

La complainte du phoque en Alaska
Décor pas du tout montréalais. Seule référence urbaine, le poil noir de l'animal qui «brille comme les rues de New-York après la pluie» dans un contexte triste. La thématique de cette chanson est très très québéco-québécoise. On y dit qu'il vaut mieux rester parmi les siens et ne pas s'épivarder ailleurs même au prix du succès. Thème on ne peut plus traditionnel, donc.

Le picbois
Décor campagnard, thématique de la beauté de la nature. Le narrateur de la chanson implore même le picbois: «Laisse-moé pas revenir en ville!»
Cette chanson plaît autant aux citadins qu'aux ruraux parce que les Québécois sont unanimes: «On est donc bien à la campagne!» Rappelons-nous que tout le monde rêve d'avoir un chalet. Et ça nous amène à l'autre chanson.

Harmonie du soir à Châteauguay
L'action a beau se passer dans la région montréalaise, se balancer les pieds sur le bord d'un quai en écoutant chanter les ouaouarons, c'est particulièrement bucolique, et c'est surtout quelque chose que tout le monde a fait au bord d'un lac près de chez soi.

Le géant Beaupré
Cet amusant dialogue entre le gardien de la dépouille empaillée et le héros canadien français n'a lieu encore une fois à Montréal que pour des raisons contingentes. Ledit géant faisait alors partie de la collection de l'Université de Montréal. Mais le héros est saskatchewanais et le thème de la discussion s'entend partout dans les magasins généraux de province: «Le monde est fou».

Ginette
Des collèges classiques, il y en avait dans toute la province, l'un des plus célèbres étant à Ste-Anne-de-la-Pocatière. La concurrence entre le cha-cha et les mathématiques a été vécue dans tous les collèges, tant ruraux qu'urbains. Quant à la déchéance finale («un motel dans le bout de Sorel»), elle est hors Montréal. À l'époque, les motels avec danseuses nues étaient déjà répandus dans toutes les régions, même à Saint-Marc-du-Lac-Long.

Un ange gardien
Deuxième chanson vraiment montréalaise. Mais encore, c'est surtout le décor puisque la thématique est un peu fantastique et parle d'une erreur coûteuse. Quant à la présence d'un ange gardien, si ce n'est pas de la tradition!

23 décembre
Difficile de faire plus traditionnel que cette chanson. Y compris avec le Montréalais Doug Harvey, hockeyeur connu dans tout le Québec, toutes les références sont typiquement québécoises et le M. Côté qu'on reverra le 7 janvier aurait pu tout aussi bien être le concierge de l'école de Saint-Émile d'Auclair.

On notera au passage que si on revenait en classe le 7 janvier, c'est que la veille, c'était les Rois, que cette fête était traditionnelement célébrée dans les familles où on servait un gâteau dans lequel était caché une fève.

Cette longue période allant du 23 décembre au 7 janvier était justement appelée la période des Fêtes, parce que s'y succédaient trois fêtes chrétiennes. Certains en profitaient pour fêter soir après soir, d'où l'expression désignant les ivrognes toujours chaudasses: «être entre Noël et le Jour de l'An».

On en profitera pour souligner que les grognons qui accusent l'expression «Les Fêtes» d'être politiquement correcte pour cacher la célébration de Noël, que ces grognons donc sont complètement dans le cirage.

Montréal
Cette chanson ne fait pas la part belle à Montréal. Ce n'est pas facile d'y être amoureux et tout y est sale. C'est exactement la vision de la ville qu'ont tous les campagnards. En guise de conclusion à un album qu'on dit montréaliste, on constate (et c'était assez vrai à l'époque) que les Montréalais ont souvent la même opinion de la ville que les ruraux.

Et tout ça se passe au Bois-de-Boulogne, un havre de verdure où l'on s'isole de la ville environnante.

On constate donc que sur onze pièces, seules deux sont positivement montréalaise (et ce n'est pas celle qui s'appelle Montréal) et que toutes les thématiques sont assez universelles, leur décor étant plutôt contingent à leur auteur.

Beau Dommage a été par ses rythmes extrêmement fédérateur: cha-cha, rock, pop, folk, country et même ce qu'on appelait à l'époque «rock progressif». Il y avait donc de quoi attirer un public large et nombreux.

Quant aux thématiques, on constate que ces urbains plongeaient encore leurs racines dans une tradition qui goûtait bon le terroir.




1er septembre 2014


La concurrence du bien


Cette expression servait de titre à une conférence que donnaient la très regrettée Carol Gélinas, du Regroupement des organismes communautaires familles de Montréal (ROCFM), et le professeur Michel Parazelli, de l'École de travail social de l'UQAM, sur les PPP sociaux, ces ententes avec des fondations, dont la très célèbre Fondation Chagnon.

L'enfer est pavé de bonnes intentions comme le dit la sagesse des nations. En voulant faire le bien, parfois même en voulant l'imposer, on conduit souvent à une espèce de compétition absurde qui donne l'impression de bien faire, mais ne change pas grand-chose à la réalité profonde. Cela se voit par exemple quand on prétend s'attaquer à l'épidémie de dépressions dans le monde du travail en fournissant des approches de réadaptation pour le patient alors que c'est le milieu du travail qui est malade.

On pourrait discourir pendant des jours; je me contenterai ici de citer deux exemples contemporains de la concurrence du bien, qui ne s'attaque pas à la racine du mal.

1. Les saines habitudes de vie
Tout cela part d'un excellent principe. Pour vivre en santé, il est tout à fait approprié de se nourrir sainement, de pratiquer une activité physique régulière et d'éviter les substances toxiques. Personne ne peut être contre la promotion de bonnes habitudes.

L'effet pervers de la réduction à cet excellent principe, c'est qu'on rend les individus, et uniquement les individus, responsables de leur état de santé sans tenir compte des causes externes ni des causes systémiques. Ainsi, l'individu malade sera coupable de ne pas avoir pratiqué les saines habitudes de vie.

Pourtant, même sans pratiquer de saines habitudes de vie, on a de meilleures chances d'être en santé longtemps si on vit à Westmount que si on vit à Hochelaga-Maisonneuve.

Rendre les individus seuls responsables de leur santé, c'est dédouaner les causes environnementales, les causes socio-économiques, les causes inhérentes au milieu du travail, c'est faire comme si la pauvreté n'avait pas d'autres effets et pouvait être contrecarrée par un bon régime (qu'on paye comment, s'il vous plaît?).

Les causes systémiques nécessitent des solutions systémiques, des décisions collectives et des moyens collectifs (notamment les impôts bien employés).

2. Les défis de contribution pour une bonne cause
En réponse à la folie des vedettes qui ajoutent à leur gloire celle de se verser un seau d'eau glacée sur la tête, une journaliste indienne a eu l'idée de proposer un défi, qui consiste à donner un bol de riz à une personne nécessiteuse.

Encore un excellent principe. Mais, vous aurez beau donner une assiette pleine à une personne pauvre, il faudra recommencer tous les jours. Ne serait-il pas mieux qu'on lui trouve du travail approprié si elle en est capable et sinon qu'on se cotise collectivement pour assurer sa survie? Ne serait-il pas mieux qu'on ait un régime d'assistance sociale permettant de se loger, se nourrir décemment?

Et cela ne passe-t-il pas par la justice sociale, la répartition collective des richesses et, notamment, par des impôts bien employés?

On n'en sort pas: il y a les solutions à la pièce, qui donnent bonne conscience et qui font de si belles photos, et il y a les solutions collectives, qui ne sont ni glamour ni pipole.




25 août 2014


Miscellanées


Entrée

Le 23 mai 2012, j'écrivais ceci sur mon statut Facebook :

Le gouvernement du parti libéral est composé d'incultes et d'ignares,
incapables de faire deux phrases sans faire trois fautes,
incapables de faire la différence entre boycott et grève,
incapables de savoir ce qu'est la démocratie,
incapables de comprendre ce qu'est la légitimité.

Et j'ajoutais en privé, pour les gens que je fréquente, que le cabinet libéral se comportait comme une bande de marguilliers, préoccupés par une gestion à la va comme je te pousse.

Ai-je besoin de faire la démonstration, au vu des déclarations récentes d'un certain Bolduc, que rien n'a changé, que ce qui justifie la promotion au rang de ministre ne relève en aucune façon des capacités intellectuelles ou morales? Mais de quoi d'autre, on se le demande.

Plat principal

J'arrive du Forum social des peuples, tenu à Ottawa du 21 août au 24 août. La tenue d'un tel événement nous ramène à la question importante de l'hégémonie culturelle, c'est-à-dire comment changer la pensée dominante. Et cela se manifeste dans des questions concrètes. Par exemple, comment rappeler de façon claire et limpide que c'est l'impôt sur le revenu qui est la façon la plus équitable d'assurer que chacun paie sa juste part.

En effet, la tarification modulée des services selon le niveau de revenu nous conduirait à la situation absurde où chaque citoyen devrait traîner avec lui sa plus récente fiche de paye pour calculer justement le taux approprié chaque fois qu'il demande une prestation de service. Ça aurait aussi pour conséquence, et donc c'est une conséquence que l'on vit, de considérer les services comme un bien de consommation et de transformer les citoyens en clients.

J'ai eu l'occasion de discuter avec une jeune personne qui se posait sincèrement des questions sur le rôle des gouvernements et qui me demandait pourquoi le socialisme serait mieux que le capitalisme alors qu'il suffirait peut-être de convaincre n'importe quel gouvernement de faire des modifications à la pièce.

Très difficile de répondre à cela en une phrase bien structurée, facile à comprendre, mais il convient de rappeler qu'un ensemble est plus qu'une somme de petites parties, et qu'une politique cohérente fait appel à une façon de pensée, à une préoccupation pour le bien commun incarnée dans des programmes et des systèmes, pas seulement dans des mesures ponctuelles, qui corrigent le symptôme, pas la maladie.

En termes concrets, c'est vrai qu'il faut construire des logements sociaux, je peux et dois convaincre les gouvernements conservateurs et libéraux de le faire, mais cela ne permettra pas de faire en sorte qu'il y ait moins de pauvreté. Il y a des mesures sytémiques à prendre. C'est une différence importante entre un gouvernement néolibéral et un gouvernement vraiment socialiste.

N'est-ce pas avec les jeunes que nous devons discuter de ces questions? N'est-ce pas elles et eux qui formeront la pensée dominante de la société à venir?

Dessert

J'ai entendu quelque part, une personne fort savante, qui fait des recherches anthropologiques sur la prévalence des droitiers, affirmer qu'on estime qu'il y a plus de risques pour la santé chez les gauchers que chez les droitiers, et que c'est sans doute pour cela que les droitiers ont toujours été plus nombreux.

Je m'étonne toujours que des scientifiques soit si peu prudents. Mais, je ne m'étonne jamais que des personnes estiment que ce qu'ils connaissent ne soit pas appelé à changer. On croit toujours qu'on baigne dans le permanent alors que le changement est la règle de l'univers.

Je rappellerai à ces scientifiques qu'une corrélation n'est pas une explication. Que les gauchers retracés dans l'histoire et la préhistoire aient été plus malades ou plus faibles ou moins en santé, cela s'appelle une corrélation. Ce n'est absolument pas une relation de causalité.

On pourrait aussi se demander s'il est très sérieux de croire que le taux de gauchers ne varie pas, alors que la domination des droitiers a été très rarement remise en question.

Une donnée intéressante : puisque je suis gaucher, chaque fois que j'étais dans une classe, j'ai compté systématiquement la proportion de gauchers. Quand j'étais jeune, ça ne dépassait jamais 5 %. La gaucherie était alors encore assez mal vue.

Dans les dix dernières années où j'ai enseigné, le compte dans mes classes n'était jamais inférieur à 15 %. Il faudrait des enquêtes systémiques, mais de grâce ne tombons pas dans le panneau des compagnies d'assurance qui trouvent les gauchers plus sujets aux accidents sans se demander pourquoi, quand on sait bien la réponse, c'est parce que les droitiers ont fait le monde à leur façon et nous obligent à nous débrouiller avec. Faites le monde pour les gauchers et vous allez voir que les droitiers en auront des accidents.





19 août 2014


La peste anti-syndicale



Mon récent séjour parisien fut l'occasion d'éprouver à quel point la réception que l'on fait aux grèves ouvrières est semblable de part et d'autre de l'Atlantique. Les employéEs de la SNCF (chemins de fer français) ont fait grève légitimement, légalement, en respectant toutes les règles et toutes les exigences légales. Plus encore, elles et ils l'ont fait pour le bien général puisqu'il s'agissait de s'opposer à la privatisation en douce de la société d'État. La création d'une filiale de la même société susceptible d'entrer en concurrence avec la maison mère n'étant rien d'autre qu'une privatisation.

Bien sûr, la grève cause des désagréments de toutes sortes. Elle permet aussi des démonstrations de solidarité fort réconfortantes. Mais, jamais je n'avais vu dans tout l'univers politique et médiatique une telle unanimité contre un droit légitime des travailleuses et des travailleurs. C'était, même à la télé d'État, un véritable déferlement anti-syndical et anti-grève. «Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés.» (Les animaux malades de la peste, La Fontaine)

La SNCF s'est même autorisée à publier de grandes annonces dans les journaux et à la télé avec le titre «Y en a marre», prétendant parler au nom de la population. Et de se vanter ensuite d'avoir établi tout plein de mesures pour aider les voyageuses et voyageurs.

Oui, dans les gares, il y a eu quantité de personnes embauchées à la va vite et portant veste rouge pour rassurer les clients. Ces malheureux intérimaires sans aucune formation spécifique, on ne peut leur en vouloir, mais ils ne faisaient que lire les horaires et n'en savaient pas davantage que le premier venu. Il suffisait de lire les feuilles de route distribuées consciencieusement tous les matins, grâce à la prévention des syndicats, pour savoir quels étaient les trains qui roulaient et s'ajuster en conséquence. Vous me direz, c'est plus facile à faire pour un vacancier que pour une travailleuse, et je serai bien d'accord. Mais si une grève ne dérange personne, on se demande bien à quoi elle sert.

J'ai même entendu à la radio le premier ministre socialiste déclarer que les grévistes étaient des irresponsables. Alors, pouvez-vous m'expliquer pourquoi le droit de grève existe s'il n'est pas acceptable de l'utiliser? En tout cas, il est bien loin le temps où le parti socialiste était la Section française de l'Internationale ouvrière.

«Demandez-vous belle jeunesse
Le temps de l'ombre d'un souvenir
Le temps du souffle d'un soupir
Pourquoi ont-ils tué Jaurès?» (Brel)




11 août 2014


Bonté humaine


Tous les jours, les êtres humains font preuve de bonté les uns envers les autres. Ils ne le font pas au hasard pour s'en vanter dans leur club ou sur leur page Facebook. Ils le font au moment où ça convient parce que c'est la chose à faire à ce moment-là. Ils n'en tirent aucune gloire ni aucun avantage autre que celui d'exprimer leur humanité.

Voici une anecdote pour illustrer ce fait. Je venais de monter dans le RER B (le train régional) en direction de Paris à l'aéroport Charles de Gaulle. C'était jour de grève et il ne circulait qu'un train sur trois. Nous étions déjà fort entassés dès la première station.

Je me suis trouvé, dans l'espace entre les rangées de sièges, adossé à l'un de ces sièges, tenant ma valise placée à la verticale sur mon côté gauche et mon sac à main sur ladite valise que je tenais près de moi pour éviter qu'il ne se balade. De l'autre côté de la valise, un jeune homme, grand, mince, peut-être d'origine africaine. Je dis ça parce qu'à la station suivante, un de ses potes a réussi à se faufiler près de lui et ils se sont parlé dans une langue qui, à mon oreille, me semble africaine.

À la troisième station, moment d'arrêt. Tellement de monde qu'il fallait se retenir de respirer pour se faire plus petit. À la station suivante, il y avait même des gens qui ne portaient pas à terre, collés contre les parois de la voiture.

Voyant une sorte de panique se former dans mes yeux de Nord-Américain, le jeune homme a posé sa main sur la mienne. Ce n'était pas un toucher de séduction. La main était ferme et amicale, pas caressante. Ce n'était pas non plus la main furtive du voleur, qui glisse et disparaît aussitôt, non, elle était posée et immobile.

Je l'ai regardé, il m'a fait un sourire d'une franchise et d'une bonté rassurantes. Ce n'était pas un sourire moqueur, ni un sourire de séduction, non un sourire amical. L'effet recherché s'est réalisé : je me suis apaisé et j'ai pu supporter le voyage.

Arrivés en Gare du Nord, nous nous sommes déversés sur les quais comme des milliers de poissons recrachés par un chalut sur le pont d'un navire de pêche. La cohue nous a séparés, je me suis mis à l'écart et ai attendu mon compagnon de trajet. Il est arrivé, m'a souri et m'a demandé si j'allais bien. J'ai répondu que je m'en tirais fort décemment. Je l'ai remercié en lui donnant la main et en lui touchant l'épaule, comme font de vieux amis, et nous sommes repartis chacun de notre côté en nous souhaitant bonne journée.

N'est-il pas approprié de se rappeler que la plupart des gens sont bons la plupart du temps?




4 août 2014


Bêtise humaine contre bonté humaine


Il a été porté à mon attention qu'il existait de ces riches fortunes aux États-Unis (et sans doute ailleurs dans le monde) qui se piquaient de générosité en offrant des sommes de quelques milliers de dollars, ou même plus, à quiconque arriverait à justifier son mérite auprès du détenteur de ladite fortune.

Autrement dit, je suis un Crésus et je propose de donner 10 000 $ à la personne qui fera pour moi la singerie la plus amusante. Oh, ce n'est pas dit comme ça. Le mécène parle plutôt d'originalité, de sensibilité, de créativité. On habille avec de beaux mots ces choses-là.

Il semblerait que les généreux donateurs aient trouvé là une façon, selon leurs propres dires, de rendre à la société une part de leur fortune si considérable.

Non, mais faut-il être à ce point démuni intellectuellement et spirituellement (j'entends ici par «esprit», cette part de la conscience humaine qui n'est pas uniquement rationnelle, mais qui tient compte de sa présence au monde et à son environnement, ce qui est de l'intelligence sensible, pas seulement de l'intellect), donc faut-il être en peine, comme disaient les vieux, pour se livrer à de pareilles sottises.

Ce genre de petits concours, tout à la gloire de celui qui l'organise, ressemble fort à cette coutume qu'avaient les nobles et parfois les bourgeois d'aller sur les places dans les quartiers pauvres pour y lancer des pains et des gâteaux et se délecter du spectacle des miséreux s'étripant entre eux pour les ramasser. Cruelle, prétentieuse, méprisante et narcissique, cette pratique n'a absolument rien de généreux ni de propre à redonner quoi que ce soit à la société.

Si vous voulez faire votre part pour la société, payez vos impôts, payez donc vos salariés, militez dans un groupe de gauche, faites pression pour bannir l'évasion fiscale, contribuer à la richesse collective en favorisant l'amélioration des régimes sociaux. C'est pourtant simple, et il n'est nul besoin d'avoir un doctorat en sociologie ou en économie pour comprendre ce que Benjamin Franklin disait déjà : «Tout le bien qu'un particulier peut accomplir ne vaudra jamais celui que peut réaliser une collectivité qui s'en donne la peine.» Participez à l'effort collectif à la même mesure, selon vos moyens, que les autres, vous verrez que vous n'aurez plus besoin de flatter votre narcissisme et de poser en héros qui donne aux autres pour se faire élever une statue.

À la même occasion, j'ai aussi appris qu'il existait un mouvement dit de Random acts of Kindness, c'est-à-dire des gens qui décident de faire une bonne action comme ça au hasard et choisissent tout à coup, au pif, une personne avec qui elles seront particulièrement gentilles à ce moment-là, en lui faisant un cadeau, une faveur, une aide particulière.

Vous êtes si peu aimable et généreux que vous sentez le besoin de faire une loterie pour choisir les moments auxquels vous serez gentils, et les personnes avec qui vous le serez? En tant qu'êtres humains, ce n'est pas tout le temps que la sollicitude envers nos congénères est de mise? Moi, c'est drôle, j'essaie d'être aimable en tout temps et, quand je ne le suis pas, ce n'est pas random du tout, c'est parce que je fais face à quelqu'un qui s'obstine à susciter ma colère.

Des milliards d'individus se comportent humainement tous les jours, et il faudrait construire des monuments à la gloire de ceux qui ne le sont que de temps en temps?

Dire que j'ai appris tout ça à la radio d'État. Les commentateurs de ces «modes», si je puis dire, s'extasiaient devaient ces hauts faits d'armes, ce qui me jette dans une stupéfaction au-delà de tout ce que je saurais décrire.

La bonté humaine est générale, anonyme et non capitaliste. Gardez pour vous votre charité ostentatoire, payez vos impôts, traitez vos employés avec équité et justice.

La semaine prochaine, je donnerai un exemple de ce qu'est la vraie bonté anonyme.




13 juillet 2014


Vieillir (3e partie)


Je croyais bien avoir dit mon dernier mot sur le sujet en écrivant mon billet du 25 mai 2014 sur le très beau film Anatomie.

Or, il y a un mois tout juste, je venais d'arriver à Paris pour mes vacances et je tombe sur cette affiche montrant un beau jeune homme (il s'agit de Pier-Gabriel Lajoie) pour annoncer un film intitulé Gerontophilia. Je me précipite dans la salle sans rien savoir de l'œuvre en question, croyant me trouver devant une production anglaise ou états-unienne.

Je découvre avec étonnement que l'action principale du film se déroule à Montréal, ce qui se voit dès le début avec la signalisation «Arrêt» sur un octogone rouge, et je reconnais nos maisons typiques ainsi que notre hiver.

J'avais complètement raté toute info à propos de ce long métrage qui avait été présenté au Festival du film de Toronto, au Festival du nouveau cinéma à Montréal et dont le réalisateur, Bruce LaBruce, avait été interviewé en janvier dernier par Fugues. Le film est sorti à Paris en mars.

Partie en anglais, partie en québécois, le récit nous embarque dans cette histoire rocambolesque d'un post ado de 18 ans, à priori hétéro, qui tombe amoureux d'un vieux de 81 ans, hébergé dans la maison de retraite où il travaille. Les images sont belles, la bande son est magnifique, les personnages sont savoureux et attachants, peu importe leur rôle dans cette tragi-comédie.

Le jeune acteur est une découverte et le vieil acteur est tout à fait charmant. Je me suis juré d'en parler à mon retour en me demandant si le film serait présenté en salle commerciale au Québec. Et voilà, j'apprends qu'on le joue à l'Excentris, rue Saint-Laurent. L'affiche québécoise me paraît moins séduisante que l'affiche française, mais ici le titre est Gérontophilie, et quoi que le film soit toujours en version originale sous-titrée (ce qui est un excellent choix), les génériques de début et de fin sont présentés en français.

Vous comprendrez que j'y suis retourné avec mon conjoint. Vous comprendrez que je vous recommande fortement d'aller voir un film qui fait du bien non seulement parce qu'il aborde de manière aimable un sujet tabou, mais aussi pour son traitement plein de tendresse et pour son côté véritablement esthétique.




2 juin 2014


Suivez les pointillés


Je m'apprête à prendre des vacances, le beau temps aidant, et plutôt que de vous laisser sur un coup de gueule contre la petitesse qui accable souvent nos sociétés pourtant capables de tant d'humaine humanité, j'ai voulu suggérer une série de questions que l'on pourrait bien se poser ensemble.

Par exemple, demandons-nous si l'économie existe en dehors de nous. L'économie dirigée a donné certaines catastrophes environnmentales; l'économie non dirigée a donné certaines catastrophes environnementales. Alors pourquoi laisserions-nous tomber l'économie régulée ?

Passons tout de suite à une autre question. Avons-nous besoin de héros ? Du chevalier blanc, nous sommes passés aux chevaliers de l'industrie. Quand j'étais petit, je me cherchais des idoles. On a tendance aussi à avoir des figures tutélaires quand on est adolescent. Mais une société mature pourrait-elle se passer de statues emblématiques ? Le « Ni Dieu ni maître » des anarchistes est bien sympathique. À tout le moins, on pourrait avoir la chance de consentir au pouvoir qu'on accorde et être capable de le retirer quand on estime qu'il n'est plus légitime. N'était-ce pas là la question fondamentale que posait La Boétie dans Le discours de la servitude volontaire ?

De grandes questions qu'on se pose tout le temps depuis toujours. Bon, allons-y donc avec des questions plus spécifiques.

Depuis quelque temps, je me demande, en voyant évoluer les ondes publiques, s'il suffit que la télé et la radio d'État se proclament d'ici pour se dédouaner de leur soumission à l'empire marchand. Un capitaliste d'ici est-il moins exploiteur qu'un capitaliste d'ailleurs ?

Bon, c'est encore une trop grosse question peut-être. J'entendais récemment un spécialiste patenté du journalisme affirmer péremptoirement qu'il y avait déjà trop d'opinions dans les médias. Trop d'opinions ? Quand on est spécialiste du discours public, il me semble qu'il ne suffit pas d'écrire il me semble pour avoir une opinion.

Des sentiments, des commentaires, des impressions, des goûts, des avis, oui il y en a pléthore. Ça ce sont des opinions au sens commun du gros bon sens grâce auquel on pourrait toujours croire que la terre est plate, mais est-ce qu'on pourrait, quand vient le temps d'analyser de manière sérieuse le rôle politique du monde médiatique, car oui le monde médiatique est par définition politique puisqu'il rapporte les affaires de la cité, et s'il ne les rapporte pas, c'est justement un choix délibéré, donc ne pourrait-on pas faire les distinctions qui s'imposent et rappeler que l'opinion au sens spécifique de l'étude des discours est une prise de position basée sur des arguments, lesquels sont des faits soumis à ce qu'on appelle en logique « les tables de la vérité », c'est-à-dire susceptibles d'être qualifiés de vrai ou de faux. Donc, l'opinion journalistique, pas le sentiment au sens commun, c'est quelque chose de rare. Et par ricochet, donc, vous m'entendez venir, que peut-on espérer d'un nouveau média ?

En mettant ces ingrédients dans la mijoteuse, qui sait si la potée sera plus digeste.

De retour pour un nouveau billet quelque part en juillet.




25 mai 2014


Vieillir (suite)


J'allais voir le film Le règne de la beauté de Denys Arcand, qui n'est pas le film raté que certains ont dit ou écrit. C'est un beau film, pas un grand film, mais un beau film.

Toutefois, je ne m'attendais pas du tout au court métrage qui le précédait. Du silence, quelques chuchotements à peine, une musique discrète, le son d'un cœur qui bat, des gros plans s'attardant longuement sur la peau vieillie de deux acteurs québécois bien connus, par ma génération en tout cas.

On reste interdit devant ces images auxquelles notre univers photoshopé ne nous a jamais préparé. Le silence des salles de cinéma est habituellement plein et habité. On le sent. Ici, c'est un silence déserté qui se fait parmi les spectatrices et spectateurs muets, renvoyés à leur propre finitude, comme se découvrant brusquement dans le miroir parce que 20 ans se sont écoulés depuis la dernière fois qu'on s'est regardé vraiment.

Je l'avoue, j'ai eu un malaise en voyant des plans rapprochés d'une gorge avec sa peau molle, ses sommets et ses fosses, plans insistants, plans lents. Ce film de quelques minutes (8,39 pour être précis) peut nous paraître long, mais quel cadeau magnifique nous font Gilles Pelletier et Françoise Graton, car c'est de ce couple qu'il s'agit, en se prêtant ainsi au scénario de Patrick Bossé le réalisateur du film Anatomie.

Un baiser sur le front, quelques pas de danse, une main qui caresse la peau plissante d'un bras, les veines bleues qui percent la peau devenue transparente, les taches et les boutons qui parsèment le corps vieillissant, une tête posée sur un torse dans le bruit amoureux d'un cœur toujours vivant. Ce film, qui m'a surpris dans mes propres frayeurs, m'a séduit, m'a comblé d'une richesse et d'une chaleur, a suscité l'envie irrépressible de partager.

L'amour des corps vieillissants, entre les corps vieillissants est un tabou ultime dans notre société de la perfection éphémère. Et je ne peux que penser au poème Les petites vieilles, œuvre qui m'avait tant impressionné, adolescent : «Je guette, obéissant à mes humeurs fatales/ Des êtres singuliers, décrépits et charmants». L'audacieux Baudelaire n'aurait pas ici boudé son plaisir même si la description cinématographique évite soigneusement le scabreux que notre poète maudit affectionnait.

Puis me revient la belle chanson de Moustaki sous la voix de Reggiani : «La femme qui est dans mon lit/ N'a plus 20 ans depuis longtemps/ Ne riez pas/ N'y touchez pas/ Gardez vos larmes/ Et vos sarcasmes/ Lorsque la nuit /Nous réunit /Son corps, ses mains/ S'offrent aux miens/ Et c'est son cœur/ Couvert de pleurs/ Et de blessures/ Qui me rassure».

Pour toutes ces belles évocations, pour la simplicité de cet hymne généreux à l'amour qui n'a pas d'âge, aux corps qui ont su durer, un grand merci à Patrick Bossé, Gilles Pelletier et Françoise Graton. J'inscris ici le lien vers le site du film Anatomie.

Je vous souhaite la grâce de voir ce court métrage d'une sereine humanité, d'accepter d'être dérangé le cas échéant, puis de vous laisser gagner par cette tendresse si rassurante.




18 mai 2014


Autocensure


Mercredi soir dernier, 14 mai 2014, en regardant les nouvelles à TVA, nous avons eu une très belle illustration concrète de ce que signifie l'hégémonie culturelle. Les Canadiens de Montréal venaient de gagner la septième partie de hockey qui les opposait aux Bruins de Boston faisant d'eux l'équipe gagnante de la série demi-finale de leur division. Du Centre Bell, où avait eu lieu la diffusion du match, la foule se déversait dans la ville et laissait éclater sa joie.

Une journaliste décrivait en direct la situation et parlait de la police qui ne réprimait pas la foule dans sa «man... présence dans la rue». La journaliste s'est reprise à temps pour ne pas employer le mot «manifestation» parce que depuis 2012, l'État policier nous a appris que «manifester, c'est violent et ce n'est pas bien».

Comprenons-nous bien. Je ne dis pas que la journaliste pense ça. Je ne dis pas que la journaliste en question croit ça fondamentalement. Que ce soit cette journaliste-là ou n'importe quelle autre personne n'a absolument aucune importance. Car l'idéologie n'est pas ce que l'on pense, mais bien ce qui nous pense.

Ainsi, la connotation sociale dominante des mots manifester et manifestation est devenue telle qu'une personne qui tient des propos publics s'autocensure pour ne pas employer le terme si elle ne veut pas donner une image négative d'un événement.

Si on est attentif, on notera que tout le discours public est coloré par de pareilles réticences, présuppositions, préconceptions et autres interprétations, qui ne relèvent absolument pas de la mauvaise volonté, ni de la méchanceté ni de la mauvaise disposition de qui que ce soit. Et il en est de même du discours privé de la plupart des citoyenNEs, qui baignent dans un contexte où la pensée austéritaire va de soi, comme la bonté des saints allait de soi dans le Québec rural des années 30.

L'hégémonie culturelle est un phénomène qui transcende les décisions conscientes; elle est la superstructure idéologique qui oriente une conception de la réalité. Ce genre de phénomène ne se corrige pas en deux coups de cuiller à pot.

Nous avons devant nous un très long travail de réappropriation des concepts, du discours, mais aussi de la pratique même du politique dans nos relations quotidiennes, que ce soit au travail, avec nos voisins, dans nos échanges économiques, dans toutes les organisations auxquelles nous participons aux niveaux local, municipal, régional, national, international.




12 mai 2014


Comment les Québécois votent-ils ?


À cette question assez simple, on pourrait répondre assez simplement : comme tout le monde. C'est bien possible, mais cela n'explique pas davantage ce qui s'est passé le 7 avril dernier.

À mesure que les eaux se décantent, ce qui était brouillé pour plusieurs apparaît plus clair. Il serait très présomptueux de sous-estimer l'intelligence collective des électeurs. Aussi est-il intéressant de décortiquer l'ensemble des facteurs qui jouent dans les choix électoraux d'une société.

On doit d'abord se rappeler que les gens décident à partir des données dont ils disposent. Or, à moins d'être féru de politique comme le sont quelques spécialistes, la moyenne des ours n'a pas connaissance de tous les programmes, de tous les faits et gestes des candidatEs ni de tous les liens qu'elles et ils entretiennent avec tel groupe idéologique ou avec telle entreprise.

Savoir tout cela exige une recherche à temps plein. Entre les activités quotidiennes, les exigences domestiques, le travail et ses loisirs préférés, la connaissance politique obtient la portion congrue et on serait bien prétentieux d'en exiger davantage. C'est l'éducation citoyenne, dès la formation scolaire, qui peut intégrer la préoccupation pour les affaires de la cité, mais cette part de la vie active est nécessairement limitée.

L'orientation idéologique des choix est aussi déterminée par l'hégémonie culturelle. Or, le caractère hégémonique de la pensée néolibérale est un fait patent. Un changement à cet égard ne s'opère pas seulement par une prise de conscience, c'est tout un environnement ainsi que de nombreux réflexes acquis qui doivent être modifiés. Quand, par exemple, des enseignantEs parlent de leur «clientèle», l'impact idéologique de cette référence peut leur échapper, mais la relation réelle qui se crée est déjà modifiée.

Quand on invite des politiques à débattre la question : Qui va payer la dette ? Il y est impossible de penser hors du cadre idéologique selon lequel une série d'énoncés implicites ne sont jamais remis en question : il y a une dette à payer, la dette d'un État peut être divisée par le nombre de ses citoyens, cette dette est une mauvaise chose, ceux qui doivent payer la dette sont les citoyens ordinaires, etc.

C'est l'hégémonie culturelle qui fait en sorte qu'on puisse voter contre ses propres intérêts, ce que Thomas Frank décrit dans son livre What's the matter with Kansas ? (2004), traduit en français sous le titre Pourquoi les pauvres votent à droite.

À cela s'ajoute, une part de ce que j'ai appelé dans mon billet du 4 avril 2011 le vote libidinal.

Puis au Québec, le scrutin majoritaire uninominal à un tour fait en sorte que la fonction de Premier ministre est accordée au chef du parti qui obtient le plus de députés. On ne peut donc faire un choix local différent si on veut un choix national donné. Si je préfère donner le pouvoir au parti X, je voterai parti X dans ma circonscription sans égard à la qualité des candidats locaux.

Finalement, et ce n'est pas le moindre des facteurs, le discours public en est rendu au point où, en fait, ce ne sont pas les partis mais plutôt les personnalités des chefs qui sont considérées. Nous avons été nombreux à nous étonner que les électrices et électeurs votent pour le Parti libéral 18 mois à peine après l'avoir chassé du pouvoir. Mais, il suffit de constater que ce n'était pas le même chef, donc c'est comme si c'était un tout nouveau parti, même si son équipe n'était pas si différente, même si ce nouveau chef a lui-même fait partie de cette équipe auparavant.

En effet, le discours public efface toute autre chose que la personnalité du chef. Vous remarquerez, si vous sortez des cercles particulièrement intéressés par la politique, en discutant avec n'importe qui, y compris des détentrices et détenteurs de doctorat, que lorsqu'on parle choix électoral, on nomme les chefs, pas les partis, pas les candidats locaux, même pas les plateformes électorales, encore moins les programmes.

Les électrices et électeurs votent nationalement, et votent pour une personne. C'est une sorte de présidentielle dans un régime qui n'a rien de présidentiel ni de proportionnel.

Comment changer tout cela ? Changer le mode de scrutin n'est qu'une partie. Ce sera loin de tout régler, mais c'est un minimum.

La tâche la plus ardue et la plus longue, c'est de modifier l'hégémonie culturelle. À cet égard, on trouve des pistes fort intéressantes dans un article de Pierre Mouterde : Quel avenir pour Québec solidaire ?

Sans s'interdire de prendre une petite pause au besoin, je conclurai comme mon camarade Mouterde : «Il ne reste qu'à se retrousser les manches.»





4 mai 2014


Nous sommes fiers de nos sévices


Certains commerçants tiennent à vous d'une drôle de façon. Ils insistent pour vous offrir une nouvelle option dont vous ne voulez absolument pas ou s'acharnent à vous garder dans leur liste de clients même si vous leur signifiez de façon claire et formelle que vous les quittez définitivement.

Vous trouverez peut-être amusante l'histoire de ma relation avec BNP-Paribas, dans laquelle ladite banque joue le rôle de l'amant éconduit qui refuse de lâcher prise.

Tout a commencé un beau jour de juillet 2007, où je décide de m'ouvrir un compte bancaire personnel à Paris pour faciliter les retraits d'espèces quand nous y venons en vacances et pour pouvoir faire des paiements dans toutes les machines qui acceptent les cartes bancaires. À l'époque, il n'y avait pas encore de puces sur les cartes québécoises alors qu'en France on le faisait depuis déjà plus de 20 ans.

Comme j'avais eu un bon service à la BNP 20 ans plus tôt, lorsque je travaillais à Villefranche-sur-mer, je me dirige à l'agence BNP-Paribas du Square du Temple, tout près de l'hôtel où nous logions et dans un arrondissement qui nous plaît beaucoup.

Ce fut un charme et une facilité pour nos dépenses lors de nos voyages en Europe pendant presque cinq ans.

Mais le mal guettait. Voulant bien faire, la banque décide en avril 2012, sans me demander mon avis, de transférer mon compte à l'agence Le Marais international afin de faciliter mes opérations internationales comme les placements et l'immobilier et surtout de pouvoir me répondre en anglais, toutes les communications étant dorénavant doublées de la traduction anglaise.

C'était bien mal me connaître, moi qui n'ai pas la fibre propriétaire et qui voulais faire mes affaires en français. J'avais seulement besoin de retirer de petits montants pour mes activités usuelles comme acheter des fleurs ou passer chez la boulangère, puis de pouvoir utiliser ma carte pour payer mes billets de cinéma à la caisse rapide.

Multiples courriels sur la question, mais erreur étrange, la Banque verse sur mon compte une somme de 1280 euros que je ne reconnais pas et dont j'exige l'annulation. On retire ce dépôt par traites mensuelles en me facturant des intérêts. Nouvel échange de correspondance pour détricoter cet autre imbroglio.

Mes efforts dans un cas comme dans l'autre ne donnant rien, je décide de rompre et demande par courriel du 19 juillet 2012, ainsi que par lettre du 23 juillet 2012, de fermer mon compte et de virer le solde à mon compte de la Banque Nationale en leur indiquant toutes les coordonnées nécessaires.

On m'a répondu qu'on n'arrivait pas à le faire, car on désirait un numéro qui leur permettrait de faire le virement en dollars états-uniens. L'agence en question ne fait affaire qu'avec les États-Unis pour faire des virements au Canada, alors que ma marchande parisienne de vêtements pour hommes peut faire des virements à mon compte canadien sans aucune difficulté.

Je fais donc moi-même les virements pour vider mon compte et répète la demande de fermeture par deux autres courriels (23 août 2012, 15 septembre 2012), puis par une autre lettre le 16 septembre 2012, tout en faisant à l'intention de la direction de la Banque un petit compte rendu de mes mésaventures.

On me répond qu'on est désolé des mauvaises impressions que j'ai ressenties et qu'on finalisera la clôture du compte.

Je croyais la saga terminée, mais ne voilà-t-il pas qu'on me relance le 17 mars 2014 en me demandant si je veux fermer le compte puisque je n'ai pas fait d'opération récemment, le tout dûment doublé en anglais.

Nouvelle lettre du 24 avril 2014, dans laquelle on me demande de m'assurer que mes opérations sur mon compte (opérations inexistantes sur un compte à zéro, rappelons-le) respectent les règles fiscales de mon pays.

Dans ma réponse à la Banque si opiniâtrement attachée à moi, je la renvoie à ce billet, qui lui rappellera qu'un attachement non partagé n'est pas source de bonheur.

Souvent banque varie, bien fol est qui s'y fie.




27 avril 2014


Hypocrisie morale ?


Plusieurs, moi le premier, auront été étonnéEs que le programme québécois de procréation assistée défraie les coûts d'une fertilisation in vitro destinée à une mère porteuse au bénéfice d'un couple de même sexe.

Ce qui est étonnant dans cette situation, c'est que le rôle de mère porteuse n'ayant pas de statut légal au Québec et étant exclu par le Code civil actuel, on ne voit pas pourquoi le gouvernement du Québec a payé pour cela.

Dans les réactions qui ont été publicisées, on a fait valoir que certains voulaient transcender les limites biologiques. Or, ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Il s'agit bien de savoir pourquoi le gouvernement a remboursé des frais pour une activité qui n'a pas de caractère légal. Que le couple soit de même sexe ou non, la fertilisation destinée à une mère porteuse n'a pas à être remboursée puisque le statut de mère porteuse n'est pas légal au Québec.

Quant à la discussion sur le recours même à la mère porteuse, n'y a-t-il pas une forme d'hypocrise à ne s'en émouvoir que maintenant qu'un couple de même sexe en a fait l'annonce ? En effet, on sait que des couples de sexe différent y ont aussi recours. Le débat ne méritait-il pas de se faire dès lors que ce recours était connu?

Le débat sur le remboursement, lui, semble pour l'instant très simple. Pas de statut légal : pas de remboursement.




21 avril 2014


Politique québécoise : trois exigences minimales


On peut s'interroger sur la façon de bien regrouper les forces de gauche au Québec à la suite du résultat très décevant des élections du 7 avril dernier.

Pour ce faire, rappelons-nous toutefois que les électrices et les électeurs ont une marge de manoeuvre assez mince, sachant que notre système électoral est fabriqué sur mesure pour favoriser la domination du bipartisme.

Il convient aussi de se demander qui sont ces quelque 25 % des personnes ayant voté qui ont accordé leur voix au Parti québécois. Quelle est la part de nationalistes traditionnalistes de droite ? Quelle est la part de socio-démocrates ultrapatients et résignés ?

Puis, chez l'électorat qui a appuyé le Parti libéral, très vraisemblablement pour sanctionner le gouvernement péquiste, quelle est la part de modéréEs ?

Chez les caquistes, il y a sûrement des électrices et électeurs séduits par des propositions faciles à énoncer, qui semblent pleines de bon sens : alléger le fardeau fiscal des contribuables, faire le ménage dans l'administration.

Étant donné le blocage que constitue le mode de scrutin actuel, qui a toujours pour résultat que 60 % des électrices et des électeurs sont ignorés par le pouvoir, il est plus que jamais nécessaire d'axer la pédagogie politique sur trois exigences essentielles et minimales pour assainir le climat politique et favoriser une diversité de propositions plutôt que de toujours devoir choisir entre deux équipes qui se vantent chacune à tour de rôle d'être la plus à même d'attirer les investisseurs. N'est-il pas plus mobilisateur de promouvoir l'humanité plutôt que la comptabilité ?

La première exigence est qu'on dispose enfin d'un mode de scrutin proportionnel. Aucune concession ne devrait être faite là-dessus. Un parti qui prétend vouloir d'abord le pouvoir pour le partager ensuite se comporte de façon hypocrite. Il faut s'annoncer comme étant prêt à le partager d'avance, sinon ce n'est que tactique (très malencontreusement nommée stratégie).

La deuxième exigence que devraient avoir les électrices et les électeurs est une question de réalisme lié carrément à la survie des générations à venir. On aura beau avoir l'économie la plus florissante pour les 1 % dominants, à quoi cela sert-il si les générations à qui nous avons emprunté la terre doivent souffrir au point de respirer à peine ? Un parti politique qui ne s'engage pas dès maintenant dans la sortie de notre dépendance au pétrole se comporte comme un éthylique dansant à deux pas de la bouche d'un volcan actif.

La troisième nécessité est celle de fournir à l'État les moyens de ses politiques. Ces moyens sont accessibles facilement puisque depuis 30 ans le gouvernement se prive volontairement de revenus auxquels il avait déjà recours. Il faut savoir qu'une meilleure répartition des catégories de revenus imposables aurait pour effet de diminuer les impôts de la majorité des citoyenNEs et de faire payer une plus juste part à celles et ceux, ainsi que les entreprises, qui en ont les moyens.

Résumons-nous, dans les quatre ans à venir, il est possible de réunir un électorat soucieux de son avenir, de la justice et du bien commun autour de trois revendications essentielles pour redonner un sens à la politique québécoise : le mode de scrutin proportionnel, la sortie de la dépendance aux hydrocarbures et l'accès de l'État aux moyens de ses politiques.




14 avril 2014


Élections québécoises : schizophrénie et désuétude


Les résultats des élections québécoises paraissent déroutants, mais sont compréhensibles au vu du comportement des partis et du mode de scrutin dont nous sommes affligés.

D'aucuns se demanderont quel aura été le rôle des sondages. Réflètent-ils ou modèlents-ils les choix des électrices et électeurs ? Quand on sait que le passage d'un gouvernement à un autre se joue sur environ 10 % du vote, c'est une question qui peut se poser.

Quel que soit notre avis sur les sondages, quel que soit le rôle qu'ils jouent ou ne jouent pas, il reste qu'un contrôle plus serré de leur utilisation serait sans aucun doute bienvenu. C'est pourquoi un groupe comme le collectif RISQ pour la réglementation de l'industrie des sondages a été créé.

Cela dit, il convient d'analyser deux des grandes causes des résultats électoraux, troublants en apparence.

D'abord, le comportement schizophrénique du Parti québécois n'a pas échappé à la majorité des personnes qui ont voté. J'en donnerai cinq exemples, mais il y en a d'autres.

Alors qu'il a fait voter une loi sur les élections à date fixe, il en déclenche une sans avoir été battu au Parlement avec la visée évidente de surfer sur des sondages favorables.

Il a courtisé les électrices et électeurs de la Coalition avenir Québec (CAQ), par des mesures de droite, tout en implorant d'un autre côté les sympathisantEs de Québec solidaire, solidement campé à gauche, de voter pour lui.

Il se dit souverainiste, mais exclut la tenue d'un référendum sur le sujet.

Il se prétend social-démocrate, mais dépose un budget austéritaire.

Il recrute des environnementalistes (Breton, McKay), mais se lance tête baissée dans l'exploration du pétrole de schiste.

Le Parti libéral, s'il n'est pas reluisant dans ses propositions, a le mérite d'une certaine cohérence dans sa vision d'un monde gouverné par les affaires, ce qu'il a clairement rappelé dans son slogan.

Ensuite, notre mode de scrutin est totalement désuet. Mais les deux vieux partis se refusent à le modifier, car ils souhaitent toujours profiter à tour de rôle des distorsions importantes qu'il occasionne. Il est plus que grand temps d'en changer et c'est ce que propose depuis 15 ans le Mouvement Démocratie nouvelle.

Certains ont proposé un exemple de carte de l'Assemblée nationale si le scrutin proportionnel avait été utilisé lors des récentes élections. Ce genre de projections ne peut être exact parce que les résultats eux-mêmes auraient été très différents puisque les gens ne votent pas de la même façon quand ils savent que leur vote compte.

Dans le scrutin actuel, les personnes qui votent sont confrontées à un dilemme : comme elles n'ont qu'un vote, elles veulent qu'ils servent à choisir le gouvernement. Or, le vote ne sert qu'à faire élire unE députéE, et le gouvernement est formé à partir du nombre de députéEs obtenu. Cela a pour résultat que les gens votent localement avec en tête un choix national. Et tous les autres votes locaux, qui n'ont pas servi à faire élire unE députéE, sont perdus. De là, sans doute l'obsession de vouloir voter «gagnant».

Dans un scrutin proportionnel mixte compensatoire, les gens votent d'une part pour la personne qui va les représenter localement et d'autre part pour la liste du parti qui va les représenter au niveau national. Cela permet même de voter pour unE représentantE d'un parti localement et pour unE autre au niveau national.

Nous aurions sans doute tout de même eu un gouvernement libéral, mais il ne serait pas majoritaire et, surtout, les députéEs seraient choisis sur les enjeux qui concernent les circonscriptions. Cela éviterait par exemple qu'on retrouve en deuxième position, dans une circonscription comme Sainte-Marie-Saint-Jacques, une candidate libérale qui est une illustre inconnue.

Cela faciliterait aussi pour les électrices et les électeurs l'articulation entre les campagnes locales, régionales et nationales. Ils pourraient prendre plus d'intérêt dans la couverture médiatique des enjeux locaux.

Et qu'on nous lâche avec l'exemple du parlement de style israélien. Il suffit d'exiger qu'un parti ait au minimum 5 % des votes au niveau national pour avoir unE représentantE dans le système compensatoire, ce qui évite le chantage et le blocage par de petits partis marginaux.

Savoir que son vote compte encouragerait sans doute certaines personnes qui ne votent pas à le faire. Savoir que son vote compte favoriserait un vote très différent. Un gouvernement minoritaire ou de coalition encouragerait sans doute une culture du dialogue, qui réduirait peut-être le désabusement à l'égard des politiques.




23 mars 2014


Une boussole pour perdre le nord


Pendant la campagne électorale, la chaîne de radio et de télé publique du Canada offre une sorte de jeu qui s'appelle la boussole électorale. Concoctée de manière objective par divers universitaires, cette technique de détermination des préférences des électeurs ne doit justement être considérée que comme un jeu, car si une personne indécise espère s'y faire une idée plus précise du parti qui lui ressemble, elle risque fort d'être entraînée très loin de ses intérêts véritables.

Je ne prendrai que deux exemples pour illustrer mon propos, mais cette analyse pourra s'appliquer mutatis mutandis à tous les sujets abordés et à toutes les questions posées.

Premier exemple : Si vous répondez oui à la question «Êtes-vous pour l'abolition de la taxe santé?» On vous approchera de manière égale des deux formations politiques qui proposent cette mesure, soit la Coalition Avenir Québec (CAQ) et Québec Solidaire (QS).

Or, bien que ce soit la même proposition, la raison pour laquelle chacun de ces deux partis l'inscrit à sa plateforme n'est pas du tout la même. Chez la CAQ, c'est par détestation de la participation des contribuables à l'effort fiscal que l'on s'oppose à la taxe santé. Chez Québec Solidaire, c'est parce qu'au contraire on croit à l'effort fiscal, mais que celui-ci doit être proportionné aux revenus, la CAQ étant plus près de ce que l'on pourrait appeler l'État facilitateur (État qui ne met pas de bois dans les roues des entrepreneurs), QS étant plus près de l'État régulateur (État qui aplanit les inégalités sociales).

Une même mesure place donc les deux organisations non pas près l'une de l'autre, mais bien aux antipodes. Et la réponse à cette question sans savoir pourquoi on y répond de telle façon ne permet pas de savoir laquelle des deux est plus près de notre façon de voir les choses.

Deuxième exemple : Si vous répondez oui à la question «Êtes-vous pour l'indépendance du Québec?», on classera à égalité dans vos préférences les trois partis politiques suivants : Option nationale, Québec Solidaire et le Parti Québécois.

Or, la façon de voir l'indépendance de ces trois partis n'est pas du tout la même et le rôle de l'indépendance n'y est pas du tout le même. Pour Québec Solidaire, par exemple, l'indépendance est un outil pour créer une société plus égalitaire et proposer une constitution par la contribution de la population à son élaboration. Pour le Parti Québécois, l'indépendance est désirable en soi pour l'émancipation de la population québécoise et ne permet pas d'orienter la constitution vers un type de société plutôt qu'un autre. Pour Option nationale, l'indépendance consiste d'abord à être maître des impôts, des lois et des traités, c'est-à-dire posséder les attributs régaliens, quitte à déterminer ensuite l'orientation des politiques nationales. Cet objectif serait réalisé dès l'élection du parti.

On constate donc que l'appui à une mesure politique n'est pas en soi une preuve qu'on est plus près du parti qui la propose. Les raisons qui sous-tendent une proposition colorent toute la conception du devenir collectif et les liens entre les différentes mesures sont souvent beaucoup plus importants que les mesures elles-mêmes. C'est parce que le politique est le lieu d'interprétation de la volonté générale ou de l'influence sur cette volonté générale dans le but, soit d'atteindre le souverain bien (ce qui est considéré comme philosophiquement désirable) ou le bien commun (ce qui est considéré comme désirable pour la collectivité ou par la collectivité).

Un alignement objectif des mesures proposées par des partis politiques sans tenir compte de ces différences fondamentales ne peut pas être tenu pour autre chose qu'un jeu et n'est certainement pas une façon juste d'apprécier les programmes des prétendants à la gouverne démocratique.




10 mars 2014


Qui a des chances d'être élu?


Il est un argument souvent utilisé dans les campagnes électorales à propos des candidatEs et des partis à qui l'on dit qu'ils n'ont aucune chance d'être élus.

C'est pourtant, si l'on croit en la démocratie, une idée qui est tout sauf un argument. Les raisons à cet effet sont multiples. Tout d'abord, si ce prétexte avait été pris au sérieux par tous les partis et par tous les candidats, aucun des partis actuels au Québec n'existerait. Nous en serions encore aux deux partis originaux du parlement du Bas-Canada, soit le parti canadien et le parti britannique.

Ensuite, il faut se demander à quoi servent les élections : à élire les personnes qui sont déjà élues ou à voter pour des personnes et des partis dont les programmes correspondent à nos convictions.

Quelle est la volonté de l'électeur, voir élire la personne la plus statistiquement favorisée même si ses politiques suscitent chez lui l'aversion? À cet égard, et c'est bien dommage que la proportionnelle n'existe pas au Québec, attribuer des votes à unE candidatE qui ne sera pas éluE, c'est favoriser la démocratie, car cela permet de compter les appuis de chaque côté, et cela permet au parti de cette personne d'obtenir du financement. En ce sens, on gagne et on fait gagner la démocratie quand on vote selon ses convictions et non pour ce que les devins nous annoncent.

Ensuite, il faut se demander quel est l'intérêt de voter si l'objectif consiste à deviner quelle est la personne que les autres ont choisie pour pouvoir faire comme eux. Ne s'agit-il pas plutôt de se demander quelle est la personne dont les idées nous conviennent? Et la mesure de l'appui à cette personne, même si elle n'est pas élue permet d'en évaluer l'importance dans la population. Si on vote contre ses convictions, on nuit à ses propres idées et on fait avancer les idées adverses, c'est une drôle de conception de la démocratie.

Une façon beaucoup plus positive de regarder les choses consiste à ce dire qu'on profite des élections pour exprimer dans l'urne des idées qu'on va promouvoir par ailleurs le reste du temps.

Une expérience personnelle m'a convaincu très tôt que chaque vote compte. Lorsque j'étudiais à l'Université du Québec à Rimouski, je me suis présenté comme représentant étudiant à la Commission des études. J'ai fait ma campagne à la mesure de mes moyens auprès des différents groupes qui composent la population étudiante.

Le jour des élections arrive, et je me balade dans l'université pour selon l'expression consacrée «faire sortir le vote». Les bureaux fermaient à 17 h. Vers 16 h 55, en descendant un escalier pour me rendre vers ce qui s'appelait le Salon bleu, où se reposaient les étudiantEs entre deux cours ou pour socialiser, je croise un camarade d'un département scientifique et lui demande s'il est allé voter comme il me l'avait promis. Il me répond : «Je n'ai pas vraiment le temps et, de toute façon, ce n'est pas mon vote qui va changer le résultat.» Je lui réplique qu'il a tort et que chaque vote compte.

Le lendemain, je reçois les résultats (à l'époque, les résultats étaient dévoilés par l'administration et il n'y avait pas de représentantE des candidatEs). J'avais été battu par un vote.

Ce qu'il convient d'en retenir, c'est que les chances d'être éluE dépendent toujours du vote que l'on décide d'accorder et qu'on a toujours le choix de voter pour faire avancer ses idées.




3 mars 2014


Pierre et Paul peuvent aller se rhabiller


«Déshabiller saint Pierre pour habiller saint Paul» est une expression datant du XVIIe siècle dont l'évolution connaît divers avatars et, en ce froid matin d'hiver qui perdure, j'avais envie de rhabiller les deux protagonistes dont on se doute qu'ils doivent bien frissonner.

Tant en France qu'au Québec, j'entends aujourd'hui l'expression le plus souvent sans le qualificatif saint, qui ne fait plus beaucoup image pour le locuteur contemporain s'il ne sait pas qu'on habillait autrefois les saints dans les églises lorsque c'était leur fête. On entend «déshabiller Pierre pour habiller Paul», «déshabiller Pierre pour habiller Jacques», et toutes sortes de variantes, j'ai même entendu une fois «déshabiller André pour habiller Jacques».

L'idée reste la même, on prend à quelqu'un pour donner à un autre ou l'on défait quelque chose pour faire autre chose. C'est le sens qu'a pris l'expression de nos jours.

Toutefois, à l'origine, la signification, encore connue de certaines personnes plus âgées ou plus littéraires, était en fait : «trouver une solution qui n'en est pas une et qui nous donne l'air fou». Pourquoi donc?

Parce qu'il faut savoir que la fête de saint Pierre dans la tradition catholique, d'où nous vient le dicton, est célébrée le 29 juin et que la fête de saint Paul est aussi célébrée le 29 juin. C'est la fête de saint Pierre et saint Paul, apôtres. Alors si, pour habiller saint Paul le jour de sa fête, on déshabillait saint Pierre, on avait toujours l'air aussi fou en promenant une statue habillée et l'autre pas.

Déshabiller saint Pierre pour habiller saint Paul, c'était strictement ne rien changer à la situation alors qu'aujourd'hui le sens est plutôt : «créer une forme d'injustice» ou «enlever d'un côté pour ajouter d'un autre». Ainsi, les formes et les sens évoluent-ils pour garder une fonction, accompagnant de cette façon la culture qui change.




24 février 2014


L'Arizona sur la pente glissante


L'état de l'Arizona a voté une loi (Loi 1062) afin de protéger toute personne, tout commerce, toute association contre des poursuites pour avoir agi ou refusé d'agir en vertu de sa liberté de croyance religieuse.

C'est une bien vilaine interprétation de la liberté de croyance, car la liberté de croyance, qui est une affaire de liberté de penser et de liberté d'expression, ne saurait en aucun cas autoriser la discrimination (agir contre quelqu'un ou ne pas agir pour lui rendre un service normal), laquelle discrimination va contre les principes d'égalité à la base de toutes les libertés.

La gouverneuse de l'État, Jan Brewer, a le pouvoir d'opposer son «veto» à cette loi, et l'on ne s'étonne pas que les leaders économiques de la région l'implorent d'y avoir recours, car une telle ouverture à la discrimination risque fort d'entraîner un mouvement de boycott économique. Ce serait en effet la seule façon de faire entendre raison aux autorités législatives de l'Arizona de la même manière qu'il a fallu un boycott économique pour s'opposer à l'apartheid en Afrique du Sud.

Élever une liberté au-dessus des autres, c'est nier la notion même de liberté.




17 février 2014


Ils vivent au-dessus de nos moyens


En préparation du budget que le gouvernement québécois doit déposer le 20 février, on entend le Conseil du patronat dire que le Québec vit au-dessus de ses moyens et que ses programmes sociaux devraient être moins généreux.

C'est quand même drôle, mais trouvez-vous que les personnes âgées dans les CHSLD vivent au-dessus de leurs moyens? Trouvez-vous que les personnes seules ou itinérantes vivent au-dessus de leurs moyens? Trouvez-vous que les chômeuses et les chômeurs vivent au-dessus de leurs moyens? Trouvez-vous que les mères monoparentales vivent au-dessus de leurs moyens? Trouvez-vous que les personnes malades et handicapées vivent au-dessus de leurs moyens?

Les dirigeants d'entreprise, les banquiers, les financiers de toutes sortes, ils ne vivent pas au-dessus de leurs moyens? En tout cas, ils vivent certainement au-dessus de nos moyens.

On propose de réduire les programmes sociaux? Qui propose ça? Des gens qui bénéficient d'exemption fiscale, qui profitent de subventions, qui reçoivent des salaires astronomiques, qui se font donner nos ressources naturelles, en fait qu'on paye pour qu'ils exploitent nos ressources.

Alors, dites-moi, pourquoi le Conseil du patronat ne propose-t-il pas qu'on soit moins généreux avec les nantis? Ah, mais la réponse est toute faite: «Parce qu'ils créent des emplois!» N'est-ce pas formidable, ils créent des emplois!

En tout cas, s'ils en créaient, j'imagine que ça se verrait quelque part. Plus on applique leurs recettes, plus le tissu social se délite et une frange de plus en plus grande de la population sombre dans la pauvreté.

Ce que l'on voit surtout, c'est que ces gens-là quand ils veulent augmenter la production, fidèles aux méthodes de nouvelle gestion, ils congédient ceux qui sont en première ligne et embauchent plus de cadres et, hélas, ça se vérifie tant dans les entreprises manufacturières que dans la grande distribution et même dans le secteur public et parapublic. Si les employéEs prenaient en main leurs entreprises, elles fonctionneraient mieux et il y aurait plus d'embauche.

Messieurs du patronat, on vous prendra au sérieux quand vous donnerez l'exemple, vous qui vivez au-dessus de nos moyens. Si vous tenez tant à payer la dette dont vous nous avez accablés vous-mêmes grâce à votre système financier, eh bien cotisez-vous entre vous.




10 février 2014


Vieillir


Jacques Brel a fait de belles chansons plutôt déprimantes sur le sujet. Dans Les Vieux, il dit «Que l'on vive à Paris, on vit tous en province quand on vit trop longtemps» ou encore «Ils n'ont plus d'illusion, ils n'ont qu'un cœur pour deux» et dans Vieillir, il s'écrie «Mourir, cela n'est rien, Mourir, la belle affaire! Mais, vieillir, oh, vieillir!»

Jeune, on a tendance à partager ce genre d'idées romantiques, bien que je me rappelle avoir écrit quand j'avais 20 ans que le culte de la jeunesse est une erreur. Vieillir peut avoir des charmes à la condition, bien sûr, d'avoir la chance de conserver une bonne santé.

D'abord, parlant de vieux charmants, on se rappellera, en ces temps olympiques, de Richard Garneau, qui était certainement le plus beau vieil homme auquel je puisse penser. Sa culture et sa finesse nous manquent cruellement quand on pense à la cérémonie d'ouverture des Jeux, mais passons.

Je dirai ensuite, comme je le répète sans cesse autour de moi (vieillir, c'est aussi se donner le droit de radoter un peu), que vieillir est la meilleure manière de ne pas mourir jeune. Et quand je regarde le soleil du matin à travers la fenêtre en cette belle journée d'hiver, je me réjouis de ce bonheur épicurien, au sens originel du terme, qui consiste à admirer la superbe clarté matinale.

Certes, «l'âge ne fait rien à l'affaire», chantait Brassens, et quand on n'a pas su cueillir la sagesse au long de son chemin, comme je l'écrivais ailleurs, on peut faire un vieux con pas plus méritant qu'un jeune con. Mais, c'est absolument impossible de devenir un vieux sage si on quitte ce monde au moment où on est un jeune con ou un jeune sage (parce qu'il y en a tout plein des jeunes sages, il faut chérir leur apport à nos méditations, et c'est sage de contester l'autorité quand cette dernière fait fausse route). Alors, donnons-nous la chance de vieillir.

Puis, il ne faut pas non plus bouder ses plaisirs. Je connais des gens très près de moi qui sont offusqués quand les jeunes s'adressent à eux de manière trop respectueuse. Pas moi, j'ai grand plaisir à me faire vouvoyer et appeler «Monsieur» par la relève, même si je ne suis pas encore tombé (comme disait Vigneault).

Quand une demoiselle m'offre poliment son siège dans l'autobus, je l'accepte avec plaisir et je la remercie clairement. Une jeune dame m'a déjà proposé de partager son parapluie au sortir du métro. N'est-ce pas aimable? Et je dirais non juste pour oublier que j'ai les cheveux gris?

D'ailleurs, l'âge, c'est bien relatif. Je me rappelle une anecdote savoureuse. J'avais 31 ans. C'était un soir de début d'automne, je marchais rue Sherbrooke, curieusement déserte. Comme il faisait assez froid, je portais mon trench et mon éternel béret. Un vent furieux se soulève et arrache mon béret qui s'en va rouler (oui, comme une roue) en plein milieu de la rue Sherbrooke, toujours déserte.

«Ah, misère!», me mets-je à crier, me sentant impuissant devant le vent qui avait déjà déporté mon couvre-chef à cinquante mètres de moi. De l'autre côté de la rue, environ soixante mètres devant moi, un jeune punk au crâne soigneusement rasé, aux bottes bien attachées et au blouson décoré de métal, regardait la scène. «Ça y est, me dis-je, il va bien se marrer.» Il s'est mis à courir dans la rue, a attrapé mon béret au vol, a traversé sur mon trottoir et a attendu que j'arrive près de lui pour me le remettre en me disant : «Tenez, Monsieur, votre chapeau.»

Pour ce jeune homme de seize ans peut-être, j'étais déjà un vieux monsieur. Je l'ai remercié bien bas en rechaussant ma coiffure. Depuis, j'ai pris du détachement face aux jugements de Brel sur la vieillesse et j'ai continué à trouver les punks sympathiques (surtout ceux aux lacets rouges, bien sûr).

Tous les jeunes n'ont pas cette bienveillance pour l'âge d'or (expression qui a fait son temps, je crois). Ainsi, j'ai découvert il y quelques années une expression jeune qui sert à désigner les vieux. Le nom de «pruneau» nous est accolé parce que comme le pruneau, le vieux est «sec, ridé et il fait chier».

Pardon pour la vulgarité, mais c'est l'explication. Il y a deux ans, un 8 février, mon conjoint avait le goût de faire un petit souper à nous deux pour nous rapprocher et comme nous n'avions pas une excuse valable dans le calendrier, il m'a suggéré de fêter la Saint-Pruneau. Depuis, tous les 8 février, nous célébrons cette date en nous réappropriant le nom pour rigoler. Samedi dernier, pour la troisième édition, nous avons invité un camarade à célébrer l'occasion avec nous.

C'est vrai qu'il y a de ces personnes âgées qui sont acariâtres, qui sont «malcommodes» comme on disait dans le temps. Bien que je revendique le fait de vieillir, je pense qu'être déplaisant avec notre entourage ne rendra pas notre vieil âge plus agréable. Alors, je nous souhaite tous de devenir de doux pruneaux et de le célébrer encore longtemps. Puissent les vents nous être favorables.




3 février 2014


Qui doit modérer ses transports ?


Cette jolie expression surranée n'est sans doute plus très connue des jeunes. Les transports auxquels elle faisait référence étaient les mouvements de l'âme, les excès d'émotion, et le conseil de «modérer ses transports» visait à ménager une personne dont les emportements risquaient de lui causer des ennuis.

Toutefois, c'est bien ennuyeux, mais il me semble qu'au propre comme au figuré, c'est toujours aux mêmes à modérer leurs transports. Ce n'est pas à ceux qui mènent grand train (de vie s'entend) qu'on demande de se modérer, mais toujours à ceux qui ont moins.

Ainsi, j'entendis la semaine dernière le président de la Société des transports de Montréal annoncer que ladite société réduirait ses dépenses et augmenterait ses tarifs. Que les autobus, si j'ai bien compris, circuleraient un peu moins souvent, ce qui au bout du compte ferait faire de grandes économies.

Doit-on chercher la rentabilité d'un service public? À long terme, qu'est-ce qui est le plus profitable pour une société? Inciter les gens à faire usage du transport en commun ou les en décourager? Le métro est déjà à pleine capacité. Au contraire de réduire la fréquence des bus, il faut l'augmenter, investir davantage dans le public.

Certaines villes se sont même fait un point d'honneur de rendre le transport en commun gratuit (ce qui est une excellente publicité pour elles). Des villes moyennes certes (Aubagne, Compiègne en France, Hasselt en Allemagne), mais aussi de grandes villes (Tallin en Estonie, le centre-ville de Portland en Oregon).

Avoir une vision d'avenir, c'est encourager l'utilisation du transport en commun qui rendra la ville plus conviviale et attirera plus de résidents (donc à terme de l'activité économique et des revenus).

Avoir une vision rétrograde, c'est chercher à faire des économies dans les services essentiels, ce qui décourage les usagers, encourage encore la voiture et la pollution qui s'ensuit, alimente le discours des partisans de l'auto, qui mesurent la qualité de vie au plus grand nombre de kilomètres parcourus avec aisance et qui ne feront désormais que passer en ville pour y laisser leurs émanations de carbone.




27 janvier 2014


Éloge (¿) de la vacuité


«Vanité des vanités, tout n'est que vanité», disait l'Ecclésiaste (chap. 1, verset 2). Moi, ce qui me chiffonne, c'est la vacuité du discours qui remplit nos ondes, nos images, nos bandes passantes et c'en est un peu une belle illustration que l'on trouve dans le film La Grande Bellezza de Paolo Sorrentino, si vous avez la chance de le voir avant qu'il ne quitte les écrans.

Beaucoup d'agitation, beaucoup de clinquant, beaucoup superficialité. À part le «human interest», que l'on confond avec le sérieux et la profondeur, il semble que notre monde médiatique soit incapable d'étudier des questions de manière rigoureuse. Aussi des émissions de télé multiplieront les invités pour éviter que le client ne s'ennuie. Deux ou trois questions croustillantes feront office de solidité théorique, puis on pourra retourner aux boutades et autres rigolades comme si un bon mot était plus important qu'une étude des causes des conditions socio-économiques qui nous affligent. Comme si un clash entre deux grandes gueules était plus instructif, plus divertissant certes, qu'une analyse.

Comme si une logorrhée était toujours nécessaire, car parfois le silence dans l'attente de plus d'information sérieuse serait la meilleure attitude. En tout cas, si j'étais isle-vertois, c'est ce que je me dirais.

Le commentaire a envahi toutes les tribunes, aussi quand je réclame de l'analyse, on me répond qu'il n'y a que ça, mais dire tout ce qui nous passe par la tête n'est pas analyse. Et, ici, en mode essayistique, j'exprime une désolation, pas non plus une analyse, je l'ai fait avant et le ferai après, mais pas cette fois-ci, aujourd'hui c'est illustration.

Comme il est bon de lire des essais du genre de La littérature est inutile de Gilles Marcotte (paru chez Boréal en 2009), où la pensée se promène librement sans préoccupation liée à la nécessité d'accrocher le chaland par des couleurs criardes ou des larmes de circonstance.

Cela nous fait oublier les répliques insensées d'une vedette traitant un homme qui s'est enrichi en achetant et revendant les autres de «génie absolu». Cela nous fait oublier qu'une télé d'État se permet de faire une émission dans laquelle elle demande aux plus riches et aux mieux nantis ce que l'État devrait faire pour les plus pauvres, comme si on ne devinait pas la réponse qui est de débaucher les fonctionnaires qui sont au service de la population. Cela nous fait oublier qu'un grand journal francophone se demande si les syndicats sont utiles vu qu'ils sont moins nombreux et que de moins en moins de personnes sont protégées par eux. On se demande bien à cet égard si l'emploi est toujours utile vu qu'il y a de moins en moins de gens qui en ont. Peut-être les logements ne sont plus utiles vu qu'il y a de plus en plus d'itinérants?

Bon, je m'arrête, allez voir La Grande Bellezza, lisez des essais, après vous aurez toujours le temps de rallumer votre téléphone pour savoir quel est le nouveau trend sur Twitter.





20 janvier 2014


La religion économique


La force de l'idéologie, c'est de s'exprimer à travers nous sans qu'on en prenne conscience. Une idéologie est dominante dans la société quand ses membres et ses principaux acteurs énoncent des sentences absurdes en croyant que c'est une donnée de la nature.

À l'époque où le Québec était dominé par l'idéologie religieuse catholique, on entendait des politiques, des journalistes, des professionnels parler de la «grâce de Dieu» ou de «providence» comme si c'était des choses démontrées. Il ne venait à l'idée de personne de contester publiquement l'utilité de la prière quotidienne à la radio.

La nouvelle religion, celle qui fait dire des absurdités sans que personne ne sourcille, est celle de l'économie. Malheureusement, cette religion fait des ravages dans tous les pays occidentaux. Et il est remarquable de voir même l'attitude de tous les journalistes lorsqu'ils interviewent les politiques ou les économistes opiner du bonnet lorsque ceux-ci récitent la vulgate des principes austéritaires.

Alors même que les expériences d'austérité ont entraîné la plupart des pays dans une spirale déstructurante, les rares qui s'y opposent sont vus au mieux comme de doux rêveurs, au pire comme de dangereux psychopathes.

J'ai entendu récemment à la radio la célèbre Christine Ockrent poser la question suivante à un économiste invité (économiste de droite, on s'en doutait) : «Hollande aura-t-il le courage de prescrire les mesures d'austérité qui s'imposent?» La question ne portait donc pas sur la pertinence des mesures d'austérité.

C'est assez fort de café, même si on connait les accointances de la fameuse intervieweuse, n'est-il pas son rôle de pousser l'interviewé à se justifier plutôt que de l'encourager à faire pression sur quelqu'un d'autre?

J'ai entendu la même chose à Radio-Canada quand un animateur et un reporteur faisaient des gorges chaudes avec l'intention du président du Vénézuela de rendre l'inflation illégale. On a la mémoire courte, car c'était aussi l'intention du Parti conservateur de Robert Stanfield au Canada en 1974, qui a été battu par le Parti libéral du Canada en opposition féroce à cette mesure. Devinez qui l'a appliquée dès 1975 ? Le gouvernement Trudeau !

Pour en revenir à notre religion d'État, on peut concevoir que ce n'est pas par mauvaise volonté si tous les grands médias et leurs employés chantent en choeur les louanges de l'austérité économique, ils en sont rendus à croire, comme on croyait jadis aux dogmes catholiques, que ces idées relèvent de l'ordre naturel des choses.




16 décembre 2013


Les fruits XXX


L'une des grandes joies, quand on n'a pas de voiture, c'est de se retrouver libre le dimanche quand tout le monde est en train de déneiger.

C'est de pouvoir marcher lentement dans des rues quasi-désertes au lendemain d'une chute de neige relativement importante.

C'est de se retrouver au cinéma dans une salle clairsemée parce que les automobilistes sont trop pris par leur déneigement.

En passant, j'ai remarqué que mes habitudes cinématographiques font en sorte que je me retrouve généralement au milieu de spectateurs dont la chevelure est de toutes les couleurs et part dans toutes les directions ou encore portent de petites laines sur leurs épaules frêles et frileuses.

Mais, les compagnons de fortune qui s'apprêtaient à se bidonner en regardant les Lions de Cannes hier au Cinéma Beaubien ont dû se demander pourquoi je me suis mis à rire avant même que la projection du premier film publicitaire ne commence.

C'est que je m'étais apporté comme collation un sachet de purée de fruits, comme ceux que l'on met dans les boîtes à lunch des enfants, et qui sont une collation de format idéal, juste la portion nécessaire.

Or, je n'avais pas remarqué que ce Squish'ems aux pommes et petits fruits de Dole avait été produit aux États-Unis d'où la traduction fort pornographique du produit qui donnait: «pomme et baises mélangées». Ça pourrait aussi s'appeler «Adam et Ève en partouze».

Y a-t-il encore quelqu'un qui doute de l'utilité de la révision par un être humain?

Sur ce, passez de Belles Fêtes, je vais vous laisser tranquilles pour environ un mois, à moins que l'actualité ne me fasse rager.





9 décembre 2013


Le talent et la sagesse


Mon conjoint et moi ne regardons à peu près jamais Tout le monde en parle, mais hier soir nous avions envie d'une soirée un peu molle, passive, où nous nous contenterions de regarder passer les trains (comme dans la chanson Les Bonbons de Brel).

Alors, nous regardions sans grand intérêt et sans passion défiler les plus ou moins «pipoles» tout en sirotant le digestif. Évidemment, nous avons zappé quand nous avons entendu l'annonce que le si bon Dr Julien venait dans la séquence suivante. Nous n'avions nullement envie d'entendre une ennième fois sa promotion de l'action sociale vue comme une entreprise alors que le gouvernement a dépouillé les CLSC, qui avaient cette mission sociale, laquelle n'est surtout pas une affaire ou une entreprise.

Ça nous a permis de revoir sur une chaîne de Plattsburgh une séquence de Columbo et de nous demander comment on pouvait porter un imperméable par dessus un complet quand on travaille à Los Angeles, un pays où il fait chaud et où il pleut très rarement.

Quand nous sommes revenus à la télé radio-canadienne, on annonçait Daniel Clarke Bouchard. Drôle et plein d'aplomb, mais quand nous l'avons entendu jouer, ce fut le choc! Je n'ai qu'un mot: Wow!

Des talents comme ça, il y en a peu.

Ensuite, je me suis rappelé une anecdote que j'aime bien raconter pour montrer comment se comportent les vrais grands artistes.

C'était au tout début des années 90. Je m'étais rendu à un brunch organisé par l'Union des écrivains et j'étais accompagné de mon conjoint. Mon conjoint était assis juste à côté du grand poète et musicien africain Francis Bebey, que dans mon ignorance, je ne reconnus donc pas.

Devant monsieur Bebey, il y avait l'une de ces dames qui aiment tant la culturre en roulant les r, et qui s'extasiait sur la Toscane. «Ah, monsieur Bebey, connaissez-vous la Toscane?» Et l'autre répondit tout simplement: «Non.»
--Ah, monsieur Bebey, il faut absolument que vous y alliez! C'est la plus belle partie de l'Italie, reprit-elle.
--D'accord, rétorqua-t-il poliment avant de se tourner vers mon conjoint pour lui demander s'il était poète.

Mon compagnon répondit qu'il accompagnait un écrivain en me désignant du doigt. Et monsieur Beby de reprendre:
--Donc, c'est vous l'écrivain. Mais vous, Monsieur, toujours en s'adressant à mon homme, vous faites quoi?
--Je travaille dans le textile.
--C'est bien, et vous, Monsieur, s'adressant à moi, qu'est-ce que vous écrivez?
--Des poèmes, contes, des nouvelles, des romans.
--C'est beaucoup!
--Est-ce votre première visite à Montréal m'enquérai-je alors?
--Non, je suis venu au Festival de Jazz l'été dernier. Et là, j'ai été invité par l'Union des écrivains. Hier, j'étais à la Maison des écrivains, j'ai beaucoup aimé.
--J'espère que vous apprécierez votre séjour, ajoutai-je.
--Malheureusement, je dois partir aujourd'hui, car je donne un concert ce soir.
--Pas ici?
--Non, c'est à New York.
--À quel endroit?
--C'est au Carnegie Hall, dit-il tout simplement sans en faire plus de cas.
--Mais, dites-moi, dans quel style écrivez-vous?
Et notre conversation fut abrégée par les discours qui commençaient à l'avant-scène.

Les plus grands ne se prennent pas la tête et accordent de l'importance aux gens peu importe d'où ils viennent et ce qu'ils font. Ils ne se glorifient pas d'aller ici ou là. Ils font ce qu'ils ont à faire.

Daniel Clarke Bouchard est plein de talent. Il est très jeune aussi. La sagesse lui viendra avec l'âge, ou pas.





2 décembre 2013


Ébauche brève d'une philosophie de la folie meurtrière


Dans une douzaine de jours, on commémorera la tuerie du 14 décembre 2012 à Newton au Connecticut (États-Unis). Les journaux et autres médias ont déjà commencé à en parler et chacun cherche à sa façon comment donner du sens à ce qui ne semble pas en avoir.

Les médias ont rapporté que la mère du jeune auteur de la tuerie était une survivaliste et que le jeune homme était troublé, qu'il détestait les anniversaires et qu'il ne supportait pas d'être touché.

Cela ressemble fort au profil d'un enfant victime d'inceste et d'un ou deux parents abusifs psychologiquement et probablement physiquement. On peut raisonnablement supposer qu'il s'agissait ici de sa mère puisque c'est elle qu'il a assassinée en premier.

À l'approche d'une autre commémoration de tuerie dont la misogynie avait servi de motif principal, il faut se garder de tirer les conclusions masculinistes faciles selon lesquelles quand c'est un homme qui tue, c'est un seul fou et quand c'est une femme qui abuse, ce sont toutes les femmes qui sont méchantes.

Car la cause du trouble de l'enfant est probablement le caractère toxique de sa famille, mais ce n'est pas la cause de la tuerie. D'ailleurs, s'est-on demandé ce qu'avait pu subir cette femme? Si elle n'avait pas elle-même été victime d'un père alcoolique, brutal, incestueux? C'est plus que probable et la chaîne doit remonter loin encore.

Il y a des victimes d'enfance violente et brutale, hommes et femmes, qui deviennent de grands partisans de la justice sociale et qui s'investissent dans l'action politique et sociale. Qu'est-ce qui fait que d'autres, surtout des hommes, se transforment en assassins monstrueux?

N'y a-t-il pas une piste évidente dans la culture machiste et dans le contexte socio-culturel qui valorise les armes?

En effet, il est remarquable que, dans toutes les séries de télé, dans tous les films, la solution passe par l'utilisation d'une arme à feu. On tue les fantômes, les méchants, les morts-vivants, les arnaqueurs, les trafiquants de drogue, les amantEs infidèles, les tricheurs, les voleurs, les ingrats, etc.

Je me rappelle même avoir regardé avec mon conjoint un film mélodramatique états-unien pendant lequel un des personnages principaux faisant état de ses déceptions émotives disait: «Mais j'ai ma solution.» Je lançai alors par dérision: J'imagine qu'il va sortir son gun. Eh bien oui, c'était ça, sa solution. Nous n'en revenions pas!

Il ne faut pas voir ici une inférence bébête selon laquelle c'est la télé qui influence les gens. La télé est en fait influencée aussi par une pensée dominante. Donc, elle est le reflet de l'imaginaire états-unien. Ça joue dans les deux sens et ce qu'on peut en conclure, c'est que la société états-unienne considère les armes, donc la violence, comme la solution principale aux problèmes que vivent les individus.

Quand, dans une société, tout ce qui est valorisé chez les hommes, c'est la domination et la violence. Quand, dans une société, l'accès aux armes est facilité et valorisé. Quand, dans une société, toutes les solutions passent par les armes, à quoi peut-on s'attendre?

La justice sociale aidera à réduire la misère humaine. Une meilleure socialisation des enfants (garderies, activités communautaires) aidera à détecter plus tôt les cas, assez rares croit-on, d'abus familiaux. Mais c'est aussi un changement culturel important qui pourra enlever de l'imaginaire que les armes sont une solution. Pour les États-Unis, hélas, ce n'est pas demain la veille.




25 novembre 2013


Nos oublis commodes


Dans le cadre des Rencontres internationales du documentaire de Montréal, j'ai eu la chance et le bonheur de voir Québekoisie de Mélanie Carrier et Olivier Higgins. Ce film nous remet face à notre aveuglement total devant la réalité des peuples autochtones qu'on a préféré effacer de nos mémoires plutôt que de voir comment on a rétréci leur univers en agrandissant le nôtre.

Depuis, je conseille à qui veut m'entendre de mettre à son programme l'assistance à la projection de ce film dès que possible, car il est fort bien fait et est un bon instrument pédagogique pour nous amener à réfléchir.

J'en parlais hier avec un ami. J'ai appris de lui que, dans les premières années du cinéma, les Amérindiens jouaient surtout le rôle de «bons sauvages» et que c'est autour de la Deuxième Guerre mondiale et après qu'ils sont devenus les méchants de service pour créer le genre western.

Cela m'a rappelé un fait de mon adolescence, qui montre à quel point l'idéologie dominatrice des blancs européens s'affirme dans la plus superbe ignorance. Il y avait au tout début des années 70 une émission pour enfants mettant en vedette l'ineffable Fess Parker (dont le nom est en soi une belle absurdité pour un public francophone), qui incarnait le héros états-unien Daniel Boone.

Ce charmant héros accomplissait des merveilles grâce à la collaboration des «Indiens», qui se tapaient tout le travail, dont il récoltait ensuite les honneurs. Un épisode qui m'avait particulièrement révolté est celui où il était parti avec deux ou trois blancs et une douzaine d'Amérindiens pour délivrer un personnage que des brigands avaient fait prisonnier.

Au bout de nombreuses péripéties et au prix de la mort de la moitié de ses fidèles serviteurs indiens, Daniel Boone déclara dans la plus belle innocence qu'il avait réussi sa mission «sans perdre un seul homme». Qu'un héros de télé puisse faire une telle déclaration sans que cela ne fasse lever le moindre sourcil dépasse proprement l'entendement, mais il semble hélas que j'aie été l'une des très rares personnes de mon entourage à m'en émouvoir.

Et cela m'amène à un autre exemple de double ignorance entendu ce matin même sur les ondes de Radio-Canada première chaîne. Le correspondant en Chine expliquait à l'animatrice de l'émission Info Matin que la Chine s'était incroyablement développée ces 30 dernières années, mais que l'éducation n'avait pas suivi puisque les Chinois en général ne parlent pas l'anglais. Non, mais vous vous rendez compte ? Les chauffeurs de taxi ne parlent pas anglais.

On en apprend tous les jours : que les Chinois ne parlent pas une langue dont ils n'ont visiblement aucun besoin serait un manque d'éducation. Les énormités qu'on peut proférer quand c'est l'idéologie qui parle.

Et pour revenir à mon sujet du début, l'oubli des torts imposés aux peuples qui ont accueilli nos ancêtres est bien commode quand on veut exploiter la richesse de ce pays sans les consulter.





18 novembre 2013


Tout ce que je rate


Assez souvent le dimanche, parfois un autre jour de la semaine, je prends régulièrement ma journée sans ordinateur. Je dois dire que c'est plus facile depuis que ma seule profession est celle d'écrivain et que je n'ai plus de téléphone portable.

Pour certains, c'est soit un tour de force, soit un épouvantable refuge ringard loin de la condition postmoderne.

Ce n'est rien de tout ça. Il s'agit simplement d'une pause bénéfique comme l'arrêt sur un banc quand on a marché toute une journée dans une ville. Le fait de s'asseoir pour se détendre ne nous fait pas oublier tout ce qu'on a vu et apprécié, au contraire cela permet de mieux enregistrer les impressions, de se les approprier.

Il en est de même de l'information, car je n'apprendrai rien à personne en disant que trois nouvelles répétées mille fois sont beaucoup moins utiles que cinq nouvelles vues une seule fois chacune, sans compter que ça demande six cents fois moins de temps.

C'est remarquable à quel point on ne rate pas grand-chose quand on va soi-même à la chasse aux nouvelles plutôt que de se laisser submerger par le flot des médias qui frappent à notre porte.

Je ne veux pas dire par là que les grands médias sont inutiles. Ils ont des moyens qui permettent d'avoir accès à des nouvelles et de les diffuser à grande échelle. Mais on n'a plus besoin d'attendre après eux pour savoir ce qui nous importe.

On arrive donc à savoir tout ce qui est nécessaire si on consulte les sites utiles, les médias qui nous intéressent et les sources que l'on connaît comme crédibles au moment où on en a besoin. Cela bien sûr exige qu'on ait une curiosité qui va au-delà de la connaissance du menu préféré des «pipoles». Et à cette condition, tout ce qu'on rate, finalement, c'est ce qui ne nous est pas utile.

Samedi dernier, j'émergeais de ma sieste de mi-journée quand j'entends à l'émission La Sphère de Radio-Canada qu'une grande polémique, un événement médiatique incontournable, avait rempli toutes les tribunes pendant la semaine. Ça m'avait totalement échappé, et j'ai donc fait une petite recherche sur le web pour savoir de quoi il s'agissait. J'ai alors découvert qu'il s'agissait de ce genre de non-événement qui oppose les teneurs de micro ou les hurleurs en compétition pour les cotes et les clics. Je ne vous en dirai pas davantage, c'était une nouvelle sans aucun intérêt qui ne concerne rien ni personne.

On se réjouira de constater qu'on ne rate rien d'important quand on dispose de suffisamment de sources, quand on les sollicite au bon moment et qu'on garde bien sûr accès à des grands médias de manière ponctuelle. L'avantage extraordinaire de la multiplicité des points d'accès est, pour les personnes qui savent s'en servir, de pouvoir débrancher sans crainte de rien manquer, parce que les nouvelles ne disparaissent pas quand on ferme la boîte à perdre du temps, pas plus que la ville ne disparaît derrière nous quand on s'assoit sur un banc.




4 novembre 2013


Changement ?


J'ai des sentiments mitigés à propos de la notion de changement. Tout n'est que changement dans l'univers, mais en même temps on se rappelle Lavoisier et son «Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme». Alors, le changement, c'est aussi le retour du même.

Si le changement est nécessaire, utile, amusant, parfois salvateur, quand il ne correspond qu'à un slogan du type : «Faut que ça change!», «Nous sommes le vrai changement», «C'est le temps de changer», cela n'a rien de particulièrement stimulant.

Les boulevards de l'histoire sont jonchés des ruines décrépites de tous ces promoteurs du changement qui ne voulaient en fait qu'«être calife à la place du calife». Changer le personnel ne change pas la dynamique humaine qui, à la longue, reprend ses penchants conjoncturels. Il faut des processus qui assurent que même les moins vertueux suivront la voie appropriée. Et ces processus-là impliquent plus de démocratie, de consultation, de contre-vérification, ce qui a le don d'épuiser les amateurs de la pensée magique à qui plairait bien le coup de balai définitif, oubliant par là que le ménage, ça se fait régulièrement, pas une fois pour toutes.

Des changements inutiles aussi me laissent songeur. Par exemple, pourquoi changer d'heure ? La théorie voulant que les heures d'ensoleillement en fin de journée soient plus propices aux commerces ou à l'industrie ne tient pas la route quand on sait que les bureaux et les usines ouvrent le matin justement quand on aurait besoin de plus de lumière.

J'ai eu beau chercher partout, je n'ai trouvé aucune explication satisfaisante en plus de constater que les médias nous apportent des justifications nouvelles et différentes chaque année. Tout ce qu'on sait, c'est que des décisions politiques en Allemagne, puis dans les autres pays européens, ont instauré cette coutume dont on ne sait comment sortir.

Le changement des mentalités dont l'idéologie est modelée par l'hégémonie culturelle et politique (merci Gramsci) est une chose qui prend du temps et qui demande un travail de terrain important avant que les médias de masse n'y fassent écho et un travail politique important afin que les médias de masse n'aient pas le choix d'y faire écho, mais en attendant on se désole que les discours simplistes comme ceux de Régis Labaume servent si bien les propriétaires et patrons qui ont été imprévoyants et accusent maintenant les syndicats de leurs propres turpitudes.

Je ne sais pas pourquoi, mais me revient à l'esprit un changement qui avait été présenté au XVIIIe siècle, la Modeste proposition de Jonathan Swift pour que les pauvres soient utiles à la nation. Il suggérait qu'on parque certains pauvres, surtout les femelles, parce que les mâles n'ont pas besoin d'être nombreux, en tant que fournisseurs de bébés bien engraissés pour les vendre ensuite aux bourgeois comme mets de choix.

Si ça vous révolte, vous avez bien raison, mais la question demeure : pourquoi le fait-on ?, puisque c'est bien ça, métaphoriquement parfois, mais littéralement souvent (travail des enfants, esclavage sexuel, trafic des humains), que notre société globalisée fait. Tiens, voilà un objet de changement à méditer.




28 octobre 2013


La charte de la confusion


En huit jours, j'ai eu l'occasion d'assister à trois débats publics sur la charte dite des valeurs proposée par le gouvernement québécois.

Entendre les opinions de part et d'autre est fort utile pour comprendre la légitimité des diverses positions. Toutefois, il ressort que le débat serait plus facile et plus serein si les paramètres étaient plus clairs et mieux connus. En fait, on a souvent l'impression que les interlocuteurs ne parlent pas toujours de la même chose, ce qui occasionne de l'ambiguïté, des quiproquos et des confusions.

Je propose ici un essai de distinction de différents concepts utilisés et des différentes règles auxquelles on réfère.

D'abord, il ne paraît pas déraisonnable en soi de vouloir adopter une charte des valeurs. Une telle charte servirait de guide pour la conception des lois et règlements, et ensuite quant à leur interprétation.

Cependant une charte des valeurs doit regrouper les valeurs universelles auxquelles une société adhère : égalité, liberté, solidarité, justice, paix, etc. En ce sens, il s'agit d'une grande déclaration de principes qui ne contient pas en elle-même de mesures spécifiques, car ces mesures-là relèvent des lois et règlements qui s'en inspireront.

Or, il est bien clair que le gouvernement ne présente pas, dans le cas qui nous occupe, une charte des valeurs, mais une tentative de charte de la laïcité, qui contient un élément de charte des valeurs, soit le principe de l'égalité entre les femmes et les hommes. En voulant tout faire rapidement en une étape, le gouvernement a contribué à la confusion.

La laïcité, donc, puisque c'est de cela qu'il s'agit consiste pour l'État à afficher une neutralité complète à l'égard des religions et à n'en favoriser aucune.

Encore une fois, la tâche est assez partielle puisque les religions bénéficient toujours de certains avantages dont ne bénéficient pas les autres organismes sans but lucratif. Elles peuvent même exercer certains pouvoirs civils comme celui de faire des mariages reconnus par l'État.

Une autre distinction, abordée par exemple dans le billet du 14 octobre 2013, est celle entre croyance et religion. La religion relève d'une organisation qui dispose d'un clergé ou de représentants; la croyance relève de la conviction personnelle. Il faut donc distinguer entre la liberté de religion des groupes d'un côté et la liberté de croyance des individus de l'autre.

Cela nous amène à distinguer l'État comme institution, qui ne doit afficher aucun lien avec la religion, et les individus d'autre part, qui disposent de la liberté d'expression.

La question qui se pose est donc celle de savoir quelles sont les limites raisonnables à apporter à la liberté d'expression des individus pour garantir la neutralité de l'institution. Pour ce qui est de l'institution, elle ne doit pas afficher de signe religieux et, en ce sens, le maintien du crucifix au-dessus du fauteuil de la présidence à l'Assemblée nationale est une aberration.

Il ne semble pas non plus qu'aucune religion n'exige formellement de la part des individus le port de certains signes en tout temps. Les avis à cet égard relèvent de l'interprétation.

Mais de qui doit-on exiger cette retenue dans l'expression des croyances ? Là encore le projet de charte présenté (notons qu'il n'y a pas encore de projet de loi officiel) contient des incohérences, sources de confusion.

Il convient donc de rappeler que les exigences dont il est question dans le projet en débat s'adressent aux employéEs de l'État et non aux employéEs des commerces ni aux passants dans la rue. J'ai remarqué par exemple que la caissière d'un commerce que je fréquente ne porte plus son foulard depuis un certain temps, je n'ai pas osé lui demander si c'était à cause des dérapages que le débat a pu causer.

La question est donc : pour quels employéEs de l'État de telles exigences sont-elles appropriées ?

Exiger la même retenue de la part de tous les employéEs de l'État, mais pas des éluEs est-il justifié ? Doit-on traiter les écoles primaires et secondaires de la même façon que les cégeps et les universités ? Il convient de rappeler la liberté académique si chèrement acquise par les enseignantEs des collèges et universités.

Les hôpitaux sont gérés par l'État, mais les personnes qui y travaillent sont-elles dans une relation institutionnelle ou dans une relation d'aide ?

Permettre un droit de retrait selon le conseil d'administration d'un établissement, c'est ouvrir la porte à l'arbitraire et créer des régimes parallèles d'une institution à l'autre même si elles sont physiquement voisines, par exemple dans une même rue.

Et quand on parle de signes, sait-on de quoi l'on parle ? On entend beaucoup parler de voile. On se rend compte pourtant que de nombreuses personnes entendent par là le hidjab, qui est en fait un foulard. L'expression « femme voilée » ne désigne-t-elle pas une femme dont on ne voit pas le visage parce qu'elle porte un niqab ?

Quand on entend des interlocuteurs s'entre-contredire, le fait qu'ils appellent de noms différents des réalités semblables ou de noms semblables des réalités différentes n'aide pas à résoudre ces contradictions.

Sur la question du niqab toutefois, il semble bien que le consensus soit tout à fait général : on donne et on reçoit un service de l'État à visage découvert.

Pour aider à la sérénité du débat, ne conviendrait-il pas aussi de reconnaître dès le départ des discussions que les objectifs 1. d'assurer la neutralité de l'État et 2. de garantir la liberté d'expression sont tous les deux légitimes et que le débat doit porter sur les moyens de concilier les deux ?

La fréquentation des débats m'a semblé fort instructive et, si l'on essayait chaque fois de s'entendre au moins sur les termes de référence, cela devrait nous conduire à un exercice démocratique plus mesuré, certes difficile, mais nécessaire.




22 octobre 2013


L'accord commercial qu'on nous cache


Le Canada et l'Union européenne ont signé récemment l'accord économique commercial global.

Cette entente menace nos services publics. Les réactions et les critiques avaient commencé à émerger malgré les sourires béats de nos deux gouvernements provincial et fédéral.

Coup de théâtre: on fait passer à la trappe ce débat important en réveillant la chicane constitutionnelle autour du projet de loi 99 sur les référendums.

Ainsi le PQ et les conservateurs ont l'air de se détester pendant qu'ils s'entendent pour nous priver des services normaux de l'État, bradés à l'entreprise.





21 octobre 2013


L'indispensable éducation sexuelle


Hier, dimanche 20 octobre 2013, je me réveille tôt, je mets mes écouteurs pour ne pas déranger mon conjoint et j'écoute la radio de mon lit. À l'émission de Franco Nuovo, Dessine-moi un dimanche, on discute au téléphone avec un invité spécialiste de la chasse à l'orignal, qui fait des imitations de l'appel de la femelle, puis de l'appel du mâle.

L'animateur s'enquiert candidement de savoir si le mâle attire parfois d'autres mâles avec ses appels. L'invité parle de la compétition entre mâles, mais quand l'animateur précise qu'il aimerait savoir si vraiment l'appel du mâle pouvait attirer les mâles, notre «spécialiste» s'empresse d'affirmer, avec cette imperturbable assurance que seule l'ignorance confère : «Ça n'existe pas, ça, dans le monde animal.»

Et comme pour figer dans le marbre cette monumentale bourde, il ajoute sans hésitations que «chez les animaux, c'est mâle ou femelle, pas entre les deux.»

Je ne nomme pas la personne en question et je ne veux pas m'en prendre à elle. L'ignorance est un défaut qui se corrige par l'information. Peut-être l'animateur se sentait-il gêné de devoir corriger publiquement l'invité, aussi n'a-t-il pas osé le faire.

Mais, dans tous les cas, voilà une illustration très éclatante du caractère indispensable de l'éducation sexuelle, une éducation qui devrait être sérieuse et factuelle afin d'éviter l'ignorance, la confusion et les préjugés.

Je commencerai avec la dernière affirmation concernant «mâle ou femelle» pas entre les deux. Il y a de très nombreuses remarques à faire à ce sujet. Je m'en contenterai de trois.

1. Ce préjugé consiste à croire que l'homosexualité est due au fait qu'un mâle est moins mâle ou qu'une femelle est moins femelle. Outre le fait que c'est toujours difficile à apprécier, on sait que ce n'est pas le fait d'être plus mâle ou plus femelle qui fait qu'un individu est attiré par les autres du même sexe. C'est seulement le fait qu'il les préfère, c'est tout.

2. Chez les animaux, il n'y a pas seulement mâle ou femelle, il y a entre les deux et il y a aussi les deux. Tous les biologistes pourront vous le dire.

3. Et chez les humains, il y a des personnes qu'on appelle intersexes ou intersexuées, parce qu'elles comportent des caractéristiques physiques et sexuelles des deux sexes. De nombreux cas de figure existent, mais leur orientation sexuelle envers les hommes ou les femmes ne dépend pas de leur conformation physique. J'ai déjà abordé ce sujet à l'occasion d'un billet en décembre 2007, qu'on pourra relire à l'adresse suivante : http://www.francislagace.org/billet.php#sujet38.
Dans tous les cas, il ne faut pas confondre orientation sexuelle et condition intersexuelle.

Pour en revenir à la première grossière erreur, c'est assez étonnant de découvrir qu'un amant de la nature soit si peu observateur et n'ait jamais eu l'occasion d'apercevoir un comportement homosexuel chez les animaux. Moi qui ai vécu à la campagne, j'ai eu un chat mâle qui ne s'accouplait qu'avec des mâles, j'ai des amis qui ont observé des chevaux, des chiens, des oiseaux, etc. qui s'accouplaient avec des individus de leur sexe dans la nature, même quand des individus de l'autre sexe étaient disponibles.

Pour qui veut s'instruire sur le sujet, je recommande la lecture de Biological exuberance de Bruce Bagemihl, où on découvrira que la diversité sexuelle n'est pas que le fait des humains.

Non seulement les rapports homosexuels ont existé de tout temps et sous toutes les latitudes dans les sociétés humaines, mais ils se retrouvent chez les autres animaux de manière plus fréquente qu'on le croit généralement.

Alors à quand une éducation sexuelle sérieuse et factuelle?





14 octobre 2013


Religion : une liberté comme une autre ?


Je ne peux m'empêcher de me poser des questions et de regretter, quand il s'agit de religion, que l'on confonde sans cesse le droit de croire en ce qui nous plaît avec la liberté de religion, qui est en fait la possibilité pour des prêtres ou autres responsables de l'orthodoxie de décider pour nous de ce qui est bien ou mal.

Qu'une personne croie en une entité supérieure parce que ça lui permet de s'expliquer qu'il y ait quelque chose plutôt que rien, je l'accepte sans problème. Pour moi, ça ne résout rien, parce qu'on peut aussi se demander pourquoi il y aurait une déité plutôt que pas du tout, mais bon.

Qu'une personne croie en une entité supérieure qui fera vivre son âme éternellement parce que ça la rassure devant l'inévitable fin de toute vie, je l'accepte sans problème. Pour moi, ça ne résout rien, parce que l'éternité ne me paraît pas plus rassurante qu'une vie bien accomplie, mais bon.

Mais, dans tous les cas où on arrive à se mettre d'accord sur le fait que c'est bien correct qu'une personne ait ce genre de croyance, jamais cela ne justifie le saut qualitatif qui consiste à accepter ensuite une religion, c'est-à-dire un ensemble organisé qui s'octroie le droit d'opprimer ses fidèles.

Vous me répondrez : « Mais les gens qui ont la même croyance ont bien le droit de s'associer entre eux pour partager leur foi. » Voilà, on y est, c'est le droit d'association, il est prévu par les Chartes. Mais pourquoi donc les Chartes prévoient-elles une liberté de religion, alors que la liberté de conscience et la liberté d'association y sont déjà prévues ?

On ne prévoit pas spécifiquement la liberté de se syndiquer parce que la liberté d'association est déjà prévue, alors pourquoi la religion ?

Aussi, dans le débat sur la laïcité qui fait rage actuellement, on ne fait pas souvent cette distinction entre la croyance, qui est un droit individuel, et la religion, qui est un droit d'association.

Aussi mélange-t-on deux objectifs très différents : celui d'empêcher l'état de contribuer à faire en sorte que les prêtres et autres responsables de l'orthodoxie décident à notre place de ce qui est bien ou mal et celui de respecter les individus dans leurs croyances.

Pour atteindre le premier objectif, il faut que les religions n'aient aucun avantage différent de celui qu'ont toutes les organisations sans but lucratif sinon la liberté de religion serait une liberté d'association plus «égale» que les autres.

Pour atteindre le second objectif, on doit permettre aux individus d'exprimer leur croyance quand cela ne nuit pas à la neutralité de l'État et leur permettre de s'associer avec qui ils le veulent pour partager leur conception du monde.

Alors, est-on justifié de se mêler de la façon dont les gens s'habillent en dehors de certains contextes très spécifiques ? Ne vient-on pas jouer dans la liberté chèrement acquise de pouvoir se vêtir comme on veut, de pouvoir manifester ses opinions et ses croyances dans la mesure où cela n'incite pas à la haine ou à la violence ?

En tout cas, le débat est plus complexe qu'il y paraît et en mélangeant sans cesse deux niveaux, croyance individuelle et association organisée qui vise à l'observance de l'orthodoxie, on n'aide pas à y voir clair.




16 septembre 2013


N'est-ce qu'un cauchemar ?


Est-il possible que les grands capitalistes soient assez bêtes pour ignorer que l'on ne peut produire indéfiniment avec de la matière finie?

Est-il possible que les grands capitalistes ne sachent pas que même la technologie la plus avancée ne permettra pas une croissance de richesse suffisante pour satisfaire les besoins de toute la population terrienne?

Est-il possible que les grands capitalistes préparent consciemment la population à se taire et à se soumettre en réduisant la démocratie au verbiage que constitue l'expansion à l'échelle planétaire du concept de gouvernance, qui n'a rien à voir avec l'expression du peuple, mais tout à voir avec la gestion par un petit nombre, ce qui s'appelle proprement l'oligarchie?

Est-il possible que les grands capitalistes préparent consciemment la population à se taire et à se soumettre en édictant partout des règles sécuritaires de plus en plus strictes comme c'est le cas chaque fois que le G20 se réunit?

Est-il possible que les grands capitalistes préparent consciemment la population à se taire et à se soumettre en restreignant partout le droit de manifester et en le réprimant sauvagement comme c'est le cas au Canada, au Québec et à Montréal avec le règlement P-6?

Est-il possible que les grands capitalistes s'assurent de ne pas être embêtés par les réfugiés climatiques de plus en plus nombreux que cause le réchauffement global en restreignant l'immigration partout en Occident?

Est-il possible que les grands capitalistes s'assurent une main d'œuvre esclave en n'autorisant que le déplacement des travailleurs et travailleuses migrantEs temporaires?

Est-il possible que les grands capitalistes préparent deux mondes: l'un où les riches et puissants bénéficient du capitalisme vert et l'autre où les esclaves et les laissés pour compte croupissent et subissent les effets de la dévastation de la planète?

«En l'absence d'orientations politique réfléchies, l'interruption inéluctable de la croissance imposée par les limites biophysiques de la planète pourrait bien annoncer un monde sombre et âpre, qui pourrait prendre la forme d'États-forteresses, autoritaires et militarisés, indifférents au sort des populations vulnérables (à l'extérieur comme à l'intérieur de leurs frontières) qui subissent les effets pervers de la course à la croissance.»
Andrea Lévy, «Les dangers d'une décroissance sauvage», revue Relations, juin 2013

N'est-ce pas déjà un peu ce que nous sommes en train de vivre?




9 septembre 2013


La liberté enchaînée


Autrefois, les esclaves se promenaient avec un boulet; aujourd'hui, ils se baladent avec un téléphone. (1er juillet 365 Chrysanthèmes +1, par Francis Lagacé, les Écrits francs s. a. 2010)

L'une des grandes joies de ma nouvelle vie, c'est de ne plus avoir de téléphone portable. Ne plus être attaché à cet appareil auquel un emploi, une fonction, nous lie est un véritable bonheur. Certes le quidam qui possède un téléphone peut décider de répondre quand ça lui chante, de ne s'en servir que pour appeler quand il en a besoin. Mais il n'en va pas ainsi pour les personnes qui, accomplissant un mandat électif, sont tenues de répondre «présentE» quand on les sonne.

Je me rappelle une publicité des années 90 de la compagnie Bell. On y vantait le téléphone cellulaire comme étant source de liberté. Pour illustrer cette liberté, on montrait un pêcheur seul sur son lac, qui pouvait appeler et recevoir des appels. Je trouvais cette annonce profondément contradictoire. A-t-on envie, quand on veut aller pêcher dans les bois, d'être joignable en tout temps? Et quel est ce besoin d'appeler tout le monde aussitôt qu'on pêché une petite truite de sept centimètres?

Je cite ici les paroles d'une fort rigolote chanson de Mouloudji sur une musique de Jean-Marie Le Guen et d'Aimable Pluchart. Cette chanson raconte l'enterrement du Père l'absinthe, mort en delirium tremens:

«Morbides on suivait son bel enterrement, quand dans la rue de l'Espoir, voilà qu'un feu rouge nous coupe de la bière qui poursuit seule son calvaire. Sans demander son reste, le convoi s'enfuit personne connaissait l'adresse.

On eut beau l'appeler, on eut beau crier, on eut beau gesticuler... Et, rue de l'Espoir, il fallut nous voir courir dans un deuil à courre, mais peut-on lutter contre les autos, on a fini au bistrot.»

Mouloudji, Le père l'absinthe

Cette chanson ne serait pas imaginable aujourd'hui, car chacun aurait, de son portable, appelé les responsables du convoi et on aurait vite retrouvé le cimetière. C'est bien dommage pour le bistrot.

Mais, bon, je fais confiance à l'ingéniosité humaine, qui trouvera bien d'autres prétextes, en ces temps de connectivité, pour passer au bar plutôt que de se rendre à d'officielles cérémonies.




4 septembre 2013


Radio-Canada à la défense du privé


Il est formidable de constater à quel point l'idéologie de la privatisation fait des ravages et obscurcit les esprits de ceux-là mêmes qui devraient défendre le rôle du public et de l'État.

Hier soir, 3 septembre 2013, la télé de Radio-Canada présentait dans son émission Tout le monde en parlait un historique de la création de la Place des Arts.

On y présente le ministre du gouvernement libéral d'alors, René Lévesque, comme un gros méchant qui a enlevé des mains de généreux hommes d'affaires dévoués, associés il est vrai à des représentants municipaux, réunis sous le nom de Centre Sir-Georges-Étienne-Cartier, la gestion de la Place des arts pour la remettre à la Régie de la Place des arts, un organisme relevant de l'État.

Je ne suis pas un farouche défenseur de René Lévesque, mais une chose est sûre : il a fait exactement ce qu'il fallait faire, c'est-à-dire démanteler un PPP (partenariat public-privé) pour en remettre les rênes à un organisme public.

Qui aurait le courage aujourd'hui de faire de même avec les deux méga centres hospitaliers de Montréal ?




2 septembre 2013


Quelques balises pour la laïcité


Le flou qui entoure la Charte des valeurs québécoises mise de l'avant par le Parti Québécois n'est pas de bon augure.

On a l'impression que, sous de nobles prétextes, on cherche à faire valoir un Québec catholique, qui serait fondamentalement normal, en opposition à un Québec ou d'autres fois sont pratiquées. Or, les vraies questions qui se posent, ce sont les questions de balises dont doivent disposer par exemple les enseignants à l'égard de la laïcité. Et là-dessus, l'attitude de la Fédération autonome de l'enseignement et de son président, Sylvain Mallette, me semble être la plus mesurée.

À cet égard, j'aimerais faire mes propres propositions de balises. Par exemple, dans le cadre de l'enseignement, aucun élève ne devrait être retiré de la classe parce que ses parents ne veulent pas entendre la réalité. La théorie de l'évolution ou la théorie du Big Bang sont l'état actuel des connaissances et les enfants doivent être mis en contact avec elles.

Ça me rappelle au passage une distinction importante qu'on doit faire entre théorie et hypothèse au point de vue scientifique. J'avais eu une discussion avec un curé, qui mettait sur le même pied sa foi en dieu et la théorie du Big Bang. J'ai dû lui expliquer que son dieu n'est qu'une hypothèse. Hypothèse d'ailleurs inutile dans l'état actuel des connaissances.

Il n'en va pas de même quand il s'agit d'une théorie dans le corpus scientifique. Une théorie est un système d'explications qui permet de fonctionner dans le monde scientifique. On ne fonctionne pas à partir de la Vérité révélée, mais bien à partir de théories applicables. Et quand une théorie s'avère incorrecte, on la corrige en fonction de la réalité. Or, ce n'est pas du tout le cas de la foi, qui se défie totalement de la réalité.

C'est la théorie atomique qui fait en sorte que la chimie moderne fonctionne. Les ordinateurs et le web fonctionnent parce qu'ils font appel à l'application de théories cohérentes. On ne peut pas en dire autant des hypothèses farfelues que nous proposent les religions. Il y a donc une différence importante entre le monde qui doit être enseigné et l'univers des croyances qui relève des préférences de chacun ou de certains groupes.

Par exemple, on devrait pouvoir enseigner que l'homosexualité est normale puisqu'elle existe dans la nature, a toujours existé dans les sociétés humaines et ne fait de tort qu'à ceux et celles qui refusent de voir le monde comme il est.

Autre balise importante, on devrait se décider une bonne fois pour toutes à retirer le crucifix de l'Assemblée nationale. Il n'y a pas sa place. Si l'État est catholique, il n'est pas neutre. S'il est neutre, ce symbole de l'alliance entre l'Église et le Gouvernement, qui a été placé là par Duplessis, il convient de le rappeler, ce symbole, donc, est de trop.

Si vous estimez que c'est un symbole patrimonial, mettez-le à sa place, soit le musée. Mais, consacrer la douteuse hégémonie de la pensée catholique tout en prétendant donner l'exemple aux nouveaux arrivants, cela s'appelle une injonction contradictoire, dont le résultat est toujours dysfonctionnel.




26 août 2013


Impôts : Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose !


Alors que les impôts n'ont pas cessé de baisser depuis les vingt dernières années, on étourdit les contribuables à force de leur dire qu'ils en paient trop. Et voilà le Chevalier Couillard, ci-devant chef de l'opposition officielle, qui vient à la rescousse de la population en proposant de les réduire encore.

Ce qu'il ne vous dit pas, c'est pourquoi certains ont l'impression justifiée qu'il leur reste moins d'argent à la fin de l'année : parce que les salaires n'augmentent pas et parce que les impôts ont été remplacés par des taxes à la consommation et par des tarifs plus élevés.

Non, les taxes ne sont pas égales ni justes, car elles pèsent plus lourd sur les personnes dont le revenu est plus modeste. Ces dernières ont moins d'argent disponible pour faire des achats quand elles ont payé les premières nécessités. Les tarifs comme la taxe santé coûtent beaucoup plus cher aux personnes qui ont un revenu de 25 000 $ qu'à celles en disposant de 70 000 $.

« Rééquilibrer les impôts » comme le propose le généreux prétendant à la gouvernance de notre oublieuse province, ça doit passer par une augmentation du nombre de paliers d'impôts afin que le fardeau soit réparti selon la capacité de payer. Ça doit aussi passer par une part un peu plus équitable des entreprises, dont les impôts ont diminué de moitié dans les vingt dernières années.

Mais le mensonge est électoralement beaucoup plus payant. Gageons que notre nouveau champion fera tout un tabac médiatique avec ses propositions séduisantes, mais fausses et dangereuses.




19 août 2013


Perte de repères


D'une génération à l'autre, ce ne sont pas tous les points de repère qui sont transmis. Certaines choses s'effacent, s'oublient ou se transforment. Les historienNEs, les encyclopédies nous permettent de garder le contact avec l'origine, mais le sens usuel va son chemin sans qu'on y puisse grand chose.

Cette réflexion m'est venue quand, un jour relativement récent, j'ai entendu un animateur de la radio de Radio-Canada dire que la vieille chanson À la claire fontaine était une chanson pour enfants. Je n'ai pu réprimer une risette surprise. Cette chanson, qui parle d'un homme qui se fait sécher nu sous un chêne en pleurant la maîtresse qu'il a perdue, n'est pas spécialement pour les enfants même si bien sûr elle ne leur est pas interdite.

Cela me rappelle d'ailleurs une anecdote : entendant mon père la chanter, alors que j'étais tout jeune écolier, je lui avais demandé pourquoi ce monsieur pleurait sa maîtresse. Il me répondit : «C'est parce qu'il l'aimait.» Et je m'étais étonné que l'homme en question aime tant l'école, ce qui déclencha un rire bien compréhensible.

Ce n'est pas parce qu'une chanson fait partie du folklore ancien qu'elle est pour les enfants. C'est toutefois autour de réunions familiales ou d'occasions où l'on veut faire connaître le patrimoine aux enfants qu'elle risque d'être interprétée. Notre bonhomme animateur avait franchi le pas entre patrimoine et destination aux enfants.

Parlant de repères ancestraux, la campagne pour la récente collecte de fonds du diocèse de Montréal misait sur le caractère patrimonial de la religion catholique, notamment son influence sur notre toponymie : que dirions-nous de la rue Denis (Saint-Denis), du fleuve Laurent (Saint-Laurent), de la Plaza Hubert (Saint-Hubert), du boulevard Michel (Saint-Michel) ?

Eh bien, moi, je ne m'en porterais pas plus mal. J'ai déjà écrit quand j'avais 20 ans, que je renoncerais volontiers aux Pyramides d'Égypte si on avait pu épargner la souffrance de ceux et celles qui les ont construites. Mon opinion est toujours la même. Alors, je m'accomoderais fort bien d'aller me balader dans le Village sur la rue Catherine. Le patrimoine religieux n'est pas une absolue nécessité et, sans lui, Bach aurait bien été capable d'écrire une belle musique pour plaire à sa femme, pour endormir ses enfants, pour complaire aux nombreux princes qui l'ont commandité ou rien qu'en admirant le ciel étoilé, cet univers dont nous faisons partie.




15 août 2013


Curiosité russe


C'est drôle, mais lors de la vigile devant le consulat russe de Montréal au 3655, rue du Musée, le mardi 13 août 2013 au soir, une caricature d'espionne russe, femme costaude aux épaules carrées, vêtue d'un imperméable ciré, cheveux blond roux, semblant tout droit sortie d'un film de l'époque de la guerre froide, m'a mitraillé de son appareil photo au début de l'activité et à la fin de l'activité sous toutes sortes d'angle, à moins qu'elle ne visât plutôt Yves Lafontaine, rédacteur en chef de Fugues, qui était juste à côté de moi.

C'est quand même drôle.




12 août 2013


Humour absurde et politiques québécois


Les partis qui se prétendent les plus près de gouverner le Québec pratiquent un humour absurde digne du plus pur non sense.

On a d'abord la Coalition Avenir Québec (CAQ), qui n'est qu'un autre avatar de l'Action démocratique du Québec (ADQ) de sinistre mémoire. Aux dernières élections, ils ont affirmé que tout le monde était pourri et qu'il fallait donc les mettre à la place des pourris. C'est digne du grand Vizir Iznogoud.

Puis, hier soir dans un bulletin de nouvelles télévisées, je tombe sur Philippe Couillard, chef du Parti libéral, clamant que le «Parti Québécois n'était pas de gauche». Messieurs Jourdain et La Palice n'auraient pas dit mieux.

Mais le plus ridicule de l'affaire, c'est qu'il reprochait au Parti Québécois de ne pas avoir fait ce qu'il ne voulait pas qu'il fasse. En effet, il reprochait au Parti Québécois d'avoir promis de ne pas hausser les tarifs d'Hydro Québec, de les avoir haussés quand même comme les Libéraux avaient promis de les augmenter. Autrement dit, les péquistes sont des sans cœur, mais les vrais sans cœur qu'il faut élire, c'est nous, parce que c'est nous qui avons eu en premier l'idée de faire monter les tarifs.

C'est un peu comme si, au détour d'un sentier dans la forêt, vous étiez accueillis par deux bandes de brigands qui vous somment de choisir par lequel des deux vous serez bastonnés. Mais le critère décisif devrait selon eux être celui qui vous promet de vous donner le plus grand nombre de coups de bâtons.

Le reportage se poursuivait par le témoignage de deux personnes «militantes» (mais est-ce qu'on milite dans ce genre de partis, ne s'agit-il pas plutôt de supporteurs comme pour les clubs de foot) toutes fières de constater que «le Parti libéral a une nouvelle image».

Voilà, tout est dit, il s'agit d'une image à vendre. Elle n'a même pas besoin d'être belle ou attirante, elle a juste besoin d'être nouvelle. C'est le roi Ubu qui va être content!




5 août 2013


De l'importance du coming out


Pour toutes les personnes qui doutent encore de l'utilité du défilé de la Fierté gaie, qui ne comprennent pas l'importance, la nécessité du coming out, nous avons devant nous un cas fort intéressant.

Comme de nombreux dirigeants à l'homosexualité refoulée, Vladimir Poutine combine une homophobie très extravertie et un homo-érotisme (culte de la virilité et du torse mâle) tout aussi extraverti.

Voilà ce que donne une éducation ou un contexte social qui refuse la reconnaissance de l'homosexualité. Cela conduit à la persécution de ces autres que l'on ne veut pas reconnaître en soi (comme diraient Daniel Welzer-Lang, Pierre Dutey et Michel Dorais dans le livre intitulé justement La peur de l'autre en soi, paru aux éditions VLB en 1994).

Les autorités grecques s'offusquent à la simple évocation qu'Alexandre le Grand en était. Et vous vous rappelez Jorg Haider? Ce leader d'extrême droite autrichien, qui aimait s'entourer de beaux jeunes hommes et qui s'illustrait dans tous les sports. Parangon de la vertu, il est mort d'un accident de voiture alors qu'il roulait à 142 km dans une zone de 70, en état d'ivresse et sortant d'un bar gai.

Et vous vous demandez encore pourquoi il faut qu'on en parle? Vous vous étonnez qu'on en parle tant? Rappelez-vous que si on vous interdisait de parler de votre hétérosexualité, vous seriez privé d'au moins la moitié de vos sujets de conversation: aucune référence à votre famille, aux personnes qui vous plaisent, à vos histoires d'amour, à vos sorties en couple ou en famille, etc.

En cette saison propice à la Fierté gaie (opposée à la honte qu'on voudrait bien nous imposer chez encore beaucoup trop de monde), il est de mise, ce petit rappel que le coming out est nécessaire parce que les modèles variés sont indispensables.

Si Poutine avait eu des modèles d'homos épanouis dans son entourage, peut-être serait-il moins cruel envers ceux dont il a tellement peur qu'ils réflètent son image.




29 juillet 2013


Aléas de mémoire


J'ai lu récemment une biographie de Charles Trenet (ou Trénet, comme il prononçait lui-même) par Jean-Philippe Ségot. L'auteur, dans son avant-propos, dit que l'écriture n'en fut pas facile parce que le sujet de la biographie a souvent fait des déclarations fantaisistes sur son histoire, a embelli certains passages et a mélangé certains épisodes.

Je trouve ce genre de précaution oratoire un peu superflu. En effet, n'est-ce pas vrai de toute personne? La mémoire peut jouer des tours, mais surtout le souvenir affectif est souvent plus important que le souvenir factuel, de sorte que la plupart des gens se souviennent des scènes de leur vie en se donnant un rôle un peu meilleur que celui qu'ils ont effectivement joué.

Souvent on situe telle activité à telle date erronément parce que de façon analogique le souvenir s'accorde bien avec un autre qui a suscité le même sentiment ou parce que les mêmes personnes étaient présentes. Toutes choses qui se précisent facilement en consultant les calendriers et les agendas, en faisant l'appariement avec les faits vérifiables dont tous peuvent attester.

Loin de se dire qu'on ne peut jamais se fier à la mémoire de personne, il faut simplement tenir compte du facteur émotionnel dans la mémoire pour faire les ajustements nécessaires.

D'ailleurs pour les faits importants, les événements traumatiques, quand la mémoire revient, elle est plutôt fiable. Toutes les personnes qui étaient au monde et dotées de conscience raisonnante se souviennent de ce qu'elles faisaient le vendredi 22 novembre 1963, jour de l'assassinat de John F. Kennedy. Tous les Français se souviennent de ce qu'ils faisaient le dimanche 12 juillet 1998 (lorsque les Bleus ont gagné le Mondial de foot). Ça, c'est l'extrême, mais on peut aussi être certain que l'essentiel de ce qui concerne un événement important pour une personne est plutôt bien mémorisé par elle.

À moins bien sûr d'avoir affaire à une personnalité narcissique pathologique, qui niera férocement le moindre souvenir pouvant la désavantager, on saura faire la part des corrections à apporter, mais il y en aura toujours. Ça fait partie de la vie et ça cause de sacrées bonnes discussions dans les repas de famille ou entre amis. Ceux qui tiennent un bon agenda en sortent généralement triomphants.

Cela ne disqualifie pas la mémoire, cela la rend plus humaine.




24 juin 2013


Partis et vacances


Il y a plusieurs façons de considérer ce qu'est ou doit être un parti.

Entre autres, on peut le voir comme un groupe autour d'une personne qui a énoncé des idées et que l'on veut promouvoir avec elles. Ou alors un groupe qui soutient une personne dont la seule idée est de se promouvoir elle-même et ses propres intérêts.

On peut aussi le voir comme un groupe réuni dans la commune détestation de quelqu'un ou de quelque chose. Dans ce cas, cela ressemble plus à une coalition conjoncturelle.

Mais, outre qu'il existe bien d'autres façons de le concevoir, il me semble que la notion contemporaine la plus intéressante du parti devrait être celle de l'organisation démocratique d'un groupe réuni par des valeurs partagées et dont l'objectif est de les faire avancer par des discussions d'où doit émerger la volonté générale dans le sens du bien commun.

Or, ce type de parti s'accommode mal du vedettariat et de l'obsession médiatique du héros. Ce type de parti, le plus intéressant je le rappelle, n'est pas sous la coupe de ses porte-parole. Ses porte-parole sont justement des exécutants, et les discussions qui consistent à ramener un parti à ses figures publiques les plus connues ne s'y appliquent guère.

Un vrai parti démocratique, qu'il soit municipal, provincial ou fédéral, est quelque chose de nécessaire.

Les aspirants au pouvoir qui nient son importance ou son utilité ne sont justement qu'à la recherche du pouvoir.

***parti en vacances***

Je prends le parti des vacances pour quelques semaines. Vous avez congé de billet jusque vers la fin juillet.




17 juin 2013


Psychologie du troll


Dans les médias sociaux, surtout Twitter et Facebook, le troll est une peste. C'est un personnage qui s'immisce dans une discussion pour susciter une fausse polémique, pour créer de faux débats et faire enrager ses interlocuteurs. Parfois même, il est à l'origine d'une fausse discussion en y allant d'une déclaration fracassante, totalement injustifiée. Il s'ensuit souvent un dialogue inutile de la part de leurs victimes pour essayer de le convaincre qu'il a tort.

Ce qui est particulièrement ennuyeux, c'est qu'il s'invite sur la page de la victime choisie, qu'il s'ingère dans un débat jusqu'alors argumenté (rationnel ou passionné, mais argumenté), fait semblant d'argumenter, mais tourne tout à l'enfantillage et à l'argutie.

Or, cette discussion est totalement inutile, car le troll est la plupart du temps au courant que ses affirmations sont fausses. Son seul but est de faire dérailler les débats ou de mettre ses interlocuteurs en furie. Il arrive tout de même qu'un troll soit inconscient de son rôle de troll: il est seulement entraîné par la griserie que procure à certains la sensation de mener les autres en bateau, de les faire tourner en bourrique.

À la fréquentation de mon plus récent troll, j'en ai profité pour faire la somme des connaissances que j'avais de leurs procédés. Cela m'a permis d'en dresser les principales caractéristiques psychologiques, que je propose ici.

Le troll ne veut pas discuter. Il veut faire sortir ses interlocuteurs de leurs gonds. Le but est de pouvoir ensuite poser en victime.

Le troll est de mauvaise foi, ment, tourne autour du pot, ne répond pas sur l'essentiel, tire sur tout ce qui bouge, et quand on se lasse, il accuse son adversaire de ne pas vouloir discuter.

Rien d'autre jamais ne pourra satisfaire le troll que la colère, l'impatience et les excès qu'elle entraîne chez ses interlocuteurs. Il s'en servira ensuite hors contexte pour essayer de disqualifier ces derniers.

Un troll fait des généralisations abusives et tente de convoquer en sa défense particulière des personnes qui ne sont absolument pas en cause dans les propos qu'il cite.

Il n'hésitera pas à se contredire d'une fois à l'autre, puisque rien ne compte pour lui que les écarts auxquels il espère vous mener. Un troll ira jusqu'à nier l'existence des trolls, soit parce qu'il est lui-même parfaitement ignorant, soit parce qu'il joue très consciemment son rôle de troll.

Le troll, qui est incapable de répondre aux arguments qu'on lui sert, reprend les faussetés déjà démenties et les affirme comme si elles étaient nouvelles. En ce sens, sa psychologie ne dépasse pas celle de l'enfant de deux ans.

Puisque le troll ment, s'accroche aux détails, n'a aucun intérêt pour la discussion véritable, il convient de ne pas s'adresser à lui. Lui répondre, c'est le nourrir. L'ignorer, c'est blesser son côté narcissique, ce qui est beaucoup plus efficace.

Je dois avouer qu'il faut croire beaucoup en la liberté d'expression pour laisser un troll se ridiculiser en long et en large sur sa page. C'est ennuyeux de voir ainsi polluer un fil de discussion.

Mais il reste que répondre à un troll, c'est se lancer à soi-même une injonction paradoxale qui consiste à vouloir convaincre quelqu'un qu'il a tort, alors que c'est le dernier de ses soucis et se demander à soi-même de tenir une argumentation raisonnée dans un contexte où la seule chose qui ne compte pas est la raison.

Analysez le troll, ne lui parlez pas.

Si vous tenez à ajouter un peu de gaieté dans le décor et à dépolluer l'environnement qu'il salit, intervenez en passant par-dessus sa tête:

--parlez des trolls en général;

--adressez-vous à tout autre qu'à lui et surtout pas sur les faussetés qu'il débite ni sur les faux arguments qu'il emploie;

--citez des proverbes;

--faites des déclarations issues de la sagesse des peuples, mais surtout ne le nourrissez pas.

Le troll s'alimente à la rage qu'il fait naître en vous. L'en priver, c'est l'affamer et le laisser dépérir.




9 juin 2013


N'existe que l'image


La psyché contemporaine est ainsi faite qu'il n'y a aucune place pour ce qui n'est pas attesté par une vidéo montrée mille fois ou, à tout le moins, une photo qui fait le tour des médias.

C'est la pensée que m'a suggéré la lettre de Paul-André Allard dans le courrier des lecteurs du journal Métro, publiée le vendredi 7 juin 2013.

Je cite l'affirmation qui y est faite: «Soir après soir, et ce, pendant des mois, des bandes de voyous armés de pierres et de cocktails molotov s'attaquaient aux policiers, saccageaient des locaux, bloquaient des ponts, fracassaient des vitrines.»

Il est remarquable que parmi les centaines de manifestations qui ont eu lieu, il y ait eu si peu de casse. Probablement, moins en fait, pendant ces centaines de démonstrations démocratiques que pendant la seule émeute du 9 juin 1993 à la suite de la victoire des Canadiens pour la coupe Stanley.

J'essaie en vain d'énumérer plus de trois établissements saccagés par des manifestants pendant le printemps Érable. Mais, les mêmes images revues mille fois ont multiplié par mille les dégâts. Il s'en trouve même parmi des gens dont je respecte pourtant habituellement le jugement pour me dire qu'ils en savent plus sur les manifs auxquelles j'ai participé parce qu'ils en ont vu un reportage de deux minutes à la télé.

N'ont pas été montrées mille fois les marches particulièrement pacifiques, bon enfant, joyeuses et solidaires qui ont émaillé ce printemps Érable.

On découvre aussi dans l'énumération de monsieur Allard des amalgames qui mettent sur le même pied les cocktails molotov (multipliés par mille), qui sont des actes criminels, et le blocage d'un pont qui est une manifestation démocratique d'usage courant en d'autres pays.

N'existe que l'image, plus encore n'existe que l'image dans la tête.

Mais un gouvernement sourd qui légitime la répression de la dissidence aboutira tôt ou tard à des bruits qu'on ne pourra qu'entendre, alors les images s'effriteront peut-être.




3 juin 2013


Les monstres politiques (la suite)


Le manque total d'éducation politique conduit aussi à ce retour désolant à la conception médiévale du parti, c'est-à-dire un groupe de gens qui s'agglutinent autour d'un champion. Parlez du Parti libéral à un quidam, il vous fera l'éloge ou la diatribe de M. Couillard; parlez du Parti québécois à un quidam, il vous dira que Mme Marois l'ennuie ou le stimule.

Or, un véritable parti politique dans une société démocratique, c'est un groupe de personnes qui adhèrent à un programme et qui décident ensemble des orientations les plus appropriées pour le bien commun, non les suiveurs d'un chef. C'est sûr que c'est plus difficile à analyser que les frasques d'une vedette. Québec Solidaire en paie le prix avec ses deux porte-parole et ses décisions collectives qui n'ont rien à voir avec les préférences du moment de tel ou tel membre de son comité de coordination.

Parlant de Québec Solidaire, il serait bon que les commentateurs improvisés réfléchissent aux clichés monstrueux auxquels ils cèdent avec tant de facilité. Quand ces trop bons personnages nous disent que le programme de Québec Solidaire est irréaliste, on aimerait bien qu'ils nous pointent l'aspect particulier dont ils parlent. Si une proposition est irréaliste, on devrait être capable de la citer.

Ça me rappelle, ces gens qui me disaient ne pas lire le Devoir parce qu'ils le trouvaient trop «intellectuel». Je leur répliquais: Combien d'éditoriaux du Devoir as-tu lus au juste? «Aucun» était la réponse et on s'empressait d'ajouter «justement parce que c'est trop intellectuel». Cela s'appelle une prophétie autoréalisante. Mais, si tu n'as pas lu quelque chose, quel jugement peux-tu porter dessus?

Pour en revenir à nos monstres politiques, une autre erreur facilement entretenue par notre éducation politique déficiente est celle qui consiste à placer tous les politiques dans le même sac: «tous pourris», ce qui sert en général les plus pourris d'entre tous, ceux qui s'avancent en disant: «Ce sont tous des méchants, élisez-moi; moi je ferai mieux!»

Ces héros font mieux pendant quelques semaines, puis font bien pire parce qu'ils n'ont pas de guide programmatique pour les conduire dans la vertu. Rappelez-vous le bon maire Drapeau qui régnait comme un roitelet sur la ville de Montréal. Élu pour remplacer tous les mauvais qui l'avaient précédé, son seul programme était justement de les remplacer.

Nous n'avons pas besoin de gens qui se prétendent vertueux, nous n'avons pas besoin de vedettes, nous avons besoin de programmes véritablement politiques dont le contenu s'intéresse au bien commun et qui permettent à la population d'avoir son mot à dire régulièrement et fréquemment.




27 mai 2013


La peur de la liberté des autres


On a fait grand cas, de l'autre côté de l'Atlantique, du geste fatal d'une personne âgée et visiblement déséquilibrée qui se serait supprimée pour «réveiller la France».

Il ne faut jamais prendre à la légère les suicides; leur prévention est un devoir de tous et chacun envers les êtres qui nous sont chers. Une fois cela établi, il convient de ne pas mettre sur le même pied des gestes de significations fort différentes.

Ce n'est pas du même ordre que de s'immoler en public quand on est jeune et désespéré parce que son avenir est bouché, et qu'il s'agit alors du sacrifice de toute une vie, ce qui a déclenché le printemps arabe en Tunisie, cela n'est pas du même ordre dis-je que de mettre fin à ses jours alors que le reste de nos jours n'est pas menacé, et cela parce qu'on n'est pas capable de supporter la liberté des autres, qu'ils soient homosexuels ou musulmans.

D'autres que moi sont beaucoup mieux placés pour expliquer l'importance fondamentale de l'immigration dans l'évolution des sociétés et pour démontrer que, mis à part peut-être, mais je suis loin d'en être sûr, quelques rares régions de l'Afrique, berceau de l'humanité, toutes les populations actuelles sont issues d'un mouvement migratoire, plus récent pour certaines très ancien pour d'autres.

Je m'en tiendrai donc à l'autre sujet de désespoir qui a été évoqué, soit le délitement de la famille. Qu'est-ce donc que ce délitement? Doit-on comprendre que la famille était beaucoup mieux au XIXe siècle quand la pauvreté et l'alcoolisme, causés par l'exploitation de la classe ouvrière, faisaient des ravages et que l'on devait abandonner des milliers d'enfants ou quand justement les gardiens des valeurs familiales, les bons bourgeois, faisaient travailler les enfants dans les usines et dans les mines jusqu'à les faire mourir?

C'est vrai qu'à cette belle époque, les puissants exerçaient un véritable droit de cuissage sur toutes leurs subalternes qui n'avaient qu'à se taire pour ne pas déranger l'apparente harmonie des ménages. Ah, les bonnes valeurs familiales, qu'elles étaient bien protégées en ces temps bénis!

Les familles françaises comptent trois ou quatre enfants, elles ont la possibilité de prendre des vacances, en plus on propose de reconnaître des familles qui existaient avant, mais qui devaient se cacher, les familles homoparentales. C'est l'accès à l'égalité et à la justice qu'on appelle délitement?

Il est assez ironique d'entendre les organisateurs de la répétitive et odieuse Manif de la Honte, qui ose s'appeler Manif pour tous alors que c'est la manif de l'exclusion, parler de liberté. La liberté d'opprimer si je comprends bien. Ou alors, la liberté pour les «normaux», mais pas pour les autres. Il faut voir les références aux animaux dans les pancartes des anti-égalité. Ils ne sont pas homophobes, ils veulent juste ramener les pédés dans la cage qui leur sied si bien. On en faisait autant avec les suffragettes, rappelons-nous.

J'ai demandé en ces pages le 21 janvier dernier en quoi une France retardataire dans les droits était plus civilisée que ses voisins. Je n'ai jamais obtenu de réponse et n'en aurai jamais. Je reprends les mots que j'avais employés: «J'aimerais bien qu'on m'explique comment les Espagnols, les Belges et les Néerlandais échappent tout à coup à la "civilisation" ou aux "principes anthropologiques".» Depuis 10 ans, ces pays pratiquent l'égalité et leur société ne paraît pas plus délitée que la France idéale des fachos.

En fait, le délitement, il faut le chercher du côté de la haine qui se déverse dans les discours des anti-égalité qui se pressent dans les marches de l'exclusion et qui pervertissent jusqu'au sens des mots en coalisant les ennemis de la justice, de l'égalité et de la liberté.

S'il faut chercher un message dans ce geste d'une personne troublée, c'est l'horreur incontrôlable que suscite chez certains la liberté quand elle est partagée par tous, c'est le vide abyssal et terrifiant qui reste dans la pensée de ceux qui sont incapables de voir outre leurs privilèges.




20 mai 2013


Divertimento


On a toujours l'impression que, quand ça vient d'une langue étrangère, c'est plus précis, ça «sonne mieux», ç'a plus de charme. Les anglos emploient des mots français dans leurs textes pour faire «chic», les francos des mots italiens pour faire savant, des mots anglais pour faire cool, etc.

Ce n'est que normal, il n'y a pas de quoi fouetter un chat. Ce qui l'est moins, c'est lorsqu'on est colonisé au point de croire que les expressions d'une langue sont meilleures, plus justes ou plus efficaces que l'autre. Je songe ici à ceux qui sans cesse s'exclament que c'est donc mieux et plus percutant en anglais, que les anglo-américains l'ont donc l'affaire!

Je connais pourtant nombre de cas où la traduction française de textes états-uniens est, à mon avis, fort supérieure.

La grande majorité des littéraires reconnaissent qu'Edgar Allan Poe est plus intéressant en français qu'en anglais, parce qu'il a été traduit par Baudelaire. Pour se rapprocher de notre époque et de la culture populaire, j'ai toujours trouvé que la version française de The Sound of Music était meilleure.

En anglais do-ré-mi-fa-sol-la-si deviennent doe, ray, me, fa', sow, la, tea et leurs illustrations «sow a needle pulling thread, la a note to follow sow» sont plutôt alambiquées alors que la seule difficulté en français était avec fa dont on a décidé que c'était «facile à chanter».

Que dire maintenant de la devise de Star Trek: «To boldly go where no man has gone before» finalement désexisée fin des années 80 en «To boldly go where no one has gone before» traduite par un très efficace «au mépris du danger, avancer vers l'inconnu» non sexiste dès le point de départ et plus proche encore des intentions. Cette traduction fut améliorée par la suite en «au mépris du danger, reculer l'impossible», expression dotée d'une puissance d'évocation nettement supérieure à l'originale.

En publicité, je me rappelle d'une discussion où certains se plaignaient de la traduction du slogan de Gillette «The best a man can get» en «la perfection au masculin». Il y a dans l'original un jeu de mots sur «ce qu'un homme peut obtenir/devenir de mieux», mais la traduction aussi comporte un jeu de mots qui aura peut-être échappée aux moins subtils: c'est la perfection du masculin, et c'est la perfection un mot féminin, dont on fait du masculin. Personnellement, le côté plus matérialiste du slogan anglais me rebute alors que le côté esthétique de la version française me séduit.

Et pour ne prendre qu'un exemple du passage à l'inverse, qui dira que The Tin Flute rend mieux l'esprit du roman de Gabrielle Roy que Bonheur d'occasion. Je sais, je suis de mauvaise foi et je prends les exemples qui m'arrangent, exactement ce que font les partisans de: «les traductions ne rendent pas justice à l'original». On peut faire moins bien, aussi bien, et parfois mieux.

Décolonisons nos esprits!




13 mai 2013


Les monstres politiques


Est-ce parce que nous n'enseignons pas assez l'importance du politique par opposition à la politique politicienne? Est-ce parce que les médias et une grande partie des élites elles-mêmes considèrent le monde politique comme un cirque? Est-ce parce qu'on a convaincu la population qu'elle devait être spectatrice alors qu'elle devrait être l'acteur principal?

Toujours est-il que nous avons ainsi créé des monstres politiques, tel ce Jean Charest qui trouvait tout à fait normal d'appeler un juge pour l'influencer, fin des années 80, et qui s'excusait non d'avoir commis le geste, mais de s'être fait prendre. Tels ces élus municipaux qui estiment dans l'ordre des choses que d'utiliser leur position pour se servir dans l'assiette au beurre et au passage graisser les pattes de leurs petits copains. Tels ces péquistes qui trouvaient toutes naturelles les manifestations contre le gouvernement libéral, parce qu'ils croyaient qu'elles étaient en leur faveur, mais insupportable la volonté de manifester pour contester leurs décisions à eux.

C'est une monstruosité que de vouloir asservir la population à la politique politicienne, alors que le printemps érable a été une magnifique révélation de la découverte du politique par un nombre important de citoyennes et de citoyens.

Mais qu'a de plus pressé le gouvernement péquiste? Pas d'enquêter sur l'épouvantable répression policière ordonnée par le gouvernement précédent! Non, car cette répression, il la pratique lui-même à son avantage. Sa commission spéciale a pour but de trouver des moyens pour que la population ne prenne plus la rue. En clair, inventez-nous des façons d'étouffer la grogne populaire afin que la seule chose qui compte, le commerce, puisse s'épanouir sans contrainte.

Si nous avions des politiques au gouvernement, plutôt que de petits politiciens, ils chercheraient des moyens pour que la population ait davantage de possibilité de s'investir dans le politique. Ils ouvriraient la possibilité pour les quartiers, les villes et les villages de s'exprimer dans les rues, les chemins, les places publiques. Ils se demanderaient comment créer des mécanismes pour répondre rapidement aux besoins des populations. Ils ne chercheraient pas à inventer des moyens pour réprimer les manifestations avant même qu'elles aient lieu.




6 mai 2013


La peur des apparences


Des milliers d'occasions peuvent illustrer cette crainte des faux-semblants, mais deux exemples récents m'y ramènent.

Le premier m'est fourni par une visite dans un syndicat la semaine dernière. Je me suis trouvé en présence d'une personne qui, tout en se plaignant du manque d'information et d'engagement de beaucoup, trouvait que l'appellation «camarade» pouvait en rebuter certains. Au cours de son intervention, elle apporta un argument dont elle ne compléta pas la teneur en énonçant «Mais quand on connaît l'histoire, le sens et l'origine des mots...» sans terminer sa phrase.

C'est avec grande déception que je constatai qu'elle ne tirait pas la bonne conséquence. En effet, quand on connaît l'histoire, l'origine et le sens du mot «camarade», on se rend compte que c'est la meilleure appellation pour des gens qui partagent le travail ou certaines conditions sociales ou le même projet politique.

Le mot vient d'abord du jargon militaire espagnol, où il désignait celui qui partage la chambre d'un autre. Les deux co-chambreurs étaient donc des camarades. Le Dictionnaire historique de la langue française du Petit Robert nous apprend que le mot «camaraderie» au sens où on l'emploie aujourd'hui apparaît déjà sous la plume de Madame de Sévigné en 1671.

Au XIXe siècle, les syndicalistes, les socialistes et les communistes ont avec raison utilisé le terme puisqu'il désigne cette condition commune beaucoup mieux que «frère» ou «soeur» et encore mieux que «collègue» dont les relents corporatistes me gênent. Le collègue ne se détache pas de sa condition professionnelle alors que le camarade embrasse tous les aspects des conditions partagées, la solidarité sociale en somme.

Que l'expression «camarade» ait été dévoyée sous des régimes totalitaires ne devrait pas nous empêcher de nous en servir, pas plus qu'on ne devrait cesser de parler d'amour parce que les religions chrétiennes ont commis de nombreux crimes en son nom ou que les hommes ont dominé des femmes sous ce prétexte.

Et voilà qui m'amène à mon second exemple. En fin de semaine, c'était le congrès de Québec Solidaire. Il y a eu débat sur la nécessité ou non de faire alliance avec d'autres partis en campagne électorale ou autrement. A été évoquée la crainte de la perception qu'on aura de nous si on ferme la porte à des alliances avec d'autres partis souverainistes. Que diront les médias?

Un parti qui s'attaque au capitalisme ne peut pas avoir bonne presse. Se préoccuper de la façon dont on sera présenté dans les médias ne peut en aucune façon déterminer les choix politiques. Avec qui Québec Solidaire doit-il faire alliance? Avec les citoyennes et les citoyens, car ce sont elles et eux qui voteront pour la justice sociale.




29 avril 2013


Pour nos camarades intersexes


J'ai parlé la première fois de ces personnes le 10 décembre 2007. Nous devrions en parler un peu plus souvent, engoncés que nous sommes dans notre confort binaire.

En tout cas, l'occasion m'en a été offerte par l'activité de l'Université populaire de vendredi dernier au café l'artère: «Regard sur l'intersexe».

La discussion qui a suivi a été fort éclairante, car il s'en trouve au nom de la raison pour justifier les mutilations qu'ont pu subir, et subissent encore, les personnes intersexes. Il faut rappeler ici que l'on a très souvent fait des opérations chirurgicales pour transformer les personnes intersexes en fille (le plus fréquent) ou en garçon. On l'a fait avec ou sans l'accord des parents et, la plupart du temps, sans aucune consultation de l'enfant. Comprendre que le corps médical veut bien faire est une chose, mais penser que c'est «raison» en est une autre.

Forcer des gens à choisir d'être autre chose que ce qu'ils sont est une violence dont les conséquences sont incalculables. Plus grandes encore lorsqu'on décide à leur place et qu'on ne leur en parle même pas. Je proposerais d'être à l'écoute et d'accepter que nous n'avons pas à obliger nos camarades intersexes à entrer dans les petites cases «mâle» ou «femelle».

On lira avec intérêt le communiqué du Second forum intersexe international de l'ILGA (International Gay and Lesbian Association), qui s'est tenu du 9 au 11 décembre 2012 à Stockholm.

Je terminerai par ces mêmes mots qu'en décembre 2007: Et je manquerais à mon devoir d'enseignant si je confortais l'ignorance et les préjugés: "Inquiéter, tel est mon rôle. Le public préfère qu'on le rassure. Il en est dont c'est le métier, il n'en est que trop." (André Gide, Journal)




22 avril 2013


Politiques au service de qui?


Le 28 août 2012, quelques jours avant les élections, madame Pauline Marois fait un discours devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain où elle se déclare «la meilleure alliée des entrepreneurs».

Peu après son élection, elle ne tardera pas à retourner devant ce même cénacle, soit le 9 novembre 2012, pour y parler d'enrichissement et de rigueur économique.

Le 13 novembre 2012, plus de 50 organismes représentant des centaines de milliers de citoyens demandent une rencontre avec la première ministre pour discuter de la nécessité d'une commissioin d'enquête publique et indépendante sur les dérapages policiers du printemps 2102. La réponse fut le silence le plus complet.

Le 1er février 2013, le Conseil central du Montréal métropolitain de la CSN, le Regroupement intersectoriel des organismes communautaires de Montréal et le Regroupement des organismes communautaires famille de Montréal unissent leurs voix pour demander un rencontre avec Jean-François Lisée, ministre responsable de la région de Montréal, afin de discuter du problème que représente l'intrusion des fondations privées dans les orientations sociales du gouvernement. La réponse fut le silence le plus complet.

Malgré des relances récentes à l'une et à l'autre, la réponse est toujours le silence le plus complet.

Pierre-Karl Péladeau dit à la première ministre qu'il aimerait bien «servir» le Québec. Elle ne tarde pas à nommer ce magnat de la presse à la présidence du conseil d'administration d'Hydro-Québec procédant à ce que certains ont appelé très justement la berlusconisation du Québec.

Au printemps dernier, quand monsieur le maire Tremblay de Montréal implorait que cessent les manifestations parce que ça déplaisait aux commerces, je lui ai demandé si c'était les commerces ou les citoyens qui élisaient les maires. Si les maires devaient s'occuper de la population d'abord ou des commerces en priorité. La réponse fut le silence le plus complet.

Le message est tristement clair: les politiques sont élus par les citoyens, mais ils gouvernent au service du commerce.




15 avril 2013


Paradoxes de l'information


Jamais nous n'avons eu accès à autant d'informations. Les sources sont diversifiées, riches et nombreuses. Il n'est même plus nécessaire de se fier aux médias de masse, on peut aller chercher les renseignements qui nous intéressent par les canaux qui sont les plus près de nos préoccupations et ainsi obtenir des nouvelles avant même le grand public.

Mais, alors que 50 sources différentes proposant 20 nouvelles différentes devraient nous fournir 1000 renseignements nouveaux, la concurrence entre les différentes sources pour s'arracher le chaland fait en sorte que les 50 diffuseurs se disputent la clientèle en nous présentant chacun 10 fois les deux mêmes manchettes criardes et «pipoles», de sorte qu'on se retrouve avec 100 renseignements de plus ou moins d'importance au lieu de 1000 utiles.

Pas plus aujourd'hui qu'hier, il n'est possible de bien se renseigner sans faire soi-même une chasse à l'information. Se renseigner, malgré la facilité d'accès aux sources, exige un travail de recherche, de tri et d'analyse.

Prenons un autre exemple à partir d'une information bien connue et accessible à tous. Comment appelleriez-vous une personne qui réunit sous son toît des miséreux pour les regarder mourir sans leur fournir aucun analgésique, qui fricote avec les dictateurs et reçoit leurs cadeaux, qui récolte de l'argent pour faire des campagnes contre le droit des femmes à l'avortement et qui vole au secours des compagnies en demandant aux pauvres de rester tranquilles et d'accepter le sort que Dieu leur fait. Moi, j'appelle ça un monstre, et ce monstre s'appelle Mère Térésa.

Il y a quelques semaines des journalistes ont déterré ces informations qui étaient déjà largement publiques et qui avaient entre autres été colligées dès 1995 dans le livre de Christopher Hitchens, The Missionary Position (Mother Teresas in Theory and Practice). J'aurais pu moi-même témoigner de cela dès décembre 1984 (et vous de même si vous étiez de ce monde, car c'était dans toutes les télés de la planète) quand la bonne dame est allé prêcher la résignation et le pardon à la population de Bhopal qui voulait exiger des comptes à la compagnie Union Carbide.

Même la faculté de théologie de l'Université de Montréal a expliqué qu'il n'y avait pas lieu de réagir à ces nouvelles, qui n'en étaient pas, puisqu'elles étaient de notoriété publique depuis longtemps. On terminait en disant que les gens préfèrent croire ce qui les arrange que de faire face à une réalité déplaisante.

Voilà bien un autre paradoxe de l'information, non seulement les faits sont facilement accessibles, mais ils sont connus depuis longtemps. Pourtant ils n'ont aucun effet sur les masses qui les oublient aussitôt préférant le mythe confortable à la vilaine vérité.




8 avril 2013


Quand la nouvelle détruit l'information


Vendredi dernier (5 avril 2013), les nouvelles du matin à Radio-Canada parlaient, comme il se doit, d'un spectacle tenu au Latulipe, rue Papineau à Montréal. Cet événement organisé par la Coalition contre la réforme de l'assurance emploi visait à donner de la visibilité à sa campagne contre les désastreuses modifications imposées par le gouvernement Harper au régime d'assurance emploi.

Peu de gens connaissent les détails de cette réforme enterrée parmi des centaines de modifications à environ 60 lois dans la loi mammouth C-38. Expliquer ces choses serait un véritable travail d'information que les médias devraient se donner comme devoir.

Toujours est-il que le malheureux fait divers des deux décès dans une garderie de la région de l'Outaouais a complètement évacué cette nouvelle et a fait la manchette des informations tout le reste de la journée et toute la journée du lendemain.

C'est alors que le fait divers prend le pas sur le fait social, que la nouvelle détruit l'information. Pour éviter de se faire reprocher de répéter ad nauseam une information qui n'est plus une nouvelle, on décompose l'information: à 15 heures, on apprend par quelle porte le tueur est entré, à 16 heures, on découvre la couleur de la robe que portait la directrice de la garderie.

Là, encore, on confond la nouvelle et l'information, on cède à la tentation du voyeurisme et on met sur le même pied le fait divers, qui devrait se retrouver en bas de liste, avec le fait social, structurant et systémique, et qui devrait donc avoir la priorité.

Il n'est pas vrai que le journalisme soit uniquement dévoué à la nouvelle. Il se doit aussi à l'information. Quant aux nouvelles elles-mêmes, elles doivent être triées et classées selon leur «signification», c'est-à-dire leur impact réel sur la collectivité, et non leur attrait voyeuriste éphémère.




1er avril 2013


Ce qu'on ne veut pas voir


Plutôt que d'accepter une réalité qui leur déplaît, certains feindront de ne pas la voir. Et, si en plus, elle ose se montrer, ils feront tout pour la dissimuler ou la nier, quitte à l'écraser.

Deux cas illustreront mon propos.

1. La violence policière

Depuis l'élection du Parti québécois, j'ai toujours trouvé suspecte l'obsession du ministre Duchesne à répéter sans cesse que «les gens ne sont plus dans la rue, on se parle maintenant». Comme si l'expression dans la rue était une mauvaise chose, comme si la démocratie ne s'exerçait que dans le bulletin de vote.

Avec l'absence totale de réaction de ce gouvernement à la demande d'une enquête publique et indépendante sur les agissements policiers, avec l'indifférence incroyable dans laquelle il acceuille l'écrasement des moindres manifestations, avec le silence qui accompagne l'application du règlement P-6 de la ville de Montréal, aux conséquences pourtant aussi terribles que celle de l'ignoble Loi 12, avec la superbe nonchalance quant aux propos mensongers et révoltants de la police montréalaise concernant l'inexistence du droit de manifester, on constate que le Parti québécois ne voulait pas voir la démocratie, considérant comme le Parti libéral qu'entre les élections, il n'y a pas de démocratie, seulement de la gouvernance. Cela confirme l'usurpation de la volonté générale et du bien commun au profit de ce que l'on appelait au milieu du siècle dernier les «puissances d'argent».

Il est grand temps de réhabiliter la rue, mais il ne faut pas compter sur le Parti québécois, parti aussi bourgeois que le Parti libéral ou la CAQ, pour le faire.

2. L'homophobie

Un quidam m'ayant vu avec mon conjoint s'empresse de me demander ce que je pensais des deux messages télévisés utilisés dans la campagne de sensibilisation contre l'homophobie. Je répondis qu'ils sont très gentils et positifs.

«Mais, vous ne trouvez pas ça trop provocateur, m'a-t-on répliqué, ça pourrait faire tourner les homophobes contre le message voulu?» Je n'en croyais pas mes oreilles. «Vous trouvez ça provocateur», ai-je reparti?

—Non, pas pour moi, mais pour les homophobes!
—Un geste si simple et si anodin est provocateur?
—C'est simple et anodin pour vous!
—Non, intellectuellement parlant, Monsieur, deux personnes qui s'embrassent quand elles se retrouvent, n'est-ce pas la chose la plus banale qui soit?
—Ben, pas pour les homophobes.

J'en suis encore médusé. Cette campagne extraordinairement soft serait provocatrice et il faudrait être davantage discret? N'est-ce pas à dire qu'il faudrait absolument se cacher? N'est-ce pas exactement ce que veulent les homophobes, ne pas voir qu'on existe?

Il est grand temps d'affirmer haut et fort que l'homosexualité est normale et que c'est l'homophobie qui n'est pas acceptable.




25 mars 2013


La police au service de qui?


À quoi devrait servir la police? À maintenir l'ordre public en principe. Et l'ordre public ne devrait-il pas être défini par la volonté générale qui s'exprime dans les institutions démocratiques? À voir comment les choses se déroulent, c'est loin d'être le cas.

Nous sommes nombreux à nous inquiéter quand la police, par la bouche d'un porte-parole officiel, se permet effrontément de déformer la réalité dans une déclaration mensongère, telle que celle citée dans cet article de La Presse à l'effet que le droit de manifester ne serait pas garanti par nos chartes des droits.

Mais une autre très grave raison de s'inquiéter, c'est quand la police offre ses services à qui peut les payer comme cela est présenté sous l'onglet «Services affaires» de son site. Qu'il ne se trouve personne pour s'en émouvoir parmi le personnel politique actuel est un très mauvais signe.

On n'espérait pas grand-chose des libéraux pour qui l'État est un buffet bien garni auquel peuvent s'empiffrer ceux qui arrivent à s'en approcher, mais des péquistes, qui prétendent avoir des notions de bien public, c'est pour le moins désolant.

Ainsi donc, quand la police s'approche de vous comment pouvez-vous savoir à l'avantage de qui elle intervient? Comment ne pas croire qu'elle est en service commandé pour une cause privée qui n'a rien à voir avec l'ordre public, mais tout au contraire avec la bonne marche de la business?




18 mars 2013


Paul Rose


Le camarade Paul Rose est décédé la semaine dernière. Il était clair pour moi que le seul sujet de mon billet cette semaine serait cet homme de valeur que j'ai appris à connaître.

J'ai eu la chance de négocier deux conventions collectives avec lui. Passer de longues heures à attendre et à préparer les étapes à venir m'a permis de mieux découvrir ce grand gaillard aussi remarquable par sa taille que par sa gentillesse et sa douceur.

À travers les vicissitudes de la vie, Paul avait acquis une sagesse qui pouvait déconcerter les esprits un peu plus rigides. En plus d'être toujours prêt à analyser et à comprendre comment les autres pouvaient aboutir à tel ou tel comportement, comme conseiller il nous présentait toutes les options avec les conséquences. Cependant, il nous laissait décider de l'action à entreprendre, ce qui est le véritable rôle d'un conseiller même si cela a l'heur de déplaire à ceux qui préfèrent se faire dicter leur conduite, quitte après à se plaindre d'avoir été mal conseillés.

Compréhensif et patient, il n'appréciait pas les esprits superficiels, mais se montrait tolérant à leur égard. Je ne l'ai vu s'emporter qu'une fois. C'était surtout un emportement rhétorique, sa voix était forte, mais pas colérique. Toutefois, comme il était impressionnant debout, faisant des gestes pour ponctuer son message et pointant du doigt les responsables de son impatience, les négociateurs patronaux faisaient mine de vouloir se cacher derrière leur table.

Ayant négocié dans plusieurs secteurs auprès d'employeurs de toute sorte, il n'en revenait pas de constater tant de petitesse chez ceux qui auraient dû être les mieux éduqués.

Il appréciait les arts, la poésie, le cinéma. Toujours ouvert à des discussions élevées, mais aussi capable de blaguer. Il faisait preuve d'une grande humanité.

Peu de gens savent ce qu'il a fait pour améliorer la condition des détenus, pour qu'ils aient un meilleur accès à la formation et à l'éducation, pour l'accès à des visites contacts.

Titulaire d'une maîtrise en développement régional, il a été lui-même chargé de cours. Il comprenait bien notre situation. Quant à la précarité, il avait déjà donné.

Je garde en mon coeur la mémoire d'un homme chaleureux, militant, partisan de la justice et profondément humain.





11 mars 2013


Exigeons une enquête publique et indépendante
sur les agissements policiers pendant le printemps Érable !


Au printemps 2012, plus de 3400 personnes ont été arrêtées.
Des centaines ont été blessées.
La répression a été brutale et injustifiée.

Plus de 50 groupes de la société civile exigent une enquête publique et indépendante.
Ils ont demandé une rencontre avec la première ministre. Nulle réponse ne nous est parvenue.

Venez participer à la vigile organisée

le mardi 19 mars 2013, de 9 h à 21 h
devant les bureaux de la première ministre
Avenue McGill College
entre Sherbrooke et De Maisonneuve

Le Conseil central du Montréal métropolitain-CSN sera plus particulièrement visible à la plage horaire de 18 h à 19 h.

À 19 h, il y aura projection du film Dérives produit par 99%Média.




4 mars 2013


Poulapaix


«Poulapaix poulapaix poulapaix poulapaix poulapaix, moi j'suis poulapaix poulapaix disait-il.
On l'appelait monsieur Poulapaix.

Même quand la police défonce des portes à quatre heures du matin
...
Même quand on fait des procès en l'absence de l'accusé
...
Même quand on demande à la liberté de montrer ses papiers
...
Même quand on traite les chômeurs de maudits paresseux
...
Même quand on casse des grèves à coups de matraque
...
Même quand la police tire dans le dos des jeunes en les traitant de maudits drogués»

Gérald Godin

Monsieur Poulapaix, c'est moi. Malgré toutes les provocations, malgré les mensonges largement diffusés, malgré la démesure de la répression.

Je fais partie des Artistes pour la paix et je m'obstine à penser que l'art et la culture nous sauveront.

Mais, je ne suis pas aveugle pour autant. J'ai vu le lundi 25 février 2013, en direct à CUTV, la télé qui ne fait pas de montage commode, les policiers armés, bottés, casqués, charger sur une foule pacifique.

J'ai vu le mardi 26 février 2013, en direct dans la rue, les agents de médiation de la police venir nous faire du charme à la queue de la manif pendant que la cavalerie se préparait à charger des gens sans défense à la tête de la foule.

Et pendant ce temps, le gouvernement du Québec tarde toujours à créer une commission d'enquête publique et indépendante sur les agissements de la police.

Oui, je suis encore et toujours poulapaix, mais il me semble que j'aurais plus de chance de succès si la police ne déployait pas tant d'énergie pour me prouver que j'ai tort.





25 février 2013


Marre de compter!


Mercredi soir dernier, j'étais devant l'édifice de la Commission scolaire de Montréal afin de réclamer avec le collectif Éducation sans frontières l'accès à l'école pour les enfants des sans papiers.

Un commissaire qui passait et à qui j'expliquais la cause m'a demandé si nous savions quels étaient les coûts d'une telle demande. Je lui répliquai que l'on ne posait pas telle question à quelqu'un qui se présente à l'hôpital et qu'on ne devait pas le faire non plus pour tout droit fondamental.

Il ne s'agit pas ici de fournir gratuitement des pastilles contre la toux à la population entière. Il s'agit simplement de remplir la mission normale de l'État et de permettre l'accès à l'éducation à tout enfant comme nous y sommes engagés par le Pacte international sur les droits sociaux, économiques et culturels.

Quand il s'agit d'un droit fondamental, on ne se demande pas combien ça coûte, mais on s'organise pour le réaliser. À moins qu'on demande à la population de faire moins d'enfants pour qu'il y en ait moins au total dans les écoles?

Hier, j'étais devant les locaux de l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal en appui aux sages-femmes qui demandent entre autres que la rémunération pour leurs heures de garde soit raisonnable. Alors que les infirmières ont droit à une heure de salaire payée pour chaque tranche de 8 heures de garde, les sages-femmes ne sont payées que 1$ par heure de garde, soit moins que le salaire minimum d'une heure pour 8 heures de garde. Et on veut nous faire croire que c'est cela qui va déséquilibrer le budget du Québec?

Ah oui, j'oubliais, il faut respecter le déficit zéro. Il faut tout compter parce qu'on «n'a pas les moyens». Et il faut faire des règles différentes pour les «eux» contre les «nous» pour les «elles» contre les «autres». Souvent compter empêche de réfléchir.





18 février 2013


Média et idéologie


J'avais rangé mon carré rouge quelque temps après les élections de septembre, mais je l'ai ressorti dès le mois de novembre voyant comment le Sommet sur l'enseignement supérieur dessinait l'une de ces consultations dont les apôtres de la mobilisation-concertation des acteurs à la sauce gouvernance ont le secret.

Ce port du carré rouge ne m'a valu aucune question particulière, sauf hier où tout à coup plusieurs quidams apeurés m'ont demandé ce qui se passerait bientôt. Il semble que la rumeur des médias de droite ait augmenté le régime sur ce sujet.

Jeudi soir 14 février 2013, quelques centaines de manifestants d'Idle no more ont parcouru les rues de Montréal. Je n'en ai eu aucun écho par les médias traditionnels.
Dimanche 17 février 2013 vers midi, une centaine de manifestants anglophones protestaient contre le projet de loi 14 qui vise à renforcer la loi 101. Cette nouvelle a fait le premier sujet des nouvelles radio de Radio-Canada toute la journée. Ça me rappelle quand les carrés verts manifestaient à 12 et étaient couverts autant que les carrés rouges qui manifestaient par dizaine de milliers.

Lors du Forum social de Laval, en novembre 2102, le comité des jeunes du Conseil central du Montréal métropolitain de la CSN présentait des clips vidéo diffusés sur le web pour faire pièce à la couverture inadéquate des médias traditionnels. Une personne présente ayant longtemps fait du journalisme s'est élevée contre la tentation naïve de croire qu'il y a un complot médiatique favorisant leurs grands propriétaires capitalistes. J'ai répliqué qu'il était encore bien plus naïf de s'imaginer neutres parce qu'on n'est pas conscient du charriage idéologique qu'on transporte, tant il est vrai que l'idéologie n'est pas ce que l'on pense, mais ce qui nous pense. Le travail de recul, de mise à distance et de critique des poncifs que nous assènent les «experts patentés» est toujours nécessaire et le reportage «neutre» est probablement ce qu'il y a de moins neutre.

Si les médias sociaux offrent autant la parole aux voix de toutes les tendances et sont donc bien loin d'être exempts de l'idéologie néolibérale dominante, du moins ils offrent une diversité, ils sont un canal par où s'exprimer.




11 février 2013


La justice ou la peur?


Ces croyants qui ont besoin d'un dieu pour appuyer la morale me remplissent d'horreur et d'effroi. Ils nous avouent tout simplement que la seule chose qui les retient de nous voler, violer et égorger (pas nécessairement dans cet ordre, d'ailleurs) est la crainte de l'enfer ou de la punition de leur dieu.

Ce sont donc des psychopathes doublés de sociopathes qui trouvent désirables le vol, le viol et le meurtre.

Le pire, c'est que pour nous prouver que leur dieu a raison et nous obliger à penser comme eux, ils sont bien prêts à nous voler, violer, égorger (toujours pas nécessairement dans cet ordre).





4 février 2013


Méfions-nous de ces personnes qui définissent la vertu pour nous!


Deux récentes activités, soit le colloque sur les PPP sociaux, tenu les 31 janvier et 1er février ainsi que le Forum citoyen de Montréal en vue du Sommet sur l'enseignement supérieur, ont été l'occasion de rappeler qu'il ne faut pas prendre pour argent comptant les concepts qu'on nous livre comme si nous devions nous soumettre à leurs présupposés.

Prenons par exemple le concept de gouvernance, dont j'ai déjà maintes fois parlé. Prétendre qu'une certaine façon de composer les conseils d'administration, de réguler les structures de pouvoir dans une organisation, que cette façon donc soit la bonne juste parce qu'elle correspond aux recommandations de l'Institut sur la gouvernance des organisations publiques et privées, c'est mépriser la volonté des communautés qui pourraient s'exprimer tout autrement. Faisons passer la démocratie avant les principes de «gouvernance».

Autre exemple: la mobilisation. Les subventions venant des comités de gestion qui administrent les fonds venant de la Fondation Chagnon et du gouvernement québécois (Avenir d'Enfant, Québec en forme, Réunir Réussir, Appui) demandent une mobilisation des milieux. Si cette mobilisation consiste à adhérer à des mots d'ordre déjà décidés, elle se fait au service de quoi et de qui?

Dernier exemple: la qualité. Ça fait des lustres que j'entends parler d'éducation de qualité, mais j'aimerais bien savoir qui définit la qualité. Est-ce que la qualité, c'est la satisfaction du client? Est-ce que la qualité, c'est la possibilité de comparer les pratiques d'un établissement à l'autre? Il n'est pas sûr que je veuille de cette qualité-là.

Remettez en question tout ce qu'on vous sert: que ce soit la «saine gestion», la «bonne gouvernance», la «qualité», la «concertation», la «vertu» et j'en passe.

C'est toujours difficile d'avoir l'air d'être contre la vertu parce que des gens bien intentionnés nous arrivent avec de beaux concepts tout ficelés et enrubannés, mais la première chose à faire quand on nous soumet ces beaux cadeaux, c'est d'être plus méfiants que les Troyens et de vérifier ce qu'ils ont dans le ventre avant de les faire entrer en nos murs.




28 janvier 2013


Les Français et nous


Nous sommes différents et nous nous ressemblons.

Parfois nous croyons nous comprendre et nous nous méprenons.

Par exemple, cette fois où une amie autour de l'année 1980 s'était retrouvée sur un banc quelque part aux Tuileries et avait engagé la conversation avec, ô coïncidence, quelqu'un qui était enseignant comme elle!

Il la croyait millionnaire. Elle le croyait miséreux. En effet, ils avaient discuté salaires. Elle avait donné son salaire annuel brut, comme c'est l'usage au Canada, mais sans dire que c'était le salaire annuel brut puisque c'est entendu. Il avait donné son salaire mensuel net, comme c'est l'usage en France, mais sans dire que c'était le salaire mensuel net puisque c'est entendu.
Imaginez l'écart!

D'autres fois, nous nous croyons éloignés, mais nous faisons pareil.

Par exemple, cette manie de croire qu'une expression en anglais est plus «parlante» qu'une expression française. Nous nous gaussons bien de leurs emprunts à l'anglais, et pourtant nous empruntons nous aussi même sans besoin.

Mais alors que leurs anglicismes portent carrément les habits anglais, tels les shopping et les mail, les nôtres se déguisent sous des vêtements français comme nos éventuellement pour dire «un jour» alors qu'en français ce mot veut dire «si les circonstances s'y prêtent» ou nos décade pour dire «dix ans» alors qu'en français ce mot veut dire «dix jours».

Nous sommes parfois offusqués de voir chez eux à quel point le client n'est pas toujours roi. Le commerçant ne se plie pas en quatre pour satisfaire nos caprices. Par contre, nous sommes ravis de constater que le même commerçant n'essaiera pas nécessairement de nous fourguer un article qui ne nous convient pas et sera prêt à nous envoyer chez son compétiteur si ce dernier a ce qu'il nous faut; on ne voit pas ça souvent chez nous.

Nous nous croyons très solides devant les changements de climat, mais nous chauffons à 25 en hiver et climatisons à 17 en été. Les Français me paraissent bien plus résistants que nous au froid et à l'humidité. Quand il fait moins 5 à Paris, je grelotte bien davantage que lorsqu'il fait moins 30 à Montréal.

Ils nous bassinent avec notre accent, mais ne faisons-nous pas de même avec eux?

Et, ici comme là-bas, nous mettons beaucoup de temps à accepter qu'un «immigrant» soit un des nôtres. Pourtant, toute l'histoire de l'humanité est faite d'immigration.

Si nous pouvons les trouver par moments prétentieux, ils nous jugent souvent pusillanimes. C'est toutefois Marcel Rioux, dans son ouvrage Les Québécois, qui illustre le mieux nos différences d'attitude: pour le Français tout est occasion d'apprendre ou d'enseigner alors que pour le Québécois tout est prétexte à une histoire ou relation d'une expérience.

De part et d'autre de l'Atlantique, nos charmes sont aussi nos faiblesses; nous n'avons pas fini d'apprendre les uns des autres et d'enrichir nos expériences.




21 janvier 2013


Débattre de l'égalité?


Contrairement à ce que certain aimerait bien nous faire croire, le débat en France autour du mariage des conjoints de même sexe est tout sauf riche. Il est empreint d'un navrant refus de l'égalité et d'une homophobie malheureusement très bien assumée pour beaucoup et dissimulée sous une prétention anthropologique profondément ridicule pour d'autres. Faire du fantasme maman, papa, bébé, le modèle de toutes les familles du monde alors que cette famille nucléaire est extrêmement circonscrite dans le temps et dans l'espace, c'est proprement étaler son ignorance.

Au Québec le débat a tourné court et a donné lieu rapidement à une loi sur l'union civile (en 2002) parce que les élus ont fait preuve de sensibilité et d'intelligence. Ils se sont vite rendu compte d'une chose très simple: de l'égalité devant les droits, on ne débat pas.

Il n'en a hélas pas été ainsi au niveau canadien et le sujet a été sur le devant de la scène médiatique pendant des années avant que la question ne se règle devant les cours, puis devant le parlement en 2005. Il y a même eu une commission parlementaire itinérante sur la question. Prétendre qu'il n'y ait pas eu de débat de ce côté-ci de l'Atlantique, c'est encore une fois étaler son ignorance. Toutefois, ce n'est pas que le débat fût à ce point justifié.

Il n'y a jamais eu de débats riches sur l'abolition de l'esclavage, mais des plaidoyers riches en faveur de l'égalité. Il n'y a jamais eu de débats riches sur le vote des femmes, mais des plaidoyers riches en sa faveur. Il n'y a jamais eu de débats riches sur le mariage des conjoints de même sexe, mais des plaidoyers riches en sa faveur.

Ce qui se débat, ce n'est pas ce qui oppose les Noirs et les Blancs, les femmes et les hommes, les homos et les hétéros, mais bien ce qui les concerne tous. Par exemple, il n'y a pas lieu de débattre de l'abolition de l'esclavage, mais bien de débattre des limites et de l'extension à accorder aux contrats de louage de sa force de travail d'un être humain à un autre être humain ou à une «personne morale». Il n'y a pas lieu de débattre du droit de vote pour les femmes, mais bien de débattre de comment le vote doit être exercé par tous, de son caractère plus ou moins proportionnel, de la fréquence de ce vote, de ce qui lie les personnes élues aux citoyennes et citoyens. Il n'y a pas lieu de débattre du mariage des conjoints de même sexe, mais de débattre par exemple de la PMA (procréation médicale assistée), pas dans le but de savoir si elle doit s'appliquer aux couples homos, mais de savoir si on l'accepte point. Si oui, il n'y a pas de raison que certains couples en soient exclus.

La France, hélas, ne fait pas particulièrement bonne figure avec ses hordes d'opposants à l'égalité des droits, qui se drapent dans des arguties spécieuses, qui fleurent le mépris et la haine. La France retarde, et j'aimerais bien qu'on m'explique comment les Espagnols, les Belges et les Néerlandais échappent tout à coup à la «civilisation» ou aux «principes anthropologiques» que prétendent défendre les antimariage.

Mais il faut bien que la plupart se rabattent sur des distinctions jésuitiques comme cette histoire de «couples ayant la capacité de reproduction», qui ne résiste pas une seconde à l'épreuve de la réalité, quand on sait que les couples stériles hétéros se marient sans aucune objection de quiconque et que la plupart des couples homos ont intactes leurs capacités de reproduction, dont ils ne se privent d'ailleurs pas. Mais, il le faut bien, dis-je, car il n'y a pas d'arguments justes contre l'égalité. Il n'y a que ce sentiment lancinant que ces «gens-là» ne sont pas comme nous, qu'ils ne peuvent pas former une famille et qu'on ne va tout de même pas leur confier des enfants.

Quant au supposé droit des enfants à avoir un père et une mère, quelle fadaise digne du plus mauvais élève de rhétorique! Les droits des enfants sont beaucoup plus sérieux et beaucoup plus précis que cela: l’aliment, la protection, l’hygiène, l’affection et l’éducation, peu importent le nombre et le sexe des personnes qui les leur procureront.

Débattre de l'égalité? Non. L'obtenir, si!




14 janvier 2013


L'obsession de l'activité


On me demande quand j'annonce que je vais passer mes vacances à Paris pour la trente-deuxième fois: «Mais qu'est-ce que tu vas faire?» C'est un peu la même question qu'on me pose lorsqu'on apprend que je prendrai ma retraite à la fin de mon présent mandat.

Outre le fait que j'aie dans mes cartons de quoi écrire pour les vingt années à venir sans discontinuer, je ne vais pas non plus à Paris pour voir la tour Eiffel pas plus que je ne visite le stade Olympique tous les jours depuis que j'habite Montréal.

On ne va pas nécessairement quelque part pour «faire», mais pour «être». Pourquoi donc faudrait-il toujours faire quelque chose? Cette obsession de l'activité est bien occidentale; elle est semblable à cette autre manie que nous avons, et dont je parlais récemment avec une camarade, de vouloir à tout prix meubler le silence de nos paroles, alors que d'autres cultures s'accommodent très bien de passer du temps ensemble sans même parler, sans même agir, comme le font les amoureux et comme devraient pouvoir le faire les amis.

Petit aparté analogique: Cela me ramène aux derniers moments que j'ai passés avec mon père. J'étais dans sa chambre de CHSLD et je lui tenais la main sans mot dire. Il me regardait, je le regardais. Il tombait assoupi par moments. Un instant, il releva la tête et me demanda: «Ça doit être plate pour toi.» Je répondis: Non, est-ce que c'est plate pour vous? Il fit signe que non. Eh, bien, ce ne l'est pas davantage pour moi. On est bien là; ça me suffit.

Pour revenir à notre sujet, l'art de ne rien faire, n'en déplaise aux maniaques de la production, est aussi nécessaire à la vie que l'art de l'action. C'est pourquoi pendant mes vacances j'en profite pour accomplir mon activité préférée: Rien.

Les croyants appellent ça prier; les philosophes et les sages appellent ça méditer; les pragmatistes appellent ça recharger ses batteries; les hédonistes appellent ça se reposer ou se gâter; les intellectuels du réalisme critique appellent ça l'état de latence; les humanistes appellent ça se recueillir, ce qui au sens propre signifie «ramasser ses morceaux pour se refaire une unité dans la diversité de son expérience».




14 décembre 2012


Fondations et PPP sociaux: visages de la privatisation


Nous vous invitons à vous inscrire à un colloque portant sur les grandes fondations à fonds mixtes (comme la fondation Lucie et André Chagnon), lesquelles s'infiltrent de plus en plus dans nos services publics. Ces fondations nous dictent leurs valeurs et contournent nos lieux démocratiques pendant que le gouvernement perd son rôle d'expression de la volonté commune dans les orientations sociales.

Par ce colloque, nous voulons réfléchir sur leur impact, partager un état de situation et réfléchir ensemble à des pistes d'interventions communes. Il s'adresse à tous les acteurs préoccupés par ces questions : intervenantes et intervenants en milieu communautaire, syndicats, travailleuses et travailleurs des services publics, citoyennes et citoyens...

Ce colloque aura lieu le 31 janvier 2013, de 19h à 21h et le 1er février de 9 h à 15h30, à la CSN (1601 de Lorimier).

Pour vous inscrire : ginette.henry@csn.qc.ca. L'inscription est obligatoire. Des frais de 20$ sont demandés et sont payables sur place.

C'est un rendez-vous!

Ce colloque est organisé conjointement par le Regroupement des organismes famille de Montréal (ROCFM), le Regroupement intersectoriel des organismes communautaires de Montréal (RIOCM) et le Conseil central du Montréal métropolitain-CSN (CCMM-CSN).

Francis Lagacé
2e vice-président du CCMM-CSN




10 décembre 2012


Au secours, Monsieur Lafargue!


Le comité Environnement et Développement durable du Conseil central du Montréal métropolitain-CSN a organisé le 29 novembre dernier une soiré de réflexion sur la décroissance, intitulée «Pour sauver la planète, repenser le développement». À cette occasion, une conférencière, Andrea Levy, a interpellé les syndicats afin qu'ils reprennent leur revendication traditionnelle de réduire la durée du travail.

Cela m'a rappelé un article que j'avais publié dans L'Action nationale en 1995 et qui avait été intitulé par la rédaction «La réduction de la semaine du travail» alors que je lui avais donné le même titre qu'à ce billet.

Paul Lafargue, socialiste et gendre de Karl Marx, a publié le magnifique essai Le droit à la paresse en 1880, une lecture qui devrait être obligatoire dans les écoles. Et faisant appel à lui dans mon article, j'argumentais que la responsabilité sociale des entreprises doit faire en sorte qu'elles retournent leur profit non seulement sous la forme de salaire décent, mais aussi sous forme de temps parce que la production augmentée grâce aux machines devrait profiter à tous plutôt qu'à un seul propriétaire qui bénéficie des progrès de la technique et du travail de plusieurs.

Quelqu'un dans la salle nous a posé une question fort intéressante: «Est-ce que la réduction du temps de travail remet en cause le capitalisme destructeur pour la planète?» La discussion n'a pas permis de conclure que oui, car la redistribution du temps et de l'argent peut se faire sans annuler le profit. Or, la notion de profit est fondamentale dans le capitalisme.

Toutefois, en y repensant bien, si la revendication de la diminution du temps de travail est constante et conséquente, elle doit in fine aboutir à remettre en cause le profit puisque la rémunération décente mais non faramineuse de tous et chacun (le propriétaire, les actionnaires, les personnes travailleuses, les personnes lésées par l'activité économique, l'ensemble de la population par un impôt progressif et par des taxes appropriées) nous dispense de la nécessité du profit.

Il faut convenir que ce n'est pas la seule mesure à entreprendre, mais elle est plus que jamais nécessaire et, sur ce point en tout cas, Paul Lafargue est de fort bon conseil tant il est vrai qu'on n'a jamais tant travaillé et tant produit. Les personnes qui n'ont pas accès au travail méritent qu'on leur redistribue la richesse en argent; les personnes qui ont accès au travail méritent qu'on leur redistribue la richesse en temps sans réduire leur revenu. La richesse est là, on n'a pas à la créer.

«Les socialistes révolutionnaires ont à recommencer le combat qu'ont combattu les philosophes et les pamphlétaires de la bourgeoisie ; ils ont à démolir, dans les têtes de la classe appelée à l'action, les préjugés semés par la classe régnante. » (Paul Lafargue, extrait du Droit à la paresse)




3 décembre 2012


Les chargéEs de cours, excellentEs enseignantEs


Avec les rencontres sur la qualité de l'enseignement en vue du Sommet sur l'enseignement supérieur, on nous ressort la rengaine de la qualité menacée par la présence importante des chargéEs de cours dans les universités.

D'abord un petit mot sur la qualité. Ce concept est complètement contaminé par les affairistes de toute sorte. Qui définit ce qu'est la qualité? La qualité pour qui et dans quel but? Ça me fait penser aux jugements qu'on porte sur les universités et dont l'UQAM sort toujours perdante pour les raisons mêmes qui sont sa force: une université située au centre-ville et ouverte à la mixité sociale.

Quand on calcule les ratios professeurEs étudiantEs, on oublie toujours de compter les chargéEs de cours. En fait, les universités préfèrent les cacher de leurs statistiques, comme on cache la bonne immigrée qui est pourtant responsable du succès de la cuisine.

Quand j'entends des déclarations chocs comme «certainEs étudiantEs auront fait tout leur bac sans rencontrer un seul professeur», je ne me peux m'empêcher de riposter que les étudiantEs en question en seraient les premiers surpris, car elles et ils vous jureront qu'elles et ils en ont eu une bonne trentaine. Pour l'immense majorité des étudiantEs, unE professeurE est une personne qui leur enseigne. Et elles et ils ont bien raison.

J'ai beaucoup d'amiEs chez les professeurEs. Je vais en insulter plusieurs ici, mais il faut bien dire qu'en 26 ans d'expérience comme enseignant à l'université avec des contrats à durée déterminée, les témoignages que j'ai recueillis de la plupart des étudiantEs qui connaissent la différence entre unE chargéE de cours et unE professeurE sont à l'effet que les chargéEs de cours sont meilleurs pédagogues, plus à l'avant-garde, alors que les professeurEs sont payés pour être à la fine pointe des connaissances, et plus disponibles alors même que les professeurEs disposent de bureau et ne sont pas obligés de travailler en trois ou quatre endroits différents pour arriver à un revenu suffisant.

Devrais-je verser dans l'excès inverse de celui que je dénonce en prétendant qu'il suffirait de supprimer les postes de professeurEs? Ce ne serait pas plus malin que les personnes qui associent chargéE de cours et risques pour la qualité.

C'est la qualité de vie des personnes chargées de cours qui est menacée par leur précarité. On ne peut être contre une augmentation du nombre de professeurEs puisqu'il devrait être normal d'avoir une stabilité d'emploi et d'avoir accès à une infrastructure qui permette la recherche.

Mais, de grâce, ne tirez pas sur les précaires, tirez sur la précarité!




25 novembre 2012


Bachand s'en va-t-en guerre, mironton, mironton, mirontaine!


Monsieur Raymond Bachand perdrait sans doute un concours de charisme contre un crapaud, mais il sera peut-être le chef du vénérable parti libéral du Québec, ce parti de lumière et de sagesse, qui nous a donné la perle démocratique qu'on appelle la loi 12.

Ne voilà-t-il pas que, se lançant dans la métaphore sportive, l'illustre ancien sinistre des finances déclare que ses propos récents et plutôt venimeux à l'égard de son rival, Philippe Couillard, sont comme une «mise en échec» au hockey. Le sport exigeant une certaine rudesse même si on ne veut pas «trop blesser» son collègue.

L'inénarrable Outremontrais est un puits de science intarissable et l'on n'a de cesse d'apprendre grâce à lui des paradoxes inouïs. C'est bien la première fois que l'on m'avise que, lorsque deux joueurs sont en compétition pour devenir capitaine de leur club, ils sont autorisés à faire des «mises en échec» à leurs propres coéquipiers.

J'en suis tout ébaubi! Cela ne promet-il pas des splendeurs incomparables s'il devient un jour premier sinistre du Québec?




19 novembre 2012


La guerre contre l'intelligence


On apprenait avec stupéfaction, il y a quelques jours, que l'ancien ministre de la Santé, Yves Bolduc, avait traité d'incompétent le nouveau ministre de la santé, Réjean Hébert, sous prétexte qu'il aurait été trop universitaire et qu'il prenait des notes lors des rencontres avec les acteurs du réseau de la santé, qui pis est, qu'il prenait des notes «comme un étudiant».

Survenant quelque temps après l'intervention du maire Tremblay de Saguenay qui estimait, lui, que Gérard Bouchard avait étudié trop longtemps, cette déclaration montre où logent certains de ceux qui ont la prétention de nous diriger. Ils veulent nous entraîner avec eux vers l'obscurantisme.

On doit donc comprendre que les Bolduc et compagnie n'aiment pas les universités. On voit bien pourquoi ils n'avaient rien à faire de consulter le milieu universitaire pour décider de son avenir.

Ensuite, monsieur Bolduc se vante de ne pas prendre de notes, ça fait trop étudiant. À qui feriez-vous confiance, au prétentieux qui ne prend pas de notes où à celui qui écoute studieusement?

Finalement, on entend dans son discours le mépris des étudiants, encore! «Prendre des notes comme un étudiant» serait une honte au lieu d'une gloire?

Non seulement de pareils abrutis sans aucune envergure sont dans la caverne dont parlait Platon, mais ayant découvert qu'ils y étaient, ils veulent y rester.




12 novembre 2012


Mesure humaine


Savons-nous comment mesurer? Utilisons-nous le bon instrument?

Quand on compare la popularité des films, on calcule en nombre de dollars qu'ils ont rapporté. Quelle gymnastique pour arriver à tenir compte des prix des billets selon les différents types de cinéma, selon les différents pays et selon les années!

Ne serait-il pas plus simple de compter le nombre d'entrées? Après tout, même si un certain nombre des spectatrices et spectateurs ont reçu un billet en promotion, même si un certain nombre n'ont pas aimé le film, il est certain que toutes ces personnes sont entrées dans la salle pour voir le film. N'est-ce pas là la vraie mesure de sa popularité?

Quelqu'un me rapportait récemment les milliers de dollars que représente toute la viande jetée chaque semaine dans un supermarché. Mais comment dois-je interpréter ces dollars? Le poulet, le lapin, le boeuf et le porc n'ont pas le même prix. Si je savais combien de kilos on jette, sachant que 100 grammes constituent une portion, que ce soit du poulet ou du boeuf, je saurais combien de portions on gaspille et combien de repas on aurait pu servir avec toute cette viande jetée.

Dans un but d'optimiser le travail, on veut en certains endroits minuter le temps de certaines relations humaines. D'après vous, quel est le médecin le plus performant? Celui qui traite 5 patients en une heure ou celui qui en traite 10?

Pour moi, c'est celui qui en traite 3, car plus on passe de temps avec une personne plus on a de chance de bien s'en occuper. Vous me direz: mais ça prendrait beaucoup trop de médecins et ça coûterait trop cher.

Ça, c'est une autre question qui concerne l'allocation des ressources, mais ce qu'il faut retenir de cet exemple, c'est que la vraie problématique n'est pas de se demander comment faire pour que le médecin passe moins de temps avec ses patients, mais bien comment faire pour qu'il réussisse à en passer plus.

Quand on sait quel est le vrai plus qu'on cherche, on regarde la situation selon une tout autre perspective et on se pose des questions très différentes.




5 novembre 2012


Questions de jugement


Des juges ont pris la décision de rayer d'un trait de plume l'acquis social du droit de grève pour les étudiantEs du Québec en parlant tout à coup de boycott plutôt que de grève. N'est-ce pas là une décision politique?

Certes, le Québec ne vit pas dans un régime de droit coutumier, mais dans un régime civiliste. Toutefois, dans le domaine social, les pratiques historiques ont leur poids.

Pour discréditer la grève étudiante, certains juges sont allés chercher son encadrement dans le droit du travail et ne l'y ont pas trouvé. Ils en ont conclu qu'il n'y avait pas de droit de grève pour les étudiantEs. N'est-ce pas une erreur de jugement que de confondre le marché du travail et le système d'éducation? N'est-ce pas une erreur de jugement de croire que la grève est un moyen de pression réservé à la négociation des conventions collectives?

Encore une fois, l'Histoire nous apprend que la grève a été utilisée par des groupes qui n'étaient pas nécessairement en lien d'emploi avec les autorités visées, qu'il s'agisse d'étudiantEs, de prisonniÈrEs, de femmes ou de membres de communautés locales.

Si les juges sont nommés par le parti politique au pouvoir, cela ne risque-t-il pas d'affecter l'apparence d'indépendance du judiciaire?

Si les juges sont nommés par le parti politique au pouvoir, cela ne risque-t-il pas de créer dans l'esprit des observateurs l'impression qu'il s'agit parfois de récompense politique?

Si les juges sont nommés par le parti politique au pouvoir, cela risque-t-il de déséquilibrer le rapport entre la tendance progressiste et la tendance conservatrice dans une population?

Si un juge prend une décision en disant qu'il s'agit de combattre l'anarchie, doit-on comprendre que les anarchistes n'ont pas droit à leur opinion dans la société? Doit-on comprendre que le juge en question confond anarchie et chaos?

Doit-on comprendre que la liberté d'expression ne permet pas de s'interroger sur nos institutions?




29 octobre 2012


Conditions de travail


Un jour, mon conjoint m'a demandé: «Francis, tu es un syndicaliste, n'est-ce pas?» Évidemment, ai-je répondu, intrigué avant de reprendre, mais pourquoi tu me demandes ça?

«Ton objectif, c'est d'améliorer les conditions de travail des travailleuses et des travailleurs, n'est-ce pas?», a-t-il repris. Mais tu sais bien que oui, ai-je répliqué.

«Alors, qu'en est-il des tiennes, de conditions de travail?», me fit-il. Eh bien, je ne pus répondre grand-chose. C'est vrai que la plupart des élus des grandes organisations syndicales ont des vies de fous et ne se ménagent nullement.

C'est une sacrée contradiction que nous avons à assumer, et ça mérite qu'on y réfléchisse.




22 octobre 2012


Le public au services des affairistes


J'apprends que le recteur de l'UQAM, Claude Corbo, donnera un déjeuner-causerie pour la Chambre de commerce du Montréal métropolitain le 31 octobre 2012. Parmi les arguments de vente de cette activité, on fait valoir aux entrepreneurs qu'ils peuvent prendre «toute la mesure des retombées positives des partenariats entre les universités et le secteur privé.»

De même, j'avais appris l'existence d'un Forum stratégique pour la santé, le 26 octobre, toujours organisé par la même chambre de commerce. On y parlera des «besoins et occasions liés aux établissements de santé». L'objectif est, entre autres, de faire «connaître toutes les occasions d'affaires du secteur».

La classe d'affaires considère le monde de la santé et de l'éducation comme un marché parmi les autres, une occasion de brasser du fric, et elle ne s'en cache même pas. Et, pourtant, s'il y a des secteurs où la notion de profit n'a aucun sens, où le seul intérêt devrait être celui de la population, ce sont bien ceux de l'éducation et de la santé.

Qu'on ne vienne pas me dire que les États font entrer le privé dans ces secteurs parce qu'ils sont plus efficaces. Ce n'est pas vrai. Le privé lui-même le dit. Les gens d'affaires y cherchent leur profit. On n'est alors pas étonné que des établissements de santé cherchent à imposer la méthode lean en leurs murs, cette méthode qui vise à faire disparaître les temps morts pour que la production soit plus efficace. Les universités et les hôpitaux sont vus comme des usines!

Et nous devrions trouver ça normal?

Madame Marois, nouvelle première ministre, s'adressera à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain le 9 novembre 2012. Doit-on comprendre qu'elle ne trouve rien à redire sur cette conception affairiste de nos services publics?





15 octobre 2012


Le printemps des carrés rouges: l'autre révolution culturelle


Je l'ai déjà écrit, le conflit étudiant a servi de révélateur. Il a permis de montrer où se plaçaient certainEs; il a révélé le fond idéologique de plusieurs.

Il a aussi été l'occasion d'amitiés rompues, de familles déchirées.

Loin de trouver cela regrettable, il faut au contraire s'en réjouir. Savoir dans quel camp logent ses proches est une nécessité dans la vie. Mettre fin à l'insignifiante culture du «on va pas parler de ça, sinon on va se chicaner» est tout à fait vital. Parlons-en justement, chicanons-nous ou pas, mais ayons l'intelligence de dire clairement si on est du côté de la justice sociale ou de celui des privilèges.

Nous n'avons pas fini de mettre au jour les conséquences bénéfiques de cette grève et du mouvement social qui en a émergé. Cela déplaira à beaucoup de monde, notamment à qui a fait de l'hypocrisie et de l'abus sa profession.

L'on découvre maintenant (en fait comme l'a si bien dit une correspondante Facebook, «avant on le savait, mais maintenant on le sait») qu'il existe une culture de l'impunité et de la couverture systématique des bavures dans la police. Ne serait-il pas temps d'y mettre fin? Plus que jamais une enquête publique et indépendante sur les agissements policiers est nécessaire.

Le terme «carré rouge» est resté marqué. Il me souvient une rencontre de bonnes gens bien intentionnés qui se sentaient mal à l'aise d'utiliser les outils fournis pour se livrer à une petite expérience, car il s'agissait d'un carton bleu et d'un carton rouge. Une personne ayant émis le commentaire gêné: «ben, ça fait carré rouge pas mal», je m'empressai de répliquer vivement: «Vive les carrés rouges!» pour éviter qu'il y ait approbation d'un tel dénigrement.

Le rapport à la société, à l'autorité, à la démocratie, au gouvernement, évolue. Les nouvelles générations semblent moins psychorigides que les précédentes. Le printemps 2012 est le fruit de ce qui a été semé en 2001 et en 2005. Ce que ce récent printemps a semé éclora sous une forme que nous ne savons prévoir, mais il est à espérer qu'il nous éloignera de l'immonde «révolution culturelle» proposée par l'ex-ministre Bachand, qui n'était autre que la soumission la plus indigne aux diktats du capitalisme néolibéral. Gageons qu'il s'agisse d'une progression vers plus de parole et d'actions pour le peuple, vers plus de justice.

On n'y est pas encore, on n'y sera jamais à 100%; la démocratie n'est pas une destination, c'est un trajet, mais il vaut la peine de s'y engager.




8 octobre 2012


Revenu Québec: les contribuables aiment les responsables

Lettre ouverte au Ministre des Finances et de l'Économie, M. Nicolas Marceau


Monsieur le Ministre,

C'est une histoire banale. Un jour de juillet, on reçoit une enveloppe qui ne contient rien d'autre que ses feuillets de renseignements déjà fournis le 30 avril au ministère du Revenu ainsi qu'une photocopie de déclaration de revenus avec seulement quelques renseignements, inexacts par ailleurs, tapés à la machine.

On s'étonne. On appelle pour savoir ce qui se passe. Comme réponse, on obtient des énoncés vagues qui tous concordent sur un point: on n'a pas vos renseignements.

On se désole, mais on fait contre mauvaise fortune bon cœur et, le 1er août, on va, en personne cette fois, porter à nouveau aux bureaux de l'impôt tous les feuillets de renseignements ainsi qu'une nouvelle déclaration de revenus, consciencieusement recopiée du brouillon réalisé le 29 avril, et dont on joint même une photocopie.

Puis on reçoit une lettre disant qu'on n'a pas reçu la déclaration en question. Quand on appelle pour vérifier, on nous apprend que rien n'a été reçu le 1er août, même si on a une photocopie de la première page de la déclaration de revenus dûment marquée d'un timbre indiquant que les documents ont bien été reçus à la date en question.

Puis on reçoit un avis de cotisation fantaisiste, dont les données ne sont pas valides, parce que les renseignements transmis n'ont pas été utilisés.

On n'a pas tellement envie de faire parvenir une quatrième fois une copie d'une déclaration de revenus. On aimerait bien rencontrer quelqu'un qui a un poste d'autorité pour régulariser la situation, mais il n'est pas possible d'obtenir de rendez-vous avec une direction quelconque.

Revenu Québec parle de clientèle sur son site. On aimerait bien être traité en contribuable, pas en client. Même les clients, pourtant, réussissent à avoir un rendez-vous avec la directrice de leur succursale bancaire, mais les contribuables, ou plutôt les clients de Revenu Québec, n'ont pas ce privilège semble-t-il.

L'erreur est humaine. On ne cherche pas des fautifs ou des sanctions. On cherche juste à savoir s'il y a quelqu'un de responsable qui peut régler les imbroglios de façon humaine.

Plusieurs contribuables se reconnaîtront dans ces désagréments. Cette lettre concerne Revenu Québec, mais vous pouvez être certain que quantité d'autres «services» gouvernementaux souffrent de ce manque de rapports humains et de réponses personnalisées.

Est-ce donc si difficile de considérer les contribuables? Un client, ça rapporte; un contribuable, ça discute. Aura-t-on la chance de discuter?

Recevez, Monsieur le Ministre, mes salutations distinguées.

Francis Lagacé




1er octobre 2012


La force de la propagande



C'était un camarade de classe au secondaire. On est resté amis. On se voit une fois par année pour discuter et faire le point sur nos vies respectives.

Il a fait des études universitaires deux fois plutôt qu'une, il occupe une position assez importante et, j'imagine, bien rémunérée.

Ce n'est pas un réactionnaire, il est généralement bien informé et il réfléchit habituellement de manière très rationnelle et posée.

Mais pourquoi est-il convaincu que ce sont les étudiants qui ont provoqué de la violence dans les manifestations que nous avons connues le printemps dernier?

Au fil de la conversation, je lui explique tout ce que j'ai vu et à quel point la répression a été féroce et sans mesure.

Il finit par déclarer: «Il y a eu de la provocation des deux côtés.» Et surtout, il prétend que ce qu'il a vu à la télé est fidèle à la réalité, car moi qui étais dans les manifs, je ne pouvais avoir une vue d'ensemble. Je crois rêver.

J'ai beau expliquer, démontrer, opposer les reportages complets de CUTV aux clips en boucle des grands médias, décrire les tactiques peu subtiles des policiers qui sont très durs lorsque les manifestants sont peu nombreux et beaucoup plus polis lorsqu'il y a une très grande foule. Tout semble glisser comme sur du teflon.

Et à la fin de notre rencontre, il répète: «Les mouvements sociaux, c'est bien, mais c'est malheureux que ça conduise à la violence.»

Le dicton à raison: à force de répéter un mensonge, cela devient vrai pour celui à qui on le répète. Cela devient même indélogeable. Et si des personnes instruites et habituellement rationnelles comme mon ami en sont victimes, imaginez la tâche colossale que nous avons de détricoter cette propagande. Il nous faudra de la patience, et beaucoup d'outils de communication favorisant le regard critique.




24 septembre 2012


Le refus de la proportionnelle: la démocratie victime du pouvoir



À la suite du résultat serré des dernières élections législatives du Québec, j'ai entendu nombre de camarades qui se disent de gauche déclarer que la situation aurait été pire qu'elle n'est actuellement si nous avions un scrutin avec une composante proportionnelle, car c'est la droite, avec une coalition CAQ et PLQ, qui gouvernerait.

Cette remarque est fausse pour au moins trois raisons:

1. Parce que les électrices et électeurs ne votent pas de la même façon dans un sytème à composant proportionnelle puisqu'ils savent alors que leur vote n'est pas perdu et parce qu'ils ont deux votes, l'un pour la candidate ou le candidat de circonscription, l'autre pour le parti et la liste qu'ils préfèrent au niveau national;

2. Parce qu'il est toujours possible de prévoir que le chef de l'État (en l'état actuel, le Lieutenant-Gouverneur) appelle le parti qui a obtenu le plus de votes (dans le cas qui nous occupe, le Parti Québécois) à tenter de former un gouvernement, ce que le Parti Québécois aurait pu faire en allant chercher un ou deux ministres dans les partis d'opposition;

3. Aussi parce que la CAQ et le PLQ auraient pu prétendre à former une coalition gouvernementale seulement s'ils s'étaient coalisés avant le jour du scrutin. Or, la CAQ n'a cessé de traiter les membres du gouvernement du PLQ de corrompus. On peut difficilement prétendre qu'ils étaient coalisés.

Cette remarque est aussi, et c'est le plus gênant, totalement antidémocratique.

En effet, admettons pour fins d'hypothèse, en ne tenant pas compte des trois objections précédentes, que le pire se réalise et que la droite obtienne tout de même 60 % des voix, que les deux partis de droite se soient coalisés avant la date du scrutin et qu'ils forment le gouvernement. Eh bien, c'est le résultat du scrutin et c'est la volonté populaire.

Dire que c'est préférable de gouverner avec la minorité que de respecter le résultat des élections, c'est préférer le pouvoir à la démocratie. C'est préférer l'emporter à la loterie du scrutin territorial uninominal à un tour plutôt que de travailler à convaincre les électrices et électeurs de voter pour le bien commun. Et, à mon avis, il n'y a pas de quoi être fier.




17 septembre 2012


Considérations démocratiques


Les patrons et le grand capital nous considèrent comme des ressources humaines. Nous sommes donc sur le même pied que les ressources financières ou la machinerie. Nous sommes des instruments malléables susceptibles de gestion sans aucun état d'âme.

Certains politiques préfèrent gouverner majoritairement avec la minorité des voix plutôt que de convaincre la population de voter pour des programmes favorisant le bien commun, travail qu'ils devraient faire si nous disposions d'un scrutin proportionnel.

Certains politiques croient que la démocratie consiste à voter tous les quatre ans et que, le reste du temps, la population n'a qu'à prendre son mal en patience.

Certains politiques confondent représentation et direction. On serait élu pour dire aux autres quoi faire plutôt que pour les écouter.

Certains politiques croient que le mécontentement qui s'exprime dans la rue n'est pas légitime. Ce sont pourtant les mêmes qui croient qu'il ne faut pas contrarier la police quand elle défile dans les rues.

Le langage gestionnaire est en train de pervertir toutes les notions qui nous servent de repères, de sorte que nous glissons dans les ornières des manageurs. Ainsi l'administration, la gestion, le gouvernement, la conduite se fondent dans une «gouvernance» dont on nous impose les paramètres.

Ainsi même les élus syndicaux qui forment les comités exécutifs, bien nommés, car ils sont des exécutants liés à des mandats, sont subrepticement transformés en dirigeants syndicaux.

Ainsi la «saine gestion» fait consensus, alors même que personne ne nous a demandé notre avis sur ce que doit être la saine gestion.

CertainEs s'imaginent qu'après une élection, tout doit rentrer dans l'ordre, mais l'ordre de qui? Un gouvernement doit-il recevoir un chèque en blanc? N'a-t-il plus besoin de consulter? Les groupes sociaux devraient-ils se dissoudre?

Les APAQ, Assemblées populaires autonomes de quartier, semblent une forme de réponse à ces questions. Cela dit, toutes les formes d'organisation existantes, mouvements sociaux, partis politiques, syndicats, peuvent être revitalisées si elles sont investies par cette volonté démocratique.

Ce qui a fleuri au printemps fanera-t-il cet automne?




10 septembre 2012


Aînés et manifestations

Lettre ouverte à monsieur Jean-Claude Grondin, président du Réseau FADOQ


Vous avez publié un éditorial dans le numéro d'automne 2012 du magazine Virage de la FADOQ dans lequel vous mentionnez à juste titre que les élans de solidarité de la mobilisation étudiante «ont fait bouger les choses et remis bien des principes en question.»

Ce qui vient un peu gâcher la sauce, c'est lorsque dans le dernier paragraphe vous parlez d'augmenter le pouvoir d'influence du Réseau «sans manifestations ni violence».

En effet, quelles qu'aient été vos intentions en écrivant cela, il reste que la conjonction de ces deux mots crée un lien entre eux chez le lecteur, comme nous l'enseignent les notions théoriques de la linguistique, de la pragmatique, des communications et de la psychologie.

Tout récepteur de message tend à forger un lien entre deux éléments qui sont coordonnés. Ainsi le lecteur pourra inférer certaines des interprétations suivantes:

--les manifestations sont violentes;
--les manifestations conduisent à la violence;
--les personnes qui organisent des manifestations sont violentes;
--manifester est une forme de violence;
--il y a des violences à l'occasion des manifestations.

Ce n'est peut-être pas ce que vous vouliez dire, mais toutes ces représentations peuvent se former dans l'esprit de la lectrice ou du lecteur.

Et, pourtant, on sait à quel point les manifestations étudiantes ont été exemplaires en terme de non-violence. On sait à quel point les carrés rouges sont contre la violence. Ne sont-ce pas eux qui ont organisé une vigile à la suite du tragique décès d'un technicien lors de la soirée électorale du Parti Québécois au Métropolis?

Toutes les personnes qui ont assisté aux nombreuses manifestations qui ont marqué Montréal depuis le mois de février sont à même de constater que la violence a été le fait beaucoup plus de la police que de qui que ce soit d'autre.

Saviez-vous qu'il y a eu 135 manifestations nocturnes consécutives, dont la dernière s'est tenue le 5 septembre, et que la violence policière y a été importante, mais pas celle des manifestantes et manifestants?

Et, pendant que nous y sommes, pourquoi les aînés ne manifesteraient-ils pas? Qu'y a-t-il de mal à cela? Nous avons été nombreux à être des têtes blanches aux carrés rouges. Nous pouvons aussi manifester pour nos propres causes.

La manifestation est aussi une action pacifique et il ne faut pas la discréditer. Vous allez me répondre que ce n'est pas ce que vous vouliez faire, mais les mots sont là ainsi que le pouvoir évocateur de leur association.

Francis Lagacé, membre de la FADOQ

Cette lettre ouverte est distribuée dans ma liste de diffusion, affichée sur mon site web et diffusée sur Facebook et dans Twitter.





3 septembre 2012


Choix électoral



CAQ = couché

PLQ = à genoux

PQ = penché

QS = debout




27 août 2012


Ces politiciens qui veulent nous asservir



Se comporter de manière politicienne, c'est préférer les intrigues et son intérêt personnel plutôt que le bien du peuple que l'on est censé représenter.

Il est remarquable que dans l'actuelle campagne électorale certains prétendants au titre de premier ministre ne se gênent même pas pour s'afficher dans la catégorie de la politique politicienne.

En effet, que dit François Legault quand il dénonce les jeunes qui aiment «la belle vie»? Il nous promet que, s'il est élu, il nous fera souffrir et nous asservira à ses fins et à celles des oligarques qui le financent.

Le rôle d'un politique n'est-il pas d'assurer le bonheur de sa population? Toute l'idée du progrès n'est-elle pas de libérer l'humanité des maux qui l'affligent? Eh bien, non, Legault et sa clique nous promettent de nous rendre le plus malheureux possible, de nous faire suer sang et eau pour enrichir les membres du 1 %. Et il y a du monde qui va voter pour ça!

Autre exemple, c'est celui de l'ignoble Jean Charest qui ne cesse de répéter: «On n'était tout de même pas pour céder à la rue!» Non, mais quand même, un gouvernement qui écoute le peuple, ça n'a pas de bon sens!

En voilà un autre qui nous promet que, si on l'élit, il ne nous écoutera jamais et n'en fera qu'à sa tête. Et il y a des gens assez peu éveillés qui voteront pour ça!

Sommes-nous rendus si bas que nous acceptions de voter pour des gens qui nous promettent ouvertement de nous bafouer?



20 août 2012


Le Québec en marche


Vendredi soir, 17 août 2012, je sortais vers 21h30 du pavillon De Sève de l'UQAM où j'avais assisté à une plénière de l'Université populaire d'été des Nouveaux Cahiers du socialisme. Je discutais avec Alain Dugay du Syndicat des travailleuses et travailleurs des postes.

Nous entendîmes le bruit des casseroles et les slogans de la cent-seizième manifestation nocturne contre la hausse des droits de scolarité. Le groupe n'était pas très nombreux, mais dynamique et tout à fait pacifique. De nombreux policiers à bicyclette ont encerclé les manifestants, un groupe de l'escouade tactique au moins aussi nombreux que les manifestants les suivait et les a projetés brutalement sur le trottoir. Le caractère sauvage et profondément brutal de cette opération nous a sidérés.

Bien sûr aucun média traditionnel n'en a parlé ni n'en parlera. Cette violence policière se répète maintenant tous les soirs, mais puisqu'elle n'est pas rapportée par les canards, c'est comme si elle n'existait pas. La plupart des médias ne savent même pas qu'il y a une manifestation tous les soirs, parce que n'étant pas toujours très populeuse, elle n'est pas digne de leur intérêt. Si Gilbert Rozon manifestait, même tout seul, pour recevoir des fonds publics, vous pouvez être certains que des dizaines de caméras et de micros seraient pendus à ses lèvres gercées.

Hier, c'était le défilé de la Fierté gaie. Sait-on ce que signifie ce défilé? Sait-on ce qu'il commémore? Il commémore les émeutes du Stonewall Inn en juin 1969, trois jours pendant lesquels les policiers ont dû se réfugier à l'intérieur du bar parce que les drag queens en avaient marre de se faire agresser et arrêter inutilement. Les policiers se sont fait lancer des bouteilles, des cailloux, des chaussures et tout ce que vous voulez. Évidemment, les renforts sont venus et les clients du bar ainsi que les drags ont été arrêtés. Mais, l'année suivante, il y a eu une marche commémorative pour dire que les gais et lesbiennes n'ont pas honte, d'où la Fierté, et qu'ils et elles revendiquaient leurs droits. C'est cela que nous commémorons par le défilé de la Fierté, c'est-à-dire la désobéissance civile, même pas pacifique, grâce à laquelle nos droits ont pu évoluer, sans laquelle je ne serais jamais marié, sans laquelle le magnifique défilé festif de Montréal n'existerait même pas.

Et je pense aussi aux suffragettes, qui ont permis aux femmes de la planète d'avoir enfin l'égalité devant les urnes et qui ont dû utiliser leurs aiguilles à chapeau, qui ont dû fracasser certaines vitrines et déranger les belles réunions de ces messieurs.

Alors, quand on me dit qu'il ne faut pas être violents, je me demande pourquoi ne pas être violents signifie que les flics peuvent brutaliser les gens qui ont le droit de s'exprimer et je me rappelle que certainEs ont été obligéEs d'être légèrement violentEs pour faire avancer nos droits et qu'aujourd'hui ces personnes sont des héros, mais pas les flics qui les tabassaient.

Je me dis aussi que les tyrans qui commanditent les violences policières sont aujourd'hui au pouvoir, mais qu'ils iront bientôt dans les poubelles de l'Histoire.

Le Québec est en marche et plein de gens se sont éveillés. Des assemblées de quartier se tiennent un peu partout, les citoyenNEs ont compris que la démocratie, ce n'est pas élire un dictateur pour quatre ans. On y mettra du temps, mais les choses vont changer dans notre pays.

Et les vrais démocrates savent que les gens qui manifestent dans la rue ne sont pas la source du chaos. UnE vraiE démocrate ne dit pas qu'il faut faire taire la rue, elle ou il dit qu'il faut écouter et réfléchir avant d'agir. Les tyrans, eux, agitent leurs matraques et revendiquent le monopole de la violence.





6 août 2012


Détournement de la démocratie


Dans le duo philosophique de l'émission de radio Dessine-moi un dimanche de Radio-Canada le dimanche matin 5 août 2012, peu avant 10 h, Xavier Brouillette a signalé un problème extrêmement important du fonctionnement de la démocratie représentative actuelle. Ce problème, c'est le renversement du rôle des représentants élus qui se croient autorisés à nous donner des ordres.

En effet, alors que les personnes élues sont censées représenter les électeurs (et d'ailleurs tous les électeurs, pas juste les personnes qui leur ont accordé leur vote, contrairement à ce que racontent les Libéraux), et donc être à leur écoute et à leurs ordres pendant le durée de leur mandat, elles nous disent plutôt: «Vous nous avez élus, maintenant taisez-vous et obéissez pendant quatre ans. La démocratie reviendra dans quatre ans, et vous pourrez élire de nouveaux représentants à ce moment-là.»

Cette conception est un véritable détournement de démocratie qui transforme le représentant en dirigeant. C'est une façon de légitimer la dictature, une dictature que l'on élit pour quatre ans. Et c'est très clairement la façon de voir du Parti libéral.

Un candidat à une élection n'a pas à essayer de nous séduire pour dire qu'il est le meilleur afin qu'on l'élise et qu'il nous dirige par la suite. Il doit montrer que les orientations de son programme sont les plus bénéfiques pour la population et qu'il sera à l'écoute de cette dernière pendant toute la durée de son mandat.

Outre le fait incroyable que le nombre de sièges à l'Assemblée nationale ne représente absolument pas la volonté générale de la population, à cause des distorsions importantes que génère le scrutin majoritaire uninominal à un tour, les élus s'imaginent qu'ils sont là pour imposer des décisions parce que c'est leur rôle de diriger.

On a entendu le chef du Parti libéral à cet égard: «On ne se laissera pas intimider.» La pression populaire pour un dictateur, ça s'appelle de l'intimidation. Pour un vrai démocrate, ça s'appelle une voix qu'il faut écouter.

Un candidat doit être élu pour obéir à la population pendant quatre ans, et s'il n'aime pas ça, qu'il démissionne ou qu'il ne se représente pas aux prochaines élections.

Je ne suis pas partisan de la seule démocratie directe, je crois qu'il faut un équilibre entre démocratie représentative et démocratie directe. Mais, il est certain que les jeunes qui pratiquent uniquement la démocratie directe sont vraiment démocrates parce qu'ils sont à l'écoute de leurs assemblées et ne leur donnent pas d'ordre. À l'inverse les candidats qui limitent la démocratie à un vote une fois aux quatre ans pour nous dire que, le reste du temps, il faut s'écraser, sont des dictateurs déguisés.

Un parti vraiment démocrate proposerait qu'une fois ses représentants élus, il y ait de nombreuses consultations dont on prend en compte les résultats, qu'il y ait participation des groupes concernés à l'élaboration des politiques et qu'il y ait de nombreux lieux où la démocratie directe puisse s'exercer.

Dans les partis en lice pour ces élections, lequel est le plus près de cette conception? Lequel est le plus susceptible d'écouter sa base et la population? Lequel croit qu'on n'est pas élu pour donner des ordres et se faire appuyer par la matraque? Lequel accorde plus d'importance à la population qu'au chef?





30 juillet 2012


L'énigme Option nationale


Option nationale a été créée par Jean-Martin Aussant à la suite de sa défection du Parti québécois. Insatisfait du leadership de Pauline Marois, ce député estime que le Parti québécois ne parle pas assez d'indépendance.

Une première plate-forme a été rédigée par un groupe de personnes en 2011, puis adoptée par un congrès le 25 février 2012.

Quand on consulte le programme, on constate qu'il est assez à gauche et ressemble à celui de Québec Solidaire: gratuité scolaire, élections proportionnelles, programme de santé universel, Pharma-Québec, etc.

Était-il nécessaire de créer une autre formation politique si un parti offrait déjà un programme correspondant à ses principes?

Quand on consulte les statuts du parti, on constate à l'article 1.2 que le but d'Option nationale est de réaliser l'indépendance du Québec. C'est donc la raison d'être principale de ce parti essentiellement nationaliste au-delà de l'axe droite-gauche.

Le chef du parti parle d'ailleurs de «Canadiens-français» ainsi que de «communautés culturelles autres que la majorité francophone indigène» dans une entrevue publiée sur le blogue de Mathieu Bock-Côté le 13 juillet 2012.

Si on continue à lire les statuts, on constate à l'article 10 le rôle prépondérant du chef. La chefferie «contribue activement à la détermination [des] grandes orientations». C'est le chef qui décide de la convocation du congrès et des autres instances que sont la conférence nationale, le conseil national et le bureau national.

On constate donc que, ayant déterminé son programme d'en haut pour le faire approuver en congrès, ayant des statuts qui donnent un pouvoir très important au chef, Option nationale est un parti de type top-down par contraste avec Québec solidaire, qui a construit patiemment son programme selon le mode bottom-up.

Reléguer le débat gauche-droite au second plan ne risque-t-il pas de favoriser la droite? Peut-on raisonnablement penser qu'ayant fait l'indépendance avec la droite, elle nous laissera gouverner à gauche après? Qu'en sera-t-il des institutions qui seront alors créées dans un tel pays?

Dans les réseaux sociaux, on voit plusieurs jeunes se prononcer pour Option nationale. Sont-ce là les jeunes qui défilent dans les rues pour réclamer une démocratie plus participative? À la lecture de ce qui précède, ce serait étonnant et énigmatique.

Mais l'instantanéité du programme déjà tout prêt peut séduire. La relative simplicité des priorités aussi: on fait l'indépendance d'abord, on s'occupera du reste ensuite.

S'il est possible et souhaitable de dialoguer entre solidaires et optionnistes, il reste à reconnaître que le mode de fonctionnement des deux partis (top-down pour ON; bottom-up pour QS) et l'ordre des priorités (l'indépendance pour ON; la justice sociale pour QS) permettent de faire des choix éclairés.




23 juillet 2012


Ces entreprises qui gèrent notre vie commerciale


De la même façon qu'il existe des agences de cotation, sortes de firmes privées autoproclamées juges de la qualité du crédit des pays, il existe des entreprises privées à qui nous ne devons rien, qui ne nous connaissent ni d'Ève ni d'Adam, qui se donnent le droit de collecter de l'information sur nous, et de renseigner les banques et autres institutions financières sur la qualité de notre crédit.

Des entreprises qui sont des «références», mais au nom de qui, au nom de quoi? Même certains policiers recommandent à des personnes qui reçoivent des cartes de crédit non sollicitées de vérifier auprès de ce genre d'entreprises s'il y a des soldes à leur nom.

Mais appeler ce genre de compagnie pour leur donner toutes nos informations n'est-il pas le meilleur moyen de centraliser des données sur notre compte pour que n'importe qui puisse s'abreuver à cette source?

D'ailleurs, qu'est-ce qui me garantit que cette sorte d'entreprises a de bonnes informations? On me répondra que je peux les appeler pour vérifier. C'est ça, pour qu'elles remplissent leur banque de données avec mes coordonnées que je leur livrerais volontairement.

Mais si comme citoyens nous décidons justement de ne pas donner de renseignement à des entreprises qui n'ont aucun droit de collecter de l'information sans notre approbation? Nous n'avons pas envie de vérifier si leurs renseignements sont justes, nous ne voulons pas qu'elles en aient. Il y a déjà bien assez des banques et des autres institutions financières.

Pourquoi donc les États et les citoyens devraient-ils être soumis à des entreprises privées? On ne sait pas pourquoi, mais on sait que c'est le cas.

Et pour ces entreprises, il n'y a pas de vie hors la vie commerciale.




25 juin 2012


Les mensonges de Jean Charest


Le 7 juin 2012, le chef du Parti libéral du Québec, Jean Charest, s'est fendu d'une lettre de désinformation particulièrement mensongère dans le Monde.

Allons donc aux faits et démontons un à un ces mensonges grossiers. Le titre d'abord: «Une minorité boycotte les cours». Nous avons déjà démontré qu'appeler boycott une grève sous prétexte qu'elle n'est pas prévue au code du travail, c'est tout simplement considérer l'éducation comme un bien commercial et c'est faire fi du bon sens. On relira à ce sujet le billet intitulé Leçon de linguistique: une grève est une grève est une grève.

Ensuite, mentir par restriction mentale en insistant sur le fait qu'une minorité fait grève cache la vérité sur un autre fait, celui que la majorité des étudiantEs sont contre la hausse des droits de scolarité. On peut estimer cette proportion à 70% selon les votes pris dans les différentes associations étudidantes.

C'est aussi cacher un troisième fait, celui que la majorité de toutes les associations étudiantes ont fait grève le 22 mars 2012 et que, malgré cette formidable démonstration, la ministre d'alors, Line Beauchamp a déclaré que la décision était prise et que rien ne la ferait changer d'avis.

Quand le chef du Parti libéral parle d'étudiantes et d'étudiants qui emploient l'intimidation (les piquets de grève serrés) pour empêcher des étudiantEs d'aller à leurs cours, il oublie de mentionner que ces associations étudiantes ont pris un vote de grève majoritaire en assemblée générale et qu'il est normal de le faire respecter par tous les membres.

Il oublie aussi de mentionner que bon nombre d'étudiantEs et d'enseignantEs ont été intimidéEs par des injonctions qui obligent à donner des cours comme si la relation pédagogique était assujettissable à l'ordonnance de respecter un contrat de prestation de services semblable à ce qui se passe dans le commerce.

Le chef du parti libéral parle ensuite de «sous-financement» des universités. Cet argument a été démoli dès septembre 2011 par l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS). Éric Martin, l'un des chercheurs, l'explique dans une vidéo intitulée Mythe #1-Les universités sont sous-financées.

Et le chef du Parti libéral conclut qu'à cet égard, «tout le monde doit faire sa juste part : l'Etat, les institutions d'enseignement, le secteur privé et les étudiants.» Or, prétendre que les étudiantEs doivent faire leur juste part, c'est avoir décidé en lieu et place de la population que l'enseignement universitaire est un bien public-privé livré de façon individuelle pour lequel un utilisateur doit payer. Cette logique de l'utilisateur-payeur n'a jamais fait l'objet de débat social et n'a jamais été adoptée par l'ensemble de la population au sens où les arguments pour et contre n'ont jamais été discutés.

Pourtant, dans un état social, faire sa juste part signifie tout simplement payer ses impôts lorsqu'on gagne tel revenu. D'autres (les associations étudiantes, Québec Solidaire, l'IRIS entre autres) ont montré que s'il y avait des groupes qui ne faisaient pas leur juste part, ce sont bien les grands financiers, les bénéficiaires de paradis fiscaux, les minières et autres grandes entreprises. Prétendre que cette hausse des droits de scolarité constitue une façon de faire payer à chacun sa juste part est donc au mieux une fausseté, au pire un mensonge éhonté.

Au paragraphe suivant, le chef du Parti libéral parle de «dizaines d'années de débats». Il n'y a pas eu de dizaines d'années de débats, mais des dizaines d'années de consensus sur le fait que les droits de scolarité doivent être faibles.

Dans le même paragraphe, le rédacteur de la lettre parle d'une consultation menée en décembre 2010 sur cette question. Or, la pseudo-consultation du 6 décembre 2010 posait entre autres les deux questions suivantes : «Comment pouvons-nous diversifier et consolider les sources de financement des universités, sans hausser les impôts? Quels principes devraient guider la hausse des droits de scolarité?» [ Document d'appui à la réflexion présenté par le gouvernement du Québec pour la rencontre du 6 décembre 2010, page 20].

Autrement dit, la supposée consultation consistait à affirmer qu'on n'augmenterait pas les impôts et qu'on voulait savoir comment augmenter les droits de scolarité. Il n'y a donc jamais eu de débats pour savoir si on devait les augmenter. C'est donc un mensonge de plus.

La suite du paragraphe est assez effrontée: «Des consensus en sont ressortis.» Les partenaires de l'éducation ont quitté cette rencontre parce qu'il n'y avait aucun espace pour discuter. À moins de délirer, on se demande comment une personne peut appeler consensus le désaccord profond avec le gouvernement et les recteurs manifesté par tous les syndicats d'enseignantEs et toutes les associations étudiantes.

Le paragraphe suivant affirme sans aucune preuve que la position du gouvernement est «juste et équitable.» Les critiques qui précèdent nous permettent d'en douter.

La deuxième phrase de ce même paragraphe annonce le respect de «la capacité de payer des contribuables». Qu'il soit permis encore une fois d'en douter quand on sait que les paliers d'impôts favorisent les plus riches et que les impôts sur les profits des entreprises ont diminué de moitié dans les 20 dernières années, et cela sans parler de l'évitement dans les paradis fiscaux.

Ce même paragraphe se termine sur le voeu pieux que les droits de scolarité ne doivent pas être un frein à l'accessibilité aux études supérieures. C'est faire bon marché de l'impact social et psychologique de droits de scolarité élevés qui réduisent les aspirations des populations peu habituées à cet accès, notamment les familles à revenus modestes et celles habitant des régions très peu urbanisées. On rappellera que «les contraintes financières pèsent à plusieurs niveaux sur les familles à plus faible revenu et que, si les frais de scolarité ne sont pas la plus majeure de ces contraintes, ils viennent néanmoins s’insérer dans une longue suite de dissuasifs à la poursuite d’études postsecondaires pour les moins fortunés.» [Argumentaire du site Bloquons la hausse, page 14]

S'il est vrai que les droits de scolarité du Québec sont les plus bas des provinces canadiennes et sont plus bas qu'aux États-Unis, on se demande bien en quoi cela constitue un argument pour les rehausser quand on sait qu'ils sont nuls en Norvège, en Suède, au Danemark, en Finlande... Pourquoi se comparer à pire? Pourquoi pas se comparer à mieux? Le système de santé des États-Unis soigne très mal les pauvres, devrions-nous nous en inspirer?

La fin du paragraphe sur la hauteur des droits de scolarité est savoureuse d'imbécillité. Elle ne représente que 39 centimes d'euro par jour. N'importe quelle somme par jour n'a aucun sens si on ne se demande pas par rapport à quoi et pour quoi. Si cette hausse n'est pas utile ni nécessaire, qu'elle soit de 1 centime par jour ne la rendrait pas plus souhaitable.

Le chef des Libéraux du Québec parle ensuite de la bonification du programme de prêts et bourses décidée en mars dernier. Il est faux de prétendre que cette modification contrebalance la hausse des droits, car il s'agit d'une mesure particulière qui va s'adresser à des cas particuliers et donc qui ne s'intéresse pas à l'accessibilité de l'ensemble. Rappelons ce qui a été dit plus haut à propos de la réduction des aspirations. Rappelons aussi qu'une mesure individuelle ne corrige pas les effets systémiques.

Le plus horrible et le plus monstrueux des mensonges apparait toutefois dans le paragraphe suivant lorsque le chef libéral parle de l'infâme loi spéciale comme garantissant l'accès à l'éducation et protégeant le droit de manifester. Garantir l'accès à des salles de classe ne constitue en rien une garantie d'éducation. Instrumentaliser les enseignantEs contre la volonté des associations étudiantEs est une violation du droit de conscience. On rappellera la dénonciation vigoureuse qu'en ont faite près de 1200 artistes, intellectuelLEs et syndicalistes dans Contre l'infâme loi spéciale.

L'affirmation du paragraphe suivant concernant l'indépendance du système judiciaire est aussi fort inexacte. En effet, au Québec, les juges sont nommés par le parti au pouvoir. Le caractère impartial de ces nominations a tout lieu d'être remis en question.

Le dernier paragraphe assène une pétition de principe selon laquelle «le Québec est un état de droit». Pourtant l'ONU et Amnistie internationale s'inquiètent avec raison des atteintes portées par la loi spéciale aux droits et libertés garantis par les chartes québécoise et canadienne. Et il convient de se demander avec Christian Nadeau, comme il le fait dans l'article paru chez Alternatives si le Québec n'est pas plus un État de droite qu'un État de droit.

La remarque finale de cette lettre digne d'un petit potentat «C'est le Québec que je connais et celui que vous appréciez», nous retourne à la culpabilité judéo-chrétienne qui a longtemps caractérisé les Canadiens français chez qui le mal suprême était de causer la dispute. La phrase signifie en clair, on aime les Québécois mous et sans chamaille. C'est pourtant ce qui a marqué l'entrée des Québécois dans l'ère moderne, quand ils ont quitté l'appellation de Canadiens français, cette capacité à enfin affirmer les désaccords. Le Québec que Jean Charest aime est un Québec révolu qui a souffert sous le régime du gouvernement Duplessis, un gouvernement qui instrumentalisait l'Église et qui était férocement anti-social et anti-syndical. Le plaidoyer qu'il nous sert pour ce recul de 60 ans n'est en tout cas pas très convaincant.

Mais ce n'est pas tout: le patron des Libéraux en remet dans une vidéo parue sur YouTube. Il commence par y affirmer qu'être premier ministre n'est pas un concours de popularité, alors que lui et son équipe ne se basent que sur les sondages pour estimer s'ils ont la popularité nécessaire pour déclencher des élections.

Il déclare ensuite qu'il travaille dans l'intérêt de tous les Québécois, ce qui est assez étonnant quand on sait qu'il n'en a que pour les entrepreneurs du Plan Nord (cette vaste entreprise de braderie de nos ressources naturelles nordiques), qu'il rencontre volontiers les financiers et les investisseurs, mais qu'il ferme la porte au nez des associations étudiantes, tout en déclarant il est vrai qu'il est prêt à les rencontrer n'importe quand si elles sont d'accord pour dire comme lui.

Puis, il annonce qu'il est capable de prendre des décisions qui sont responsables. Refuser de régler un conflit alors qu'il dispose de tous les outils pour décréter un moratoire et appeler les États généraux de l'Université que le milieu réclame depuis des années, cela s'appelle pourtant une grande irresponsabilité. À moins qu'il n'ait voulu dire «coupables», car la loi spéciale est coupable de graves atteintes aux droits et libertés, car l'attitude intransigeante du gouvernement depuis le début du conflit étudiant est cause de profondes divisions au sein de la population.

Il continue en parlant de résister aux pressions: les pressions populaires oui, les pressions financières, jamais. Et il ajoute qu'il s'agit de bonnes décisions pour tout le monde, surtout pour les prochaines générations. On se demande où il va chercher que d'endetter les étudiants est meilleur pour l'avenir.

Il est remarquable que ce message a été parodié de mille et une façons et que chacune des parodies a été visionnées plus souvent que l'original. Ce n'est pas un hasard, ce chef libéral n'est lui-même qu'une parodie de premier ministre.




1er juin 2012


Contre l'infâme loi spéciale


Nous artistes, intellectuelles, intellectuels et syndicalistes, nous levons pour dénoncer la loi 78 qui attaque les libertés et droits fondamentaux garantis par les Chartes canadienne et québécoise.

Nous constatons notamment que la liberté d'expression est bafouée par les limites intolérables imposées aux manifestations dans le temps, le nombre et l'espace; que la liberté de conscience est violée par la création du délit d'opinion; que la liberté d'association est menacée par des mesures sans précédent contre le droit de s'organiser.

L’article 30 de cette loi, en stipulant que « quiconque aide ou amène une autre personne à commettre une infraction visée par la présente loi commet lui-même cette infraction », ouvre la porte à toutes sortes d’interprétations, jusqu’aux plus farfelues, qui en viennent, au final, à laisser l’application de ladite loi au jugement arbitraire des policiers ou des directions d’établissements d’enseignement.

Un enseignant qui propose la lecture des Misérables de Victor Hugo, où l’on voit le peuple se soulever contre un gouvernement injuste, et suscite ce faisant l’exaltation d’un de ses élèves qui, contaminé par Gavroche, décide de descendre dans la rue, devient-il un contrevenant en vertu de la loi 78 ? Quelqu’un qui offre de l’eau aux gens qui brandissent des pancartes par grande chaleur est-il hors-la-loi ? Le professeur qui décide de ne pas punir l’élève gréviste à qui l’on enseigne l’implication citoyenne depuis son entrée à la maternelle, est-il coupable d’une infraction ? Qui déterminera à partir de quel moment l’acte de liberté d’expression devient prohibé ?

Non seulement cet article de loi est-il remarquable par l’absurde impossibilité d’une rigoureuse mise en application sans faire appel au jugement personnel — et donc subjectif — du détenteur de l’autorité, mais aussi ouvre-t-il la porte à la dangereuse logique de la dénonciation, selon laquelle celui qui, effrayé par les menaces d’amendes et se sentant menacé par tel voisin ou collègue exerçant simplement sa liberté d’expression, portera plainte à la police.

Nous ne pouvons donc que condamner cette loi qui, en plus de brimer certains des droits humains fondamentaux, ouvre la porte à la délation politique, ce à quoi les citoyens libres d’un pays démocratique se doivent de s’opposer de toutes leurs forces.

Parce que la parole citoyenne nous est chère et parce que nous voulons continuer de la chérir. Parce que nous sommes mus par l'espoir d'une démocratie citoyenne, ouverte, perméable à la divergence d'opinion, à la différence et à la marginalité qui en font la richesse.
Nous croyons fermement que la loi 78, en l’occurrence en son article 16, est une grave entrave à la liberté d'expression citoyenne, brimant les droits de gens de toutes les allégeances, de tous les âges, de toutes les provenances. Parce que refuser à la parole d'être spontanée, c'est d'abord refuser la parole.

Nous, artistes et écrivains, croyons que l'expression des idées, des émotions, des points de vue, ne tolère aucune censure, aucun étouffement. Nous savons qu'empêcher la prise de parole, pendant huit heures comme pendant mille heures, en un lieu ou un autre, ou l'assujettir à la force physique, à l'intimidation et à la peur, sont des actes liberticides. Nous dénonçons la loi 78, éteignoir de consciences érigé en système juridique, bâillon légal destiné à étouffer la voix de la contestation et de la colère dans la gorge citoyenne. Nous refusons d'admettre, de cautionner le recours à des pratiques légales détournant les principes fondateurs de notre démocratie, comme la liberté d'expression. Nous savons que taire est totalitaire. Nous prenons la parole.

La loi 78 comporte plusieurs atteintes à la liberté académique des enseignants et notamment leur liberté de conscience et d’enseignement.

La loi réprime le droit de grève des étudiants en faisant des enseignants des agents de répression. Ceux-ci sont instrumentalisés dans la mesure où ils doivent contribuer à transformer la grève en boycott. Ainsi, la négation du droit de grève des étudiants n'a d'efficacité que si les enseignants mettent en échec les étudiants qui ne sont pas présents en classe à la reprise des cours, lorsque ceux-ci demeurent en posture de « boycott ». Comme les enseignants sont forcés d'enseigner, c'est donc par leur action que les étudiants subissent la contrainte de la loi 78.

Dans plusieurs conventions collectives, les libertés académiques de conscience et d’enseignement sont des libertés reconnues. Concrètement, cela veut dire que les professeurs sont les mieux à même de juger dans quelles conditions les cours peuvent être poursuivis. Les enseignants pourraient décider pour des raisons de liberté de conscience ou tout simplement de bon sens académique qu’il est inacceptable d'enseigner à 25% de la classe dans un contexte de conflit social. L’enseignant pourrait également décider qu’il est problématique d’enseigner à un groupe d’étudiants appartenant à une association qui aurait majoritairement voté en faveur de la grève. Il peut estimer que les tensions et conflits entre étudiants qui seraient engendrés par cette décision ne sont pas propices à un enseignement de qualité.

En somme, la liberté individuelle qui a été privilégiée dans les injonctions accordées aux étudiants qui voulaient reprendre leurs cours ne fait pas que porter atteinte à la démocratie au sein des associations étudiantes. Elle heurte aussi de plein fouet les libertés académiques de conscience et d’enseignement des enseignants.

D'autres dispositions dans la loi portent atteinte à la liberté de conscience et à la liberté académique des enseignants. Les étudiants jouissent d'une option fast track pour déclencher un recours collectif contre l'enseignant. La loi prévoit de surcroît que les syndicats et «associations de salariés» (sic) doivent tout mettre en oeuvre pour forcer les enseignants à donner leurs cours à la reprise. S'ils ne le font pas, ils sont passibles d'amendes extrêmement importantes. Ces deux dispositifs pervertissent l'accès au savoir et liquident le droit de grève étudiant. Chaque enseignant sera alors confronté au mois d'août à une décision individuelle extrêmement importante, peut-être la plus importante de sa vie d'enseignant: choisiront-ils d’être des agents de répression qui liquideront le droit de grève des étudiants ainsi que leur propre liberté académique ?

Nous, intellectuels et enseignants, nous levons contre une loi qui bafoue la liberté académique et la liberté de conscience.
La loi 78 attente gravement au droit d'association, surtout celui des étudiantes et étudiants en prévoyant des amendes excessivement lourdes et abusives à son article 26, ce qui risque de détruire toute association étudiante et tout syndicat qui aurait le malheur de ne pas dénoncer un de ses membres qui n'obéit pas à la loi.

En soumettant les syndicats et associations de salariées et de salariés à des amendes si démesurées dès que l'un de ses membres n'obéit pas aux articles 10 et 11, elle punit les syndicats d'enseignantes et enseignants, d'employées et employés de soutien, de techniciennes et de techniciens pour des faits qui, éventuellement, ne seraient pas de leur connaissance.

Elle prévoit même, chose totalement inusitée, à son article 19, que des membres d'une association étudiante soient exemptés de leur obligation de cotiser à leur association si celle-ci manifeste son opposition par des piquets de grève ou des levées de cours.

Nous, syndicalistes, pour ces raisons et pour d'autres encore, nous levons contre la loi 78 qui bafoue le droit d'association.

Nous, artistes, écrivaines, écrivains, intellectuelles, intellectuels, enseignantes et enseignants, syndicalistes, condamnons une loi abusive, liberticide et totalitaire.

Nous exigeons l'abrogation immédiate de cette loi.


Michel Seymour, philosophe
Christian Nadeau, philosophe
Hugo Latulippe, cinéaste
Dominic Champagne, metteur en scène
Éric Pineault, chercheur
Marie Blais, syndicaliste
Francis Lagacé, syndicaliste
Jean-François Caron, écrivain
Marie-Christine Bernard, écrivaine
Alain Deneault, chercheur
Guy Rocher, sociologue
Michel Duchesne, syndicaliste
Aldo Miguel Paolinelli, syndicaliste
Pascale Dufour, politologue
Raphaël Canet, sociologue
Camil Bouchard, professeur associé
Atïm Leon, syndicaliste
Martin Léon, auteur-compositeur-interprète
Francine Pelletier, journaliste et documentariste
Annie Roy, artiste interdisciplinaire
Pierre Allard, artiste interdisciplinaire
Alexis Martin, dramaturge
Louis-Philippe Blanchette, professeur au cégep
Alain Vadeboncoeur, médecin et enseignant
Patrick Duguay, coopérateur
Christian Vanasse, auteur et humoriste
Alexandre Leduc, syndicaliste
Laure Waridel, écosociologue
Julius H. Grey, avocat
Vincent Van Schendel, économiste
Yvon Rivard, écrivain
Damien Contandriopoulos, professeur
Pierre Popovic, professeur
Daniel Turp, constitutionnaliste
Yoshua Bengio, professeur titulaire
André Frappier, syndicaliste
Silvestra Marinello, professeure titulaire
Jean-Guy Loranger, économiste et professeur retraité
Jacques Cardinal, professeur
Andrée Lajoie, juriste
Marc-André Éthier, directeur de département
Normand Mousseau, physicien
Dominique Scarfone, médecin et psychanalyste
François Charbonneau, professeur retraité
Caroline Larue, professeure
Laurence McFalls, politologue
Sonia Gauthier, professeure
Jean-Guy Nadeau, théologien et professeur retraité
Manon Hébert, professeur
Reynald Bourque, professeur retraité
Jeanne Dancette, professeure associée
François Hébert, écrivain
Phaedra Royle, psycholinguiste
Ryoa Chung, professeure
Yves Langelier, professeur sous octroi retraité
Patrice Brodeur, professeur
Louis Dumont, professeur
Jacques Hamel, sociologue de la jeunesse
Louise I. Paradis, professeure
Anne Élaine Cliche, professeure et écrivaine
Luc Bonenfant, professeur
Jean Décarie, urbaniste retraité
Guylaine Le Dorze, professeure
Dominique Garand, professeur
Gisèle Lemoyne, professeure associée
Jean-Claude Guédon, professeur
Guy Bourgeault, professeur
Christine Tappolet, professeure
Isabelle Peretz, professeure
Daniel Weinstock, philosophe
James Cisneros, professeur
Mona-Josée Gagnon, professeure associée
Nadia El-Mabrouk, professeure
Jean-Claude Marsan, professeur émérite
Michel Lacroix, professeur de littérature
Martine Delvaux, professeure et écrivaine
Jean-Claude Germain, écrivain et historien
Tony Tremblay, écrivain
Sylvie-Catherine De Vailly, écrivaine
Danny Plourde, auteur et enseignant
Dominic Gagné, écrivain
Bertrand Laverdure, écrivain
Sabine Assuied, productrice artistique
Ivy (Ivan Bielinski), artiste, poète et slameur
Andrée-Anne Dupuis Bourret, artiste visuelle
Johanne Villeneuve, professeure
Jean-Simon Desrochers, écrivain
Gisèle Trudel,artiste et professeure
Jacynthe Carrier, artiste en arts visuels
André-Pierre Contandriopoulos, professeur titulaire
Marc-André Bernier, Professeur
Véronique Cnockaert, professeure
Nathalie Watteyne, professeure
Othmar Keel, professeur
Michèle Nevert, professeure et syndicaliste
Nathalie Coupal, actrice, musicienne
Denise Brassard, écrivaine et professeure
Geneviève Lafrance, professeure-chercheure
Richard A. Warren, professeur sous octroi
Paul L. Gendreau, professeur
Jean-Sébastien Fallu, professeur
Marie-Josèphe Pigeon, étudiante à la maîtrise et féministe
Normand Baillargeon, professeur
Olivier kemeid, auteur de théâtre et metteur en scène
Mathieu Arsenault, écrivain
Ianik Marcil, économiste
Jean Poupart, sociologue
Mélanie Demers, chorégraphe et danseuse
Bernard Émond, cinéaste
Geneviève Sicotte, professeure
André Breton, professeur
Pierre Lefebvre, rédacteur en chef de Liberté
Éric Martin, philosophe
Dominic Desroches, professeur
Omar Aktouf, professeur
Renée Béland, syndicaliste
Jean Portugais, professeur et syndicaliste
Éric Troncy, pharmacologue vétérinaire
Manon Perron, syndicaliste
Daniel-Jean Primeau, artiste sculpteur
Véronique De Sève, syndicaliste
Gaétan Châteauneuf, syndicaliste
Guillaume Martel Lasalle, éditeur
Lyse Turgeon, professeure
Gérald Larose, professeur invité
Yvon Gauthier, philosophe
Peter Dietsch, philosophe
Daniel Canty, auteur et réalisateur
Georges Leroux, philosophe
Mélanie Gagnon, professeure
Denise Boucher, poète
Max Roy, syndicaliste
Marion Vacheret, professeure
Philippe R. Richard, professeur
Louise Vandelac, professeure
Gilles Gagné, sociologue
Marianne Kempeneers, sociologue
Jean-François Chassay, professeur et auteur
Jacques Rouillard, professeur
Jacques Lanctôt, éditeur
Louis Gill, économiste et professeur à la retraite
Cécile Sabourin, économiste et professeure retraitée
Mélanie Dufour-Poirier, professeure
Mario Houde, professeur
Pierre Lebuis, professeur et syndicaliste
Pierre Mouterde, sociologue, essayiste
Bernard Élie, économiste
Michel Laporte, syndicaliste
Catherine Dorion, auteure, comédienne
Éric de Larochellière, éditeur
Benoît Coutu, chargé de cours
Jacques-Alexandre Mascotto, professeur associé
Gilles Bibeau, professeur
Sabrina Moisan, professeure
Marie-France Raynault, professeure
Béatrice Godard, professeure
Sarah Rocheville, professeure
Roxane Rimstead, professeure
Sylvie Hébert, professeure
Pascal Bastien, professeur
Chantal Doré, professeur
Marty Laforest, professeure
Frédérique Gardye, chargée de cours
Pierre Hébert, professeur
Hélène Pigot, professeure
Manon Brunet, professeure
Jean-Pierre Bonin, professeur
Diane Vincent, professeure
Guylaine Chevarie-Lessard, artiste visuelle
Fernand Turcotte, professeur émérite
François Bergeron, directeur de recherche
Serge Denis, politologue
Sylvie Morel, professeure
Anik Meunier, professeure-chercheure
Stéphanie Rousseau, professeure
Christine Piette, professeure émérite
Renée Cloutier, professeure émérite
Laurent Lepage, professeur
Patricia Godbout, professeure
Christine Palmiéri, artiste
Pierre Ouellet, professeur
Pierre Biron, professeur retraité
Michel Roche, professeur
Manon Niquette, professeur
Marie-Thérèse Chicha, professeure
Mélissa Grégoire, professeure
Sébastien Lormeau, avocat
Anthony Glinoer, professeur
Chantal Leclerc, professeure
Catherine Didelot, directrice de casting
Renaud Lapierre, ingénieur
Marie-Christine Lê-Huu, comédienne
Pénélope Daignault, professeure
Fred Pellerin, conteux
Caroline Lavoie, comédienne
Sylvie Robert, géographe
Serge Beauchemin, preneur de son
Benoit Archambault, musicien
René Richard Cyr, metteur en scène
Lucie Sauvé, professeure
Luc Myre, agent d'artistes
Samir Saul, professeur
Patricia Beaulieu, réalisatrice
Christian Simard, environnementaliste
Yann Perreau, artiste
Roc Lafortune, acteur
Daniel Valois, professeur
Marcelo Otero, professeur
Mitia Rioux-Beaulne, philosophe
Jacques Cherblanc, professeur
Linda Cardinal, professeur
Myreille Bédard, artiste
Alexandrine Agostini, actrice
Geneviève Baril-Gingras, professeure
Jacques Beauchemin, sociologue
Guy Paquette, professeur
Yvan Perrier, politologue
Lucie Bourassa, professeure
José Morais, professeur émérite
Cynthia E. Milton, professeure
Dominique Caouette, politologue
Marie Lacroix, professeur
Nancy Thede, professeure
André Gaudreault, professeur
Gérard Duhaime, professeur
Olivier Asselin, professeur
Luc Lemoine, directeur d'école retraité
Sébastien Robert, syndicaliste
Louise Séguin, chercheure
Denis LaRocque, comédien
Monique Brunel, enseignante
François Rocher, professeur
Victor Armony, sociologue
Viviana Fridman, sociologue
Claire Chamberland, professeur
Florence Piron, professeure
Jacques Moreau, professeur
Dominique Leydet, professeure
Sylvie Lacombe, sociologue
Dominic Arsenault, professeur
Geneviève Nootens, politologue
Élise Dubuc, Professeure
Louis Rousseau, professeur retraité
Olivier Clain, professeur
Pier-Luc Bilodeau, professeur
Andrée Fortin, professeure
Ginette Bouchard, secrétaire
Madeleine Pastinelli, professeure
Jacques Paquin, professeur
Marie France Labrecque, anthropologue
Jean-Léon Rondeau, comédien
Jean-Pierre Boyer, professeur
Hugh Burgoyne, professeur
Richard Bégin, professeur
André Ricard, écrivain
Johanne Daigle, professeure
Lorraine Auger, artiste
Solange Pronovost, avocate
Christian Sabourin, géographe
Hélène Robitaille, agente de comédiens
Jean-Claude Ravet, rédacteur en chef
Stephan Reichhold, directeur TCRI
Vincent Graton, acteur
Frédérick Guillaume Dufour, Sociologue.
Pierre Beaulne, économiste
Alain-G. Gagnon, politologue
Emilia Deffis, professeure
Julie Cantin-Béliveau, comédienne
Ariel Ifergan, comédien
André Daviault, professeur émérite
Denis Massé, artisan de la chanson
Christiane Kègle, professeure
Emil Grigorov, professeur
Alain Beaulieu, écrivain
Micheline Dumont, historienne
Daniel Lacoste, musicien
Daniel Malenfant, comédien
Andrea Levy, chercheuse
Maria De Koninck, sociologue
Sylvie Moreau, actrice
René Pothier, cinéaste
France Picard, professeure
Bob White, professeur
Diane Lamoureux, professeure
Catherine Martin, cinéaste
Mani Soleymanlou, acteur
Annie Ranger, comédienne
Marie Fradette, chargée de cours
Martin Dumas, avocat
Sylvie Potvin, comédienne
Nicolas Pellerin, chanteur
Pierre-Yves Cardinal-David, comédien
Jean Chatillon, compositeur
Geneviève Jodoin, musicienne
Steve Pilarezik, comédien
Richard Desjardins, artiste
Estelle Lebel, professeure
Christine Métayer, professeure
François Bernard Malo, professeur
Diane Gagné, professeure
Yves Martin, sociologue
Carole Yerochewski, syndicaliste
Sylvain L'Espérance, cinéaste
Gilles Labelle, professeur
Marie-Claude Dault, directrice de postproduction
Bernard Gagnon, professeur
Greg Nielsen, sociologue
Arash Abizadeh, professeur
Marie-Claude Loiselle, rédactrice en chef, 24 images
Ginette Noiseux, directrice de théâtre
Marie-Laurence Poirel, professeure
Marie-Thérèse Fortin, directrice de théâtre
Annie Pullen Sansfaçon, professeure
Diane Poitras, cinéaste
Robert Daudelin, critique de cinéma
Stéphane Lépine, chargé de cours
Germain Lacasse, professeur
Richard Bertrand, professeur
Lisa Dillon, professeure
Oscar E. Firbank, professeur
Louise Pepin, psychologue
Francine d'Ortun, professeure
Richard Séguin auteur-compositeur
Martin Frigon, cinéaste
Carminda Mac Lorin, Mouvement des Indignés
Aurèle Desjardins, monteur/infographiste
Jocelyn Desjardins, porte-parole NMQ
Simon Gauthier, artiste-conteur
François Parenteau, artiste
Mélanie Riel Brunet, agent d'artiste
Jonathan Morier, artiste
François Trudel, comédien
Émile Schneider Vanier, comédien
Guy Champagne, éditeur
Luc Langlois, professeur
Thomas De Koninck, philosophe
André Habib, professeur
Carlos Ferrand, cinéaste
Éric Lucas, professeur
Gilles Bélanger, auteur-compositeur
André Roy, écrivain
Celine Bellot, professeure
David Corriveau, acteur
Dominique Pétin, actrice
Geneviève Dunn, agente d’artistes
Andrée Mercier, professeure
Philippe Ducros,Directeur Espace Libre
Céline Bernier, comédienne
Alain Farah, professeur
Mario Bernard, professeur
David Valiquette, réalisateur
Simon Boudreault, metteur en scène
Isabel dos Santos, actrice
Maxime Desjardins, comédien
Dominique Perreault, comédienne
Erik Bordeleau, chargé de cours
Pierre Côté, médecin
Patrick Cloos, professeur
Roch Aubert, comédien
Fabiola Toupin, artiste
Isabel Richer, comédienne
Denyse Baillargeon, professeure
Richard St-Gelais, professeur
Pierre Therrien, animateur
Vincent Vallières, auteur-compositeur
Dominique Daigneault, syndicaliste
Jacques Pelletier, professeur associé, essayiste
Caroline Senneville, syndicaliste
Micheline Thibodeau, syndicaliste
Caroline Quesnel, syndicaliste
Sylvain Marois, syndicaliste
Jean Murdock, syndicaliste
Florence Thomas, syndicaliste
Frédérique Bernier, professeure
Michel Ducharme, syndicaliste
Jérôme Minière, auteur compositeur interprète
Marie-Pierre Normand, artiste visuel
Karim Larose, professeur
Paul Sabourin, professeur
Josée Lacourse, sociologue
Ginette Michaud, professeure
Gilles Lapointe, professeur
Robert Cadotte, auteur
Claude Vaillancourt, écrivain
Dominique Leduc, comédienne
Olga Ranzenhofer, musicienne
Louise de Beaumont, comédienne
Geneviève Rochette, comédienne
Marc Zaffran, médecin
Franck Le Coroller, documentariste
Francine Saillant, anthropologue
Marcel Pomerlo, comédien
Julien Bilodeau, Compositeur
Véronique Verhoeven, artiste
Marcos Ancelovici, sociologue
Francis Monty, écrivain
William J. Buxton, professeur
Catherine Hamann, comédienne
Alban Baudou, Professeur
Pierre Yves Lemieux, auteur
Thomas Collombat, professeur
Liviu Dospinescu, professeur
Lorraine Guay, attachée de recherche
Régine Kolinsky, directeur de Recherche FRS-FNRS
Maryse Rouy, écrivain
Michèle Venet, professeure
Sylvain Giroux, professeur
Martin Hébert, professeur
Patrick Baker, professeur
Geneviève Fournier, professeure
Hervé Philippe, professeur
Andrée Ferretti, écrivaine
Pierre-André Tremblay, socio-anthropologue
Jean Barbe, écrivain
Jean-François Lisée, auteur et blogueur
Simon Leduc, professeur
Pierrette Bouchard, Professeure émérite
Isabel Orellana, Professeure
Frédéric Deschenaux, sociologue
Nicole Laudouar, professeur
François Chassé, professeur
Frédéric Lesemann, professeur
Janine Hohl, professeure honoraire
Philippe Gajan, Critique de cinéma
Viva Paci, professeur
Mohsen El Gharbi, auteur
Gabriel Malenfant, musicien
Jean-Pierre Lord, travailleur social
Luc Lemoine, directeur retraité d'école primaire
Diane Lacombe, orthophoniste
Isabelle Malouin, professeure
Luc Martin, sociologue
Brigitte Auclair, professeure
Mathieu Saint-Jean, professeur
Sylvie Rheault, professeure
Josiane Myre, professeure
Nicolas Beaudoin, professeur
Colette St-Hilaire, professeure à la retraite
Jean Désy, écrivain
Catherine Leduc, Tricot machine
Matthieu Beaumont, Tricot machine
Ivan Carel, historien
Claude Paradis, professeur
Claire Aubin, sculptrice
Dominique Champagne, monteuse
Sylvie Taschereau, professeure
Mona Trudel, professeure
Martin Marier, professeur
Frédéric Pierre, comédien
Patricia Lamarre, professeure
Julien Villeneuve, professeur
Emilie Sarah Caravecchia, professeure
Patrick C. Pilote, professeur
Murielle Chapuis, professeure
Anne-Marie Bélanger, professeure
Michel-M Campbell, professeur honoraire
Paul Leduc Browne, dir. dép. sciences sociales
Louise Provencher, professeure
Antoine Gautier, professeur
Donald Fyson, professeur
Sophie Dupéré, professeure
Laurence Guillaumie, professionnelle de recherche
Yves Michaud, ancien député
Serge Bergeron, professeur
Denys Delâge, professeur émérite
Thierry Nootens, professeur
Lucie Gélineau, chercheure
Hélène Nazon, professeure
Christine Loignon, professeure
Michel O’Neill, professeur associé
Aline Charles, professeure
David Robert, artiste
Sacha Calixte, présidente SEECL
Kathleen Boucher, psychologue
Sylvie Laliberté, professeure
Ariane Caron-Lacoste, assistante à l'édition
Manuel Foglia, cinéaste
Henri Lamoureux, écrivain
Nicole Côté, sculpteure-céramiste
Marie Charlebois, comédienne
Robert Laplante , directeur IREC
Andrée Yanacopoulo, médecin, sociologue, éditrice
Thérèse Hamel, professeure
Claude Maire, professeur retraité
Michel Despland professeur retraité
Ian Lagarde, réalisateur
André Lacroix, professeur
Robin Aubert, cinéaste
France Théoret, écrivaine
Alain Horic, éditeur littéraire
Martin Gallié, professeur
Sandrine Ricci, chargée de cours
Guy Marchand, écrivain
Ghislaine Julien, syndicaliste
Mathieu Teasdale, professeur
A. Hadi Qaderi, professeur
Manon Boulianne, professeure
Jean-Philippe Beaulieu, professeur
Dujka Smoje, professeure
Thérèse St-Gelais, professeure
Doris Lapierre, cinéaste
Jacques Dufresne, Encyclopédie de l'Agora
Raymond Bock, écrivain
David Robert, artiste
Stéphanie Demers, professeure
Jean Bonin, professeur
Jean-Marc Côté, professeur
Pierre Crépô, photographe
Louise Langevin, professeure
Paul Carle, professeur
Allison Marchildon, professeure
Thomas Wien, professeur
Sylvie Béland, professeur
Marie-Ève Laverdure, comédienne
David Beaupré, professeur
Marc-Antoine Larche, comédien
Pierre Rainville, professeur
Anne-Marie Miller, professeure
Mario Cholette, écrivain
Isabelle Billaud, professeure
Liette Bergeron, professeure
Bruno Lalonde, Libraire
Isabelle Rivard, professeure
Manon-Ann Blanchard, enseignante
Cédric Lamathe, professeur
Sylvie Tremblay, professeure
Johanne Blanchette, professeure
Frédéric Thibaud, professeur
Jean-Pierre Lorange, professeur
Isabelle Pontbrillant, professeure
Sylviane Dion, professeure
Joan Sénéchal, professeur
Ginette Lessard, professeure
Jean-François Marçal, professeur
Farine Vachon, professeure
Cindy Baril, professeure
France Désaulniers, syndicaliste
Jean Bonin, professeur
Michel Milot, professeur
Geneviève Perreault, professeure
Isabelle Tanguay, professeure
Jacques Audet, professeure
Céline Demers, professeure
Nadia Gosselin, écrivain
Nathalie Prud’homme, professeure
Charles Gill, professeur
Paul Dumais, professeur
Thibaud de la Marnierre, professeur
Margie Bertrand, professeure
Chantal Poirier, professeure
Isabelle Larrivée, professeure
Alain Bouchard, artiste
Michèle St-Denis, professeure
Luc Vaillancourt, professeur
Étienne Côté, professeur
Marie Wright, professeure
Sylvie Hamel, professeure
Vanessa Pelland, professeure
Jean-François Tessier, professeur
Benoit Tellier, professeur
Isabelle Baez, écrivaine
Martin Godon, professeur
Martine Nachbaur, professeure
Christian Goyette, professeur
Sarah Baillargeon, professeure
Nancy Costigan, professeure
Frédérique Bernier, professeure
Nicolas Dickner, écrivain
Jean-Martin Casséus, professeur
Patrick Poulin, professeur
Mercedes Font, professeure
Louis Horvath, écrivain
Anne-Marie Claret, professeure
Christian Bilodeau, écrivain
Stéphane Thellen, professeur
Patrick Finlay, professeur
Guillaume Bard, professeur
Marc-André Lacelle, professeur
Geneviève Tringali, professeure
Annie Legendre, professeure
Pierre-David Gendron-Bouchard, professeur
Lucie Dubois, professeure
Émilie Cantin, professeure
Gilles Vigneault, professeur
André Vincent, professeur
Julie Bellavance, professeure
Sylvie Bernard, écrivaine
Amélie Chanez, professeure
Yves-Marie Abraham, professeur
Isabelle Mahy, professeure
Claudia Ferri, Actrice
Normand Séguin, historien
Francine Dufort, professeure retraitée
Geneviève Dumas, professeure
Dominic Philie, comédien
Nathalie Gascon, comédienne
Emmanuel Poirel, professeur
Frances Fortier, professeure retraitée
Bernard Charles, politologue
Judith Émery-Bruneau, Professeure
Benoit Trottier, médecin
Joseph Branco, artiste
Marie Côté, artiste
Véronique Besançon, conseillère pédagogique
Gaële Gidrol-Mistral, professeure
François Dugré, professeur
Julie Boucher, enseignante
Yves Vaillancourt, écrivain
Simon Paradis, coordonnateur l'aire libre
Michèle Clément, chercheure
Mathieu Cournoyer, Malajube
Alexandre Chartrand, peintre
Any Guay, professeur
Stéphane Crête, acteur
Ségolène Roederer, dg, Québec Cinéma
Yanick Noiseux, professeur
Luc Picard, acteur
Céline Saint-Pierre, sociologue
Pierre Luc Houde, comédien
Anouk Lebrun, designer
Louise Larivière, gestionnaire
Jean L'Italien, comédien
Réjane Blary, professeure retraitée
Vivian Labrie, chercheure
Pierre-Yves Bernard, scénariste
Kim Doré, éditrice
François Guérard, professeur
Bobby Beshro, comédien
Bruno Ramirez, professeur
Stéphane Bernard, professeur
Louis-David Morasse, acteur
Alain Tremblay, professeur
Daniel Boucher, auteur-compositeur
Geneviève Simard, scénariste
Marie-Andrée Beaudet, professeure
Marise Bachand, professeure
Jason Cantoro, Artiste visuel
Monique Audet, Économiste
Anick Lemay, comédienne
André Duhamel, professeur
Diane Parent, professeure
Robert Comeau, historien
François Dumont, professeur
Lucia Ferretti, professeure
Louise Bouchard, professeure
Martine D'Amours, sociologue
Hélène Girard, monteuse
Niels Schneider, acteur
Patrick Coppens, poète-peintre
Julie Le Breton, comédienne
Yvan Rousseau, professeur
Denis Trudel, comédien
Stéphane Cantin, professeur
René Derouin, artiste
Yolande Brouillard, artiste peintre
Roberpierre Monnier, architecte
Pierre Beaudet, professeur
Annick Thérien, peintre
Marie-Josée Marleau, poète
Anne E. Calvès, professeure
André Baril, professeur
Jean-Claude St-Amant, chercheur
Emmanuelle Bédard, Professeure
Hervé Fischer, écrivain
Sara-Nadine Lanouette, professeur
Karl Desmeules, professeur
Steve McKay, professeur
Caroline L. Mineau, professeure
Laurence Olivier, professeure
Andrée Gendreau, muséologue retraitée
Michèle St-Denis, professeure
Jean Larivière, professeur
Pascal Deschênes, professeur
Steve Déry, professeur
David Mandel, professeur
Richard Ryan, élu municipal
Lise Dobson, professeure
Emmanuel Bouchard, professeur
Sylvianne Rivest-Beauséjour, actrice
Soufïa Bensaïd, artiste
Martin Petitclerc, professeur
Annie Demers Caron, professeure
Frédéric N. Brière, chargé de cours
Sylvie Frechette, olympienne
Claudine Raymond, comédienne
Jean-Claude St-Onge, professeur retraité
Luc-Alain Giraldeau, vice-doyen recherche
Abby Lippman, professeure
Gilles Voyer, professeur
Anne Laperrière, professeure retraitée
Flavia Garcia, professeure
Rodolphe De Koninck, géographe
Guylaine Martel, professeure
Léa Clermont-Dion, photographe
Barbara Thériault, professeur
Didier Prioul, professeur
Monique Richard, comédienne
Catherine Gadouas, compositrice
Julie Guimond, productrice
Carole David, écrivaine
René Lapierre, professeur
Linda Paquette, professeure
Viviane Pacal, comédienne
Louiselle Lévesque, journaliste retraitée
Paul Tana, cinéaste
Evelyne de la Chenelière, dramaturge
Frédéric Laugrand, professeur
Élisabeth Nardout-Lafarge, professeure
Martin Pâquet, professeur
Philippe Dubé, professeur
Sylvie Poirier, professeure
Gérard Beaudet, professeur
Céline Lafontaine, professeure
Marie-Pascale Huglo, professeure
Jean Michaud, anthropologue
Andrea Oberhuber, professeure
David Buyle, comédien
Thierry Rodon, professeur
André C. Drainville, professeur
Luc Lavoie, informaticien
Muriel Gomez-Perez, professeure
Raphaëlle Prince, professeure
René Lavigueur, médecin
Paul Drouin, artiste
Christophe Reutenauer, mathématicien
Clarisse Dehont, professeure
Danielle Palardy Roger, musicienne
Gilles Parent, professeur
Karine Villeneuve, professeure
Farès Ben Osman, professeur
Josette Brun, professeure
Jean-François Plano, professeur
Claudine Jouny, professeure
Élise Paradis, professionnelle en pédagogie
Claude-Émilie Marec, éditrice
Jean Tardif, ingénieur, SNC-Lavalin
Céline Faucher, chanteuse
Louise Bienvenue, professeure
Audrey Ghali-Lachapelle, professeure
Huguette Dagenais, professeure émérite
Marie-Claire Blais, écrivaine
Eve Gadouas, comédienne
Diane Gendron, professeure
Sébastien Ricard, Loco-Locass
Luc Leclerc, syndicaliste
Patrick Rondeau, syndicaliste
Katia Canciani, écrivaine
Marc-André Pilon, enseignant et auteur
Pierre Saint-Germain, syndicaliste
Ghislaine Raymond, syndicaliste retraitée
Martine-Emmanuelle Lapointe, professeure
Lucie Mayer, artiste lyrique
Louis Horvath, poète
Judith Poirier, conteuse
Astrid Lagounaris, artiste
Nathalie Moliavko-Visotzky , directrice photo
Julie Simard-Maltais, professeure
Valérie Desgroseilliers, chargée de cours
Amaya Clunes, professeure retraitée
Valérie Amiraux, professeure
Tammy Verge, comédienne
Michel Campeau, photographe
Sonja Mazerolle, professeure
Corinne de Vailly, écrivaine
Martine Tremblay, professeure
François Drolet, poète
Mel Cotnoir, auteure-compositeure
Colette Brin, professeure
Ariel Laforge, linguiste
Anne Mill, recherchiste
Patrick Drouin, professeur
Rachel Sarrasin, professeure
Hélène Makdissi, professeure
Martin Duckworth, cinéaste
Barbara Locher, orthopédagogue
Alain Chagnon, photographe
Valérie Carreau, enseignante
Mauricio Angulo, technicien en environnement
Rawi Hage, auteur
Yacov Rabkin, professeur
Véronique Dupuis, professeure
Ginette Dubreuil, professeure
Stéphane Tellen, professeur
Sébastien Cordeau, professeur
Véronique Leblanc, professeure
Margie Bertrand, professeure
Marilène Gill, professeure
François-Olivier Chené, professeur
Louis-Alexandre Berthelot, professeur
Claude Baillargeon, professeur
Jean-Marc Guillemette, professeur
Paul-André Bouchard, professeur
Daphné Lajoie, professeure
Jacques Gagnon, professeur
Dominique Valade, professeure
Yves Sabourin, syndicaliste
Laval Rioux, chargé de cours
Judith Bouchard, professeure
Julie-Anne Risler, professeur
Yves De Repentigny, syndicaliste
Yves Hallée, syndicaliste et chercheur
Claire St-Jacques, professeure
Stéphanie Kemp, professeur
Nadine Trudeau, professeure
Jeanne Pinsonneault, professeure
Ianick Gentes, syndicaliste
Claudine Jouny, professeure
Line Riendeau, syndicaliste
Anne-Marie Claret, professeure
Michel Robert, professeur
Dominique Barot, syndicaliste
Luc Vandal, syndicaliste
Marie-Ève Laurin, professeure
Michel A. Paquette, professeur
John Gilbert, professeur
Any Guay, professeure
Charles Guilbert, professeur
Marie-Claude Couturier, professeure
Michèle St-Denis, professeure
Audrey Lamy, professeure
Naïla Sinave, professeure
Dominique Dubé, professeure
Rosanne Saint-Jacques, professeure
Philip Wickham, professeur
Myrella Bergeron-Prévost, professeure
Marie-Andrée Fortier, professeure
Jean-Martin Fréchette, professeur
Isabelle Bourget, professeure
Mercedes Font, professeure
Alexandre Piché, professeur
Anne-Elisa Mamprin, professeure
Catherine Guindon, professeure
Annie Charbonneau, professeure
Céline Picard, professeur
Isabelle Dubuc, professeure retraitée
Philippe Maugueret, professeur
Juan C.Aguirré, professeur
Rachel Benjamin, professeur
François Rochon, professeur
Paule Chouinard, professeure
Stéphane Fauteux, syndicaliste
Denise Noël, Psychanalyste
Jacques Tardif, artiste
Michel Lalonde, sociologue
Monique Lévesque, psychanalyste
Denis Barrette, avocat
Marie-Ève Mathieu, professeure
Monique Panaccio, psychanalyste
Sophie Bourgeois, comédienne
Michel Peterson, psychanalyste
Eugène Kritchevski, professeur
Dario Perinetti, professeur
Francine Sinclair, directrice sciences de l’éducation
Geneviève Lessard, professeure
Louise Briand, présidente SPUQO
Guy Bellemare, professeur
Annie Devault, professeure
Stéphane Quinn, psychanalyste
Sylvain Lemay, professeur
Jean-Martin Johanns, organisateur de Nous?
Myriam Michaud, chargée de cours
Jacques Languirand, communicateur
Annie-Ève Collin, professeur
Francine Vachon, professeure retraitée
Véronique Fournier, professeure
Benoit Côté, professeur
Robert Pelletier, psychanalyste
Martin Laberge, professeur
Claude Bovet, philosophe
Philippe de Grosbois, professeur
Simon Marion, musicien
Patrice Joly, professeure
Michel Levesque, poète
Chantal Beaudry, chargée de cours
Flavie Achard, syndicaliste
Madeleine Ferland, syndicaliste
Stéphanie Lemétais, travailleuse culturelle
Jacques Audet, professeur
Guillaume Dostie, professeur
Claire Tremblay, syndicaliste
David Arango, compositeur
Christine Girard, professeure
Françoise Côté, musicienne
Michel Tétreault, professeur
Nathalie Ouellet, professeure
Luc Girouard, professeur, graphiste
Christopher Pitchon, professeur
Jacques Pasquet, écrivain-conteur
Marcel Lambert, professeur
Jean Carroll, professeur
Marie-Josée Gaudreau, professeure
Katia Stockman, professeure
Daniel Hogue, sculpteur
Joan Smelkinson, professeure
Pierre de Guise, professeur
Denis Kosseim, professeur
Samuel Girard Tremblay, professeur
Marie-France Bujold, professeure
Jean-François Bourgeault, professeur
Anne Buisson, professeure
Brigitte Brodeur, professeure
Liette Lavoie, professeure
Louise Mailloux, professeure
Olfa Latiri, professeure
Pierre-Luc Vallée, professeur
Dominic Courtois, professeur
Dominic Ménard-Bilodeau, professeur
Roch Plamondon, professeur
Dominique Trudel, responsable de stage
Vincent Brault, professeur
Isabelle Larouche, auteure
Nancy Larocque, professeure
Hermel CYR, professeur
Henriette Hains, professeure
Chantal Martin, syndicaliste
Christian Frenette, Professeur
Christiane Cheyney, artiste et professeure
Lyne Dessureault, professeure
Fabien Jetté, technicien en documentation
Yves Paquette, professeur
Jean-Félix Chénier, professeur
Éric Bouchard, professeur
Geneviève Deslandes, professeure
Gilles Parent, professeur
Marie-Josée Ross, professeure
Marlène Boudreault, professeure
Isabelle Kaliaguine, professeure
Renaud Harvey, professeur
Patrick C. Pilotte, professeur
Marc-André Valiquette, professeur
Philippe Alarie, professeur
Frédéric Poisson, syndicaliste
Éric Joseph TREMBLAY, architecte
Nicole Gaboury, professeure
Dominique Bulliard, professeure
Tania Charest, professeure
Brigitte Caron, professeure
Pascal Adam, professeur
Liette Labrosse, professeure
François Tremblay, professeur
Guillaume Lebel, professeur
Pierre A. Paquette, professeur
Alain Joyal, professeur
Marc Rochette, écrivain
Marie-Ève Charron, professeure
Gildas Haméon, professeur
François Régimbal, sociologue
Joëlle Morosoli, professeure
Étienne Michaud, professeur
Stéphane Boucher, professeur
Ève Beauregard, professeur
Line Valois, professeur
Marco Jean, professeur
Jean-Philippe Fortin, professeur
Maya Gobeil, professeure
Claude Landry, professeur
Anik Boudreau, professeure
Emmanuel Loeub, professeur
Julie Bouchard, professeure
Farid Ferrani, professeur
Jacques-Olivier Moffatt, professeur
Caroline Morris, professeure
Louise Lachapelle, professeure
Nina Admo, professeure et chercheure
Anne Marie Miller, professeure
Nadine Walsh, conteuse
Botz Rasili, artiste
Sarah Martinez, professeure
Marie Josée Lévesque, professeure
Elsa Beaulieu Bastien, anthropologue
Karine Collette, professeure
Nicole Bourbonnais, professeure retraitée
Line Vaillancourt, professeure
Daniel Puskas, psychanalyste
Hélène Vézina, professeure
Christiane Bergeron-Leclerc, professeure
Jean-Thomas Courchesne, professeur
Jean-François Giroux, professeur
Jean-Pierre Lavoie, professeur associé, chercheur
Jean-Marc Tourigny, chargé de cours
Jacques Berger, chargé de cours
Marielle Bourret artiste peintre
Sandrine Ricci, chargée de cours
Johanne Paquin, politologue
Denis Duhalde, chargé de cours
Chantale Lagacé, sociologue
Nicole Jeanneau, chargée de cours
Jacques Samson, documentariste
Beau Zuercher, chargé de cours
Gaétanne Cormier, professeur
Véronique Beaulieu-Audy, professeure
Chantal Poirier, professeure
Stéphane Lévesque, chargé de cours
Dominique Major, professeure et art-thérapeute
Chantal Bertrand, Chargée de cours
Virginie Doucet, professeure
Benoît Lacoursière, professeur
Christian Nolet, professeur
Stéphane Landry, professeur
Jan Frans RICARD, professeur
Marie-Josée Morin, professeure
Réal Leblanc, chargé de cours
Anne-Lise Polo, chargée de cours
Zeycan Yegin, chargé de cours
Annie Baillargeon Fortin, chargée de cours
François Besré, chargé de cours
Aude Weber-Houde, chargée de cours
Jean-Émile Verdier, chargé de cours
Rébecca Beauvais, chargée de cours
David Guillemette, chargé de cours
France Boisvert, professeure et écrivaine
Richard Trudel, professeur
Vincent LeBlanc, professeur
Ghislaine Grand, professeur
Camille Dubuc, professeur
Danielle Casara, syndicaliste
David Lachance, professeur
André Hamel, compositeur
Julie-Andrée Rostan, professeur
Javier Valdés, artiste
Josée Defoy, professeure
Suzie Sicotte, professeure
Sonia Paço-Rocchia, compositrice
Sylvie Prévost, professeure
David Pilon, professeur
Dahlia Kerba, professeure
Vagharshak Toroussian, professeur
Marie-Eve Bérubé, professeure
Philippe Rousseau, technicien en documentation
Nova Doyon, professeure
Johanne Blanchette, professeure
Caroline Barriault, professeure
Johanne Massé, professeure
François Robillard, professeur
Claude Tremblay, professeur
Marjorie Dallaire, professeure
Sylvie Paquet, professeure
Chantal Lévesque, professeure
Biz, Loco Locass
Chafik, Loco Locass
Laurence Bherer, professeure
Lucie Côté, professeure
Jonathan Hope, chargé de cours
Pascal Léveillé, professeur
Godefroy Desrosiers-Lauzon, chargé de cours, chercheur
Raymonde Bourque, chargée de cours
Daniel Perreault, professeur
Lise Nantel, chargée de cours
Philippe Gagnon, chargé de cours
Marc-André Fournier, chargé de cours
Mélanie Alexandra Daher, professeure
Brigitte de Souza, professeure
Hassan Younes, chargé de cours
Eva Monteiro, chargée de cours
Marie-Andrée Morache, chargée de cours
Khalid M'Seffar, chargé de cours, avocat
Alexandre Lahaie, professeur
Violaine Levasseur, chargée de cours
Marie Odile Cormier, professeure
Jennifer Parent, chargée de cours
Viviane Boucher, chargée de cours
Hugues Bonenfant, professeur
Daniel Roussin, professeur
Jawaher Chourou, chargée de cours
Pascale Noizet, chargée de cours
Adriana de Oliveira, chargée de cours
Catherine Lefrançois, chargée de cours
Sem Jean, chargé de cours
Émilie Lemieux, professeure
Caroline Hayeur, photographe, chargée de cours
Shirley Lebel, chargée de cours
Jean Sébastien, professeur
Sébastien Lamarre, poète
Stéphanie Boutin,professeure
Guylaine Fontaine, professeure
Vincent Fortier, professeur
Geneviève Messier, chargée de cours
Paule Baillargeon, artiste
Abdelwahed Mekki-Berrada, professeur
André Poupart, juriste
Anick Beaulieu, professeure
Anne Bérubé, professeure
Anne Dupuis, professeure
Anne Latendresse, professeure
Anne Trudel, comédienne
Anne-Gaëlle Habib, soutien à l’apprentissage
Annick Desmarais, auteure
Bernard Roy, professeur
Brigitte Haentjens, metteure en scène
Bruno Bouchard, artiste
Carol Vachon, consultant en nutrition
Catherine Caron, Rédactrice en chef adjointe, Relations
Christiane Ndiaye, professeur
Danielle Fournier, poète
David Koussens, professeur
Denis Jeffrey, professeur
Dominique Bourque, professeur
Ellen Corin, professeure
Emmanuelle Jimenez, dramaturge
Eric Shragge, professeur
Estelle Carde, professeure
Florence Vinit, professeure
Francine Noël, écrivaine
Francisco Villanueva, professeur
François Béland, co-directeur, Solidage
Gilbert Boulay, artisan du miso
Guy Bourbonnais, professeur
Heidi Wyssbrod, naturothérapeute
Jean Foster, professeur retraité
Jean-Marc Fontan, sociologue
Jean-Pascal Larin, professeur
Julie Lebeau, artiste peintre
Karine Lacroix-Pelletier, professeure
Larry Blais, président GDNM
Lina St-Pierre, femme d'affaire
Lise Castonguay, comédienne
Louis LeVasseur, professeur
Lynda Champagne, professeure
Marie-Chantal Renaud, comédienne
Martin Jalbert, professeur
Mary Ellen Davis, cinéaste
Mary Hayes, artiste
Maud Reid, professeure
Maxime Ouellet, politologue
Mélanie Doyon, professeure
Michel Allard, professeur associé
Muriel Porret, enseignante
Nellie Hogikyan, chercheure
Nicolas Vonarx, professeur
Normand Brunet, chargé de cours
Normand Daneau, comédien
Paul Eid, sociologue
Paul-André Lapointe, professeur
‪Pierre Édouard Morin, entrepreneur
Rachad Antonius, sociologue
Raymond Massé, professeur
Richard Duchaine, professeur
Robert Laliberté, éditeur
Ronald Larocque, conteur
Sandrine Turcotte, professeure
Sébastien Tanguay, professeur
Sirma Bilge, professeure
Suzanne Foisy, professeure
Vincent Bibeau, professeur
Yvan Comeau, professeur
Yves Lenoir, professeur
Molly Alexander, syndicaliste
Guylaine Séguin, professeure
Line Maurel, conseillère en communication retraitée
Michel Baril, professeur retraité
Hélène Papageorges, artiste
Marjorie Desbiens, professeure
Estelle Nolin, professeure
Robert Fortin, professeur
David Gagnon, professeur
Rémy Laprise, Professeur
Christian Caouette, syndicaliste
Karine Vachon, professeure
Élyse Simard, artiste
Nancy-Lorraine Leblond, professeure
Hugo Fleury, artiste
Alexandre Boivin, professeur
Pierre-Luc Bouchard, politologue
Geneviève Pedneault, professeure
Cédric Nadon, étudiant maîtrise
Louise Gavard, chargée de cours
Hélène Galouchko, maître de langue
Véronique Lapointe, scientifique, chargée de cours
Louise Michaud, professeure
Isabelle Grandjean, professeure et écrivaine
François Doyon, professeur
Kathryn Casault, maquilleuse au cinéma
Catherine Tardif, chorégraphe
Francis Dupuis-Déri, professeur
Yvann Thibaudeau, monteur
Stéphane Vachon, professeur
Guylaine Duval, professeure et directrice de programme
Anne Martine Parent, professeure
Marjolaine Béland, chercheure et artiste médiatique
Geneviève Bergeron, chargée de cours
Marie-France Giraudon, artiste
Marie-Renée Charest,
chargée de cours
Frédéric Plamondon, professeur
Josée Chevalier, professeure
Claire Côté, musicienne
Isabelle Mathieu, chargée de cours
Alain Lalonde, compositeur, chargé de cours
Jean-Marc Piotte, philosophe, politologue
Astrid Brousselle, professeure
Pierre McDuff, agent de recherche
Marie-Thérèse Dujardin, psychologue
Isabelle Cochelin, professeure associée
Raôul Duguay, artiste et philosophe
Bertrand Guibord, syndicaliste
Isabelle Daigneault, Psychologue et professeure
Julie Côté, artiste
Nicolas Boulerice, musicien
Geneviève Nadeau, gérante d’artistes
Lydia Anfossi, professeure




28 mai 2012


La crise sociale révèle l'inadéquation des médias traditionnels


Mercredi 23 mai, je tweetais que les médias traditionnels, totalement dépassés, ne parlaient pas des casseroles qui avaient cours depuis déjà quelques jours. Deux personnes de RDI se sont empressées de me répondre que leur média en avait traité.

J'étais bien content de m'être trompé pour un cas, mais c'était bien sûr l'exception qui confirme la règle. La nouvelle s'est alors répandu comme une traînée de poudre et les autres médias s'y sont mis de sorte que le soir même tous les médias traditionnels en parlaient. Le rôle du média est pourtant d'être à l'affut, or on constate que les médias traditionnels sont souvent très en retard sur des phénomènes déjà massifs.

Je tweetais la même journée que les médias traditionnels, beaucoup trop pipoles, ne s'occupait pas de la grève de la faim de Marik Audet. Et là, aucune réplique d'aucun média, parce qu'en effet si on n'est pas une vedette, on n'a pas droit à l'intérêt des machines publicitaires que sont tous les médias traditionnels.

En fait, le problème des médias traditionnels n'est pas qu'ils soient partiaux. Ils le sont tous depuis toujours, mais ils devraient au moins le dire.

Feue Lisette Morin, journaliste émérite à Rimouski avant d'être correspondante au Devoir, m'a enseigné il y a plus de 30 ans mes premiers rudiments du journalisme. Elle m'a appris que non seulement l'objectivité journalistique était une illusion qui berçait les naïfs, mais qu'un journaliste était d'autant plus crédible qu'on savait dans quel camp il loge. Et elle était bien campée à gauche.

L'important est de respecter les genres: dans la nouvelle, on ressort ce qui est significatif et nouveau, ce qui apporte du neuf (pas du sensationnel); dans le reportage, on est factuel (pas sensationnel); dans l'enquête, on suit la filière remontant des effets aux causes, etc.

Or, la crise sociale actuelle a révélé à une part de plus en plus grande de la population l'incompétence des médias traditionnels à traiter et à comprendre ce qui se passe: ignorance de ce qu'est la démocratie directe, méconnaissance totale de la structure clignotante des réseaux de mobilisation sans leader, confusion entre symptômes (la hausse des droits) et causes (la marchandisation de l'éducation), incapacité à penser les choix de société (humanisme contre commerce), multiplication des erreurs d'interprétation (quelqu'un a déclaré que les casseroles étaient contre le conflit étudiant), recours à des enquêtes sans valeur scientifique appelées abusivement et répétitivement sondages, etc.

Le problème des médias traditionnels et qui ne fait que constater leur déclassement total, outre le fait qu'ils taisent leur idéologie, c'est qu'ils sont partiels.

Ils s'accrochent à un champ de vision très restreint et sont convaincus que toute la réalité est là. Les caméras qui filment une manif vont se concentrer sur un épiphénomène négligeant le mouvement d'ensemble, puis vont le rediffuser en boucle pendant des heures et des heures de sorte que l'on fera croire au public que dans ce détail choisi pour son caractère éclatant réside l'essence d'un événement qui est souvent complètement autre.

Les nouveaux médias sont souples, multiformes et accessibles soit en temps voulu, soit en temps réel. Quand CUTV montre une manifestation, elle la filme avant, pendant et après de sorte que toute l'expérience est disponible. Elle pourra sélectionner des faits saillants en nombreuses capsules qui sont visionnables selon le choix de la personne qui y a accès. L'efficacité de cette méthode est telle que la police est extrêmement violente envers ce qui est pourtant un média, et que les médias traditionnels n'en font absolument pas mention alors qu'ils devraient se lever pour défendre la liberté de presse. Mais, le clivage entre les vieux médias et les nouveaux est déjà consommé.

Twitter apporte une multiplicité telle de regards sur les événements que l'esprit critique sera capable de rassembler les morceaux et de faire un tri pour retrouver une compréhension globale de la réalité.

Bien sûr, cela demande une capacité de distance critique et une capacité d'analyse, qui était nécessaire de toute façon avec les médias traditionnels, mais qu'on avait semble-t-il oubliée.

Enfin, les médias de gauche comme Presse-toi à gauche et MediaCo-op offrent des analyses critiques qui permettent de comprendre la réalité dans ses significations, dans ses causes et dans son impact sur la population.

Bien s'informer a toujours exigé un travail du citoyen, mais encore faut-il que les sources permettent d'avoir accès à une véritable transmission des réalités.




27 mai 2012


Marie-Antoinette Bombardier


La récente chronique de Denise «Marie-Antoinette» Bombardier est une désopilante pièce d'anthologie qui fera s'esclaffer les générations à venir de Québécois aussi sûrement que le Tartuffe de Molière dans les siècles derniers.

Dans une tirade éplorée, la passionaria de l'oligarchie capitaliste se désole que la «rue ait gagné». Comment? Qu'ouis-je? Les manants et les gueux prennent le pas sur la noblesse? C'est inadmissible!

La castafiore des exploiteurs patentés déplore que la rue «ait internationalisé un conflit mineur». Non, mais, pourquoi s'énerver pour une broutille comme un choix de société entre considérer l'éducation comme une marchandise ou comme un service public.

La diva de la flicaille craint que dorénavant «tout gouvernement pourra ultimement être mis en échec par des groupes d'opposants décrétant inique et injuste une loi ou une politique ministérielle». C'est vrai, ça, le peuple se soulève toujours pour des riens comme lorsqu'il crève de faim ou qu'on le prive de ses droits fondamentaux.

Pour des générations à venir, Marie-Antoinette Bombardier sera exécutée sous la guillotine du ridicule qu'elle aura elle-même échaffaudée.




24 mai 2012


Demande urgente pour la santé publique du Québec


À l'institut national de la Santé publique: info@inspq.qc.ca

Mesdames et Messieurs,

Comme il est impossible de trouver une adresse électronique pour la Direction générale de la Santé publique du Québec, je passe par votre canal pour faire ma demande.

C’est une question capitale pour la santé de tous et chacun des Québécois.

Depuis le début de la grève étudiante, Jean Charest se plaît à mettre de l’huile sur le feu. À mesure que le conflit s’envenime, il est visible dans tous les médias où on l’aperçoit qu’il prend une mine de plus en plus réjouie.

Un chef de gouvernement normal n’agirait pas ainsi. Aucune personne sensée n’agirait ainsi.

Je crois que cette personne, qui a le titre de premier ministre du Québec, devrait subir d’urgence une évaluation psychiatrique, car elle met en danger la santé phsysique et mentale des Québécois.

Recevez, Mesdame, Messieurs, mes salutations distinguées.

Francis Lagacé
3217, av. Laurier Est
Montréal H1Y 1Z9





21 mai 2012



Le ministère de la Justice m'a montré sa matraque


Lundi dernier, j'écrivais une lettre ouverte au ministre de la Justice Lettre ouverte à monsieur Jean-Marc Fournier.

J'ai bien sûr reçu une réponse standard qui, si l'on excepte la partie accusé de réception et les formules de politesse, ne contient que ceci: «Nous avons pris bonne note des éléments contenus dans votre correspondance et à cet égard, soyez assuré qu'ils bonifieront la réflexion du ministre dans ce dossier.»

Je suis tenté de croire qu'en effet le ministre a bel et bien tenu compte des arguments et qu'il reconnaît implicitement:

1. que d'après les propres critères libéraux, le gouvernement du parti libéral n'a pas la légitimité pour gouverner;

2. que seule la matraque justifie qu'on doive lui obéir et qu'il faut donc créer un délit d'opinion, ce que fait la loi 78.

La loi 78 en obligeant tous les participants à une manifestation à prendre parti pour les exigences de la police rend coupables tous ceux qui ne se rangent pas de son côté.

Le ministre Fournier a lui-même pris la peine de dire que ce n'était pas «une loi matraque». Cela signifie, quand on sait que ce gouvernement pratique la novlangue en disant qu'il consulte quand il ne consulte pas (la question de consultation du 6 décembre 2010 contenait déjà la réponse: «il faut augmenter les droits de scolarité»), qu'il négocie quand il ne négocie pas (le gouvernement s'est dit prêt à discuter de tout sauf de la hausse des droits de scolarité, donc du seul sujet sur lequel il fallait négocier), donc quand on comprend son usage de la langue, on voit là que c'est un véritable aveu qu'il s'agit d'une loi matraque, dont le seul but est de faire obéir la population parce qu'il n'y a pas d'argument raisonnable pour considérer ce gouvernement comme respectable.

Francis Lagacé
3217, av. Laurier Est
Montréal H1Y 1Z9




14 mai 2012


Lettre ouverte à Monsieur Jean-Marc Fournier


Monsieur Fournier,

Il paraît que vous êtes ministre de la Justice, mais à l'aune des discours que vous et les vôtres tenez depuis quelques mois, je n'en suis plus très sûr.

J'aimerais d'abord que vous réfléchissiez avec moi à partir de cet exemple:

Quand, dans une classe, un professeur est contesté à cause de ses exigences, il a beau prétendre que dans toutes les autres classes ça va bien et qu'il ne changera pas ses méthodes pour satisfaire à une minorité, s'il ne fait rien pour améliorer la situation, sa classe restera chaotique.

Dans l'histoire de la pédagogie, cette situation n'est pas si rare et, chaque fois, ceux qui connaissent des professeurs et ceux qui connaissent la pédagogie savent que la solution consiste à s'asseoir avec les membres de sa classe et à discuter avec eux de ce qui ne va pas pour déterminer ensemble les nouvelles règles de fonctionnement. Non seulement cette solution fonctionne, mais elle renforce la respectabilité du professeur et restaure entièrement son autorité sans entacher en rien sa dignité. En effet, l'autorité abusive se détruit d'elle-même, alors que l'autorité compréhensive se solidifie, car elle est mutuellement consentie.

Mais, pour cela, il faut accepter de faire passer son sens des responsabilités avant son petit orgueil personnel, ce qui demande la maturité intellectuelle et psychologique essentielle à l'exercice de l'autorité.

L'autorité pour être respectée se doit d'être respectable, et cela va au-delà des règles mécaniques du droit et des rapports hiérarchiques. Il y a par ailleurs un problème majeur à avaliser des injonctions qui ne sont pas respectables au sens propre du terme, c'est-à-dire qu'il est impossible de les respecter, comme l'expliquait clairement un professeur du collège Montmorency, monsieur Olivier Ménard, dans une lettre parue dans le Devoir des samedi et dimanche 12 et 13 mai 2012 en page B4. Ces injonctions ne tiennent pas compte de la réalité pédagogique et de l'impossibilité matérielle de faire le suivi de la matière pour des personnes qui apparaissent dans le cours alors que d'autres y étaient la fois précédente, où peut-on commencer ou recommencer?, comment peut-on finir?

Mais il y a autre chose, j'aimerais que vous m'expliquiez votre concept de démocratie à géométrie variable. Je ne comprends pas comment les principes démocratiques s'appliquent selon qu'ils vous plaisent ou non. Par exemple, les étudiantes et étudiants ont tenu des assemblées dûment convoquées et ont pris des décisions dûment proposées et discutées avant de les adopter dans des votes pris à la majorité absolue: 50% plus un. Ces votes engagent leur corps constitué et la seule option démocratique est de les respecter.

Quels arguments pouvez-vous opposer à cela? Il est absurde de chercher dans le droit du travail l'encadrement réglementaire de la grève des étudiantes et étudiants. Tout le monde sait que ce n'est pas un conflit de travail, c'est un conflit étudiant. Le cadre réglementaire du droit du travail n'y est pas approprié pas plus que le droit commercial n'est approprié à la régulation des rapports au sein d'une famille. Soumettre au calcul juridique strict des questions sociales, c'est rapetisser la société à un ensemble d'échanges économiques et comme le disait Michel David dans la même édition citée plus haut du Devoir en page B3 «se décharger de ses responsabilités sur les tribunaux». C'est surtout mépriser profondément l'exercice démocratique auxquels se sont livrés les associations étudiantes.

Pourquoi la démocratie étudiante serait-elle invalide et la démocratie électorale du Québec valide? Expliquez-moi ça, Monsieur Fournier!

Si on applique votre propre raisonnement à votre gouvernement et qu'on réduit l'exercice électoral à des relations de satisfaction individuelle, rien ne justifie plus que votre gouvernement soit le seul à prendre des décisions politiques. Je rappelle que, dans le corps qui les représente, les décisions étudiantes ont été prises à la majorité absolue: 50% plus un.

Vous me répondrez que ceux qui ont voté contre la grève ont des droits. Alors que faites-vous des droits de ceux qui ont voté contre votre parti au Québec? Comment se fait-il que toutes les personnes qui ont voté contre le Parti libéral n'aient pas voix au chapitre dans l'administration du Québec? Savez-vous bien que plus de gens ont voté pour d'autres partis que pour le Parti libéral? En suivant votre propre raisonnement, nous devrions nous liguer pour réclamer une injonction afin de faire dégommer votre gouvernement.

Vous me direz que tous les membres des associations étudiantes n'étaient pas présents lors des assemblées générales. D'abord vous présumez que les absents auraient voté contre et, encore une fois, vous appliquez une logique de démocratie à géométrie variable, car savez-vous bien qu'il y a plus de gens qui se sont abstenus lors des dernières élections que d'électrices et électeurs qui ont voté pour votre propre parti.

Vous me direz que la gestion d'une province est autre chose que la gestion étudiante dans les cégeps et universités. On est bien d'accord, les décisions étudiantes concernent les étudiantes et étudiants et c'est donc à eux de les prendre. Et puisque la gestion d'une province est plus grande, les règles démocratiques qui s'y appliquent devraient être encore plus sévères, pas moins. Comment se fait-il que vous puissiez gouverner ainsi?

Non, Monsieur Fournier, j'ai beau retourner vos arguments dans tous les sens, ils m'amènent à conclure que vous n'avez ni l'autorité ni la légitimité pour gouverner. J'aimerais que vous m'expliquiez avec des arguments raisonnables pourquoi les citoyennes et citoyens du Québec devraient vous écouter et vous croire.

Parce que vous avez été élu? D'après votre propre gouvernement, ceux qui n'ont pas voté pour vous ne sont pas concernés. Parce que vous avez le pouvoir de commander la police? Cela s'appelle l'argument du plus fort, c'est ce qui justifie les juntes, qui tôt ou tard finissent comme l'on sait.

Peut-être devriez-vous m'arrêter de manière préventive pour avoir tenu ces propos, et ainsi créer le délit d'opinion; c'est le seul élément qui manque à votre appareil répressif. Mais peut-être devriez-vous vous arrêter vous-même, car ce sont vos propres arguments qui m'ont conduit à parler comme je le fais.

J'aimerais en tout cas que vous me répondiez, car en l'état actuel des choses, je ne vois guère que la matraque pour soutenir votre gouvernement; pourtant la justice, c'est autre chose que les tribunaux et la police.




12 mai 2012


Un vrai sondage


Voici une vraie question de sondage à adresser à la population du Québec:

Vous avez payé par vos impôts 200 millions de dollars à UN entrepreneur muni d'une fortune de plusieurs centaines de millions de dollars et à la tête d'un empire médiatique important et disposant de multiples échappatoires fiscales, tout cela pour qu'il puisse construire un amphithéâtre dont la propriété sera privée et dont les activités serviront au sport professionnel.

Accepteriez-vous de faire le même effort pour permettre non pas à une personne mais à des CENTAINES DE MILLIERS de jeunes qui sont l'avenir de votre société d'avoir accès aux études supérieures?




7 mai 2012


Leçon de linguistique: une grève est une grève est une grève


Que l'on soit pour ou contre la grève étudiante, il convient d'appeler les choses par leur nom, aussi une petite leçon est-elle ici appropriée.

Voyons donc l'origine du mot. Les ouvriers journaliers de Paris se réunissaient place de Grève où ils attendaient de trouver du travail, de sorte que le premier sens de être en grève au début du XIXe siècle a été «chercher du travail» comme nous l'apprend le Petit Robert historique de la langue française.

Par la suite, des expressions comme mettre un patron en grève ont signifié le refus du travail d'un certain patron. Il a fallu ensuite peu de temps pour que le mot prenne le sens de «cessation collective des activités». Au cours du XXe siècle, le mot a été appliqué à toute décision de cesser des activités. De sorte qu'on a parlé très normalement de grève des étudiants et même de grève des prisonniers.

Historiquement, toutes les grandes grèves étudiantes du Québec ont été appelées grève comme il se doit par les différents acteurs et commentateurs des événements. Le boycott, plus proprement appelé boycottage, consiste pour sa part à refuser les biens ou les services d'un fournisseur. On voit ici le choix idéologique de ceux qui préfèrent ce terme à grève: ils refusent les décisions collectives et estiment que les cours sont un service commercial.

Pour enfoncer le clou et montrer que la grève n'est pas le boycott, on pourra constater que lorsqu'il n'y a pas grève, il est possible pour un individu de boycotter un ou des cours, un professeur, un département, une université, etc.

L'étroitesse d'esprit de certains qui cherchent le droit de grève des étudiantEs dans le code du travail n'y change rien. Le droit de grève étudiante n'y figurera jamais puisque qu'il ne s'agit pas de relations de travail. Cela ne signifie pas pour autant que les associations étudiantes n'ont pas le droit de prendre des décisions collectives pour faire valoir leurs revendications.

À ce propos, il serait de bonne justice qu'un parti politique progressiste mette à son programme l'adoption d'une loi reconnaissant les droits collectifs des étudiantEs et le respect qui est dû aux choix que font leurs assemblées générales. Je quitte ici la linguistique pour le domaine politique.

Mais l'idéologie joue souvent dans les choix linguistiques, c'est pourquoi la sociolinguistique nous en apprend beaucoup sur le fait que la langue et le vocabulaire n'ont rien de neutre.

Que s'est-il donc passé pour que, tout à coup, on se mette à marteler que la grève étudiante n'en est pas une? Qu'y a-t-il de différent avec 2005? En fait, la tendance à la marchandisation était déjà très forte en 2005, mais la propagande n'avait pas encore fait ce pas qu'elle attendait juste de franchir. Les mots ayant une valeur symbolique forte, les tenants d'une vision mercantile de l'éducation ramènent la grève à un choix individuel de refuser le service qui leur est offert. En fait, si les étudiantEs boycottaient, ils refuseraient surtout de payer leurs droits d'inscription ou refuseraient une université ou un département en particulier.

Ces retournements de sens sont typiques des autorités totalitaires qui, ne pouvant changer la réalité, en changent les appellations. On a ainsi des lucides, dont le sens d'origine est «raisonnement clair», puis «personne dont le raisonnement est clair, qui voit clair», alors qu'il s'agit plutôt de personnes aveuglées par le néolibéralisme.

Quoi qu'il en soit, pour revenir à la grève étudiante, il convient de se rappeler que d'utiliser le nom normal qui a du sens dans le contexte, c'est-à-dire grève ne signifie pas nécessairement qu'on y soit favorable, mais dès lors qu'on emploie le terme boycott, qu'on soit commentateur ou journaliste, c'est qu'on prend parti contre la grève et qu'on veut ramener l'action collective à un choix individuel et commercial.

Francis Lagacé, M.A. Linguistique, Ph. D. Lettres




30 avril 2012



Fable politique

(toute ressemblance avec la réalité ne saurait être que fortuite)


Il était une fois un pays très lointain dont la devise était J'm'en souviens pu.

Dans cet étrange pays, il y avait des dirigeants accrochés au pouvoir pour continuer à faire des affaires d'or en recevant des enveloppes bien garnies et en bradant le patrimoine à de gentils investisseurs subventionnés grâce aux deniers de la population.

Dans ce drôle de pays, le premier sinistre était un clown frisé qui faisait des numéros de stand-up comique. Ce clown était convaincu que son rôle était de prendre l'argent des pauvres pour le donner aux riches afin qu'ils puissent exploiter les ressources naturelles et s'en aller avec dans d'autres pays.

Dans ce pays curieux, de jeunes contestataires s'imaginaient que les impôts devaient servir à rendre des services publics plutôt qu'à permettre aux riches de devenir plus riches et aux présidents des usines à diplômes de se promener en limousine. Ces jeunes-là ne comprenaient rien à la nouvelle religion d'État: la marchandisation.

Dans ce pays bizarre, la ministre de l'ignorance nationale augmentait les prix d'entrée dans les usines à diplômes pour faire plaisir au premier sinistre et au ministre de l'adoration du commerce. Ce dernier avait besoin des profits pour faire des cadeaux aux gentils investisseurs qui, eux-mêmes, avaient besoin de ces cadeaux pour développer les lointaines contrées nordiques dont ils convoitaient les richesses.

Dans ce pays biscornu, les bourgmestres des plus grandes cités étaient de grands défenseurs de la liberté de commerce. Ils trouvaient bien gênants les jeunes malpropres qui dérangeaient la business.

Dans ce pays saugrenu, il y avait un service de police, composé d'agents de la paix économique, dont la tâche était de servir la religion de la marchandisation. Ils faisaient le ménage en ramassant les jeunes incroyants de façon musclée, en les poussant à coups de bâton, quitte à les faire saigner un peu. Qu'est-ce que quelques gouttes de sang, quand il s'agit de préserver les belles vitrines des temples de la nouvelle religion!

Dans ce pays singulier, le ministère de la propagande répétait sans cesse à la population qu'il ne faut pas salir les belles vitrines et aux agents de la paix économique qu'il faut frapper toujours plus fort sur les vilains qui manifestent contre la religion. Les agents de la paix économique étaient tellement occupés à frapper sur les incroyants qu'ils n'avaient pas toujours le temps d'arrêter ceux qui salissaient les belles vitrines.

Dans cet insolite pays, il y avait aussi des faiseurs d'image qui multipliaient par cent et par mille les photos des belles vitrines salies. Parfois, il se glissait dans le lot une photo d'une incroyante ou d'une passante ramassée de façon musclée.

Dans ce pays plutôt louche, pour détourner la population des incroyants, le ministre de l'insécurité publique leur a inventé un ennemi. Il a choisi pour ce faire un représentant d'une classe à part et l'a présenté comme un chef cruel et sanguinaire. «Méfiez-vous de ce monstre, hurlait-il à tue-tête. Sauvez-vous, il va tous nous battre.» Le ministre de l'insécurité publique avait très peur de ce dangereux jeune homme, petit et frêle.

Dans ce pays baroque, si on se plaignait de la taxe sur la chaleur, trop élevée, le ministre de l'adoration du commerce répondait: «Je vous ai entendus. Je vais l'augmenter encore pour le peuple, mais je vais la dimininuer pour les usines.»

Dans ce pays farfelu, les jeunes incroyants pensaient que la démocratie consistait à faire des assemblées où les gens débattent en étant informés et où ils prennent des décisions majoritaires. L'Assemblée des sinistres, à l'aide d'agents spéciaux, s'est chargée de leur montrer que la démocratie, c'est obéir au dictateur pendant quatre ou cinq ans, surtout que le dictateur est un gentil clown frisé, et en attendant, il faut marcher droit et rentrer dans l'usine en silence sinon les juges vont imposer des taxes spéciales.

Dans ce pays tourmenté, il n'y avait pas de négociation possible entre les incroyants et l'Assemblée des sinistres. En effet, la devise de l'Assemblée des sinistres et des ministres du culte du commerce était: «Crois ou meurs.»

Dans ce pays inquiétant, la ministre de l'ignorance nationale disait aux incroyants de parader sans faire de bruit, car les parades sans bruit ne la dérangeaient pas du tout. Seul le bruit la dérangeait, mais il était interdit d'en faire en sa présence.

La ministre de l'ignorance nationale criait pourtant très fort et exigeait des incroyants qu'ils dénoncent les salisseurs de vitrine. De son côté, elle n'avait que des félicitations pour les agents de la paix économique.

Dans ce pays spécial, quand les élections approchaient, on tournait les caméras sur les vilains incroyants et, surtout sur les vitrines salies, pour montrer qu'on a encore besoin du gentil clown frisé pour officier aux grand-messes de la religion.

Dans ce pays indéfinissable, il y avait de jeunes incroyants qui refusaient de sacrifier au dieu commerce et qui rêvaient d'une société où le chacun pour soi serait remplacé par le chacun pour les autres.

Dans ce pays incertain, des jeunes savaient mieux que leurs aînés ce qu'était l'éducation.




22 avril 2012


J'imagine


«J'imagine
Un peuple dynamite et pourtant sans défense
Tout en lui ne serait qu'amour et transparence
J'imagine
Un hiver tout de neige et fleurissant quand même
Pour des femmes chansons, pour des hommes poèmes

Et la grande liberté au poing la rose
Et la grande liberté la rose au poing
Et la grande liberté la rose au poing»

Henri Gougaud




19 avril 2012


Contre la violence


Puisque Madame Beauchamp estime qu'on ne peut pas négocier avec un groupe qui ne condamne pas la violence, je ne vois pas comment les étudiantes et étudiants pourraient négocier avec elle qui organise la violence tous les jours depuis des mois contre les étudiants.




16 avril 2012


Tous les médias, tous les journalistes sont idéologiques


Je me rappelle Lise Bissonnette s'écriant au début des années 90 que les idéologies étaient disparues et qu'on ne les regretterait pas. Sans doute avait-elle adhéré à la thèse de la Fin de l'histoire de Fukuyama et croyait-elle que le capitalisme triomphant n'était pas une idéologie. Or, nous entrions au contraire dans l'ère de l'idéologie omniprésente.

Il convient de rappeler ce qu'écrivait Althusser en 1970 dans son article «Idéologie et appareils idéologiques d'État (Notes pour une recherche)», paru dans la revue La Pensée numéro 151 à la page 32:

«C'est un des effets de l'idéologie que la dénégation pratique du caractère idéologique de l'idéologie, par l'idéologie: l'idéologie ne dit jamais "je suis idéologique".»

Quand les présentateurs se permettent des commentaires, quand les reporters orientent leur discours, tous pratiquent l'idéologie. Les médias ont leur propre choix politique et laissent plus ou moins de liberté à leurs employés, souvent beaucoup moins qu'il n'y paraît.

Un bref séjour parisien m'a fourni des exemples d'Outre-Atlantique pour parler de ce problème présent partout. On se retrouve en terrain connu quand on entend les journalistes et les présentateurs minimiser systématiquement les foules qui appuient les options de gauche ou encore répéter de la même façon sur toutes les chaînes radio ou télé: «Mélenchon attaque toujours les mêmes cibles, soit les riches et les grandes entreprises», comme si les partisans de l'austérité ne radotaient pas toujours les mêmes âneries à propos de la dette. Mais, ça, aucun grand média, aucun journaliste ne le rappelle.

Il était assez affligeant d'entendre une intervieweuse qui interrogeait le candidat Nicolas Sarkozy à France Info pour un entretien de 10 minutes bien comptées, car chaque candidat aura droit de par la loi à exactement ces 10 minutes d'interview, d'entendre donc cette journaliste prendre deux bonnes minutes pour s'attarder complaisamment avec le président à rabâcher un fait divers dans lequel un policier a été tué par un cambrioleur qui a foncé sur lui avec sa voiture. Et le président et la gentille animatrice ont ensemble dénoncé le «malfrat». Voilà une façon de plaider pour la rigide politique sécuritaire du président, qui était pourtant là à titre de candidat.

Petit détour anecdotique:

Puisqu'on parle de la politique et des pratiques sécuritaires, le mercredi 11 avril, j'étais assis dans une petite place, là où la rue Bréa vient rejoindre la rue Vavin pour y manger un bout de pain en attendant d'aller au cinéma. Devant moi, était assis sur un banc, les pieds sur le siège, les fesses sur le dossier, un jeune Maghrébin qui mangeait son sandwich.

Arrivent trois policiers à vélo, qui interrogent le jeune, le fouillent systématiquement, vident toutes ses poches, inspectent tous ses papiers, son passeport, font de très nombreux appels pour vérifier toutes sortes d'information. Un grand déploiement fortement humiliant pour un jeune qui, visiblement, n'était pas armé ni en train de commettre un délit grave.

Pendant ce temps une bande de jeunes filles de bon genre se précipitent sur mon banc en piaillant. Rien que de normal, à cet âge, les filles piaillent et les garçons grognent, on est tous passés par là, et certaines montent les deux pieds sur le banc, mais les policiers ne les voient ni ne les entendent, et on ne saurait les en blâmer, mais pourquoi ont-ils si bien vu le jeune Maghrébin?

Fin de l'anecdote du beau pays sécuritaire, qui n'est pas sans nous rappeler un certain grand pays de plus en plus conservateur dans sa gouvernance en tout cas.

Un film intitulé Les nouveaux chiens de garde joue dans les salles parisiennes actuellement. Inspiré par l'œuvre de Paul Nizan, il montre comment les grands groupes médiatiques et les hommes politiques sont de la même classe et partagent les mêmes intérêts. Plusieurs d'ailleurs se fréquentent sans gêne au restaurant le Siècle où se rencontre tous les derniers mercredis du mois le gratin des hommes de pouvoir, et de quelques femmes.

«Curieusement», ce film n'est précédé d'absolument aucune publicité.

Comme le dit Henri Maler, fondateur d'Acrimed (allez voir ce site acrimed.org), il convient de «rendre sensible la nécessité, voire l’urgence de transformations en profondeur et d’une appropriation démocratique des médias et, dans ce but, faire ou refaire de la question des médias la question démocratique et donc politique qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être.»

En attendant, il y a les médias et les journalistes qui sont idéologiques et ne le savent pas, ceux-là illustrent très bien la double ignorance dont parlait Socrate: «Ils ne savent pas qu'ils ne savent pas.» Ce qui ne les empêche pas de servir des maîtres qui nous sont adverses.

Il y a ceux qui sont idéologiques et qui ne le disent pas, ce sont les hypocrites qui manipulent sciemment l'information et ils sont loin d'être si rares.

Et, finalement, il y a ceux qui sont idéologiques et qui le savent, et il importe de savoir le camp qu'ils ont choisi: celui du peuple ou celui des exploiteurs.

Inutile de dire que je n'ai envoyé ce texte à aucun média.




2 avril 2012


Les partisans de la hausse n'ont plus d'argument


Ils n'ont plus d'argument; ils ne savent plus quoi dire. Une fois qu'on leur a expliqué que ce n'est pas une question d'argent puisque le gouvernement possède déjà cet argent, qu'il peut même en avoir davantage en rééchelonnant les impôts au bénéfice même de la classe moyenne, en imposant les plus riches et les très grandes entreprises, ils ne savent plus quoi dire.

Une fois qu'on leur a fait comprendre que ce n'est pas une question de manque de financement des universités, mais bien de mauvaise gestion et de malfinancement, ils ne savent plus quoi dire.

Il ne leur reste que le mantra: «il faut que les étudiants fassent leur part», un sophisme ridicule comme si la part des étudiants n'était pas d'étudier, comme s'ils ne faisaient pas déjà leur part en travaillant eux aussi, comme si la juste part ne devait pas se faire en payant des impôts en proportion de ses moyens quand on travaille, ils ne savent plus quoi dire.

Leur seule position est idéologique et consiste à croire que l'éducation est une marchandise qu'on doit s'acheter plutôt qu'un bien commun qui doit servir au public. Et comme ils ne veulent pas l'avouer, alors ils ne savent plus quoi dire et répètent n'importe quoi.

Comme l'inénarrable ministre de l'édulcoration qui a trouvé le tour vendredi dernier de mélanger péronisme, quiproquo et confusion mentale dans cette expression digne d'un sottisier «c'est le syndrome du pas-dans-ma-cour, les étudiants veulent refiler leur facture à d'autres». Quand on sait que le syndrome du pas-dans-ma-cour s'applique à des personnes qui refusent de voir un établissement dans leur voisinage et que le refilage de facture s'applique à ceux qui ont fait une dépense, mais ne veulent en faire les frais, alors qu'ici il s'agit d'appliquer socialement des frais sociaux, donc il s'agit plutôt de s'approprier normalement et sainement la facture, on ne peut que constater l'indigence argumentative de la ministre, sans s'étendre sur son indigence intellectuelle qui nous fait douter de ses compétences à exercer son poste.

Comme le clownesque premier sinistre qui ne trouve rien d'autre à dire que la décision était déjà prise depuis longtemps (ce qui prouve que c'est une position idéologique), qu'il y a eu beaucoup de consultations (alors qu'il n'y a eu de consultations qu'entre partisans de la hausse et que sur les moyens de l'imposer) et que c'est une décision d'avenir (expression qui ne veut rien dire ou alors qui veut dire qu'il n'y a d'avenir que pour ce qui se vend). Peut-on trouver plus inepte perroquet du dogme mercantile?

Les étudiantes et étudiants ont raison de maintenir la pression, ils sont à quelques pas de la victoire, et nous nous devons de les appuyer personnellement, dans nos organisations et par des gestes concrets. Les étudiants font comme nous face à des dirigeants qui s'imaginent que la démocratie se résume à élire un dictateur tous les quatre ans. Ces dirigeants ont tort. S'ils ne veulent pas le comprendre, leur démission serait bienvenue.




30 mars 2012


Ce que les recteurs ne nous disent pas


Dans le présent débat sur la hausse des droits de scolarités annoncée par le gouvernement, il y a des réalités importantes qui sont occultées par les recteurs d’Université.

Par exemple, le fait que ce qui compte, ce ne sont pas les éventuelles aides financières qui pourraient aider certaines personnes à défrayer les hausses de droits, mais plutôt l’accessibilité à tout le monde, qui permet de s’assurer que, par des frais bas, toutes les personnes qui sont aptes puissent avoir accès aux études universitaires sans se demander si leur situation familiale entrera dans les conditions complexes d’admissibilité à des programmes d’aide.

Par exemple, le fait que de faire appel à des organismes philanthropiques comme le suggèrent les recteurs ouvre la voie à une sélection pour des raisons qui n’ont rien à voir avec les qualités académiques des personnes qui se feront aider.

Par exemple, le fait qu’une mesure de justice sociale comme les impôts est beaucoup plus facile à pratiquer et à administrer et qu’elle évite les ségrégations de toute nature.

Par exemple, le fait que des dépenses somptuaires dans les immobilisations et dans la concurrence à outrance entre les universités détournent des fonds qui pourraient aller à l’enseignement sans qu’on n’ait le moindrement besoin d’augmenter les droits de scolarité.

Par exemple le fait que les droits de scolarité sont accompagnés de toutes sortes de frais afférents qui sont automatiquement facturés aux étudiants et dont ils peuvent, seulement pour certains, se retirer en faisant une démarche administrative.

Par exemple, le fait que si les recteurs étaient attachés à l’accessibilité, ils plaideraient pour des études sans frais plutôt que de faire appel à tout un chacun pour faire la charité par des dons de toutes sortes, car la charité glorifie celui qui donne, mais humilie les personnes qui en sont l’objet, alors que la justice sociale ne crée ni héros ni victime et permet à tout un chacun de faire sa part en travaillant, tout simplement.

Ce que les recteurs ne nous disent pas non plus, c’est que, quand le gouvernement a prétendu consulter les acteurs du monde universitaire le 6 décembre 2010, il s’est consulté tout seul avec les recteurs parce que personne ne voulait d’une fausse consultation où la réponse était écrite dans la question qui était posée : «Quels sont les meilleurs moyens de faire augmenter les droits de scolarité?»

Ce que les recteurs ne nous disent pas, c’est qu’ils veulent continuer le jeu de la concurrence entre eux pour s’arracher des étudiants qu’ils considèrent comme une clientèle plutôt que comme une population qu’il faut servir. Et cela, ça nécessite du cash qu’ils veulent aller chercher dans la poche du client, justement.

Ce que les recteurs ne nous disent pas fait en sorte que le portrait qu’ils nous renvoient de la situation universitaire est très déformé.





25 mars 2012


Le point sur la lutte étudiante


Le combat qui oppose les organisations étudiantes et le gouvernement actuel du Québec est une confrontation entre deux visions contradictoires de la société.

Si l'on croit à l'utilité sociale d'un gouvernement, ce sont les étudiants qui ont raison. En effet, si l'éducation est un investissement que la société fait dans sa jeunesse pour un avenir meilleur, cette société se doit de rendre l'éducation universitaire accessible à toutes les personnes qui en ont les capacités intellectuelles.

Si, au contraire, on croit que l'éducation est un investissement personnel, une marchandise que l'on s'achète, il n'est alors pas nécessaire de financer collectivement l'éducation au-delà du secondaire. Et même, si l'on conçoit l'éducation comme une façon de préparer les jeunes à servir les entreprises, on devrait demander aux entreprises de financer les écoles. C'est ce qu'on commence à faire quand on fait intervenir des fondations privées dans les cursus.

Une telle conception mercantile de l'éducation correspond à une vision tronquée de la société vue comme une collection d'individus plutôt que comme une collectivité pouvant se donner des objectifs communs pour le plus grand bien de tous et de chacun.

Que reste-t-il à faire maintenant que les positions sont bien campées de part et d'autre? Que va-t-il se passer maintenant que la ministre de l'éducation, madame Line Beauchamp, a balayé du revers de la main la force de la plus grande manifestation jamais tenue à Montréal?

Il y a quelque chose de plutôt étrange à entendre la ministre se plaindre des actions dérangeantes que tiennent certains groupes d'étudiants quand du même souffle elle leur enjoint de tenir des manifestations pacifiques dont elle assure qu'elles n'auront absolument aucun effet sur elle.

Il y a quelque chose de plutôt révélateur à entendre la ministre dire que la manifestation ne saurait avoir d'impact sur elle puisqu'elle ne regroupe que les syndiqués (la fameuse classe moyenne), les étudiants, les enseignants, les jeunes, les artistes... Il est à noter que de nombreux petits entrepreneurs (surtout artistiques il est vrai) ont fermé leur boutique ce jour-là pour accompagner les étudiants. Qui manquait-il donc à cette manifestation? Les banquiers, financiers et autres grands dirigeants d'entreprise! C'est sans doute ceux-là qu'elle veut voir, entendre et surtout écouter.

N'est-il pas révélateur, répétons-le, que madame Beauchamp attache plus d'importance à un groupe de personnes qui ne suffirait pas à remplir le square Saint-Louis plutôt qu'aux centaines de milliers de personnes qui ont envahi les rues de Montréal le jeudi 22 mars 2012?

N'est-il pas révélateur, oui il convient de le répéter, que madame Beauchamp soit ainsi au service du grand capital plutôt que de la société?

N'est-il pas révélateur, nous ne nous lasserons pas de le répéter, d'entendre la ministre dire que la hausse des droits de scolarité est nécessaire parce que sinon ce seront les travailleurs de la classe moyenne qui en feront les frais alors que justement cette hausse sera absorbée par les étudiantes et étudiants filles et fils de la classe moyenne?

N'est-il pas révélateur, qu'on ose nous reprocher de le répéter!, d'entendre la ministre opposer les étudiants et les travailleurs de la classe moyenne alors que justement ils sont dans le même bateau, surtout quand elle déclare qu'ils payent les études des jeunes, ce que tout le monde sait déjà, oubliant par là que ce sont aussi elles et eux qui payent son salaire, sa limousine et son chauffeur?

Les étudiantes et étudiants, les travailleuses et travailleurs de la classe moyenne sont dans la même situation, confrontés à un gouvernement qui sert les intérêts des plus riches et des grandes entreprises en se servant des impôts prélevés sur la classe moyenne pour subventionner ceux-là grassement tout en les exonérant de fiscalité. Ce gouvernement refuse d'exiger des recteurs des universités une gestion qui favoriserait leur mission primordiale d'enseignement. Ce gouvernement refuse de prendre des mesures simples et efficaces, toutes beaucoup moins coûteuses que le pharaonique Plan Nord, pour financer l'accès à l'université de toutes les personnes qui y sont aptes. Cela se fait au détriment des familles défavorisées, dont les aspirations seront révisées à la baisse. Cela se fait au détriment des familles de classe moyenne.

Il faut appeler les choses par leur nom: c'est une lutte de classe et les travailleuses et travailleurs ont tout intérêt à appuyer le mouvement étudiant.

Si la ministre dit clairement qu'elle ne veut pas reculer et que les manifestations pacifiques n'ont pas d'effet sur elle, que reste-t-il aux étudiantes et étudiants sinon des actions dérangeantes? Qui pourrait les en blâmer?





19 mars 2012


Taxes et impôts: la grande confusion


En anglais, les taxes et les impôts sont désignés par un seul mot: taxes. De sorte que lorsque les anglophones se plaignent de payer trop de taxes, ils se plaignent à la fois des impôts sur le revenu et des différentes taxes à la consommation ainsi que de toutes les autres taxes qu'on peut avoir à payer, comme la taxe sur la santé. Pour les distinguer, il faut donc apporter un spécifique et parler par exemple d'income tax, l'impôt sur le revenu.

Souvent, cette confusion est importée en français, au Québec, ce qui fait bien l'affaire des grandes entreprises qui appellent les citoyens à leur aide ou qui prétendent venir à l'aide des citoyens en prétendant qu'au Québec «on est les plus taxés d'Amérique».

Or la différence est loin d'être anodine, car s'il est vrai que la taxe de vente est plus élevée au Québec, les impôts sont moins élevés pour les grandes entreprises et les déductions fiscales très généreuses.

Il est donc important de faire la différence entre les diverses sortes de taxes et les divers impôts. D'autant qu'une taxe à la consommation de biens essentiels affecte beaucoup plus une personne qui gagne 15 000 $ par année qu'une autre qui en gagne 125 000 $.

À l'inverse, l'impôt sur le revenu, s'il est bien pratiqué, s'il est progressif, affectera davantage les contribuables qui ont les moyens de payer et les entreprises qui font de gros profits, ce qui est beaucoup plus équitable.

Il est bien certain que personne n'aime payer de taxes ni d'impôts. Si on fait un sondage pour demander à la population: «voulez-vous payer plus d'impôts?», l'immense majorité dira non. Si on demande à la population: «voulez-vous payer moins d'impôts?», l'immense majorité dira oui.

Toutefois, si il y a 20 ans, quand on a commencé à réduire les impôts et à entrer dans la logique de l'utilisateur payeur, on avait posé la question de manière plus précise avec les conséquences que la réponse impliquait, voici comment il aurait fallu la formuler: «Voulez-vous payer moins d'impôts et, en conséquence, avoir moins de services gouvernementaux, devoir payer pour obtenir certains services autrefois offerts universellement et laisser le privé entrer dans les hôpitaux et les écoles?» La réponse aurait sans doute été comme en Norvège il y a quelques années: «Non, on préfère payer des impôts pour continuer à offrir de bons services à tous.»

La diminution des impôts pour les plus riches a eu comme conséquence que toutes sortes de tarifs et de taxes spéciales apparaissent. Par exemple, la fameuse taxe santé qui obligera l'an prochain même les bas revenus à payer 200 $ par année. Une telle somme n'a pas le même impact sur le budget de la mère de famille qui gagne 25 000 $ par année que sur celui du banquier qui gagne 300 000 $ avant ses primes et divers cadeaux en actions.

Hier, dimanche 18 mars 2012, on faisait état à la télévision de TVA d'un sondage dans lequel on avait demandé aux citoyens québécois s'ils étaient prêts à payer plus d'impôts pour éviter la hausse des droits de scolarité. La réponse a été sans surprise: Non!

Le problème de ce sondage est qu'il pose une question qui n'a aucun rapport avec la situation actuelle ni avec ce que les étudiantes et étudiants proposent.

La question que les étudiantes et étudiants nous posent est la suivante: «Voulez-vous que les impôts sur le revenu soient mieux répartis de sorte que la majorité de la population en paye moins, que les plus hauts revenus et les grandes entreprises payent leur juste part et que les droits de scolarité soient gelés ou même réduits?» L'immense majorité répondra Oui! à cette question.

Il est même possible de rendre complètement gratuite la scolarité universitaire en réaffectant vers l'enseignement les fonds versés aux universités plutôt que vers les partenariats avec des entreprises privées ou en établissant une vraie fiscalité progressive qui permet à chacun de faire sa juste part et non qui impose aux plus vulnérables un fardeau proportionnellement plus lourd qu'aux mieux nantis.

Quand on pose les bonnes questions, on a des réponses beaucoup plus intéressantes!




12 mars 2012


Pour que chacun prenne ses responsabilités


On me dit que chacun doit faire sa part et qu'il faut se responsabiliser. Le grand courant à la mode est de demander à chacun de payer pour les services qu'il reçoit.

Alors, je veux bien. Imaginons ensemble un système qui permettrait de s'assurer que tout un chacun fasse sa contribution à la société. Prenons les droits de scolarité qui permettraient de financer le réseau de l'éducation.

Laissons de côté pour l'instant, les enfants du primaire et du secondaire. On pourrait demander aux cégépiennes, cégépiens et universitaires de payer leurs droits de scolarité. Pour que ce soit plus facile à réaliser, on pourrait leur demander de payer après quand ils gagneront de l'argent.

Par exemple, la personne qui étudie en médecine pourra payer plus parce qu'elle gagne plus. Par contre, si la personne qui a étudié en médecine se retrouve pour une raison quelconque à travailler dans un autre domaine où elle gagne moins, ce ne serait pas juste de lui faire payer plus. Il faudrait trouver un mécanisme qui permette d'ajuster la somme qu'elle paye aux revenus qu'elle gagne.

De même pour la personne qui a étudié en littérature, ses frais de scolarité à payer après seront beaucoup moindres parce qu'on sait qu'elle gagnera peu, mais si par chance elle travaille dans un domaine où elle fait beaucoup d'argent ou si, ce qui est plus rare, elle devient célèbre et très bien rémunérée, ce serait tout de même plus juste qu'elle paye une plus grande part. Encore une fois, un mécanisme qui ajusterait les sommes versées à l'importance des revenus gagnés serait plus approprié.

Ne trouvez-vous pas que ce système serait fonctionnel? Puisque ça fonctionne si bien pour les études, on pourrait appliquer le même système pour les soins de santé. Et comme on ne sait pas quand on a besoin des soins de santé, on pourrait demander à toutes les personnes qui travaillent de payer d'avance une petite somme afin de ne pas se retrouver devant des dépenses trop importantes le jour où elles auront besoin de se faire soigner.

Ainsi, la personne qui est malade ou blessée pourra recevoir des soins parce qu'elle a commencé à payer et pourra continuer à payer après, soit pour compléter les frais soit pour continuer à garnir sa réserve pour une prochaine fois. Pour s'assurer que ces contributions soient équitables envers tous, là encore on pourrait ajuster la cotisation aux revenus gagnés. De la même façon, tout le monde contribuera pour assurer les soins des enfants, car après tout, ce n'est pas aux enfants à payer pour leurs soins de santé.

C'est ce qui me permet de revenir à l'éducation des jeunes du préscolaire, du primaire et du secondaire. On pourrait demander aux parents de payer un petit peu dès qu'ils travaillent et tout au long de leur vie, comme ça, ça éviterait que ça coûte trop cher d'un coup. Et puis, comme on ne peut savoir d'avance qui sera parent ni combien de temps il le sera, on pourrait faire contribuer tout le monde à proportion de ses revenus. Après tout, les enfants sont ceux de tout le monde. Ne dit-on pas qu'il faut tout un village pour éduquer un enfant.

Et puisque ce système semble bien fonctionner et nous paraît très juste, on pourrait l'appliquer aux routes et à tous les services dont on a besoin. Ça assurerait une contribution équitable de tous et chacun au bien-être de tous et chacun sans étouffer les personnes qui gagnent peu. Voilà une belle solution qui permettrait de régler le problème des droits de scolarité et des frais médicaux. On devrait l'appliquer, non?

Mais, attendez, ce système existe déjà! Ça s'appelle la fiscalité progressive.




5 mars 2012



L'équilibre journalistique et les discours dominants


Je me rappelle un journaliste qui me disait: «Mon travail ne consiste pas à juger les déclarations, mais à rapporter les arguments de chaque côté.»

Une telle conception est juste dans un monde équilibré où l'accès à l'information est égal pour tous. Notons toutefois que le travail d'objectivité du journaliste n'exige pas de lui qu'il porte des jugements, mais qu'il confronte les déclarations à la véracité des faits.

En effet, le simple rapport des déclarations ne peut que renforcer les discours de ceux qui ont les moyens de les répéter sans cesse et la force de les imposer.

Dans les débats sur la justice sociale, quand l'un des camps prétend que les impôts sont trop élevés au Québec, on peut le rapporter sans le juger. Quand ce même camp prétend qu'ils ont augmenté, on peut vérifier que les impôts des entreprises ont en fait diminué de moitié dans les dernières décennies et que les échelons d'impôts des particuliers ayant été réduits, certaines couches de salariés plus nantis en paient moins alors que certains couches moyennes en paient plus.

Faire ce genre de vérifications objectives permet au destinataire de l'information de mieux connaître la réalité et donc au travail journalistique d'accomplir pleinement son rôle d'éclairage des citoyens.

Les chroniques, les émissions de personnalités où l'objectif est la confrontation flamboyante ne s'attardent pas à la critique de fond et entretiennent dans le public une confusion entre l'information et le divertissement. Mettre sur le même pied les discours des uns et des autres sans les mesurer à l'épreuve des faits ne peut que renforcer les préjugés de part et d'autre sans faire avancer le débat public.

La confrontation avec la réalité est nécessaire pour éviter que des porte-paroles répètent ad nauseam des contre-vérités, car il existe une technique de propagande qui consiste à répondre la même chose qu'on vient tout juste de déclarer pour répondre à l'objection qui y est présentée.

J'en veux pour preuve deux répliques données à des arguments avancés la semaine dernière à propos des «étudiants socialement responsables». On a argué qu'on ne sait pas comment ces porte-paroles ont été élus. La réponse fournie est qu'ils ont été élus par un petit groupe et que maintenant que ce petit groupe est devenu plus grand, on refera des élections pour que plus de monde y participe.

C'est passer à côté de la question véritable: les élus des associations étudiantes sont les représentants légitimes des étudiantes et étudiants puisqu'ils ont été choisis dans les instances chargées de représenter les étudiantes et les étudiants. Tout groupe qui se constitue n'a pas le même caractère représentatif au motif que les décisions de son association ne lui plaisent pas.

Le deuxième exemple concerne le fait paradoxal de s'appeler «socialement responsables» quand on renvoie chacun à lui-même. La réponse qui a été faite est de dire qu'il est socialement responsable que chacun fasse sa part, donc on a répété exactement la même chose: on renvoie chacun à lui-même pour défrayer ses droits de scolarité. La meilleure façon que chacun fasse sa part est pourtant de passer par la fiscalité progressive qui fait en sorte que chacun contribue selon ses moyens quand il en a les moyens aux services offerts par la collectivité.

Derrière les discours qui sont répétés sans être critiqués au sens noble du terme, c'est-à-dire passés au crible de l'analyse et de la vérification, il y a les mécanismes de maintien et de reproduction du pouvoir par ceux qui dominent.




27 février 2012


Opposants à la grève étudiante: marketing d'étiquette


Le journalisme prévoit une couverture équilibrée. C'est-à-dire que, dans les reportages, on fait valoir les tenants des diverses options, même celles qui n'ont pas la faveur populaire.

Quand ce principe est bien respecté, c'est un avantage démocratique important, car les opinions qui sont les plus diffusées peuvent l'être parce que ceux qui la promeuvent ont plus de moyens financers ou plus de relais chez les élus.

Cet équilibre favorise donc le débat, la confrontation des idées et l'évolution de la pensée dans la société.

C'est tout de même un art délicat que de rapporter les points de vue divergents en faisant valoir les arguments de part et d'autre en évitant de glisser dans la partialité, de porter l'éclairage sur tel aspect moins solide de l'un, mais pas de l'autre, de s'attarder aux traits de personnalités des porteparoles, à leur apparence, à des caractéristiques du discours qui ne sont pas liées à l'argumentation, etc.

Cet équilibre ne signifie pas non plus qu'on doive laisser entendre que toutes les opinions ont le même poids et que leur provenance est neutre. Quand une tendance est promue par un lobby financier et une autre par un mouvement collectif, les intérêts de classe peuvent être montrés dans l'analyse.

Cela nous amène à scruter d'un peu plus près le groupe d'étudiants qui se sont désignés sous l'appellation «d'étudiants socialement responsables». Ce groupe d'individus a des porteparoles dont on ne sait comment ils ont été élus. Cela mérite d'être souligné. En face, le mouvement étudiant organisé relève d'associations étudiantes dont les structures sont connues et démocratiques. Cela aussi mérite d'être souligné.

L'appellation «étudiants socialement responsables» a de quoi laisser songeur, car elle semble la récupération d'un concept que chacun trouve louable à des fins qui ne vont pas tout à fait dans le sens qu'on attendrait. En effet, être socialement responsable, c'est prévoir le rôle de la société, s'engager pour que les structures sociales fonctionnent pour le bien de l'ensemble. Il est un peu paradoxal de s'appeler «socialement responsable» quand on veut renvoyer chaque individu à lui-même.

On trouve un phénomène semblable dans l'emploi du terme «développement durable» par le gouvernement québécois pour décrire le plan Nord, sans qu'il y ait de véritables pratiques de développement durable. En effet, protéger une partie du territoire, c'est très bien, mais ce n'est pas du développement durable. Le développement durable consisterait, par exemple, à remettre en l'état les territoires exploités, à limiter l'impact environnemental de l'exploitation en faisant appel à des procédés moins polluants, etc.

Il en est de même lorsque des entreprises affichent des logos qui parlent d'écologie sur leurs produits, sans que ces logos ne soient la preuve d'approbation par des organisations écologiques ou réglementaires.

On assiste donc dans tous ces cas à un marketing d'étiquette qui consiste à s'accoler une appellation bien vue sans avoir nécessairement une pratique appropriée.

Finalement, le fait qu'un groupe se livre à du marketing d'étiquette justifie-t-il que ses porteparoles autoproclamés soient traités comme s'ils représentaient un mouvement populaire? Analyser et rapporter leurs idées est une chose nécessaire; montrer l'origine et la nature de leurs appuis en est une autre que les médias incluent dans l'équilibre journalistique.




20 février 2012


Pauvreté: le collectif individuel


Les Journées de la persévérance scolaire qui viennent de se terminer m'ont frappé par le paradoxe qu'elles illustrent. S'il est fort bon que tout le monde s'entende pour encourager les jeunes à continuer leur scolarité, s'il est très louable de les inciter à raccrocher s'ils ont abandonné en cours de route, il y a quelque chose d'inconséquent à prétendre s'unir dans un effort collectif pour favoriser la réussite scolaire tout en ne ciblant que les individus alors que tout le monde s'accorde pour dire que l'un des prédicteurs les plus sûrs du décrochage est la pauvreté.

Si la pauvreté est liée au décrochage, comment peut-on prétendre la réduire en rendant les jeunes responsables de leur condition? Comment peut-on influer sur la persévérance si aucune mesure sociale n'accompagne nos bonnes intentions? Tout se passe comme si on traitait la pauvreté comme une tare individuelle.

Or, ce sont certaines conditions sociales qui conduisent à la pauvreté. C'est la répartition de la richesse ainsi que l'accession à une éducation gratuite et de qualité qui conduiront les jeunes à vouloir, et à pouvoir surtout, mener leurs études à terme.

J'ai eu une démonstration flagrante de ce paradoxe lors d'une activité tenue dans le cadre de ces journées de la persévérance scolaire. J'étais entouré de personnes de condition favorisée qui dans un même souffle voulait faire persévérer les jeunes tout en voulant les convaincre de payer des frais de scolarité plus élevés.

J'ai eu beau expliquer à mes interlocuteurs que la hausse des frais réduirait les aspirations des classes moins favorisées et que, s'il est vrai que les facultés continueraient à recruter malgré des frais plus élevés, elles seraient toutefois peuplées de filles et de fils de bonne famille et non de jeunes provenant de tous les milieux, cela ne les a pas fait broncher.

Si une réflexion générale ne les touche pas, je me suis dit qu'un exemple personnel pourrait peut-être les convaincre. Je me suis alors pris comme exemple: faisant partie de la première génération de diplômés universitaires dans mon milieu d'origine, ce qui aurait été impossible sans des frais très bas et un bon programme de prêts et bourses, j'estime que les générations subséquentes du même milieu devraient aussi y avoir droit. Je n'ai eu pour toute réponse qu'un haussement d'épaules. Preuve, s'il en était besoin, qu'on ne cherche pas à améliorer le sort des classes défavorisées, on veut seulement sauver les bons pauvres, certains qui sont dociles et chanteront nos louanges, et tant pis pour les autres!

Cette absence totale de vision systémique, cette perception étriquée de la réalité sociale ne laisse de m'ébaubir.

La lutte à la pauvreté ne se fait pourtant pas par des interventions individuelles ni par des campagnes de charité. Ce qu'il y faut, c'est la justice sociale, ce qui signifie une fiscalité progressive dans laquelle les entreprises et les hauts revenus contribuent à la mesure de leurs moyens.

Là-dessus mon opinion converge avec celle de Robert Cadotte dans son livre Lettre aux enseignantEs (voir note 1), dont Louis Cornellier (voir note 2) a bien résumé le message le plus important: «...la nécessité d'en finir avec le paradigme médical-individuel pour expliquer le décrochage scolaire et l'urgence de renouer avec une perspective sociologique critique dans ce débat.»

Tant que la lutte au décrochage se limitera à des encouragements individuels, elle ne fera que culpabiliser ceux qui n'ont pas pu persévérer. Tant que la lutte à la pauvreté ne fera pas l'objet de mesures sociales visant la répartition de la richesse collective, elle ne sera qu'une campagne de charité permettant aux bons riches de se faire du capital politique sur le dos des bons pauvres manipulés qu'on exhibera comme autant de trophées à la gloire de la générosité des plus favorisés dans une société qui restera injuste et inégalitaire.

Note 1: Lettre aux enseignantEs, Robert Cadotte, Ville Mont-Royal, M éditeur, 2012, 288p.

Note 2: «La réforme Cadotte de l'école», Louis Cornellier, Le Devoir, samedi 18 et dimanche 19 février 2012, p. F6.




13 février 2012


Songements d'un promeneur sans fil



Je me rappelle l'époque où une entreprise de téléphonie nous vendait le téléphone cellulaire comme une forme de liberté. En effet, on n'était plus obligé de rester près du téléphone fixe pour attendre un appel, on pouvait se trouver à la pêche et recevoir les nouvelles qu'on attendait.

De mon côté, j'écrivais : «Autrefois, les esclaves se promenaient avec un boulet; aujourd'hui, ils se baladent avec un téléphone.» (C'est la pensée du premier juillet dans mon recueil 365 Chrysanthèmes +1)

Ce téléphone si utile est tout de même un fil invisible à la patte, surtout depuis qu'il fait semblant d'être intelligent et qu'il relaie le courrier électronique et toutes les commandes qu'on peut recevoir du bureau et des autres personnes ou organismes avec lesquels on fait affaire.

Les gens qui me fréquentent le savent : mon téléphone mobile est toujours silencieux, je vérifie au besoin s'il y a des messages importants et je le mets en mode vibration si j'attends un appel. Quant au téléphone domestique, je ne réponds à ses invites qu'à mon gré.

La plupart des gens ont appris à gérer leur téléphone de façon à ce qu'il ne soit pas trop envahissant. C'est tout de même amusant : quand les téléphones cellulaires sont apparus, les personnes qui en avaient se sentaient drôlement importantes, alors qu'en fait une personne «importante» (ou puissante dirons-nous) n'a pas à répondre elle-même pas plus qu'elle ne fait elle-même son ménage.

Mais il n'y a pas que le téléphone, l'ordinateur aussi est devenu une sorte de boulet ou plutôt une drogue dont on ne peut plus se passer. Il n'y a qu'à voir les désagréments que nous cause une panne. Au lieu de se sentir plus léger, on se trouve en état de manque et, il est bien vrai, notre vie devient diablement plus compliquée si on doit se trouver un jour ou deux sans ce précieux outil.

Il m'arrive parfois de prendre congé de courrier électronique. En général, une journée de fin de semaine. Pendant les vacances aussi, je me tiens loin des appareils électroniques. Mais samedi dernier, j'ai essayé de ne pas utiliser l'ordinateur du tout ni pour le web, ni pour les recherches, ni pour le courrier électronique, ni pour aucune autre activité, que ce soit la musique, les photos, la lecture, l'écriture, le rangement, etc. C'est qu'on en fait des choses avec ce bidule!

J'y suis parvenu sans trop de mal ne manquant pas de courses à faire ni de bons livres qui m'attendent, certains depuis des années, car je les accumule plus vite que je ne puis les parcourir.

Cependant, cela m'a aussi permis de réfléchir à cette frénésie de l'actualité qui nous amène à considérer comme inintéressant un sujet parce qu'il était à la une de la veille.

Disposer de la rapidité, avoir accès à quantité de sources d'information, pouvoir communiquer avec des gens de partout dans le monde, pourquoi tout cela nous empêche-t-il de prendre notre temps? Tout cela reste compatible avec la possibilité de traiter d'un sujet peu importe qu'il soit dans l'air ou pas. Après tout, les vrais grands sujets, l'amour, la paix, la justice, la vie, la santé, la mort, le souverain bien, l'éducation des enfants, ces sujets restent les mêmes. Ont-ils besoin d'attendre le retour de la mode ou de s'effacer quand la mode est passée?

Prendre son temps a permis par exemple à mon ami Sergio de Rosemont d'écrire un très beau texte pour répondre aux propos déréglés du sénateur Boisvenu. Sa réflexion s'est développée sans la pression de la publication immédiate. La superficialité des manchettes ne fait que nous éloigner de ces nécessaires songements comme aurait dit Montaigne, lui qui s'était retiré loin de la presse, c'est-à-dire la foule.

Tout comme les décideurs économiques qui ne pensent qu'en fonction des résultats trimestriels, les acteurs de la société sont sans cesse bousculés pour réagir au plus vite. Cela fait de la plus grande part de notre agitation un processus réactif plutôt qu'une activité constructive consciente et structurée.

Personne n'est plus en faveur du progrès des communications que moi. Et ces progrès peuvent beaucoup pour nous libérer. Je crois que, pour s'en rappeler les moyens, il est utile parfois de débrancher.




6 février 2012


Le côté noir de la force



Il importe de s'arrêter après coup pour réfléchir aux réactions qu'ont suscitées les paroles prononcées par le sénateur Boisvenu la semaine dernière, car elles révèlent des aspects inquiétants de notre société.

Rappelons ce que le sénateur a suggéré: les assassins devraient disposer d'une corde dans leur cellule afin de décider eux-mêmes de leur sort.

Ses excuses qui n'en sont pas l'ont enfoncé davantage, car il a voulu préciser qu'il ne s'adressait qu'aux cas irrécupérables, qu'il n'aurait pas dû parler de corde, mais laisser une variété de moyens; il a même ajouté que des centaines de citoyens lui avaient écrit pour l'appuyer.

Du côté du gouvernement, aucun blâme officiel, mais plutôt une tolérance plus que bienveillante.

Dans la population, ils ont été nombreux à adhérer à une partie de l'argumentaire voulant que les condamnés coûtent cher à la société. Parmi mes correspondants Facebook, certains ont trouvé le moyen de dire qu'ils n'étaient pas animés par l'esprit de vengeance, mais bien par un désir rationnel de rendre les condamnés utiles à la société, car ils ne sont pas productifs pendant leur incarcération. Et d'évoquer des solutions qui ne sont pas bien loin de ce qu'on a déjà appelé les travaux forcés.

Il y a de quoi frémir quand on entend parler de rationaliser les coûts d'une personne humaine. Cette pente glissante qui veut attribuer une valeur économique à l'être humain, certains économistes l'ont déjà prise. Leurs calculs favorisent étrangement les riches et les puissants pour fustiger les pauvres, les malades et les vieux pour ne pas dire les vieux malades et pauvres, car les bien nantis sont vite rangés parmi les productifs.

Il y a bien une société au vingtième siècle qui a proposé de rationaliser les dépenses liés aux improductifs: ainsi on a voulu éliminer les malades mentaux, les handicapés, puis ce furent les Roms, les Juifs, les homosexuels, les communistes... Il n'y a pas de frontière entre les droits humains. Quand on commence à se demander si un type de personnes coûte cher, on entre dans le chiffre et on quitte l'humanité.

Les personnes qui cherchent des arguments rationnels pour éliminer les indésirables en trouveront toujours. Et elles verseront dans le côté sombre de la force. On commence par se demander si les condamnés pour certains types de crime ne devraient pas être exécutés, puis on se dit que les vieillards débiles sont encombrants, que les itinérants nuisent au commerce, que les handicapés ne sont pas assez productifs et, finalement, que les défenseurs des droits humains sont des empêcheurs de tourner en rond.

Voilà où finit par se retrouver une population qui cède à l'obsession de la mesure, à la volonté de soumettre l'humain à des principes économiques.

De ces deux maux, aucun n'est le moindre:
ceux qui rêvent de vengeance et souhaitent la mort des criminels ne se rendant pas compte qu'ils ne font pas mieux que les assassins;
ceux qui calculent froidement comment réduire l'improductivité de leurs semblables et qui réduisent l'humain à un chiffre.





2 février 2012

Boisvenu aurait dû réfléchir; il n'a pas sa place à Ottawa



Les propos du sénateur Boisvenu au sujet de chaque assassin qui devrait disposer d'une corde dans sa cellule afin de décider de sa vie tombent fort mal quelques jours avant la semaine de prévention du suicide.

Il a beau s'excuser, et même pas tout à fait, il aurait dû réfléchir avant de parler, pas après. Cela remet en question l'aura dont on couvre une malheureuse personne qui a connu un drame dans sa famille. On ne devient pas expert d'un sujet parce qu'on a subi un malheur.

C'est une preuve de plus que le sénat non élu n'est pas une institution appropriée.

Ce sénateur conservateur, nommé par le premier ministre Harper, est une preuve de plus qu'on ne devrait pas laisser un parti gouverner seul quand il n'a pas reçu la majorité des voix de la population. Vivement le scrutin proportionnel!





26 janvier 2012

(par Francis Lagacé et Sergio de Rosemont)



PHOTO EN PLEINE GRANDEUR


Ils sont à l'aise dans leurs mépris.

Eh oui, ils se sentent tellement à l'aise dans leurs préjugés.

Comme ils se sentent en sécurité dans leurs châteaux érigés à coup de stéréotypes.

Pourtant, la peur en est le ciment. Et ce ciment tôt ou tard dégouline

Ils se croient tellement heureux dans leur xénophobie routinière. Ils s'y baignent et ne voient plus qu'elle fait partie d'eux.

Ils élèvent et présentent fièrement leurs préjugés religieux comme on élève et présente glorieusement un bouclier.

Mais ils n'ont pas conscience que ce qu'ils considèrent comme leur bouclier est en fait leur boulet !

Ils carburent aux préjugés et au mépris sociaux empoisonnant cette société, qu'ils ne trouvent pas assez cruelle.

Ils usent d'insultes et de mépris racistes ou religieux comme d'un évangile de haine, croyant démontrer leur courage, mais seule leur lâcheté se dévoile!

Ils vomissent leurs préjugés sexuels et homophobes se croyant détenteurs d'une vérité infuse et suprême, alors qu'ils ne sont que dépositaires d'une absolue ignorance. qu'on pourrait croire par moment

Ha oui ils croient faire évoluer cette société alors qu'ils n'y apportent que régression sociale. Sous prétexte d'évolution, ils démolissent les bases de la société, l'empoisonnant, la gangrenant.

Ils disent vouloir soigner et sauver notre société alors qu'en fait ils l'empoisonnent à petit feu.

Il est vrai, que lorsqu'on reste cloîtré dans le château du mépris et des stéréotypes, qu'on perd de vue les réalités sociales qu'on dit vouloir prendre en charge ! le paysage pourtant voisin.

Mais qui sont donc ces disciples du mépris, du préjugé et de la xénophobie ?

Diriez-vous...

Ils peuvent revêtir n'importe quel rôle ou rang social. toutes sortes d'habits.

Ils sont les maîtres qui entraînent leurs valets, les esclaves qui subissent leurs maîtres.

L'idéologie ne se regarde jamais dans le miroir.
 
Ils peuvent être politiciens, décideurs dans cette société, comme ils peuvent n'être que de simples citoyens.

Oui n'importe qui naviguant sur les eaux troubles de l'ignorance peut devenir un Roi, un Prince, un Valet ou un Esclave du Mépris !





22 janvier 2012


Le scrutin majoritaire en procès



Accusé de créer des distorsions entre la volonté populaire et le résultat obtenu, de ne pas être équitable entre les régions, de faire fi d’un nombre important de votes, de décourager la participation électorale, le scrutin majoritaire devra se défendre.

Dans un procès présidé par nul autre que Gérald Larose, le mode de scrutin actuel aura comme avocat de la défense Lorraine Guay et subira les attaques du procureur Jean-Pierre Charbonneau.

Venez entendre les plaidoyers respectifs, car c’est vous, la population, qui êtes le jury dans cette affaire.
Ce procès est une initiative du Mouvement pour une démocratie nouvelle.

Voici les coordonnées :
Mercredi 15 février 2012
18 h 30
Bar Île Noire
1649, rue Saint-Denis (entre Maisonneuve et Ontario)
Montréal (métro Berri-UQAM)




16 janvier 2012


L'aristéraphobie a de beaux jours devant elle



J'avais écrit un premier billet sur le mépris des gauchers le 24 décembre 2009 (Aristéraphobie).

Mes récentes vacances en Europe m'ont fait tomber sur un article paru le vendredi 30 décembre 2011 dans le quotidien Le Soir de Bruxelles en page 24. La nouvelle s'intitule «Les gauchers davantage sujets à l'épilepsie?»

On y rapporte les propos d'un savant psychiatre de l'hôpital de la Charité à l'Université de Berlin. Il prend bien soin de rappeler qu'«Être gaucher est un phénomène naturel», mais il signale que «les gauchers semblent être plus sujets que d'autres à certaines maladies comme l'épilepsie, la schizophrénie et l'autisme.»

Finalement, la ou le journaliste, qui signe C.D.B., reformule certaines paroles du savant qui «suggèrent que l'activité diminuée de l'hémisphère cérébral gauche par rapport à l'hémisphèree droit peut mener à la dépression tandis que le contraire rendrait l'apparition de manies plus fréquentes.»

Eh bien, la voilà, la réponse! Les droitiers ont des manies, dont celle de ne pas comprendre le monde dans lequel ils vivent et de s'imaginer que les gauchers ont des défauts intrinsèques.

C'est bien sûr que les gauchers sont un problème pour les droitiers. A-t-on pensé que les droitiers étaient un problème pour les gauchers?

À lire la réflexion de certains savants, et de certains journalistes, car la nouvelle aurait pu être rapportée sous un autre angle, on se demande vraiment s'ils sont capables de comprendre que l'environnement, la façon dont la société est construite et leur façon de penser impérialiste conduisent nécessairement les minoritaires dans certaines voies qu'ils qualifieront de «déviantes».

J'avais signalé dans mon billet de 2009 le parallèle avec la façon dont on traitait en général les homosexuels. On retrouve la même condescendance et la même incapacité à se penser dans un système dominant qui se manifestent chez les Blancs quand ils analysent les Noirs, les hétérosexuels quand ils analysent les homosexuels et les droitiers quand ils analysent les gauchers.

De la même façon qu'il importe, quand quelqu'un se prononce sur les réalités sociales, de savoir si ce quelqu'un est riche, blanc, mâle, hétérosexuel ou catholique, il importe aussi de savoir s'il est droitier, car il semble bien que le fait d'être droitier induit des raisonnements biaisés.

Et vive l'aristéraphilie!




23 décembre 2011


Justice et Paix



Je prends congé de billets pour quelques semaines. Je serai de retour vers la mi-janvier.
Souhaitons-nous Justice et Paix pour 2012, mais surtout, travaillons-y!




19 décembre 2011


Les moyens de la guerre pourraient-ils servir à la paix?



En cette période des Fêtes, il est courant d'appeler à la paix. John & Yoko avaient lancé leur Happy Xmas/War is over en 1971. Et n'y a-t-il pas habituellement une trève pour le jour de Noël?

On apprend ces jours-ci que les derniers soldats états-uniens quittent l'Irak après presque dix ans d'invasion pour éliminer des armes de destruction massive qui n'existaient pas. Résultat: près de 4500 morts chez les États-uniens, mais plus de 100 000 morts chez les Irakiens, qui n'en demandaient pas tant.

Et toute cette opération fondée sur un mensonge éhonté (les fameuses «armes de destruction massives») aura coûté près de 800 milliards de dollars.

Voilà un pays qui n'a pas les moyens de s'offrir un système de santé pour prendre soin de tout le monde, mais pour porter la guerre, il n'a eu aucun mal à casser son petit cochon.

Bien sûr que la question posée dès mon titre a sa réponse claire et évidente. Ce qui est renversant, c'est qu'on soit encore si peu nombreux à en être convaincus, qu'ils soient encore majoritaires à croire que l'industrie de la mort est préférable à la santé et à la paix.

Assez tristement, Happy Xmas/War is over a été relégué au même rôle décoratif que les belles intentions chrétiennes d'amour universel qu'on entend dans les cantiques. Méditons ça devant notre réveillon.




12 décembre 2011


Comment les banques dépouillent les pauvres


Mon billet d'aujourd'hui se contentera de faire un hyperlien avec un article de Jacques Attali qui s'intitule «Comme j'aimerais avoir tort». Cliquez sur ce lien, lisez cet article.

Des solutions? Au Québec, ça pourrait passer par un appui à Québec Solidaire. Voyez leurs propositions pour réduire les inégalités.

Et arrêtez de me dire que Québec Solidaire n'a pas de chance de former le gouvernement. Tu parles d'une façon de raisonner! C'est parce que vous ne votez pas pour eux qu'ils n'ont pas de chance d'être élus. Si vous votez pour eux, ils seront élus.




5 décembre 2011


La charité n'est pas la justice


Le mois de décembre au Québec se signale entre autres par le retour des grandes guignolées, ces événements médiatiques où l'on fait appel à la charité du public pour combler des besoins qui existent à l'année longue.

Certains ont dénoncé le véritable show médiatique que constitue la surenchère de la charité, cela s'accompagnant souvent d'une pipolisation des âmes charitables. En effet, ce sont des vedettes qui attirent les dons et c'est le désir des les fréquenter, elles ou quelque chose qui leur est lié, qui est mis en avant pour susciter les contributions.

Plusieurs se sont sentis offusqués qu'on vienne remettre en cause leurs bonnes intentions, après tout ils ne veulent faire que le bien. Mais, personne n'est contre le bien, le problème n'est pas là. On aimerait plutôt que des solutions plus collectives et plus durables soient mises en place pour contrer la pauvreté qui n'est pas qu'un phénomène saisonnier.

Là où il s'agit d'une très grave injustice, c'est que l'on s'en remette uniquement à la bonne volonté des individus pour soulager la pauvreté alors que ce devrait être l'une des missions d'un État bien compris. Sinon, c'est s'exposer à l'arbitraire (on choisit ses pauvres, comme dans la chanson de Brel) et au caractère plus ou moins «sexy» ou tendance des causes (le cancer du colon est-il plus vendeur que le cancer de la prostate?).

J'ai saisi distraitement une conversation tenue très tôt le dimanche matin du 4 décembre 2011 à l'émission radiophonique de Radio-Canada Dessine-moi un dimanche entre Normand Baillargeon, Xavier Brouillette et l'animateur Franco Nuovo. Il y était question de l'opposition entre la liberté et l'obligation de contribuer pour soulager la pauvreté.

Grosso modo on opposait deux philosophies, celle voulant que, par la liberté absolue des individus, on laisse les gens choisir s'ils donnent ou pas aux pauvres, ce qui risque d'en laisser plusieurs sur le pavé et celle voulant que, par la volonté collective, on impose les revenus afin de répartir les richesses, ce qui devrait permettre d'atteindre une certaine égalité. Mais, je crois que c'est monsieur Brouillette qui l'affirmait, la question qui se pose est dans quelle mesure respecte-t-on la liberté quand on impose ainsi tout le monde et il continuait en disant que la guignolée était aussi quelque chose devant quoi on se sentait obligé, donc qui exerçait peut-être une pression indue, mais seulement morale.

Tout le monde avait l'air d'acquiescer. Peut-être ai-je raté quelque chose dans la suite qui aura corrigé le tir, mais on aurait dû immédiatement relever deux sophismes dans ces énoncés.

Le premier et le plus simple est que, si la guignolée exerce une pression morale ou sociale, elle n'exerce pas une pression juridique, elle n'entre donc pas dans la catégorie des choses imposées à tous par l'État et va au contraire dans le sens de ceux qui revendiquent la liberté de chacun de choisir s'il donne ou pas. Elle n'est donc pas une solution collective.

Le second est plus complexe. On peut se demander si c'est une atteinte à la liberté que de lever des impôts sur chacun pour répartir la richesse entre tous. C'est ce caractère obligatoire qui semble s'opposer à la liberté. Mais, si on se rend compte que, dans la société, il existe de très grandes inégalités de sorte que certains sont très riches au détriment d'autres qui en souffrent, on constate alors que la liberté des uns n'est pas celle des autres, et qu'une liberté sans égalité n'est qu'illusion. Ce sont là des réflexions qui ont été tenues depuis Jean-Jacques Rousseau.

Et c'est tout de même un penseur de droite, Henri Lacordaire, il faut le rappeler, qui nous a donné cette belle maxime: «Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime, c’est la loi qui affranchit.» En effet, c'est la loi, qui en imposant une certaine égalité, assure une meilleure liberté de tous en évitant que la liberté des plus forts leur permette d'opprimer les autres.

Les mesures sociales sont la meilleure façon d'assurer une répartition de la richesse qui permet une meilleure égalité et donc une meilleure liberté, car ces deux éléments doivent être en équilibre. Si chacun paie des impôts en proportion de ses moyens, il contribue à une société plus équitable.

Il ne faudrait pas oublier qu'à l'origine la propriété n'est rien d'autre que l'appropriation, par celui qui en avait la force, des biens qui étaient accessibles à tous. C'est ce qu'a voulu démontrer le bon Jean-Jacques dans son Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes.

Nous n'avons pas les moyens de remonter le temps pour défaire ces inégalités. Nous avons la possibilité d'assurer une meilleure égalité, et donc une liberté qui se fait dans la justice, par des moyens collectifs.

Faire la charité, c'est bien; faire la justice, c'est mieux.





28 novembre 2011


Pourquoi croyons-nous encore à la croissance?


L'un des problèmes des sondages de préférence, souvent abusivement appelés sondages d'opinion, c'est qu'ils nous posent des questions que nous ne nous posons pas ou pas de la façon dont on nous les pose.

Ainsi, nous apprenons en une du Devoir des 26 et 27 novembre 2011 que 81% des Québécois s'inquiètent pour l'économie et qu'ils sont majoritaires à estimer que le gouvernement n'en fait pas assez pour stimuler la croissance.

Si on me dit que l'économie, c'est ce qui rend heureux, et que la croissance va faire en sorte que l'économie va se porter mieux, c'est certain que je vais être pour la croissance.

Par contre, si on m'explique que la croissance, c'est logiquement impossible à maintenir, que c'est ce qui va rendre la planète exsangue et qu'il n'est pas nécessaire de croître économiquement au-delà de la croissance de la population, je songerai peut-être à des façons différentes de satisfaire aux besoins de base et de fournir des emplois.

Peut-être alors serais-je plus enclin à me tourner vers l'éco-socialisme plutôt que vers la théorie de la croissance, laquelle ne peut que conduire à des crises de plus en plus fréquentes, de plus en plus graves.

Mais si les sondages ne nous posent des questions que sur des mesures économiques traditionnelles, comment pouvons-nous manifester notre préférence pour des solutions alternatives?




21 novembre 2011


Boisvenu: malheur engendre autre malheur


Il est désolant d'entendre le discours du sénateur Boisvenu, dont la préoccupation pour les victimes de crime le fait pencher davantage du côté de la répression que du côté de la prévention.

Le gouvernement conservateur a bien sûr compris qu'il avait un avantage émotif à utiliser ce porte-parole auto-proclamé spécialiste en matière de crime. C'est un peu comme si je me prétendais spécialiste des agresseurs sexuels parce que j'ai été victime d'agressions sexuelles pendant une bonne partie de mon enfance.

Or, si je peux me prononcer en la matière, c'est parce qu'ensuite j'ai étudié la question, parce que j'ai beaucoup lu sur la personnalité des agresseurs, sur le contexte de la commission des crimes et sur les indices permettant de reconnaître ces personnalités.

Il faut transcender ses sentiments personnels et travailler à la prévention. Ce n'est pas en punissant plus de personnes, en brimant davantage la liberté de la majorité des gens que l'on préviendra les crimes. C'est avant qu'il faut agir, pas après.

Encore une fois, la lutte à la pauvreté, des mesures sociales plus humaines, une éducation appropriée, plus et encore plus d'éducation et une meilleure compréhension des causes, pas seulement médicales, mais aussi sociales de la criminalité, nous aideront à la prévenir.

On ne soigne pas son malheur en en causant d'autres.




14 novembre 2011


D'autres choix économiques


On ne cesse de nous dire qu'on n'a pas le choix et qu'il faut écouter les diktats des grandes banques et du FMI.

Il existe pourtant des modèles économiques différents. On rappelera pour mémoire que la social-démocratie fonctionnait bien jusqu'à ce qu'on décide de la démanteler parce qu'elle ne permettait pas aux prédateurs économiques de tout rafler.

Le modèle norvégien propose une autre façon de faire les choses. Ce modèle, qui n'est pas parfait, comme le montrent les critiques d'Harvey Mead, offre des pistes fort intéressantes, et c'est de cela que traitera Idar Helle du mouvement Attac Norvège lors d'une «conférence» au Centre Saint-Pierre le mardi 15 novembre 2011 à 19 h.

Il vaut la peine de s'en instruire.




7 novembre 2011


Arts et culture à la rescousse


L'art et la culture sont ce qui fait de nous des êtres humains, autre chose que des organismes qui ingèrent, digèrent, se reproduisent, se reposent et disparaissent.

Contre le capitalisme qui remplace dans l'imaginaire collectif toute aspiration à la beauté, la bonté, l'être ensemble, les œuvres et les créations humaines nous parlent de ce que nous sommes et de ce que nous pouvons être.

J'en veux pour preuve deux récents films documentaires qui, tout documentaires qu'ils soient, sont pleinement des œuvres culturelles.

République: un abécédaire populaire de Hugo Latulippe nous invite à réfléchir avec de nombreux penseurs et acteurs québécois aux façons de refaire ce vivre ensemble que la consommation à outrance émiette.

Gilles Gagné, professeur à l'Université Laval, énonce clairement les trois tâches qui nous attendent: sortir du pétrole, sortir de la croissance et sortir du capitalisme, tout en nous rappelant fort justement, ce qui déplaira aux thésaurisateurs, que «pour créer de la richesse, il faut la distribuer.» Cette parole sage est tout le contraire de ce que nous enfoncent dans le crâne ceux qui veulent détruire la planète parce qu'ils ont la possibilité de danser à l'abri dans leur bunker.

Courez voir ce film qui fait le plus grand bien. La maison de production d'Hugo Latulippe porte un nom symbolique fort: Esperamos films.

Trou Story de Richard Desjardins est l'histoire vraie des mines et des minières qui laissent exsangue notre territoire avec la bénédiction des gouvernements. Le film de Desjardins nous montre le plan Nord avant le plan Nord. La répétition de ce qui nous attend, la démission de certains devant le cash et la détermination d'autres qui ont choisi la résistance.

S'il ne fallait retenir qu'une image, je prendrais celle de la cruelle ironie dont ont été frappés les soldats canadiens recrutés à Sudbury, tués par des balles enveloppées dans des douilles fabriquées du nickel qu'ils ont extrait de leur mine locale.

Les luttes des mineurs mériteraient de faire l'objet d'épopée. Ce genre littéraire n'étant plus de mode, le septième art leur aura au moins rendu hommage.

Mais le présent est là, pas nécessairement plus rose, car nous ne sommes toujours pas collectivement propriétaires de nos richesses naturelles qui sont bradées aux grands chevaliers de l'industrie. Il y a urgence à nationaliser notre bien à tous pour éviter qu'il soit exploité n'importe comment. L'un de ces grands chevaliers résumait bien comment «notre» gouvernement québécois se comporte: «Il ne fait pas de trouble.» Ça, ça me trouble.

Deux films essentiels dans le même week-end! Ça fait du bien et ça incite à l'action!




31 octobre 2011


Questions pour les possédants


Vous trouvez inquiétant que les jeunes indignés n'aient pas de leader désigné. Vous craignez qu'ils ne se jettent dans les bras d'un fanatique qui les conduirait à la baguette.

Serait-ce que vous avez quelqu'un à suggérer?

Vous n'arrivez donc pas à penser autrement?

Savez-vous que les jeunes indignés ne veulent plus de leader charismatique? Savez-vous qu'ils veulent que les décisions fassent l'objet de discussions réelles et ressortent de la volonté générale au bénéfice de l'ensemble et non de quelques-uns?

Leur allergie aux autocrates est plutôt bon signe, non?

Vous dites craindre que leurs manifestations ne sombrent dans la violence.

Avez-vous vu quelqu'un d'armé chez eux? Leurs discours attaquent votre manque de responsabilité sociale. Est-ce donc que vous voulez les faire taire par la violence?

Qui déclenchera la violence sinon vous?

Vous croyez que ces anticapitalistes n'ont rien à proposer et vous leur conseillez donc de rentrer chez eux.

Savez-vous qu'ils en ont assez de vos formules toutes faites? Savez-vous que c'est justement cela qui est novateur chez eux que de proposer de construire les solutions ensemble et non d'asséner la vérité révélée?

L'apparent apolitisme du mouvement est très politique: il s'agit de ne pas se livrer à des recettes décidées d'en haut pour se donner le temps de déterminer des processus qui émergent de la confrontation des idées, des processus, pas des procédés.

Chers possédants, quelles formes de récupération êtes-vous en train de préparer?




24 octobre 2011


Commissions scolaires et gouvernement sans allure


Lors des journées interrégionales sur la persévérance scolaire, tenue à Québec les 19 et 20 octobre 2011, il y a eu un atelier sur les enjeux politiques de la persévérance. Il s'est dégagé un consensus de cet atelier selon lequel les structures n'avaient pas à être changées.

Madame Line Beauchamp, ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport a assisté à l'ouverture de ce colloque et à sa clôture en compagnie du premier ministre Jean Charest.

Elle s'est bien gardée de dire quoi que ce soit à propos de ses intentions et a fait l'annonce de coupures draconiennes aux commissions scolaires jeudi soir après que les participants au colloque soient rentrés chez eux.

Cette annonce a pris tout le monde par surprise.

Heureusement, les militants libéraux ne sont pas si bêtes et ils ont compris que cette réforme n'avait pas de sens. Lors du congrès libéral de la fin de semaine, ils ont renvoyé la ministre à ses devoirs, c'est le cas de le dire. On voit bien que les dirigeants libéraux sont déconnectés de la population et même de leur base. Ils ont fait leur temps.

On comprend mal l'argumentaire de Mme Beauchamp qui prétend vouloir maintenir les commissions scolaires tout en leur coupant les ailes. Mais, ce n'est pas la première fois que le gouvernement libéral parle la novlangue.

Le plus étonnant est cet extrait, entendu à la radio de Radio-Canada, dans lequel un défenseur des intentions de madame Beauchamp affirmait que son projet n'était pas quelque chose qui était apparu comme ça brusquement jeudi soir, alors que justement, c'est quelque chose qui est apparu sans aucune préparation d'aucune sorte pour les principaux intéressés. On aurait dit un enfant de trois ans qui court dans la cuisine pour vous prévenir qu'il n'a pas cassé le vase de fleurs du salon, ce qui signifie ce que tout le monde sait: «Je viens de casser le vase de fleurs du salon.»

Certains prétendent que cette nouvelle volte-face du gouvernement Charest, à laquelle s'ajoute une autre plus tardive concernant les pouvoirs de la Commission d'enquête de la juge Charbonneau, donnera des munitions à M. François Legault et à ses partisans.

Un projet qui n'a pas d'allure soumis par la ministre Beauchamp n'a pas plus d'allure quand il est défendu par M. Legault.




17 octobre 2011


Paradoxes du travail et engagement des jeunes


On nous avait promis la civilisation des loisirs pour l'an 2000. C'est plutôt la civilisation de l'esclavage pour qui a un job et du désœuvrement pour qui n'en a pas.

On nous avait annoncé que les machines simplifieraient notre travail, nous débarrasseraient des tâches lourdes et peu gratifiantes de sorte que les emplois occuperaient moins de notre temps et seraient de plus en plus épanouissants. C'est plutôt le règne des horaires éclatés et imprévisibles, des tâches sans signification dans une société malade de la gestion. (Lire à ce sujet: La société malade de la gestion: Idéologie gestionnaire, pouvoir managérial et harcèlement social, Vincent de Gaulejac, Points, Seuil, 2009 [2005])

Les grands esprits promeuvent, depuis le siècle des Lumières, le droit au bonheur pour l'être humain, la liberté et l'émancipation de l'individu, l'affranchissement des chaînes qui empêchent la personne de réaliser son potentiel. Or, la société de consommation asservit les êtres en les réduisant au statut de consommateurs et de clients, et les soumet aux diktats des banques émettrices de crédit.

Alors, peut-on en vouloir aux jeunes, devant des prédictions qui ne se réalisent pas, devant les contradictions de l'évolution de la société, de ne pas s'investir à fond dans le travail, de chercher à réaliser leur bonheur personnel tout de suite, de préférer la libre disposition de leur temps aux responsabilités gestionnaires et aux honneurs, de ne pas faire confiance aux leaders et d'afficher une certaine indifférence aux autorités autoproclamées?

N'avons-nous pas récolté ce que nous avons semé? Le temps n'est-il pas venu de refonder la société sur des valeurs humaines?




11 octobre 2011


Quelques poussées d'urticaire


Je commence ce billet en vous rappelant tout de suite l'importance de signer la pétition pour une commission d'enquête publique sur la collusion et la corruption dans l'industrie de la construction et dans le financement des partis politiques: Pétition.

Les raisons d'avoir de l'urticaire sont très nombreuses, mais ce qui a le don de me retourner, ce sont les contresens volontaires ou dus à l'ignorance crasse. J'en propose ici trois exemples.

a) Quand on a appris la semaine dernière que le député de Rosemont-La Petite-Patrie, Alexandre Boulerice, donnait son appui à Brian Topp, il s'est trouvé une journaliste, je ne la nommerai pas, pour annoncer toute fière que c'était parce que M. Topp représentait bien les valeurs néolibérales défendues par Jack Layton. Et l'animateur d'opiner du bonnet sans corriger. Quand les expressions veulent dire le contraire de ce qu'elles veulent dire dans la bouche même de qui est censé nous informer, il n'y a pas à s'étonner que la confusion règne.

b) L'imbuvable Maxime-Olivier Moutier s'est au moins fait rappeler par Guy A. Lepage qu'il devait sa célébrité à son rôle de victime dont il accuse maintenant les autres d'abuser. Mais, le pire, c'est quand un prétentieux pareil, le Moutier en question, se permet d'affirmer que les grands scientifiques sont croyants, ce qui est faux et archi-faux. Il y a des limites à invoquer les savants pour leur faire dire ce qu'ils ne disent pas.

Au passage, j'aimerais bien qu'on arrête de citer Einstein à tort et à travers et qu'on cesse de lui faire dire des choses qu'il n'a jamais dites.

c) La mort de Steve Jobs a lancé pléthore de commentaires sur ces petits appareils qui gèrent nos vies plutôt que de nous servir. Ce qui m'embête, c'est le qualificatif d'intelligents qu'on leur accole. Plus un appareil est intelligent, plus il se comporte en imbécile refusant de faire ce qu'on lui demande parce qu'il a mieux à nous proposer.

N'avez-vous pas eu l'occasion de lutter avec votre Ipad qui s'obstine à écrire un mot que vous ne voulez pas parce que son dictionnaire ignore ce que vous savez?

Même les automobiles se permettent de décider que ce n'est pas le temps de freiner, ou à l'inverse d'accélerer, parce que son logiciel a déterminé que ce n'était pas approprié. Il doit sûrement y avoir plus d'accidents causés par cette «intelligence» qu'il n'y en a d'évités.

Mais le pire, ce sont les machines qui parlent. Vous appelez une entreprise, vous devez dire le nom de la personne ou du service auquel vous vous adressez. Il faut épeler le nom, dire «oui», «non», jamais «peut-être», confirmer ou pas, et si vous toussez ou vous dérhumez pendant que vous parlez, la machine ne comprendra rien et vous fera reprendre le tout. Quelle perte de temps! N'est-il pas plus simple de taper le numéro de poste à 5 chiffres de la personne ou du service?

Qu'ai-je à faire d'une commande vocale pour mon ordinateur alors que d'écrire au clavier est dix fois plus rapide?

On n'a pas de temps à perdre à entendre une machine nous faire un résumé oral d'une situation alors qu'on pourrait afficher à l'écran un tableau synthétique!

Sous prétexte de faire plus vite, on voit dans les sites d'information de nombreuses vidéos qui prennent trois ou quatre minutes, alors qu'un bon texte de reportage bien ramassé prend 30 secondes à lire. L'écriture a été inventée pour faire plus vite et pour épargner la mémoire. Retourner à la lecture orale des textes n'est un progrès que pour les aveugles.

Bien sûr, faire un bon reportage demande du travail au reporter, qui doit être rémunéré. On n'a rien sans peine. Bien sûr, je ne m'objecte pas aux vidéos qui font voir sur le vif certains événements frappants, mais je préfère voir en 30 secondes le coup de circuit gagnant et lire le résultat du match (9 à 7) que de devoir me taper toute la neuvième manche!

Faire plus long parce qu'on voulait faire plus court est un bien triste contresens.






21 septembre 2011

La répression conduit à plus de violence


Le gouvernement conservateur fait encore fausse route, mais il aime bien flatter démagogiquement la population en jouant les gros bras.

Les projets de loi qui seront adoptés ne feront pas diminuer la violence et les crimes. Au contraire, ils les feront augmenter. Croyez-vous qu'il y ait moins de meurtres dans les pays où l'on pratique la peine de mort? Non.

Toutes les études montrent que la répression ne fait pas diminuer le crime. Elle fait plaisir aux partisans de l'intervention musclée, c'est tout!

Savez-vous quelle est la meilleure façon d'éviter la récidive? C'est d'éviter qu'il y ait une première fois. Et cela se fait par la prévention.

Au lieu de mettre de l'argent dans la répression et la construction de prison, il faut consacrer ces sommes à la recherche et à la prévention.

Autre élément qui va dans la même veine: j'ai été atterré de constater qu'il existait une page Facebook: «Si tu touches à un de mes enfants, j'te pète la yeule!»

Qu'est-ce que vous croyez que ça va changer? D'abord, cela satisfait votre instinct de vengeance et votre sadisme, mais cela n'empêchera pas un seul enfant de se faire agresser. Je ne serais d'ailleurs pas surpris que des pédophiles fassent partie d'un pareil groupe. Il n'y a pas de meilleure cachette. Surtout quand on sait que la majorité des cas d'agression sexuelle sont commis par des proches. Se donner un faux sentiment de sécurité en affichant des idées violentes ne permet pas de détecter les agresseurs.

Que ce soit dans ce domaine ou dans quelque autre crime, jamais la sévérité de la peine n'a empêché qui que ce soit de commettre un crime parce que la pensée de la sanction n'effleure pas l'esprit de celui qui commet l'acte criminel.

Mieux informer la population, donner des ressources aux personnes susceptibles d'être agressées, améliorer le sort des plus démunis, investir dans la recherche et la prévention, voilà ce qui rendra la société plus humaine et moins violente.

Mais insister sur la vengeance, contraindre les plus démunis, augmenter la répression alors que les crimes violents diminuent, voilà qui risque de les faire augmenter. Quel gâchis!






12 septembre 2011

Quelques questions pour les chevaliers de la finance et de l'industrie


Pour alimenter la propagande anti-syndicale, certains vont jusqu'à inventer des sondages qui demandent si les syndicats ne devraient pas dévoiler leurs états financiers. On oublie en posant cette question, que les livres des syndicats sont clairs, ouverts et présentés régulièrement à leurs membres.

Une autre question fort étonnante concerne la présentation des relevés des recettes et dépenses pendant les campagnes de syndicalisation. Tout le monde est pour la vertu, mais on voit mal comment les représentants syndicaux devraient faire des états financiers en dehors des périodes prévues et se promener avec de gros cahiers qui présentent les recettes et les dépenses, mais aussi toutes les décisions d'instance qui les autorisent, parce qu'il ne faut pas oublier que tous les engagements financiers des syndicats sont autorisés par les instances où leurs membres prennent des décisions. S'il faut traîner tous les procès-verbaux de toutes les instances syndicales chaque fois qu'on contacte un éventuel futur membre, ça devient compliqué.

Maintenant, si on jouait à ça avec nos grands financiers et industriels? Si avant toute mise à pied, non pas massive, mais individuelle, on leur demandait de prouver financièrement qu'elle est obligatoire et qu'on n'a pas les ressources pécuniaires pour garder cette personne?

Si avant toute coupe dans les heures travaillées, non pas générale, mais individuelle, comme cela se fait régulièrement dans le commerce, on demandait de sortir tous les chiffres de la compagnie pour montrer que les revenus sont répartis équitablement entre tous les employés et tous les administrateurs?

Si, avant de justifier des mises à pied par la volonté de rémunérer les actionnaires, on défalquait de la somme à transmettre la part du risque due à la dévaluation des actions en bourse puisqu'elle n'a rien à voir avec la productivité des employés, mais tout au contraire avec les rumeurs et les caprices des gourous qui alimentent ces rumeurs? Et si on versait la différence aux employés?

Avant de hurler au loup, les chevaliers de la finance et de l'industrie ferait bien de se regarder dans le miroir.




29 août 2011


Les paradoxes de la technologie


C'est devenu un cliché de constater que plus on va vite, moins on a de temps. Tout ça grâce à la technologie.

De la même façon, la robotisation des tâches devait conduire à la réduction de la semaine de travail, alors qu'au contraire elle s'allonge jusqu'à 80 heures pour ceux qui veulent garder leur job et que, pour plein d'autres, il n'y a que des miettes.

Une autre grande déception avec la facilité des communications partout dans le monde, c'est la réduction nombriliste des intérêts à ce qui entoure sa ville, son quartier, sa maison, sa petite chambre.

Le caractère absolument désolant de la petitesse des préoccupations de certains, exposée sur Facebook, où rien ne transcende la couleur des crottes de bébé et le nouveau motif des rideaux de la cuisine en est une preuve éclatante.

Et le désintérêt des grands médias pour les sujets autres que les chiens écrasés en est une autre.

Le bon vieux rêve de remplacer les professeurs par quelque chose de plus convivial est aussi une erreur qui se bute le nez sur le mur de la réalité.

Les élèves qui se passent de profs parce qu'ils ont un ordinateur sont les mêmes qui étaient capables de s'en passer parce qu'ils avaient des livres et sont les mêmes qui étaient capables de s'en passer parce qu'ils étaient capables d'observer la nature.

Ceux qui ne savent pas chercher, observer, apprendre par eux-mêmes ne le savent pas plus même avec les meilleurs logiciels. Ils ont toujours besoin de maîtres. Malheureusement, on oblige les maîtres à les divertir en plus, mais ça, c'est une autre histoire.

Reste que, malgré ses paradoxes, la technologie est pleine d'un potentiel extraordinaire qui porte ses fruits. Il faut juste être conscient que les humains restent des humains.






22 août 2011

Politique québécoise: la fausse concurrence


Dans les grandes années de la vente automobile, les trois principaux constructeurs, Ford, Chrysler et General Motors utilisaient à fond une technique pour garder leur part de marché. Chacune des grandes marques déclinait une même gamme de produits sous des noms différents.

Si on prend, par exemple, General Motors, elle présentait toute la gamme des produits sous différents modèles regroupés sous la marque Chevrolet (la marque de référence), la même gamme de produits avec la même variété de modèles regroupés sous la marque Pontiac (considérée comme un peu plus sportive) et la même encore sous la marque Buick (considérée comme un peu plus luxueuse).

Cette technique s'appelle la diversification de l'offre ou fausse concurrence. Elle permet de donner au client l'illusion d'aller voir ailleurs tout en restant dans la même famille. Elle permet de prétendre à une plus grande variété de choix alors qu'il s'agit surtout de changement d'étiquettes.

La même technique s'est appliquée bien sûr aux dentifrices, aux tablettes de chocolat, aux lessives et à tout ce qui se vend dans les supermarchés.

C'est ce qui est en train de se passer avec les diverses saveurs plus ou moins nationalistes issues du Parti Québécois. Les grands bourgeois ont tout intérêt à ce que l'on magasine à l'intérieur d'une même mouvance capitaliste, que les querelles d'étiquette et de plus ou moins grande allégeance à une option plus ou moins séparatiste occultent la possibilité de faire un vrai choix, lequel consisterait à quitter le giron capitaliste pour s'occuper des vrais problèmes socio-économiques et populaires. Pour moi, je ne vois aucune différence entre Marois (Chevrolet), Curzi (Pontiac) et Legault (Buick).

Les bonnes vieilles techniques du marketing sont recyclables, elles, au moins.





14 août 2011

Le réalisme économique


Le réalisme économique est nécessairement social et politique. Le réalisme économique, ça veut dire qu'il faut arrêter de croire ce sophisme qui prétend à la croissance illimitée sur une planète dont la matière est par définition finie.

Le réalisme économique, ça veut dire qu'il faut comprendre que l'environnement ne sera plus viable pour les humains si nous continuons de la même façon à le polluer.

Le réalisme économique, c'est comprendre que le capitalisme conduit à terme à l'extinction de l'espèce humaine.

Le réalisme économique, c'est se rendre compte avant qu'il soit trop tard que quelques très riches ne pourront pas contraindre indéfiniment les masses appauvries à accepter la misère dans laquelle elles sont confinées.

Le réalisme économique, c'est arrêter de dire au peuple que la violence contre la propriété est plus grave que la violence contre les humains.

Le réalisme économique, c'est écouter les peuples qui se réveillent et leur faciliter la prise de pouvoir pour qu'elle se fasse avec le moins de heurts possible, pour éviter qu'elle se fasse dans une violence extrême.

Les grands de ce monde savent tout ça; ils espèrent juste que ça passe, mais ça ne passera pas. Les médias sont à leur service: ils préfèrent nous distraire ou pointer le doigt sur les «méchants» qui ne respectent pas la propriété des très riches.





8 août 2011

Les banquiers et financiers sont tellement rigolos!


C'est fou ce qu'on peut s'amuser quand il s'agit d'écouter les dires des grands bonzes de la finance! Leurs conseils, exigences et diktats sont une source perpétuelle de joie de vivre. Leur rationalité à toute épreuve n'a d'égale que leur bonhomie et leur désir de voir tout le monde heureux.

Leurs hauts faits sont pour moi source de ravissants souvenirs.

Je me rappelle l'époque du premier référendum québécois. Le discours économique des maîtres de la finance allait à peu près comme ceci: «Vous savez, le désir d'indépendance, c'est bien beau, mais c'est une affaire subjective et, nous, on ne se base que sur des réalités objectives. Il faut être sérieux et ne pas menacer la stabilité économique.

Vous risquez de vous retrouver avec un dollar à 75 ¢, ce qui serait une véritable catastrophe. Et le chômage risque d'augmenter parce que les investisseurs voudront s'en aller.»

Dans les années 90, les grands vizirs financiers trouvaient qu'il n'y avait pas assez de chômage. Parce que l'économie doit considérer que le plein emploi, c'est avoir 10 % de chômage. Alors, on estimait que c'était mauvais pour l'économie et que ça causait une pression indue quand le chômage était inférieur à 10 %. Et bien sûr, on récompensait les entrepreneurs qui «rationalisaient» en mettant des employés à pied. «Rationaliser», c'est un mot très amusant qui veut dire «s'organiser pour s'en mettre plein les poches le temps qu'on peut».

Au deuxième référendum, en 1995, on nous a tenu un discours à peu près comme celui-ci: «Vous savez, c'est bien beau de prendre des décisions logiques qui vous avantageraient économiquement ou politiquement, mais il faut tenir compte des réactions humaines. Les investisseurs sont des gens qui ont des sentiments et ils pourraient vous en vouloir, décider de partir parce qu'ils n'ont plus confiance. C'est très subjectif, le monde économique.»

Dans les années 2000, le dollar était à 75 ¢, et c'était donc une bonne chose! Il ne fallait surtout pas qu'il monte parce que ça aurait nui à nos exportations!

Il y a eu les Hedge Funds dans lesquels tout le monde a investi. Ça s'est effondré et on s'est juré de ne plus s'y faire prendre. Que font les entreprises et les princes de l'argent? Ils investissent dans les Hedge Funds.

Après, il y a eu les papiers commerciaux. On a encouragé les gens à s'endetter pour payer des maisons bien au-delà de leurs moyens et les spéculateurs pariaient sur la capacité ou non de régler leurs dettes de pauvres bougres qui se faisaient arnaquer. D'un côté de la bouche, nos prêtres de la finance nous serinaient que c'était bon pour nous et pour l'économie. De l'autre côté, ils nous disaient que nous étions des «sans desseins», qui essaient de vivre au-dessus de leurs moyens.

Effondrement de la bulle financière, on nous plonge dans la pire crise depuis les années 30. On nous jure qu'on ne le fera plus. Que font-ils encore les grands experts, les ayatollahs du fric? Eh bien, ils ont recommencé à émettre des papiers commerciaux.

Et qu'on fait les États? Ils ont pris l'argent du peuple pour rembourser les dettes des banquiers inconséquents qui se versaient des primes astronomiques quand ils faisaient des profits sur le dos des petits épargnants et des populations. On s'est tout de même dit qu'à l'avenir, on ne permettrait plus de pareils excès. Non, les banquiers ont juste recommencer à se verser des primes mirobolantes et jouent à mettre des milliers d'employés dehors parce les profits sont seulement exceptionnellement élevés plutôt que très exceptionnellement élevés.

Les agences de cotation des États sont états-uniennes. Ça tombe bien, non? L'euro est la monnaie la plus forte du monde, mais la zone euro est en danger parce que quelques pays ont des dettes très élevées. Que faudrait-il faire? Eh bien, faire payer les États, c'est-à-dire les populations, pour sles folies des banquiers. C'est formidable la finance! Si vous êtes un financier irresponsable, c'est le peuple qui va payer pour vous.

Et ces gens-là sont menaçants en plus. N'ont-ils pas dit aux Islandais: «Si vous refusez les conditions de la communauté internationale [voyez comme ils parlent en notre nom, ces grands bonzes], vous deviendrez le Cuba du Nord.» La réponse du président islandais a été fort sage: «Si on vous écoute, on deviendra l'Haïti du Nord.»

La finance, c'est comme une religion: ce sont les grands prêtres qui en profitent et quoi que les fidèles fassent, ils ont toujours tort.



1er août 2011

Quand les Français refusent de parler français


Me voici de retour de vacances et mon habituel séjour parisien m'a fait remarquer l'un de ces petits détails qui font partie de l'évolution des habitudes linguistiques.

On se moque gentiment de la manie des Français de choisir des mots anglais lorsque des équivalents sont pourtant disponibles: duty free plutôt que hors taxes, ferry plutôt que traversier, voucher plutôt que coupon ou bon d'échange et ainsi de suite.

Ces derniers temps, le mot à la mode pour désigner les magasins à bas prix ou à rabais, c'est le discount, qu'ils prononcent «disscounnte».

Ce ne sont là pas des choses très graves, car une langue reste elle-même malgré les nombreux emprunts lexicaux si elle garde sa syntaxe et sa prononciation. L'anglais en est un bon exemple, car plus de la moitié de son vocabulaire vient du français du XIe siècle sans que sa prononciation, sa grammaire et sa syntaxe n'en aient été affectés.

Ce qui m'inquiète, c'est quand les Français ne savent plus prononcer le français. Déjà, il y a quelques décennies, j'avais dû corriger un interlocuteur qui s'obstinait à prononcer 25 cents de la façon suivante: «vintcincenntse». Je lui avais fait remarquer qu'on ne prononce pas les s finaux dans les mots français, sauf pour faire les liaisons. Il m'avait répliqué que le mot cent n'était pas français. Eh bien, si, c'est un mot du français, pas un mot français hexagonal, mais un mot français du Canada et du Québec. Il est donc passé au français et respecte la règle des pluriels français.

Un autre défaut de prononciation est apparu récemment avec l'introduction de la monnaie européenne, l'euro. Si les Français disent normalement «l'euro» en faisant l'élision comme il se doit, en revanche ils hésitent et ne font la plupart du temps pas la liaison quand le mot est précédé d'un déterminant avec consonne. Ainsi, ils disent 100 euros comme «sans-heuro» au lieu de prononcer «centeuro». De même, 10 euros devrait être prononcé «dizeuro», mais ils disent «diss-heuro», comme s'il y avait un h aspiré devant le mot. (Pour les personnes qui s'y connaissent, la description phonétique de cette prononciation erronée devrait s'écrire [dis'øro])

Alors, soit le français est en train d'évoluer vers une prononciaton où les liaisons deviendront de moins en moins obligatoires, soit le mot euro est tellement perçu comme un mot de langue étrangère qu'on n'arrive pas à l'intégrer, ce qui serait un peu étonnant puisqu'on le fait bien avec tous les autres mots, surtout que euro n'est pas de formation étrangère.

Enfin, pour trancher, il faudra qu'on s'en reparle dans une centaine d'années. ;)





30 juin 2011

Bonnes vacances!


En tout cas, j'espère que vous en aurez bientôt. Tout le monde en mérite; elles sont essentielles à la santé. Plutôt que de faire comme les Européens du Nord qui, envieux des vacances des Français, prétendent qu'ils en ont trop, constatons donc que c'est nous qui n'en avons pas assez.

On se reparle quelque part au début du mois d'août.






27 juin 2011

Lutte pour les droits: ça ne fait que commencer!


1. Les postes

C'est du jamais vu! Postes Canada est une société de la couronne. Autrement dit, elle relève de l'État. Elle met ses employés à la rue en décrétant un lock-out et le gouvernement s'empresse de voter une loi spéciale pour obliger ces mêmes employés, dûment exclus de leurs lieux de travail par des gens qui relèvent de lui, à rentrer au travail.

C'est tout de même formidable de voir que l'on punit les travailleuses et les travailleurs pour le comportement de leur patron! Et ça fait à peine un mois que ce gouvernement est élu. Les quatre prochaines années seront longues et risquent de coûter cher aux travailleuses et travailleurs canadiens.

2. Les arrestations massives au G20: un an déjà

Il y a déjà un an, ce même gouvernement conservateur, alors minoritaire, bafouait le droit élémentaire à la liberté d'expression, à la liberté de manifester, en arrêtant près de 1000 personnes sous le prétexte de complot.

On se rappelle que beaucoup de ces personnes, des jeunes souvent, ont été arrêtées en pleine nuit alors qu'elles dormaient dans un dortoir improvisé et que leur seule intention était d'aller manifester, ce qui est leur droit le plus strict, contre la tenue du G20, où les grands de ce monde décident à notre place de l'avenir économique de l'humanité.

L'immense majorité de ces personnes n'ont jamais vraiment su pourquoi elles étaient arrêtées, n'ont jamais eu d'acte d'accusation, et pourtant ont été privées du droit normal à connaître les motifs de leur arrestation et à faire appel à un avocat.

J'ai vu sur place le profilage social: on arrête des gens qui n'ont pas le chic de s'habiller en costume, qui ont les cheveux colorés ou qui se vêtent de t-shirts noirs.

J'ai vu sur place la cavalerie charger la foule à Queen's Park.

J'ai vu des milliers de policiers bottés, armés, casqués, qui servaient à intimider la foule.

Aujourd'hui à 16 h 30, devant Radio-Canada à Montréal, nous manifesterons en ce triste anniversaire contre la violation des droits civiques.

Quand on sait ce qu'a pu faire ce gouvernement quand il était minoritaire, on ne peut que frémir en pensant à ce qui vient maitenant qu'il est majoritaire à la Chambre des communes. Les défenseurs des droits doivent s'organiser, réseauter et faire tout ce qui est possible pour résister. La lutte pour les droits ne fait que commencer.





20 juin 2011

Vive la jeunesse, mais pas n'importe laquelle!


Quand des jeunes ou se disant tels viennent nous dire qu'ils valorisent la performance, on se demande bien au profit de quel exploiteur ils se font les porte-voix. Je me rappelle avoir assisté à un colloque où l'on nous posait la question suivante: «Que faire pour rendre l'école plus performante?»

Ma réponse n'avait pas tardé. Qu'est-ce qu'un école performante? Qu'est-ce que ça veut dire et au profit de qui? Et ensuite est-ce bien le rôle d'une école d'être performante?

Avant de se laisser berner par des concepts foireux, qui paraissent faire consensus, il faut toujours se demander dans quelle galère on veut nous embarquer.

Je ne suis pas de ceux qui râlent contre les jeunes. Les jeunes ont souvent beaucoup de cœur au ventre, de l'énergie et de l'idéalisme. Je crois bien que la majorité de mes correspondants Facebook sont des jeunes: des jeunes militants, des jeunes socialistes, des jeunes anarchistes, des jeunes pour la défense des droits, des jeunes pour le respect de l'environnement...

Mais quand certains usurpent la parole de la jeunesse en prétendant parler au nom d'eux tous alors qu'ils se font plutôt l'écho de leurs pères bourgeois aux doigts crochus qui aimeraient bien s'accaparer la richesse collective pour en déposséder la population, devant cette dégénérescence d'idée qui nous présente la vieille recette du paternalisme comme une solution de rechange au syndicalisme, alors me revient en tête ce coup de gueule du défunt camarade Ferrat et je chante avec lui: «Pauvres petits c...»

Écoutez bien les paroles de cette chanson écrite il y aura bientôt 45 ans. Elles sont aujourd'hui très actuelles, notamment l'invitation finale à ceux dont le «moi [les] chagrine plus que de raison» d'aller se trouver une place en usine pour se remettre les idées d'aplomb.





13 juin 2011

Ancienneté et compétence


Le groupe Génération d’idées a lancé, le 8 juin 2011, son manifeste, appelé Mémoire sommet 2010, rédigé à la suite justement d’un sommet tenu du 26 au 28 novembre 2010.

Certains font grand cas d’une proposition qui se lit comme suit : «Mettre de l’avant auprès des syndicats qu’ils tiennent compte des compétences et de la performance en plus de l’ancienneté.» (p. 66 du Mémoire)

Dans le Devoir du 9 juin 2011, on rapporte en page A-8 que Générations d’idées souhaite «une réforme en profondeur du rôle des syndicats dans la fonction publique, en supprimant entre autres la sécurité d’emploi et en mettant "la compétence au cœur du système plutôt que le principe de l’ancienneté".»

On voit mal sur quelles bases de telles affirmations reposent, comme si les syndicats ne se préoccupaient pas de la qualité du travail et comme si l’ancienneté et l’expérience étaient un frein à l’exécution correcte des tâches.

Analysons la situation.

Les auteurs du mémoire reconnaissent eux-mêmes que la question n’a pas assez été développée au sein de leur groupe.

Au-delà de cette remarque, il importe de constater que l’amalgame entre ancienneté et incompétence s’est répandu dans le discours populaire à partir sans doute de quelques cas individuels, mais y a-t-il eu vérification sérieuse de cette impression quant à l’ensemble du personnel syndiqué en général et de la fonction publique en particulier?

Allons plutôt voir les exigences réelles du travail. Dans toutes les conventions collectives, il est prévu qu’un employé peut être renvoyé pour juste cause. Une personne qui ne fait pas son travail ou le fait systématiquement mal risque toujours le renvoi. La différence est que, lorsqu’elle est syndiquée, les processus de renvoi et de recours sont généralement mieux balisés dans une convention collective que dans la Loi des normes du travail. On pourrait donc présumer que l’ancienneté est un gage de compétence, car une personne ne peut être maintenue dans son poste si elle est incompétente, contrairement à ce que d’aucuns prétendent.

À quoi sert la sécurité d’emploi dans la fonction publique? Elle a été instaurée pour éviter que les fonctionnaires soient soumis à l’arbitraire patronal, au chantage politique et aux pots-de-vin. Avant la sécurité d’emploi, les fonctionnaires pouvaient être virés selon les humeurs des ministres et sous-ministres. Ils l’étaient régulièrement dès qu’on changeait de parti au pouvoir. C’était le règne de l’arbitraire et du patronage, la porte ouverte à tous les chantages. Croit-on que la population serait mieux servie si on en revenait à cette situation?

Les fonctionnaires sont embauchés à la suite de concours. Ils doivent démontrer leur compétence. C’est pour cela qu’ils sont choisis. Cette compétence peut être maintenue par des programmes de formation adéquats. Les syndicats croient en la compétence, c’est pourquoi ils revendiquent la formation continue dans tous les secteurs.

Venons-en à la fameuse performance. Tous les syndicats sont d’accord pour des améliorations qui permettent de faire mieux le travail et plus efficacement. Ils contribuent en général aux mesures qui permettent d’atteindre ces objectifs. Mais, il convient de reconnaître que la performance ne doit pas signifier qu’on expédie le travail au détriment de la qualité ou du service offert à la population. De cela aussi les syndicats se préoccupent.

Mais au-delà des questions de formation et de compétence, l’expérience est aussi un bien précieux qui rend les travailleuses et travailleurs plus performants et plus efficaces. Que le dynamisme de la jeunesse ait sa place, personne n’est contre. Que l’équilibre apporté par l’expérience enrichisse ce dynamisme, on ne saurait être contre non plus.

L’un des problèmes souvent rencontrés dans la plupart des secteurs actuellement n’est pas tellement le manque de compétence, mais plutôt le manque de transmission des savoir-faire et des savoir-être parce que trop d’anciens partent à la retraite sans avoir pu effectuer pendant une période de transition appropriée le transfert des connaissances et des habiletés.

Si on assure ce passage des savoirs et si l’on prévoit des sorties du travail graduelles pour les personnes épuisées plutôt que de vouloir les forcer à travailler le plus longtemps possible comme c’est la mode dans trop de pays qui veulent repousser l’âge de la retraite, chacun trouvera sa place et des travailleuses et travailleurs fiers de leur tâche rendront de meilleurs services à la population.

Nous croyons donc avoir montré que, non seulement l’ancienneté et la compétence ne sont pas contradictoires, mais qu’elles font plutôt bon ménage.






6 juin 2011

L'amphithéâtre de la déchéance


Une fois de plus, le gouvernement québécois formé par le Parti libéral du Québec s'apprête à déshonorer l'Assemblée nationale. Mais, cette fois, non seulement le Parti québécois en est-il complice, mais il en est même l'initiateur. Ce parti qui aimait bien jouer les purs est devenu une caricature désolante.

En effet, l'adoption d'une loi spéciale soustrayant l'entente entre Québécor et la ville de Québec à la révision judiciaire constitue un dangereux précédent dont les répercussions sont incalculables. Si on avalise des ententes qui ne respectent pas les règles, à quoi servent donc les règles?

Qu'est-ce qui empêchera dorénavant le gouvernement de se soustraire aux exigences démocratiques? Il y a là quelque chose d'absolument anormal.

Heureusement qu'un homme comme Amir Khadir sait se tenir debout. Il est question que quelques membres du Parti québécois se dissocient de la manœuvre inquiétante de leur formation politique. Si c'est bien le cas, ils méritent d'en être félicités.

Le mépris des règles démocratiques n'est pas pour encourager les jeunes à voter. Notre Assemblée nationale aurait pourtant bien besoin de leur appui et de leur engagement pour des causes plus nobles que d'absoudre d'avance les éventuels errements de certains capitalistes.





30 mai 2011

Nécessité du scrutin proportionnel


Je me rappelle, c'était à la fin des années 70. J'avais rempli mon cahier de consultation sur le mode de scrutin et de représentation préparé par le nouveau gouvernement du Québec, celui du Parti québécois. Ma faveur était allée vers une représentation proportionnelle régionale modérée.

Le projet de réforme électorale n'est jamais devenu projet de loi. Après les élections de 1981, bien qu'il y ait eu un ministre responsable de la réforme électorale, bien qu'il y ait eu une nouvelle consultation, bien qu'il y ait eu rédaction d'un projet de loi, le tout a été renvoyé aux calendes grecques.

Les années 1944, 1966 et 1998 sont des exemples frappant de situation où le gouvernement du Québec a été formé par un parti qui avait obtenu moins de vote que celui qui allait former l'opposition officielle. Malgré ces exemples historiques, malgré des États généraux sur la réforme des institutions démocratiques en 2002-2003, malgré le dépôt d'un avant-projet de loi par le gouvernement du Parti libéral en 2005 et une consultation sur la réforme du mode de scrutin par la Commission spéciale sur la Loi électorale, qui déposait son rapport en 2006, malgré un rapport du Directeur général des élections du Québec déposé en 2007 sur les modalités du scrutin mixte compensatoire, aucune loi n'a encore été adoptée pour modifier la façon dont les élus sont choisis à l'Assemblée nationale.

Nous nous retrouvons dans une situation où le vote de chacun n'a pas le même poids selon le lieu de résidence et où la volonté populaire n'est pas bien représentée.

C'est cette absurdité que le Mouvement Démocratie Nouvelle (MDN) veut dénoncer par la manifestation qu'il tiendra mardi 31 mai 2011 à midi à la place Émilie-Gamelin à Montréal. Des solutions existent, il suffirait de volonté politique pour adopter un mode de scrutin qui mettrait fin aux distortions qu'impose le scrutin uninominal à un tour.





23 mai 2011

Que faut-il aux Québécois?


En cette Fête nationale des Patriotes, je ne peux m'empêcher de penser à tous ces peuples qui luttent pour la démocratie, qui se battent pour préserver leurs droits, qui contestent la dictature de la pensée unique néolibérale.

Les exemples sont nombreux dans l'Afrique du Nord. Il y a aussi la Grèce, victime des financiers qui décident pour les Grecs de ce qui est bon pour eux. Il y a les Espagnols, qui en ont marre de se faire dire qu'il faut se serrer la ceinture quand ils voient qu'on récompense les comportements inconséquents des banquiers, mais qu'on punit sévèrement les travailleuses, travailleurs et chômeurs.

Plus près de nous, il y a tous ces courageux militants du Wisconsin qui se sont levés contre des lois iniques. Même s'ils n'ont toujours pas gagné sur le plan juridique, leur combat continue et servira tôt ou tard à construire une société meilleure.

Mais, nous, au Québec, qu'attendons-nous? Préférons-nous hurler avec les loups et bêler avec les moutons? Serons-nous encore longtemps «Polis, gentils, ravis, soumis, endormis, aplatis» comme dans la chanson de Pauline Julien?

Que nous faut-il pour nous reprendre en main? N'avons-nous pas besoin de plus de démocratie? Sommes-nous satisfaits de nous faire dire comment penser par des entrepreneurs qui n'ont aucune préoccupation pour la santé et la justice? Sommes-nous satisfaits d'un gouvernement qui paie pour livrer nos services au privé? Sommes-nous heureux d'un développement sauvage qui n'a cure de l'environnement? Sommes-nous contents que le vote ne représente pas la volonté populaire?

Oui, il y en a des raisons...





16 mai 2011

Le printemps canadien


Samedi dernier, 14 mai 2011, des centaines de Canadiens ont manifesté dans une dizaine de villes pour réclamer un mode de scrutin qui tiendrait mieux compte de la volonté populaire.

Il n'est pas normal qu'avec 40% des voix, le parti conservateur se retrouve avec 100% du pouvoir.

Ce mouvement est né spontanément par la réaction d'étudiants de McGill et de Concordia, choqués par le caractère désuet du système électoral.

Une action comme celle-ci devrait se répéter régulièrement. Elle prendra de l'ampleur et gagnera la faveur de tous ceux qui réfléchissent. C'est exactement ainsi qu'est né le printemps arabe.

Les mouvements de masse que l'Afrique du Nord a connus ne se sont pas créés du jour au lendemain. Ils se sont produits à la suite de plusieurs manifestations, d'abord petites et locales, qui se sont propagées chez les étudiants, chez les travailleurs d'usine. Ils se sont préparés pendant des mois et, si on était observateurs, on pouvait le voir venir. Je recevais régulièrement des nouvelles de groupes d'étudiants et de travailleurs tunisiens qui annonçaient se qui se passait. Je n'osais trop y croire, mais cela s'est produit.

Il faut donc oser y croire et oser le faire. Qui sait, peut-être le Canada saura-t-il s'inspirer de nos camarades nord-africains, peut-être sommes-nous à l'aube d'un printemps canadien. Il faut l'espérer, mais surtout agir en ce sens.

Bravo à tous ces jeunes qui nous ouvrent la voie!





9 mai 2011

Améliorer le sort de chacun


Il n'y a pas de gens trop riches, il n'y a que des gens pas assez nantis.

Il n'y a pas de gens trop intelligents, il n'y a que des gens pas assez instruits.

Il n'y a pas de gens trop forts, il n'y a que des gens pas assez solides.

Mais c'est le devoir des riches de comprendre et d'aider pour que tous soient mieux nantis, des intelligents de comprendre et d'aider pour que tous deviennent instruits, des forts de comprendre et d'aider pour que tous aient de la solidité.

Et cela se fait par des mesures sociales. Rappelons la pensée de Benjamin Franklin: «Tout le bien qu'un particulier peut accomplir ne vaudra jamais celui que peut réaliser une collectivité qui s'en donne la peine.»





2 mai 2011

La défaite de la démocratie


À l'heure où j'écris, 23h09, heure du Québec, nous savons que le gouvernement canadien sera conservateur et majoritaire.

Avant de traiter les Canadiens d'imbéciles, rappelez-vous que 60% d'entre eux ont voté pour des partis de gauche ou de centre-gauche.

Le Canada, grâce au régime uninominal à un tour, sera gouverné par un gouvernement qui s'appuie sur 40% des électeurs qui se sont déplacés pour voter. Je n'ai pas pu trouver la proportion des électeurs qui ont effectivement voté.

La vague orange aura aussi, malheureusement, favorisé des conservateurs qui se sont faufilés entre les libéraux et les néodémocrates en Ontario et des conservateurs qui se sont faufilés entre les bloquistes et les néodémocrates au Québec.

L'absence de proportionnelle au Canada permet de constater une fois de plus la défaite de la démocratie, car un parti dur et insensible gouvernera comme si la majorité de la population voulait de lui, alors que c'est exactement l'inverse.

J'ai au moins une consolation: le député le plus conservateur de tous les conservateurs du pays, André Arthur, aura été battu par une candidate néodémocrate.

Mais, notre démocratie est menacée par un gouvernement qui bafoue les droits des femmes, qui bafoue la liberté d'expression, qui considère la dissidence comme un délit et qui promet d'abolir le financement démocratique des partis politiques fédéraux. Des jours noirs s'annoncent, c'est pourquoi je porterai le deuil demain.





1 mai 2011

Participation au vote


Les commentateurs annoncent une participation record aux élections fédérales de demain. En effet, le taux de participation au vote par anticipation a augmenté de 34% par rapport aux élections de 2008.

Je suis loin de partager cet enthousiasme. Les personnes qui votent par anticipation sont, outre celles qui ne seront pas au pays ce jour-là ou qui travailleront aux heures d'ouverture des bureaux de scrutin, celles qui ne veulent pas avoir à y penser le jour même.

Or, plus il y a de monde qui ne veut pas avoir à y penser, plus ça veut dire qu'il y a des gens pour qui c'est un pensum, et qui donc ne feront pas d'efforts le jour même.

J'espère vraiment me tromper. Je souhaite de tout cœur que les jeunes seront nombreux à aller voter.

Le gouvernement actuel s'attaque carrément à la démocratie. S'il fallait qu'il devienne majoritaire à la Chambre des communes, nous vivrions de bien mauvais jours.

Aux urnes, citoyens!





26 avril 2011

Manque de psychologie


Dans son édition de fin de semaine dernière, Le Devoir constatait que «La bataille de Québec n'a pas lieu». On parle ici du financement du fameux amphithéâtre de Québec, auquel le gouvernement conservateur n'a pas participé.

Le maire Labeaume promettait que les citoyens de la région en tiendraient rigueur aux conservateurs et tous mes amis se réjouissaient à l'avance de voir l'influence des conservateurs se réduire dans la région de la capitale nationale.

Le Devoir avance que le maire Labeaume a perdu de l'influence auprès des milieux fédéraux et certains analystes estiment que l'absence d'anicroches pour les conservateurs dans leur campagne dans la région de Québec est l'une des grandes surprises de cette campagne électorale.

Je prêchais dans le désert quand je disais à mes camarades qu'il n'y avait rien à espérer de cette histoire et qu'elle ne changerait absolument rien aux goûts conservateurs de nos amis citoyens de la région de Québec. Au contraire, cela ne ferait que renforcer les conservateurs, ce qui est sur le point de se réaliser.

C'est en effet bien mal connaître la psychologie des électeurs de la droite dure que de croire qu'ils seront offusqués qu'un gouvernement ne participe pas au montage financier d'un équipement sportif d'envergure. Les électeurs conservateurs sont des adeptes du tout au privé. À partir du moment où l'opération peut se faire avec des fonds privés, ils sont au contraire ravis et il ne faut pas croire un seul instant que la question de l'amphithéâtre pouvait les détourner le moindrement du parti conservateur.

Plutôt que de parler d'un non-débat, on devrait s'inquiéter de la récente proposition de Stephen Harper de créer un bureau sur la liberté de religion. Les religions interfèrent déjà suffisamment dans la vie publique sans qu'on ait besoin d'un bureau qui s'assure de leur liberté. Non, seulement les grandes religions reconnues ne manqueront pas de gagner en arrogance, mais les religions sectaires n'hésiteront pas à s'engouffrer dans cette porte ouverte sur l'ingérence dans la vie des collectivités.

Il convient de rappeler que la liberté de croyance est une chose: chaque individu a le droit de croire aux fantômes qui lui plaisent, mais il ne peut obliger personne à faire de même, et il doit respecter les lois du vivre ensemble. La liberté de religion, elle, n'est pas une liberté comme les autres, car elle est aussi la liberté d'opprimer. Quand on lit que les conservateurs ont l'intention de créer des programmes pour appuyer la liberté de religion partout dans le monde, on ne peut que frémir.





18 avril 2011

La pipolisation aplatit tout


Le débat des chefs fédéraux du 13 avril dernier a été l'occasion d'illustrer une fois de plus l'aplatissement jusqu'à la vacuité informative par le traitement pipole des nouvelles.

Une dame, Muguette Paillé, a posé une question fort pertinente aux aspirants premiers ministres. En substance, elle demandait ce qu'ils feraient pour les personnes dans la cinquantaine qui se retrouvent au chômage et pour qui il n'y a pas grand-chose sur le marché du travail.

Les médias se sont emparés de l'affaire et le nom de madame Paillé était sur toutes les lèvres le lendemain matin.

Hélas, le traitement de la question est vite devenu un fait divers pipole. La vedette d'un jour a été invitée sur toutes les tribunes et la question sociale importante qu'elle posait est devenue une question individuelle.

À l'émission de Christiane Charette, on l'entendait même répondre à cette dernière, qui l'invitait à faire un suivi de sa situation personnelle, qu'elle espérait bien que les choses bougeraient, qu'elle trouverait du travail et que toutes les offres qu'on lui faisait n'étaient pas des paroles en l'air.

On ne peut lui en vouloir: la dame est dans une situation difficile et elle espère s'en sortir. Mais la question de départ était que fait-on, socialement, pour les personnes d'un certain âge qui perdent leur emploi? C'est un problème social qui mérite une réponse systémique et non une intervention individuelle.

Qui, dans les médias, a cherché à aller plus loin? Personne. On se contente de surfer sur la saveur du jour. Lorsque la dame aura trouvé un job, l'affaire sera classée et elle pourra retourner dans l'anonymat.

Pourtant, non, justement, l'affaire ne sera pas du tout classée et la question reste entière: comment prend-on en compte le déclassement de nombreuses personnes dans la cinquantaine qui se retrouvent devant rien? Il faut tenir compte de leur santé, de leur passé, du milieu où elles évoluent, etc.

On a encore une fois raté une belle occasion de réfléchir ensemble à des solutions collectives pour des problèmes collectifs.





11 avril 2011

La nonchalance face à la droite dure


L'un des mythes les plus délétères dans le cadre des élections, mythe savamment entretenu par les esprits conservateurs, qui trouve un terrain d'autant plus fertile qu'il s'adresse à ceux qui méprisent le politique, c'est que la droite dure n'est pas si dure que ça.

On entendra: «Mais oui, Harper courtise les chrétiens intégristes, mais il n'osera pas tenir ses promesses à leur égard. Il n'est pas si terrible que ça.»

Je l'ai déjà dit ailleurs, les partis de droite dure réalisent toujours leurs vilaines promesses. Les bonnes, c'est moins sûr. Les gens qui votent pour eux sont ceux qui jettent tous les politiques dans le même sac en disant qu'ils sont tous pourris. Ils nous disent que jamais les politiques ne réalisent leurs promesses. Donc, pourquoi pas voter pour les conservateurs? Réflexion absurde qui conclut de voter pour ceux dont on aime les promesses sous prétexte qu'ils ne les accompliront pas ou d'inciter ceux qui n'aiment pas leurs promesses à voter pour eux sous prétexte qu'ils ne les réaliseront pas.

La chronique de Patrick Lagacé du vendredi 8 avril dans La Presse, intitulée «Le Professeur», fait partie de ce genre de discours qui consiste à endormir le client en lui disant que les conservateurs sont au fond de bon diables et qu'ils ne seront jamais si terribles qu'ils le laissent entendre.

Pourtant, la feuille de route des conservateurs est assez éloquente: mépris de la démocratie, obsession du contrôle, dérive sécuritaire, asphyxie de tout ce qui concerne les droits des minorités autres que chrétiennes intégristes, insensibilité totale à la culture (sauf pour la musique des Beatles qui a bercé son enfance, mais on peut douter qu'il se serait bien entendu avec John Lennon), politique belliqueuse, etc. Tout ça, en étant minoritaire. Il n'est pas besoin d'être grand clerc pour savoir que la majorité lui permettrait une arrogance inouïe.

Que Harper et ses fidèles soient de gentils garçons dans leur salon, je n'en doute point. Mais qu'on nous fasse croire que la droite dure se ramollit quand elle est élue, c'est nous prendre pour des poires.





4 avril 2011

Le vote libidinal


Pendant les élections fédérales de 2008, j'ai écrit une lettre ouverte à ma marraine dans laquelle je m'inquiétais, arguments à l'appui, du fait qu'en votant pour les conservateurs, elle votait contre les valeurs qu'elle prétendait défendre.

Or, non seulement elle a répondu par le silence le plus dense, silence qui dure, mais elle a tout de même voté conservateur.

Je me suis alors demandé comment il se fait que l'on puisse à ce point voter contre les intérêts collectifs et même contre ses propres valeurs. Comme se fait-il que les gens de la ville de Québec, par exemple, ville qui vit de la fonction publique, votent pour des candidats qui promettent de réduire la fonction publique et donc de nuire à l'économie régionale, de mettre à la porte les parents et amis de ceux-là qui votent pour eux.

Comment se fait-il par exemple que des gens votent pour un animateur de radio qui les insulte chaque matin? Qui prend leurs louanges mais leur crache dessus à la moindre critique?

Il semble bien que les électeurs ne votent pas avec leur raison, ni avec leur cœur ni avec leur instinct, mais plutôt par une sorte d'investissement libidinal, qui satisfait leur désir de puissance. Il s'opérerait ainsi un transfert, parfois masochiste, envers un personnage ultra-puissant auquel ils s'identifient et qui leur permet de réaliser à travers lui un fantasme de la puissance à laquelle ils n'ont pas accès. «Lui, c'est un fort, lui il va faire le ménage, lui il ne se laisse pas faire. Je vais voter pour quelqu'un qui ne se laisse pas marcher sur les pieds.» Ainsi, l'électeur se venge de son impuissance en vivant par procuration la puissance d'un autre.

Cette médiation subconsciente constitue un véritable cercle vicieux, car le personnage élu ne fait qu'empirer l'impuissance de l'électeur par ses décisions réductrices, par son absence de considération pour les besoins véritables de son électeur, ce qui accentue le désir de compensation de ce dernier par investissement dans la puissance de l'autre.

Une question reste : «Suffit-il d'exposer ce mécanisme pour que la victime en prenne conscience et décide de s'en sortir?»

Et sinon, comment procède-t-on pour changer ce rapport au pouvoir en véritable investissement démocratique?





28 mars 2011

Débat démocratique et liberté d'expression


La liberté d'expression est une chose extrêmement précieuse. Que chacun puisse dire ce qu'il pense dans un débat est esssentiel à l'évolution démocratique.

Il en est toutefois certains qui, sous le prétexte qu'ils ont le droit de tout dire, voudraient qu'on ne les contredise jamais.

D'abord, le droit de tout dire est limité par le respect des lois et de la réputation des personnes.

Outre cela, s'il est vrai qu'il faut encourager les personnes qui n'ont pas l'habitude de s'exprimer publiquement à le faire plus souvent, s'il est vrai qu'il faut accueillir l'expression des opinions divergentes, il n'en est pas moins vrai qu'il faut aussi répondre chaque fois que ces opinions contiennent des références erronées. Le débat ne s'arrête pas après qu'on se soit exprimé, au contraire il commence.

Cela se passe aussi dans la vie personnelle. Il m'est arrivé quelques fois de me faire dire par des proches: «Mais pourquoi tu détruis toute mon argumentation? Tu m'avais dit que tu voulais que je m'exprime.»

Mais bien sûr que je voulais que tu t'exprimes, mon cher. Et je le veux encore. C'est la meilleure façon de faire avancer le débat. Il faut que tu dises ce que tu penses, mais si tu dis que la terre est plate, il faut t'attendre à ce que je te prouve qu'elle est ronde.

Tu pourras ensuite me répliquer sur les raisons qui t'ont faire croire telle ou telle chose, et on pourra ensemble convenir des explications, ce qui relancera la discussion.

Non seulement, il faut inciter les gens à s'exprimer et leur dire de ne pas se décourager si leurs idées sont contredites par d'autres, mais il faut aussi leur faire comprendre que ces réponses à leur intervention sont nécessaires à la liberté d'expression.

Si j'invitais mes adversaires à s'exprimer et que je ne les corrigeais pas lorsqu'ils affirment des faussetés, non seulement je commettrais une bêtise contre la justesse de l'argumentation, mais je nierais cette même liberté d'expression que je veux défendre, car le droit de réplique est la condition de la liberté d'expression.

L'acceptation de l'expression des autres implique non seulement le droit, mais le devoir de corriger les faits erronés, sinon ce serait leur manquer de respect. Cela est d'autant plus vrai lorsque la discussion est publique. C'est faire injure à l'auditoire que de ne pas lui fournir les faits justes quand on les connaît.

Les seuls adversaires qui ne méritent pas d'être corrigés (je parle de leurs propos, pas de leur personne) sont ceux que l'on méprise. «Mais oui, il a dit une fausseté, mais il n'est pas assez intelligent pour comprendre la correction que je dois faire, donc je le laisse aller.»

Mais oui, exprime-toi, et attends-toi à ce que je te réponde, mais relance-moi, et le débat pourra avoir lieu.





21 mars 2011

Pourquoi la hausse des frais de scolarité est une fausse bonne idée


L'éducation n'est pas un privilège ni un objet de consommation. C'est un droit. Cette seule considération devrait suffire à en faire pour nous un service universel et gratuit.

D'accord, vous diront les néolibéraux, mais comment finance-t-on le tout? Ils vous répéteront que l'éducation coûte cher, qu'on n'en a plus les moyens et qu'on n'a pas le choix de faire payer les étudiants, qui, de toute façon, investissent ainsi dans leur avenir.

Répondons point par point à ces arguments.

1. L'éducation coûte cher
Qu'est-ce que coûter cher? Occuper une part importante du budget? Oui, et alors? L'éducation n'est-elle pas une chose importante? Coûter cher pour qui? Pour le gouvernement? Pour les étudiants? Le gouvernement, c'est nous tous, si nous trouvons ensemble les moyens de financer notre système d'éducation, c'est sûrement mieux que si nous faisons reposer le fardeau seulement sur ceux qui s'inscrivent dans les universités. Et cela m'amène au deuxième point.

2. On n'en a plus les moyens
Mais si nous n'avons pas les moyens collectivement, comment les individus en auraient-ils les moyens? Cela voudrait dire que l'éducation serait alors réservée à celles et ceux qui peuvent payer, donc les riches. Certes, il y aurait encore des étudiants dans les facultés, mais la mixité sociale y serait moindre. Ce serait surtout l'élite économique qui s'y retrouverait. Or, il devrait nous paraître juste que l'éducation soit accessible à toutes les personnes qui sont intellectuellement capables de pousser des études aussi loin qu'elles le désirent.

Les jeunes des classes moins aisées qui feraient l'effort de s'inscrire tout de même seraient obligés de travailler davantage, ce qui conduit à plus de décrochage sans compter les problèmes familiaux ou de santé.

Pourquoi avons-nous les moyens de baisser les impôts des entreprises? Pourquoi avons-nous les moyens d'exempter d'impôts les activités minières? Pourquoi avons-nous les moyens de tolérer l'évitement fiscal?

3. On n'a pas le choix de faire payer les étudiants
Mais, si, nous avons le choix. On nous serine sans cesse que les impôts sont trop élevés alors qu'ils ne cessent de baisser depuis des années. Nous avons, enfin quand je dis nous je devrais dire le gouvernement a, fait le choix d'être la province la plus accueillante pour les entreprises. Cela ne les rend pas plus reconnaissantes et cela nous empêche de favoriser nos priorités. Nous avons donc le choix et des ressources pour ce faire.

Rappelons que Québec Solidaire a proposé toute une série de mesures qui permettrait de dégager des ressources équivalant à 5 milliards de dollars. Cela en faisant preuve d'un peu de courage politique. Mais, ça, c'est une question de choix.

4. Les étudiants investissent dans leur avenir
Voilà une façon un peu curieuse de voir l'éducation si l'on entend par là que l'objectif est de devenir financièrement riche. Veut-on que les étudiants se concentrent comme autrefois au Québec sur les seules professions libérales?

Si l'on entend au contraire que l'éducation est une forme d'investissement sur soi pour devenir un être meilleur et de soi pour jouer un rôle dans la société, alors c'est un argument de plus pour que l'éducation soit accessible, universelle et gratuite.

Nous en avons les moyens, nous en avons le choix, permettons aux jeunes de faire les études qu'ils veulent plutôt que de réserver l'éducation aux plus fortunés.

On attribue à Derek Bok, ancien président de l'Université Harvard, la citation suivante: «Si vous trouvez que l'éducation coûte cher, essayez l'ignorance.» Le résultat est collectif, le coût doit être collectif.





14 mars 2011

Japon: notre naïveté et notre bêtise


L'important séisme qui a frappé le Japon cause des problèmes aux centrales nucléaires dont est parsemé ce pays.

Les experts n'ont pas tardé à nous chanter leurs berceuses pour nous endormir: les radiations ne se rendront pas dans tel ou tel pays, et surtout pas chez nous, sinon en quantités infinitésimales. Ça ne vous rappelle rien?

N'a-t-on pas commencé dans les premières heures de la connaissance du cataclysme par dire qu'il n'y avait qu'une trentaine de morts?

À chaque accident nucléaire ne commence-t-on pas par dire qu'il n'y a aucun danger pour la population en général?

Rassurez-vous, on vous parlera du danger quand il sera trop tard.

Les agences de cotation boursière étudient maintenant la situation afin de décoter le Japon. Peu importe ce qui se passe dans un pays, les affaires doivent suivre leur cours. Il y a du monde qui doit faire son profit.

C'est bête et indécent. On ne peut que citer le regretté camarade Chartrand: «Le capitalisme est amoral, asocial et apatride.»





7 mars 2011

Les maîtres du monde et la Lybie


Le monde est complexe et les révolutions qui se passent dans le nord de l'Afrique sont le fait de populations que nous connaissons mal par désintérêt peut-être, mais surtout par ignorance et par manque d'information, après tout quand le pétrole est livré ponctuellement, on ne s'inquiète pas, d'où des décennies sans chercher à comprendre ce qui se passe là-bas.

Les violences en Libye, causées par un dirigeant qui préfère tuer ses congénères que de prendre une retraite précipitée dans un home pour dictateurs périmés, inciteront tôt ou tard des puissances internationales à intervenir.

Le risque est grand que ces puissances internationales se sentent le «devoir» de remettre les rênes à l'un quelconque des opposants au régime actuel en prétendant que c'est le meilleur représentant de la population, oubliant que des courants divers traversent le soulèvement populaire, car il est tellement facile de séparer le monde en bons et méchants, les bons de notre côté et les méchants, ceux qui ne font plus notre affaire.

Or, la population a plus besoin d'outils pour représenter sa diversité et donner cours à son expression que d'un nouveau souverain à la solde de l'Occident, toujours en sursis tant que les intérêts pétroliers ne subiront pas de nouveaux soubresauts.

Le chemin est long vers la liberté, et ce n'est pas dans l'intérêt des maîtres du monde de faciliter le voyage.





28 février 2011

Les médias et la mort


Les médias

Nous sommes à une époque où les grands médias généralistes, disposant de tous les moyens technologiques, devraient pouvoir nous informer de tout ce qui se passe d'important dans le monde.

Or, il n'est plus possible d'être au courant des choses importantes pour l'évolution de la société sans partir soi-même à la chasse aux nouvelles. Les médias spécialisés sont légion, et chacun ne se tient informé que de ce qui constitue son petit dada: musique gore, collection d'étiquettes de bouteille de bière, nouvelles teintures des cheveux des chanteuses country, etc.

Quant aux grands médias, après une nouvelle internationale, ils descendent vite aux pipoles et aux faits divers. Faites l'exercice de compter combien vous avez de nouvelles de chacun des continents. Ce matin dans un grand bulletin de radio, je n'ai entendu aucune nouvelle provenant de l'Asie, ni de l'Europe, ni de l'Océanie, ni de l'Amérique du Sud.

Il semble même qu'il soit trop difficile de faire le suivi des événements d'Afrique du Nord et du Proche-Orient. On suit la Tunisie, puis on passe à l'Égypte la semaine suivante, puis à la Libye, en laissant les autres derrière comme s'ils n'existaient plus.

Et parfois, même, il est assez remarquable que des sujets sociaux d'importance en Amérique du Nord, soient passés sous silence. J'ai fait l'expérience de chercher des informations sur les ripostes syndicales aux attaques menées notamment au Wisconsin, et je puis dire que, même dans le Net, les infos en français ne sont pas si nombreuses.

Nous sommes sous un régime boulimique d'information, qui ressemble au régime alimentaire: beaucoup de gras, mais peu de protéine et peu de vitamines. Certains appliquent bêtement un principe élémentaire de communication sans tenir compte de l'impact de la redondance. Pour ceux-là, une personne qui reçoit mille messages est 100 fois plus informée qu'une personne qui reçoit 10 messages. Il y a tout de même un petit hic: la personne qui reçoit 10 messages différents est 10 fois mieux informée que celle qui reçoit 1000 fois le même message et, surtout, elle est 1000 fois moins déformée.

Bien que la technologie rende facile la consommation d'infos, elle nous oblige tout de même à être très actif et très critique dans la recherche d'information. Tant que les médias fonctionneront sous le régime capitaliste, ils nous fourniront une information grasse et sucrée sans diversité et contenant peu d'éléments nutritifs.

La mort

La mort est la seule justice dans le monde: tous y passeront qu'ils soient grands ou petits, bons ou mauvais, riches ou pauvres. Même les plus prétentieux, même les plus paranoïaques, même les mieux planqués devront se dissoudre dans le grand bouillon universel.

Un fait divers de l'actualité m'a fait penser à la mort des bourreaux et des monstres. Il ne faut souhaiter la mort de personne, il ne faut précipiter la mort de personne, sauf en cas de légitime défense, mais lorsqu'un être véritablement monstrueux décède, qui peut s'en chagriner? Peut-on se désoler de la disparition d'Hitler, de Pol Pot, de T. R. et de D. A. ?






21 février 2011

Pourquoi le racisme est-il mauvais?


La Cour suprême vient d'émettre un jugement dans une affaire qui opposait entre autres André Arthur, l'animateur de radio bien connu, et un appelant en recours collectif qui regroupait des chauffeurs de taxis d'origines maghrébine et haïtienne.

Les conclusions majoritaires de ce jugement sont que les propos outranciers de l'animateur, à l'effet que les chauffeurs de taxi arabes et haïtiens sont incompétents et qu'ils achètent leurs examens, sont de nature générale et qu'ils n'affectent donc pas chacun des chauffeurs en particulier. On ajoute de plus que les citoyens ordinaires n'auraient donc pas apporté foi à de pareils propos pour les appliquer à un chauffeur en particulier.

Les propos de la juge dissidente Abella me paraissent plus réalistes. En effet, si des propos racistes sont tenus à l'égard de tout un groupe, ils s'appliquent a fortiori à chacun d'entre eux. Que le citoyen ordinaire soit d'accord ou pas n'est pas le critère de décision. Le critère est de savoir si le citoyen ordinaire comprend que les paroles prononcées visent chacun des membres du groupe visé. Et il est bien clair que oui. Si quelqu'un prétend que tous les chauffeurs haïtiens achètent leurs examens, même si je crois que c'est faux, je sais que celui qui a proféré ces paroles vise tous et chacun d'entre eux et s'attaque à leur réputation.

Devrait-on comprendre au contraire qu'un jour si André Arthur déclare que tous les membres du système juridique sont des morons, même si n'importe qui sait très bien que c'est une grossièreté éminemment fausse, on ne pourra pas l'accuser de diffamation sous prétexte que le groupe est trop général? Après tout, il y a des juges, des avocats, des greffiers, des noirs, des blancs, des femmes, des hommes, des gens des villes et des campagnes dans ce groupe. Et il ne se serait adressé à aucun d'eux en particulier.

Le jugement majoritaire tel qu'il est formulé semble dire que le racisme est mal pour des raisons morales et non pas parce qu'il affecte tous les individus d'une communauté.

Or, le propre du discours raciste est justement de tenir des propos grossièrement généralisés de sorte que n'importe quel individu appartenant à ce groupe, aussi hétéroclite soit-il justement, est visé à cause de la généralisation outrancière.

Si le discours raciste n'affecte personne, alors pourquoi le condamner? Généraliser, ce n'est pas se diriger contre personne, c'est au contraire s'adresser à tous et chacun. Le jugement majoritaire qui vient d'être émis me paraît ouvrir la porte à des dérives langagières peu acceptables en démocratie.





13 février 2011

L'Assemblée nationale prend-elle l'habitude des motions infâmes?


Comme si on n'avait rien appris de l'affaire Michaud, les trois partis néolibéraux de l'Assemblée nationale en ont remis en se précipitant dans une nouvelle tentative de condamnation sans même savoir de quoi il retourne.

On se rappellera que l'Assemblée nationale s'était permis, en décembre 2000, de condamner unanimement Yves Michaud sans l'avoir entendu, sans même connaître la teneur réelle de ses propos comme cela est bien raconté dans le livre L'affaire Michaud: chronique d'une exécution parlementaire, Gaston Deschênes, Septentrion, 2010. Une action aussi irréfléchie entache la réputation de l'institution démocratique qui doit représenter la population.

Et voilà que l'Assemblée a failli se discréditer une nouvelle fois en condamnant une campagne de boycottage de produits israéliens, processus tout à fait démocratique et parfaitement légal faisons-le remarquer. Cette campagne est menée par le comité BDS (boycott, désinvestissement, sanction) formé de citoyens québécois qui répondent à l'appel de la société civile palestinienne afin qu'Israël mette fin à la politique discriminatoire qu'il maintient contre la population palestinienne, politique assimilable à l'apartheid comme l'a souvent déclaré Mgr Desmond Tutu lors de nombreuses interventions publiques.

La motion prend prétexte de la liberté d'entreprise pour soutenir le commerçant propriétaire de la boutique Le marcheur devant laquelle se tient un piquet d'information incitant les clients à boycotter une des marques de chaussure vendues dans ce magasin, soit la marque israélienne Beautifeel.

Une campagne de boycottage est un moyen de pression économique, qui a été utilisé avec succès contre l'apartheid en Afrique du Sud. Il n'y a aucune raison de passer une motion à l'Assemblée nationale pour condamner une initiative citoyenne. Heureusement, comme la motion était sans préavis, il fallait l'unanimité des députés pour pouvoir en discuter, ce que les proposeurs n'ont pas obtenu grâce au refus d'Amir Khadir.

Ce qui est le plus outrageant dans cette motion, c'est qu'elle place au-dessus de tout la «liberté de commerce». On voit bien là quelles sont les priorités des néolibéraux. La vie et les malheurs de centaine de milliers de Palestiniens sont pour eux beaucoup moins importants que la libre entreprise et le commerce.

Pourtant, la liberté de commerce inclut aussi la liberté de boycotter des produits. C'était recommandable à l'époque où il fallait faire pression sur l'Afrique du Sud, et ce l'est aujourd'hui où il faut faire pression sur Israël.





7 février 2011

La sécurité de qui?


C'est la moitié du thème du Forum organisé par la Commission populaire à l'Université Concordia pendant le week-end du 4 au 6 février 2011. Parce que la réponse à la question était «Notre sécurité!»

La sécurité de la population est très importante, mais comment se fait-il que les mesures sécuritaires gouvernementales menacent-elles à ce point la sécurité des individus?

Au cours de ce Forum, il a été possible de faire le tour des enjeux principaux que recouvre ce concept de sécurité et comment il conduit à des dérives comme la criminalisation de la dissidence et de la différence.

Voici quelques exemples : Les autochtones ont, dans l'histoire, vu leurs enfants enlevés pour être placés dans des pensionnats de blancs.

Dans les années 50 et 60, les gais ont été suspectés d'être de possibles victimes de chantage de la part des espions soviétiques et ont été fichés pour ça. En fait, le seul chantage qu'ils ont subi a été celui des agents canadiens qui voulaient les faire travailler pour eux.

Dans les années 70, la GRC a posé des bombes, brûlé des granges, émis de faux communiqués, encouragé la population à la violence, tout ça pour justifier son appareil de lutte contre un FLQ, qui était exsangue.

Et c'est à la suite des enquêtes (Keable et MacDonald) qui montraient les dérives de la GRC, qu'une loi des années 80 a créé le Service canadien de renseignement et de sécurité (SCRS).

Aujourd'hui, le SCRS envoie des agents poser des questions aux colocataires, amis et cotravailleurs de personnes qu'ils suspectent d'être des menaces à la sécurité. Et les raisons de la suspicion sont aussi sérieuses que de se trouver dans un véhicule immatriculé au Québec et de porter un t-shirt noir pendant la tenue du G20 à Toronto.

Il existe un tel marché lié à la déportation qu'on sous-traite l'envoi dans des pays étrangers d'environ 13 000 personnes par année. L'Agence des services frontaliers du Canada veut faire accélérer le processus de déportation de sorte que les gens soient déportés avant même qu'ils aient eu l'occasion d'avoir recours au processus d'appel.

Dernier exemple entre tant d'autres, car on pourrait en énumérer pendant des heures et des heures, les fameuses listes de sécurité qui peuvent vous priver de votre droit de voyager et vous faire emprisonner pendant des années sans savoir pourquoi. Les raisons pour être inscrits sur ces listes sont secrètes, les procès sont secrets et les preuves sont secrètes. Or, s'il y a un principe élémentaire dans la justice, c'est bien que l'on sache de quoi on est accusé pour pouvoir se défendre.

Et pendant que nous discutions des dérives sécuritaires du gouvernement canadien, que faisait le premier ministre Harper? Il rencontrait le président de la super-puissance voisine pour assurer une gestion commune harmonieuse des frontières. Dans la véritable novelangue qu'il maîtrise fort bien, le chef conservateur déclarait: «Il s'agit de l'utilisation de notre souveraineté pour le bénéfice de tous les Canadiens.» Entendez: «Il s'agit de l'abandon de notre souveraineté pour complaire aux États-Unis.»

Si l'on parle d'harmoniser les procédures aux frontières pour faciliter la circulation, c'est encore une fois un bel exemple de novelangue. En effet, avec qui les Canadiens harmoniseront-ils leurs procédures? Avec les États-uniens qui sont encore plus tâtillons qu'eux et qui sont friands de fouille pour toutes sortes de raison. Alors, ça ne va pas faciliter la circulation, mais plutôt la ralentir énormément.

Une anecdocte personnelle pour illustrer les procédés de nos voisins. En 2007, je traversais la frontière entre Edmunston au Nouveau-Brunswick et Madawaska aux États-Unis, où se tenait une fête en l'honneur des familles Lagacé-Lagassé. J'ai été retenu une heure par le douanier états-unien qui a fait toutes sortes de recherche dans ses bases de données. Vous savez quoi? Il trouvait que j'allais trop souvent en Europe! (Deux fois par année)

Ce sont les mesures de sécurité favorisées par le gouvernement canadien qui menacent la sécurité des résidents du pays. Et il est très clair que certains groupes racisés sont ciblés et montré à la suspicion publique. Profilage racial, social, économique, voilà à quoi mènent ces mesures, que les participants au Forum vont contrer en préparant des campagnes pour mieux documenter l'histoire du peuple, dévoiler les activités du SCRS, combattre les certificats de sécurité et faire abolir les listes noires.

Le Forum s'est terminé par un souper de solidarité pour Mohamed Harkat, victime d'un certificat de sécurité, qui n'a pas été autorisé à y participer lui-même parce que les autorités lui ont interdit de se trouver en la présence de personne qui «approuvent le terrorisme». Voilà comment sont considérés les militants pour le respect des droits de la population.





31 janvier 2011

Si la vie ne vaut rien, rien ne vaut la vie


C'est la semaine de la prévention du suicide. Impossible de ne pas penser à toutes les personnes que j'ai connues qui ont commis ce geste irréparable.

On se demande toujours ce qu'il faut faire, ce qu'il faut dire, comment convaincre nos proches de ne pas se supprimer. Heureusement, il y a de plus en plus de ressources, des réseaux d'entraide et même le numéro 1 866 APPELLE, où l'on peut recevoir des conseils.

On dit aussi qu'il faut beaucoup en parler. On fait souvent référence aux dommages que le suicide cause dans l'entourage de la personne qui a commis ce geste.

Je suis un peu mal à l'aise devant cet argument, car pour les adolescents, il me semble que le suicide pourrait être vu comme une façon de punir les parents ou l'entourage. Aussi je préfère parler de la perte que l'individu se cause à lui-même.

La vie est paradoxale et on n'obtient pas ce que l'on veut en se détruisant, sauf l'arrêt de la souffrance. Il y a pourtant bien d'autres façons de mettre fin à la douleur, car des personnes peuvent aider, il y a des lieux où dire son mal-être et où se reconstruire.

Dans tous les cas, le suicide est un échec; il suffirait de peu de chose pour relancer le désespéré sur le chemin de la clarté. Ce qu'il faut se rappeler, c'est que mettre fin à sa vie, c'est se priver soi-même de la merveilleuse aventure de la découverte des autres et du monde.

C'est aussi priver la société de l'apport qu'on peut lui offrir par ses talents. Chacun contribue en déposant sa petite brique dans l'édifice social, et même les gestes les plus anodins et les plus anonymes ont leur valeur. Ne doutez pas que la nounou d'Einstein a eu son importance dans la vie.

Et ce boulanger qui vous tend son pain avec le sourire, cette chauffeuse d'autobus qui vous a attendu alors que vous arriviez sur le coin de la rue, tout dans la vie a des conséquences incalculables.

Faites-vous le cadeau de la vie et partagez avec nous les sourires et les clins d'œil qui réchauffent le cœur.

Il n'y a rien d'autre que la vie, et il vaut la peine de l'explorer jusqu'au bout.






24 janvier 2011

Les temps durs


Lorsqu'il fait froid comme aujourd'hui, on annonce un maximum de -21 et il fait -27 au moment où j'écris, on se dit que les Nord-Américains devraient bénéficier d'une clause «grand froid» selon laquelle on peut prendre congé ces jours-là. On a bien assez de lutter contre toutes sortes de conditions adverses, pourquoi s'obstiner en plus contre la nature qui nous dit «Restez donc près du poêle aujourd'hui!»

Les temps sont durs dans le monde du travail aussi. Ça fait deux ans aujourd'hui que le patron du Journal le plus fermé d'Amérique a mis ses employés sur le trottoir pour les forcer à accepter l'inacceptable. Et tout cela dure parce qu'il est possible de franchir virtuellement le piquet grâce à Internet.

En effet, le texte de la loi anti-briseurs de grève parle de personnes qui entrent dans les lieux de travail pour exécuter la tâche des employés. Mais on sait bien que le travail journalistique aujourd'hui peut s'exécuter à partir de n'importe quel lieu et que les textes et les images voyagent électroniquement. Ne pas adapter le texte pour tenir compte de la réalité technologique n'est-il pas une forme d'hypocrisie?

En tout cas, ce soir, nous braverons le froid, puisqu'il n'y a pas de clause «grand froid», et nous exprimerons notre solidarité envers les employés, qui ne demandent pas mieux qu'une entente raisonnable, et non pas des conditions imposées.

En terminant, j'aimerais me réjouir de l'initiative des femmes qui ont organisé un «allaite-in» dans un centre commercial du centre-ville de Montréal pour protester contre la décision absurde de demander à une femme de quitter les lieux sous prétexte qu'allaiter en public pouvait choquer la clientèle.

Qui cela peut-il bien choquer? Quel ignorant ou quel ahuri peut-il être dérangé par le fait qu'une femme nourrisse normalement son enfant? On cherche en vain une justification à une réaction si étrange. Allaiter son enfant n'est ni déplacé, ni dégoûtant, ni choquant.





17 janvier 2011

Demande-moi de l'aide, et j'en abuserai


J'ai été stupéfait et horrifié de voir comment le gouvernement conservateur a interprété le besoin d'aide en Haïti.

Il s'est employé à développer la sécurité: construction de prisons et formation en sécurité. L'aide canadienne officielle s'est concentrée sur la sécurité! Pas la sécurité alimentaire, pas la sécurité des bâtiments, non la sécurité au sens G20 de Toronto!

Ce qui me stupéfait encore davantage, c'est l'indifférence dans laquelle la population canadienne a reçu cette information. Non seulement le Canada ne fournit pas l'aide véritable dont les Haïtiens ont besoin, mais il se sert de leur pays comme laboratoire pour ses propres fins. Et nous laissons passer ça comme si de rien n'était!

Un malheur n'arrivant jamais seul, après le premier anniversaire du tremblement de terre en Haïti, voilà que Jean-Claude Duvalier (Bébé Doc) retourne dans sa terre natale. Il déclare être venu pour «aider». Décidément, l'aide a le dos large. Il pourrait commencer par rembourser tout ce qu'il a volé au peuple.

Souhaitons que les autorités le jugeront pour ses exactions contre la population haïtienne. Vingt-cinq ans d'exil ne devraient pas suffire à faire oublier les tontons macoutes.





10 janvier 2011

Restants de dinde capitalistes


Lors d'un congrès régional de la région Montréal-Centre du Parti québécois du tout début des années 1990, Jacques Parizeau lui-même mettait les militants en garde contre l'idôlatrie de l'économie, contre ce qu'il appelait très justement «l'économie religion».

Force est de reconnaître qu'il n'a pas été entendu et que non seulement son parti, mais une part de plus en plus grande de la population adhère sur le modèle de la foi à des principes économiques sans fondement.

L'une de ces lubies veut que les impôts ne soient pas une bonne chose. Pourquoi les impôts ne sont-ils pas une bonne chose? Ils permettent de répartir équitablement la richesse, ils assurent que chacun paie sa part selon ses revenus (s'ils sont bien constitués), ils assurent que tous contribuent au bien, à l'éducation et à la santé de l'ensemble de la population et les personnes pauvres en sont exemptées. Malgré tous ces bienfaits, non, le croyant s'est fait dire par le grand-prêtre que les impôts ne sont pas bons, donc il faut moins d'impôts.

Les dogmes de l'économie religion sont toujours les mêmes et ils reviennent régulièrement malgré leur absurdité. Peut-être votre beau-frère vous a-t-il ressorti pendant les Fêtes (d'où le lien avec mon titre) cette vieille couleuvre que je n'avais pas vue depuis longtemps: Imaginez-vous donc que ce serait les riches qui feraient vivre les pauvres!

Inutile de vous obstiner contre le croyant, votre opinion, pas plus que le bon sens et la logique, n'aura aucun effet sur lui. Le riche achète du pain, va chez le nettoyeur, achète des places au théâtre, donc c'est lui qui fait vivre votre tante qui est boulangère, votre voisin qui est nettoyeur et votre cousine qui est ouvreuse.

Ce sont plutôt les millions de clients qui achètent tous les jours dans le supermarché les «cossins» bien emballés de monsieur chose qui le rendent millionnaire, mais le croyant n'en a cure, il s'imagine que les quelques riches achètent tout le pain du monde, monopolisent tous les nettoyeurs, remplissent tous les théâtres et lisent tous les livres de l'Union des poètes.

La force de l'idéologie, c'est de faire adhérer à des choses absurdes et de conduire les gens à agir contre leur propre intérêt, et celui de l'ensemble de la population, au profit d'une classe donnée. Plus que de lutter contre l'absurdité du raisonnement, car la croyance rend acceptable l'aberration, il faut faire voir à qui le crime profite.

À qui ça sert de s'imaginer que les riches sont le moteur de la société? Ça sert aux riches parce que, pendant ce temps-là, les pauvres se tiennent tranquilles et ne réclament pas de réforme sociale. Il faut montrer où sont les intérêts. Et, là, votre beau-frère pourra choisir son camp. Peut-être continuera-t-il à croire que les riches font vivre les pauvres parce que ça fait son affaire et qu'il est de leur côté, mais au moins les choses seront claires.

Plus qu'une lutte d'arguments, ce que nous vivons, c'est une véritable lutte des classes.





25 décembre 2010

Temps des Fêtes


De quoi parlez-vous autour de la dinde de Noël ou de la Saint-Sylvestre?

De la droite dure qui n'en finit plus de nous lessiver le cerveau avec les malheurs des pauvres riches?

Ils ne perdent rien pour attendre, mais pour le moment c'est eux qui ont le gros bout du bâton.

En tout cas, passez de belles Fêtes quand même. N'abusez pas trop. Soyez sages, mais pas trop.

On se reparle le 10 janvier 2011.

Souhaitons-nous paix, santé et solidarité!






20 décembre 2010

Pourquoi je suis athée


En cette période de célébration du solstice, plusieurs se sentent des élans religieux qui alourdissent inutilement la sauce. Aussi je me permets de rappeler ici pourquoi on est athée, en citant ce texte trouvé dans un site dont je ne retrace plus l'origine, mais on verra de semblables déclarations chez les humanistes, les brights, les athées en action, etc.

«Je ne suis pas athée parce que c'est à la mode, ou qu'on opprime les gens au nom d'un dieu quelque part dans le monde, ou encore parce que je vois une contradiction entre l'existence d'un dieu omniscient, omnipuissant et bienveillant, et l'existence du mal. Ni non plus parce que la science réfute l'idée de Dieu.

Je suis athée en raison d'une simple constatation: Le fardeau de la preuve repose sur le croyant.

Si vous postulez l'existence de quelque chose, vous devez suivre la méthode scientifique dans la défense de son existence.

En attendant, je n'ai pas besoin de votre hypothèse.»





13 décembre 2010

Frais de scolarité: pourquoi ils ne servent pas la justice


Nous subissons actuellement un matraquage idéologique et médiatique en faveur de la hausse des frais de scolarité qui repose sur la prémisse fallacieuse qu'il faut les hausser par ce qu'ils sont élevés ailleurs.

Vite, haussons les frais de scolarité! S'ils sont plus élevés ailleurs, les étudiants vont se dépêcher de s'inscrire dans les autres provinces.

Vite, haussons les frais de scolarité! S'ils sont plus élevés ici, les étudiants continueront de s'inscrire. Ce n'est pas grave si ce sont les filles et les fils de bonne famille qui remplaceront les filles et les fils de travailleuses et travailleurs dans les Facultés.

Vite, haussons les frais de scolarité parce qu'il faut bien que quelqu'un paye pour cela. Et c'est bien mieux si ce sont les individus qui paient plutôt que toute la collectivité. Après tout, les études, ça profite seulement à des individus.

En effet, on forme des médecins pour qu'ils aient de bons salaires, pas pour soigner des gens; on forme des ingénieurs pour qu'ils soient acceuillis dans des clubs de golf, pas pour construire des édifices ou des routes. Et, surtout, on ne devrait pas former des philosophes, des géographes ou des travailleuses sociales. Ce ne sont pas des gens qui gagnent beaucoup d'argent! Et les écrivains, ça ne vaut même pas la peine d'en parler.

Vite, haussons les frais de scolarité! Comme ça, les universités pourront utiliser plus de fonds pour les immobilisations!

Vite, haussons les frais de scolarité parce que la formation universitaire, ça devrait appartenir seulement à ceux qui ont les moyens de se la payer!

Vite, haussons les frais de scolarité parce que les entreprises pourront aider celles et ceux qui se préparent à combler uniquement leurs besoins spécifiques.

Vite, haussons les frais de scolarité parce que ça éloignera les parasites qui traînent dans les universités en pensant qu'elles contribuent au développement de la pensée critique et à la création d'un monde différent.

Vite, haussons les frais de scolarité parce que la société n'a pas à payer pour des individus et que les individus n'ont rien à faire de la société. D'ailleurs, la société existe-t-elle?

Vite, haussons les frais de scolarité parce que c'est injuste et que, si on est plus injuste ailleurs qu'au Québec, eh bien, il faut les rattraper!





5 décembre 2010

Vous êtes cordialement invités

par

Les Écrits francs s. a.

www.lesecritsfrancs.com

514-723-0415
et

Francis Lagacé
au lancement de


365 Chrysanthèmes (+ 1)
(recueil de pensées)


à l'occasion d'un
LIVRES ET BRIOCHES



Voici comment ça marche. Vous passez nous voir le dimanche 12 décembre 2010 quand ça vous convient entre 11 h et 14 h. Il y aura fruits, muffins, jus et autres provisions de bouche.

Pour l'occasion, les personnes qui nous rendront visite participeront au tirage, au choix, d'une bouteille de champagne ou d'un dîner au restaurant en compagnie de l'auteur.




AU PLAISIR DE VOUS RECEVOIR!
3217, av. Laurier Est (angle Saint-Michel)
514-723-0415
Métro Saint-Michel (bus 67, direction sud)
Métro Joliette (bus 67, direction nord)

CONTINUEZ À LIRE : IL Y A UN SPÉCIAL POUR VOUS


Avant le spécial, voici quelques exemples de pensées que l'on trouve dans le recueil:


Ne faites pas de sermon en descendant l'escalier de votre observatoire; vous pourriez manquer une marche.

Si je ne dis jamais de mensonge, il peut m'arriver d'habiller la vérité... histoire d'éviter que la vérité toute nue attrape la sinusite ou les hémorroïdes.

La vie, c'est pas mal. Enfin, c'est difficile de comparer avec autre chose.


Il y en a, comme ça, une pour chaque jour de l'année. En commençant par le 1er mai, fête des travailleuses et travailleurs.

Oui, le spécial: les personnes qui viendront au lancement le 12 décembre et qui achèteront un exemplaire de 365 Chrysanthèmes (+1) au prix de 15 $ auront droit gratis à un autre titre du même auteur (voir le catalogue sur www.lesecritsfrancs.com) ou à une réduction de 5 $ sur le titre d'un autre auteur.

Pour les personnes qui ne peuvent venir au lancement, mais qui voudraient profiter du spécial, il leur suffira de passer la commande par courriel au francis.lagace@gmail.com. Toutes les commandes reçues avant 10 heures le 12 décembre permettront de bénéficier du spécial. Vous recevrez vos livres par la poste avec des frais d'envoi de seulement 5,50 $ (soit le coût des billets d'aller et de retour en autobus si vous étiez venus nous voir), ce qui est moins que les frais d'envoi normaux de 3 $ par livre.

De l'intérêt de commander par courriel: Mode de commande facile, il vous suffit d'indiquer dans le courriel le ou les titres qui vous intéressent. Vous n'avez même pas besoin de remplir le bon de commande postal. On vous expédie par la poste le ou les livres choisis avec la facture, qu'il vous suffit alors de régler par chèque. Pas mal, non?

Alors, on vous voit le 12 décembre ou on entend parler de vous par courriel?

Au plaisir !





29 novembre 2010

Pédophilie: la grande noirceur


Le 6 décembre 2009, je publiais dans ma page Facebook la question suivante: « Cas d'école: Vous découvrez que quelqu'un de votre famille est pédophile. Vous l'avez vu poser des gestes sans aucune équivoque sur des enfants si jeunes qu'ils ne disposent pas encore de la parole. Mais comme vous êtes seul témoin, votre parole n'a aucune valeur. Vous n'êtes qu'un socialiste athée, alors que le bourreau est une sainte personne qui va à la messe tous les dimanches. Que pouvez-vous faire?»

À part une qui parlait de violence, les réponses obtenues à ce problème scolaire font état des recours normaux dont dispose toute personne témoin d'une pareille situation. Cependant, une lettre reçue de l'un de mes correspondants rappelle qu'il existe parfois des contextes sociaux plus étouffants que d'autres.

Après de longues discussions et avec l'accord de celui que nous appellerons ici Olivier (les noms ont été changés), je publie cette lettre qui m'est arrivée assez lontemps après l'exposition du cas d'école. Je l'ai légèrement éditée.

«Francis, j'ai attendu longtemps avant de vous écrire. J'ai été troublé par votre cas d'école, car j'ai l'impression qu'il a été écrit exprès pour moi. Je me suis complètement reconnu dans votre description.

Il y a plus ou moins 10 ans, j'ai surpris mon père avec dans la bouche le sexe de mon neveu qui n'avait alors que 10 mois. C'est un geste sans aucune équivoque. Mais, j'ai été tellement sonné que je n'osais pas y croire. J'ai commencé par douter de ce que j'avais vu.

Quand je l'ai confronté, il a nié complètement et m'a dit que j'inventais des histoires. J'avais beau dire que j'avais bien vu ce que j'avais vu, il m'a dit qu'il n'avait rien fait de cela et que je fabulais.

Quand j'en ai parlé à ma mère, elle a dit en riant: "Voyons donc! Ton père est beaucoup trop innoncent pour faire des affaires de même!"

J'ai donc décidé d'en parler à ma sœur Violaine (c'est la mère de David, mon neveu), qui m'a dit que je fabulais comme d'habitude, que j'avais toujours été un révolté et que je cherchais à faire du tort à un saint homme, doux et bon, qui va à la messe tous les dimanches et qui s'offre si gentiment des fois pour garder les enfants. Elle a ajouté que cela ne la surprenait pas parce que, résidant à Montréal, j'étais devenu méchant et méprisant envers les gens de la campagne et surtout envers les chrétiens.

J'ai proposé qu'on appelle la police, qu'il ne fallait pas laisser passer quelque chose comme ça. Elle a répliqué qu'elle n'accepterait pas qu'on lance de fausses accusations contre son père, que peut-être j'avais comploté cette histoire avec mon autre sœur Mélanie, celle qui habite aussi Montréal, mais que tout le reste de la famille témoignerait contre moi.

J'ai insisté et elle m'a finalement déclaré: "Même si c'était vrai, c'est pas si grave. Il se souviendra pas de ça, quand il sera grand. Je vais parler à papa, puis tu vas voir, ça se peut pas qu'il ait fait ça."

J'ai écrit à ce sujet à la DPJ de la région, mais on m'a répondu: "Devant des versions contradictoires, si vous êtes seul contre tout le monde, et le peu de faits à rapporter, et le nombre important de cas à résoudre, il est peu probable que l'on puisse faire quoi que ce soit."

Je ne vois plus personne de ma région. Ma mère est morte peu longtemps après les événements. Ma sœur Mélanie, après que je lui aie raconté les faits, m'a avoué avoir été victime de mon père pendant son enfance, mais qu'elle n'avait jamais osé en parler. Elle suit des traitements. J'ai appris que les autres de la famille la traitaient de folle en disant que c'est moi qui lui avais mis ça dans la tête. Des fois, il n'y a rien à faire.

Excusez-moi de cette lettre bien négative, mais ça m'a fait du bien d'en parler.»

Ce témoignage méritait, je crois, d'être publié parce qu'il illustre mon sentiment qu'on sous-estime beaucoup le rôle des familles dans les histoires de pédophilie. Les structures sociales qui se veulent cohésives résistent beaucoup aux attaques qui viennent nier leur unité. La tendance naturelle n'est pas à protéger l'agressé, mais à sauver à tout prix la structure. C'est ce qu'on a observé quand un membre de l'Église était accusé.

Socialement, ce sont ceux qui dénoncent les pédophiles qui subissent l'opprobre du coupable. En effet, ce sont eux qui brisent la fausse harmonie des familles, des clans, des organisations, des églises. Il n'est que de voir le traitement ignominieux que l'on a réservé à Nathalie Simard lorsqu'elle a enfin franchi le douloureux cap de l'aveu. Ce sont les victimes que l'on tourne en dérision souvent. On en veut aux victimes de détruire une image réconfortante et la rage que l'on tourne contre eux est proportionnelle à l'attachement que l'on a envers cette image.





22 novembre 2010

Les incongruités royales canadiennes


Henri III de Navarre est devenu Henri IV de France puisque, selon la citation célèbre, «Paris vaut bien une messe». Mais sait-on qu'Élizabeth II d'Angleterre est en fait Élizabeth première du Canada?

Jusqu'en 1982, année du rapatriement de la Constitution, c'est le titre de reine d'Angleterre qui assurait à Élizabeth son titre de reine du Canada. Bien que pays indépendant depuis le statut de Westminster en 1931, le Canada était resté attaché, de son plein gré, à la couronne britannique et n'avait pas rapatrié l'Acte de l'Amérique du Nord Britannique, qui lui servait de constitution. Le Dominion canadien était donc devenu un pays indépendant, mais toujours soumis à la Grande Bretagne pour ce qui est de sa loi constitutionnelle.

Ainsi le roi Georges V, alors souverain de Grande Bretagne et empereur des Indes, était toujours le roi du Canada.

Ce qui a changé en 1982, c'est l'appropriation de la Constitution canadienne par le Canada et l'adoption d'une formule d'amendement qui éliminait le recours au parlement anglais. Le Canada se constituait donc lui-même, avec la nouvelle Loi constitutionnelle, en monarchie constitutionnelle, en royaume sous la souveraineté d'Élizabeth II d'Angleterre, qui de ce fait devenait Élizabeth I du Canada.

Sur les pièces de monnaie, on voit toujours Élizabeth II par la grâce de Dieu, reine, mais depuis les changements apportés par le gouvernement Trudeau en 1982, nous devrions y trouver Élizabeth I par la grâce de Dieu, reine. C'est le moment de rappeler au passage que la constitution canadienne se légitime par la suprématie de Dieu et du droit. Foin du peuple et des incroyants!

Et si Charles vient à régner, il sera Charles III d'Angleterre et Charles I du Canada, mais qui s'en soucie? Combien de Canadiens savent que leur pays est un royaume et que leur régime est celui d'une monarchie?






15 novembre 2010

À quoi sert l'État?


Il y a ceux qui croient que l'État sert uniquement à construire les routes et à assurer la sécurité du territoire. Pour ceux-là, il y aura toujours trop d'État.

Mais l'État est le meilleur outil collectif pour répartir la richesse, pour assurer l'équilibre entre les forces sociales, pour assurer l'accès de tous aux soins de santé, à l'éducation, pour assurer la justice sociale et éviter de laisser les démunis aux bons soins de la charité qui choisit les bons pauvres et laisse crever les autres.

Toutefois, quand on parle de la taille de l'État, pour certains, cela signifie la lourdeur de l'appareil bureaucratique. Il n'est donc pas sûr que ceux qui veulent réduire la taille de l'État veuillent en réalité moins d'État, mais plutôt qu'il soit plus efficace. Reste à savoir si on est conscient qu'il faut un certain nombre de fonctionnaires pour accomplir justement les fonctions de l'État. Que l'appareil semble lourd, cela relève souvent du sentiment plus que de l'analyse de la situation.

En tout cas, je prendrais avec un grain de sel le sondage publié dans Le Devoir de la fin de semaine des 13 et 14 novembre, compte tenu de la nuance exprimée plus haut et compte tenu que ce n'est pas la majorité qui parle de réduire la taille de l'État (44% ce n'est pas encore la moitié).

L'article qui annonce les résultats du sondage nous dit qu'il y avait autant de mesures de gauche que de mesures de droite proposées dans le questionnaire. À l'analyse, je n'en retrouve pourtant que trois qui soient vraiment à gauche, soit augmenter le budget dédié à l'éducation, augmenter le budget des transports collectifs et augmenter les dépenses des programmes sociaux quitte à augmenter les impôts.

Les autres propositions sont soit carrément à droite, soit contiennent des présupposés de droite. En effet, quand on propose «Réduire le recours à la sous-traitance du secteur privé par l'État», on ne parle pas de mesure de gauche, là, on ne fait que nuancer une mesure de droite. Cette proposition contient le présupposé qu'il faut recourir dans une plus ou moins grande mesure à la sous-traitance. Une proposition de gauche aurait été «Éliminer le recours à la sous-traitance du secteur privé par l'État».

La même analyse s'applique aux propositions qui parlent de réduire la latitude des entreprises privées dans l'exploitation des ressources naturelles et de limiter la place du privé en santé.

Voilà qui démontre encore une fois les limites des sondages sur les questions complexes, où l'opinion est rarement distinguée du sentiment et où les présupposés ne sont pas explicités.





10 novembre 2010

Proportionnelle: plus de 30 ans de retard


Il est assez désolant de constater que l'Assemblée nationale du Québec ne comporte toujours pas de volet proportionnel alors qu'études après études, commissions après commissions, tous les résultats raisonnables convergent vers cette nécessité.

Tant le Parti libéral, que le Parti Québécois l'ont promis à tour de rôle pour se faire élire et ont préféré ne pas toucher à la carte électorale au moment où elle les favorisait.

L'ADQ et Québec Solidaire n'ont jamais été au pouvoir, mais ils sont bien entendu en faveur d'une représentation qui comporte une proportionnalité puisqu'elle permet à des formations plus petites d'être mieux représentées. On ne saurait être contre la prise en compte de la diversité des courants politiques.

Et voilà que le gouvernement du Québec veut, par son projet de loi 132, suspendre les pouvoirs du Directeur général des élections de redécouper la carte électorale. Le prétexte, cette fois-ci, est de conserver certaines circonscriptions dans les régions moins peuplées.

Il existe pourtant des solutions à cette situation, qui ont été maintes fois évoquées. Une forme de proportionnelle qui tient compte d'une modération régionale permet de maintenir le poids des régions tout en respectant la valeur du vote de chaque électeur.

Le Mouvement pour une démocratie nouvelle s'est fait le défenseur de telles solutions et de nombreux groupes y ont apporté leur soutien. Ne serait-il pas temps que le gouvernement fasse enfin preuve de bon sens et de réalisme pour favoriser la démocratie avant la partisanerie?





2 novembre 2010

Sentiments palestiniens


On n'a pas tellement envie d'être objectif quand on rentre de Palestine et que l'on constate la différence si flagrante entre l'accueil chaleureux et généreux des Palestiniens et la froideur arrogante de l'occupant même quand on rencontre banalement ce dernier sur son terrain.

On se dit que le dérangement causé par trois ou quatre vérifications à des check-points quand on y est en visiteur n'est rien en comparaison de l'usure que doit représenter ces contrôles répétés jour après jour, plusieurs fois par jour, sur le chemin de son propre travail. Et quelle frustration ne doit-on pas ressentir quand on se fait dire de rebrousser chemin sans aucune raison.

On se demande pourquoi une personne à la peau foncée et au nom indien ou arabe est par définition plus dangereuse qu'un blanc au nom occidental. Et on s'indigne de constater que celui-là est obligé de décliner les noms de ses parents et grands-parents pour se voir autoriser à visiter la Palestine.

On est frappé par le profilage qu'exercent de jeunes militaires à peine sortis de l'enfance, à peine capables de porter la mitraillette chargée à bloc qu'ils traînent en bandoulière, lorsque à la porte de Damas à l'entrée de Jérusalem, ils arrêtent les jeunes qui ont l'air arabe et se plaisent à leur demander leurs cartes et papiers qu'ils semblent feuilleter avec dégoût.

On ne comprend pas comment des colons s'autorisent à cueillir les olives d'un voisin palestinien pour se les approprier.

On est frappé de stupeur quand on voit se mur de 730 kilomètres qui sépare des familles, des amis, des champs, des travailleurs de leur emploi, des élèves de leur école.

On se félicite de son sang-froid quand on s'est réveillé dans un autocar avec le canon d'une mitraillette sous le nez et qu'on n'a pas bronché, quand on sait qu'un cri aurait pu énerver le doigt sur la gâchette du soldat entré dans le véhicule pour nous contrôler alors qu'on s'était endormi inopinément.

On frémit devant les posters énormes qu'arborent les murs de l'aéroport de Tel-Aviv, invitant les Israéliens et autres à coloniser la Palestine pour récupérer cette «terre perdue», pour assurer le «futur de la nation».

Mais on rentre au pays avec dans la tête des images d'un pays superbe, aux collines plantées d'oliviers, aux troupeaux de vaches et de moutons paisibles, aux villes paradoxales où se côtoient chantiers nouveaux et secteurs désolés par la démolition.

Mais on rentre au pays avec dans le cœur ces regards bons et pénétrants, ces mains chaleureuses, ces sourires francs, ces repas partagés, ces salutations cordiales, ces discussions passionnées avec un peuple généreux et fier, qui a bien raison d'affirmer: «Nous ne sommes pas meilleurs que les autres peuples, mais aucun peuple n'est meilleur que nous.»





25 octobre 2010

Boudeurs de démocratie: victimes consentantes?


Je les appelle des «boudeurs de démocratie». Ces personnes qui disent refuser de voter parce qu'elles considèrent que tous les politiques sont véreux.

Ces personnes entonnent avec les animateurs de la radio poubelle les hymnes libertariens où il est question de moins d'État et de plus de liberté personnelle. Ces personnes n'accordent leur confiance qu'à des partisans de droite dure et, quand elles votent, ce sont pour des porte-parole qu'elles admirent pour leur franc-parler, entendez par là, leur langage peu respectueux envers les démunis et les bénéficiaires des lois sociales.

Sous prétexte que tous les politiques sont des pourris, les boudeurs de démocratie donnent leur confiance sans réserve à des candidats farfelus, électrons libres et autres aberrations politiques qui ne sont là que pour leur gloriole personnelle et qui n'ont rien à cirer du bien-être de la population. Ils sont prêts à appuyer des partisans de coupes sombres dans les services de l'État et gobent sans s'en rendre compte un discours contradictoire qui prétend qu'on paie trop d'impôts. Or, les impôts ne cessent de diminuer, et c'est bien pour cela que l'État peine à trouver les moyens d'accomplir sa mission sociale, bien qu'il ne se gêne pas pour aider l'entreprise avec l'argent des contribuables.

Les boudeurs de démocratie que, dans le récent numéro d'À Babord, on a appelés les «cols rouges» (numéro d'octobre-novembre 2010, sous la plume de Maxime Ouellet) appuient finalement ceux qui leur veulent le plus de mal, sous prétexte que tous les politiciens sont pareils. Les pages Facebook des boudeurs de démocratie sont très éloquentes. Dans la même page, on trouve sous la rubrique Opinion politique l'expression suivante «Ce sont tous des crosseurs» et un peu plus bas leur admiration pour un hérault de la droite pétri d'ambition individuelle.

Les boudeurs de démocratie n'ont-ils donc que ce qu'ils méritent? Il serait facile d'ironiser et de les condamner en bloc pour leur manque de clairvoyance. Mais il convient surtout de constater qu'ils sont l'illustration de l'implacable aliénation produite par l'idéologie néolibérale. L'idéologie de la liberté individuelle et d'entreprise, qui nie la responsabilité sociale et fait perdre de vue les conséquences de l'abandon de chacun à son sort, dont l'appauvrissement des plus pauvres, l'enrichissement des plus riches, la déperdition de l'équilibre écologique et le kidnapping des ressources sociales par les partisans du tout à l'économie.

L'aliénation si bien décrite par les marxistes est un phénomène prégnant dans notre société dominée par l'idéologie capitaliste, et les boudeurs de démocratie en sont l'illustration la plus flagrante et la plus triste. Notre travail ne doit pas se limiter à essayer d'influencer leur comportement; nous devons contribuer à la prise de conscience.

L'aliénation n'est ni de la méchanceté ni de la bêtise, mais le résultat d'un long processus, et elle est très difficile à détisser dans ce monde où seul ce qui a une valeur marchande existe et où le comportement consommateur donne l'illusion de la liberté.





19 octobre 2010

Altres pensaments


Je pensais bien aujourd'hui trouver dans l'actualité suffisamment de munitions pour me faire un billet sur un sujet neuf.

En fait, je suis toujours consterné par l'affligeante propension des médias à rebrasser le même et le pareil.

Surtout, je suis franchement dégoûté de voir la disproportion effarante accordée à la canonisation du «frotteux» de l'Oratoire face aux revendications légitimes des femmes qui ont été portées pendant cette belle manifestation dans les rues de Rimouski.

Et voilà en plus que je tombe sur Patrick Lagacé, dans le site de Cyberpresse, qui croit naïvement, comme le font les croyants, que l'appui sur des explications rationnelles est une croyance. Les croyants sont forts. Ils ont réussi à faire croire que l'athéisme est une croyance.

La position scientifique n'est pas une croyance. C'est le refus de se déterminer quand il n'existe pas de preuve. C'est un comportement logique. Un comportement logique n'est pas une croyance. Ça consiste à dire: «Je ne crois rien. Je vérifie.» Quand on a vérifié, on peut dire : «Je sais» ou on peut dire : «Je ne sais pas.» Ne pas savoir, ce n'est pas croire non plus.

En tant qu'athée, je sais qu'il n'y a pas de dieu pour la simple et bonne raison que l'hypothèse dieu est inutile. Elle ne sert à expliquer aucun phénomène. L'effet placebo joue déjà fort bien ce rôle.

L'esprit scientifique ne croit pas qu'il y a une explication naturelle à toute chose. Il sait qu'il n'y a rien d'autre que la nature. En effet, si autre chose existait, eh bien c'est autre chose existerait et il serait encore la nature. Quand Dieu descendra de son OVNI rutilant pour venir me dire qu'il existe, j'ajusterai mes théories pour l'y inclure, c'est tout. Il sera tout aussi étudiable que tout le reste. Mais, à votre place, je ne parierais pas sur l'éventualité de cet événement. Vous allez gagner un million de fois le gros lot du 6/49 avant!

Finalement, je reviens à mes impressions barcelonaises, qui me font tant de bien.

Plusieurs tourniquets du métro barcelonais ont visiblement été conçus par un ou des gauchers. On doit y passer la carte à main gauche et entrer à leur droite. Les tourniquets conçus par et pour les droitiers, comme c'est le cas à Montréal, obligent à passer la carte sur le côté droit et à entrer à gauche du boîtier.

Toujours soucieuse de bien respecter le public, la société des transports barcelonais a fait coller des flèches sur les tourniquets pour indiquer où l'on doit passer et a même ajouté cette phrase d'excuses: «Pardon pour les inconvénients».

Eh bien, moi j'aurais aimé qu'on ne présente pas d'excuses. C'est très agréable d'avoir des tourniquets qui me conviennent. C'est une excellente chose que les droitiers se plient de temps à autres à des façons de faire auxquelles ils ne sont pas habitués.

Merci encore, Barcelone!





12 octobre 2010

Pensaments barcelonesos


Au retour de mon trop bref séjour à Barcelone, je me dis que Montréal aurait beaucoup à apprendre de cette ville si conviviale. Certes, nous n'avons pas son ancienneté ni la richesse de son architecture.

Tout y est splendeur. Je n'ai jamais vu une ville si accueillante pour les visiteurs. Tout y est indiqué d'une façon claire et pratique. Partout on trouve des flèches indiquant aux piétons les points d'intérêt à proximité. L'aménagement même des lieux en facilite l'accès.

Les transports en commun sont remarquables: rapides, fréquents, efficaces et d'un confort inimaginable. Que ce soit en train, en métro, en tramway, en autobus ou en funiculaire, l'on sait toujours à quelle station on se trouve, quel est le chemin parcouru et vers quelle station on se dirige sans même avoir à le demander ni à attendre les messages audios fort clairs et faciles à comprendre, qu'ils soient en catalan ou en espagnol.

La ville fait des efforts de propreté et facilite les comportements civiques en multipliant les poubelles et les bacs à recyclages, bien placés et bien identifiés, même sur les plages. Des affiches humoristiques incitent les usagers à se servir des poubelles. Exemple: «La marche sur le sable est bonne pour la santé; rendez-vous donc à la prochaine poubelle.» ou encore: «Essayez la poubelle-thérapie: vous y videz tous vos déchets, et vous vous sentez tellement mieux après.»

Si tant d'efforts sont déployés pour accueillir et bien servir le visiteur, je me dis que le touriste pourrait à son tour faire une petite part pour montrer son intérêt envers les citoyens et le pays qu'il visite. Vous trouverez toujours quelqu'un qui pourra vous parler en espagnol, en français ou en anglais, mais pourquoi pas apprendre quelques mots de catalan?

Peu importe le pays que je visite, si je dois y séjourner une semaine ou plus, j'essaie en général d'apprendre trois mots de la langue locale, lesquels permettent d'entrer contact. Je dis trois mots, mais il s'agit de six expressions de base: «Bonjour» «Pardon» «Je cherche...» «S'il vous plaît» «Merci» «Au revoir». Le vocabulaire des nécessités vient compléter ces expressions: les toilettes, le pain, l'autobus, le jardin untel, etc.

Ce n'est presque rien, et cela montre que vous avez un minimum d'intérêt pour les gens qui vous reçoivent. Cela a en général l'effet de bien les disposer au premier abord à votre égard.

La crise et les mouvements sociaux

En Espagne comme ailleurs, les gouvernements subissent des pressions de la part du capital pour amoindrir les bénéfices des travailleurs et augmenter ceux des entreprises. En réaction aux mesures proposées par le gouvernement pourtant socialiste (diminution des pensions, réduction des jours d'indemnités...) les syndicats ont appelé à une journée de grève sociale le mercredi 29 septembre dernier.

En Catalogne, on a appelé cette journée, la vaga general (grève générale). Étant sur place, mon conjoint et moi y avons bien sûr participé en refusant de faire quelque transaction commerciale que ce soit et en ne faisant appel à aucun service qu'il soit municipal, étatique ou autre.

Il y a eu trois manifestations à Barcelone: la première à midi regroupait des dizaines de milliers d'étudiants et jeunes. La deuxième un peu toute la journée regroupait quelques dizaines d'anarchistes. La troisième le soir (18 h, mais c'est l'après-midi pour les Catalans) regroupait toutes les précédentes et, d'après les syndicats, a réuni 400 000 travailleuses et travailleurs.

La police en a profité pour investir les locaux désaffectés de la Banque de crédit espagnole, qui était squattée par de jeunes anarchistes, ce qui a causé des heurts. Et, naturellement, le lendemain, la couverture médiatique était aussi affligeante que chez nous insistant sur quelques voitures brûlées et quelques vitrines cassées, minimisant l'importance des commerces qui n'ont pas ouvert leurs portes (à vue de nez près de 80%) et ne disant à peu près rien des revendications des travailleurs.

Le gouvernement, hélas, a dit qu'il maintenait le cap. Quand on sait que les autres partis sont plus à droite, ce n'est pas très encourageant.

Les propos anti-syndicaux des anarchistes m'ont laissé perplexe. Qui, sinon les syndicats, pourra revendiquer les droits démocratiques? Je suis toujours mal à l'aise devant la prétention à instaurer un monde sans démocratie représentative. Le capitalisme n'est pas lié à la démocratie ni même au commerce. La démocratie existait avant le capitalisme, le commerce aussi.

Certains des graffitis étaient fort amusants: «Si vous voulez un cancer, entrez ici» devant un magasin de communications électroniques; «Plus de mode, moins de cervelle» sur la vitrine d'une boutique de produits de beauté.

D'autres étaient plutôt inquiétants: «Tourists go home» dans le centre et sur les plages ou «Go back to China» sur les commerces des centres touristiques.

Le cas du racisme est entendu. Il n'a sa place nulle part.

Pour ce qui est du tourisme, s'y objecter, c'est s'opposer à la libre circulation des personnes, un droit pourtant fondamental. Plutôt que d'accuser le tourisme, n'est-il pas préférable de faire la promotion d'un tourisme responsable?

Heureusement, de tels graffitis étaient l'exception. La majorité dénonçaient l'hypocrisie des gouvernants et des financiers, qui nous imposent leur crise et veulent ensuite nous la faire payer.

Merci, Barcelone, pour m'avoir permis ces quelques réflexions.

Fins aviat!





20 septembre 2010

Illusions déçues


La révolution n'a eu lieu qu'en chanson

Dans son émission radio du samedi matin 18 septembre 2010, Samedi et rien d'autre, Joël Le Bigot a évoqué les années 60 et 70 à l'occasion du 40e anniversaire des événements d'octobre, qui, comme on le sait, ont commencé en septembre 70.

Il a fait jouer quelques chansons de l'époque. Nous rêvions beaucoup en ce temps-là. Stéphane Venne écrivait de belles chansons qui représentaient ces rêves. C'est le début d'un temps nouveau, croyions-nous avec la voix dynamique de Renée Claude.

Une autre chanson, chantée par Isabelle Pierre, Les enfants de l'avenir, contenait ces paroles, que nous espérions prophétiques: «Les enfants de l'avenir se feront des jardins dans le ciel».

Hélas, nous n'avons pas tenu nos promesses, et les enfants d'aujourd'hui doivent plutôt nager dans les sables bitumineux. Quel gâchis!

L'industrie de la mort

On a appris, dans les nouvelles, que des militaires états-uniens, lors de leur mission en Afghanistan, se sont amusés à tuer et torturer des civils.

Tout le monde est scandalisé et écœuré. C'est normal. Mais pourquoi donc êtes-vous étonnés? Moi, je ne le suis pas du tout.

Quand on envoie des jeunes, qui ne savent rien de la vie, dans un pays qu'ils ne connaissent pas en leur disant qu'ils ont le droit de tuer, on ne manque pas de leur bourrer le crâne de propagande qui déshumanise l'ennemi et «toute sa race», comme on disait autrefois. On justifie le meurtre et on ne se prive pas de considérer l'ennemi comme un sous-humain. C'est ce que les va-t'en-guerre font de toute éternité.

Je suis fermement convaincu que toutes les armées de tous les pays du monde, lorsqu'elles font la guerre, trouvent en leurs rangs des personnes susceptibles de tels dérapages. L'industrie de la mort ne peut pas exister autrement. Quand on justifie le meurtre, on le rend acceptable et bon.

C'est absolument désolant, mais aucunement étonnant. Vous comprenez maintenant pourquoi je suis antimilitariste.


Vacances: Je prendrai de courtes vacances dans les deux prochaines semaines. Le billet sera de retour dans la semaine du 10 octobre.




13 septembre 2010


Amateurisme


N'est-ce pas un manque de jugement manifeste, cette décision d'accorder des funérailles nationales au défunt ministre Claude Béchard?

Certes, ce dernier se démarquait de ses collègues, étant l'un des rares ministres dont la population a su retenir le nom. Mais outre cela, il ne faut pas confondre personnalité et importance historique du service public.

Attribuer un tel honneur sur la base de l'estime personnelle du premier ministre, c'est dévaloriser les gestes étatiques.





7 septembre 2010

Vérité et intentions humaines


Certains disent la vérité pour faire plaisir;
certains disent la vérité par méchanceté;
d'autres disent la vérité parce que c'est la vérité.

À tous ceux-là, on peut trouver une justification bonne, mauvaise ou morale.


Certains cachent la vérité pour faire plaisir;
certains cachent la vérité par méchanceté;
d'autres cachent la vérité parce que c'est la vérité.

Aux deux premiers, on peut trouver une justification bonne ou mauvaise.

Mais aux derniers, on ne saurait trouver de justification.






30 août 2010

Gaz de schiste: comment dire oui et non en même temps


D'un côté le gouvernement annonce qu'il y aura des consultations du Bureau d'audience publique sur l'environnement (BAPE); de l'autre il précise qu'il n'y aura pas de moratoire sur l'exploitation de ces gaz. Aussi bien dire que les consultations ne serviront à rien puisque rien n'arrêtera le développement.

D'un côté, on nous dit que ces consultations aideront à rédiger la loi sur les hydrocarbures, mais de l'autre on nous dit que c'est une formidable opportunité d'exploiter du gaz naturel québécois. On nous dit même que le choix est fait de créer des emplois avec cela. Autrement dit, la loi arrivera trop tard parce que le mal sera déjà fait: l'exploitation aura commencé et sera bien avancée.

On veut même mettre en ligne un site web qui «démystifiera ce qu'est le gaz de schiste». Donc, la décision est déjà prise de considérer cette exploitation gazière comme très bonne. Il reste juste à éclairer le bon peuple par de la propagande.

La santé, l'environnement, l'avenir de la planète: que sont ces billevesées devant le sacro-saint développement économique?





23 août 2010

Fourberies


Même décantée, l'actualité ne cesse de faire enrager. Deux déclarations de la semaine dernière me serviront ici d'exemples.

1. Ironie cardinalice

Quand le cardinal Marc Ouellet de Québec s'excuse d'avoir fait de la peine à des gens, la raison qu'il donne est «que le discours de la vérité n'est pas toujours bienvenu». Eh bien, des excuses comme ça, on s'en passerait.

En clair, ça veut dire qu'il s'excuse d'avoir raison. Plus fourbe que ça, tu meurs.

Le petit détail oublié là-dedans, c'est que s'il y a une institution qui a des problèmes avec la vérité, c'est bien l'Église.

À qui a-t-il fallu 300 ans avant de reconnaître que la terre n'est pas au centre du cosmos? Le discours de la vérité n'a jamais été bienvenu dans l'Église qui ne s'est pas gênée pour brûler ceux qui ne pensaient pas comme elle.

Et qui est encore incapable d'accepter une vérité simple comme le fait que l'homosexualité est normale.

Et qui est encore incapable de reconnaître qu'elle a protégé des pédophiles?

Et qui est toujours incapable de dire à ses fidèles que la prière n'a aucun effet?

Marc Ouellet aurait dû préciser sa phrase: «Le discours de la vérité ne me plaît pas.» Voilà ce qu'il aurait dû dire.

2. La folie automobile

Le ministère des Transports a reconnu qu'il y a eu des morts à cause de la nouvelle réglementation permettant le virage à droite aux feux rouges. Pis encore, il a reconnu que cela était prévisible parce qu'on avait étudié ce qui se faisait ailleurs.

Alors, tous les beaux discours qui consistaient à dire que «partout dans le monde», ça se faisait sans avoir aucun effet négatif, étaient des mensonges. D'abord, tout le monde savait que «partout dans le monde» signifiait aux États-Unis et au Canada, aussi bien dire à peu près nulle part au monde.

Mais puisque les experts savaient que cette nouvelle réglementation causerait un certain nombre de morts de plus, aussi peu nombreux soient-ils, il fallait refuser de la mettre en vigueur. Chaque mort causée par l'automobile est une mort de trop.

Mais non, on a préféré faire plaisir à quelque lobby en mal de satisfaire la volonté d'épargner deux secondes aux arrêts obligatoires. Et qui sont les victimes? Les piétons et les cyclistes, ces vilains adeptes d'un transport propre.

Mais, qui aujourd'hui se révolte contre la fourberie? Elle est si bien banalisée.






16 août 2010

Réflexions québécoises


J'arrive de Québec où j'assistais au colloque biennal de la Coalition of contingent academic labor (COCAL), sorte de coalition des chargés de cours de l'Amérique du Nord (Canada, Québec, États-Unis, Mexique), organisé cette année à l'Université Laval par le Syndicat des chargées et chargés de cours de l'Université Laval (SCCCUL-Fneeq-CSN).

Quelques faits du séjour ont suscité les réflexions suivantes:

1. Si peu utile télé

Chaque fois que je reste dans un hôtel, j'en profite pour pitonner la télé et voir ce qu'on y présente. Sur 40 chaînes, j'ai trouvé trois ou quatre types de contenus déclinés en dizaine de variations à peine différentes les unes des autres.

Et ce qui frappe dans ces contenus, c'est le caractère franchement affligeant de banalité et d'indigence intellectuelle.

Même les chaînes d'information continue préfèrent le bavardage et la superficialité «pipolisante» aux faits et à l'analyse.

Une autre occasion de confirmer que l'abandon du câble par notre ménage, il y a une quinzaine d'années, a été une très sage décision, économie à la fois de sous et de temps.

2. L'entrée dans le monde adulte

On peut concevoir que d'atteindre 18 ans soit une occasion de fêter pour un jeune. Cet âge confère des droits et des libertés qui font entrer le jeune dans le monde adulte. Il est donc compréhensible qu'on ait envie de célébrer ça avec des amis ou la famille si on s'entend bien avec elle.

J'ai toutefois été confronté à un étrange phénomène lorsque j'ai rencontré un gars qui invitait de parfaits inconnus à venir le joindre dans sa petite ville de la région de Québec pour célébrer cet événement. Il s'adressait à tous ceux qu'il rencontrait et leur offrait de leur payer à boire, même à moi, qui visiblement à cause de mon âge et de mon habillement n'avais que peu de rapport avec l'idée qu'un jeune de 18 ans doit se faire d'un copain de sortie.

Est-ce ainsi que les jeunes des petites villes soulignent ce passage? Je préfère croire que c'est un cas isolé. Mais, là encore, ne faut-il pas être malheureux chez soi pour avoir ainsi besoin de souligner publiquement, avec éclat et auprès de personnes qui nous sont étrangères, cette entrée dans le monde adulte?

J'en suis resté perplexe... et inquiet pour ce jeune homme.

3. La lutte des classes

Je termine en parlant tout de même du colloque. Il fait bon constater que l'ensemble des participants sont tombés d'accord que les luttes contre la discrimination, particulièrement celle basée sur le type d'emploi, relèvent d'un phénomène plus large, soit celui de la domination capitaliste.

Il était particulièrement rafraîchissant d'entendre les jeunes de l'ASSÉ (Association pour une solidarité syndicale étudiante) affirmer haut et fort que ce qui nous oppose aux gouvernants et à ceux qui les financent et nous appauvrissent, c'est notre différence de classe. Nous ne pourrons pas nous entendre avec eux, ces dirigeants, car leurs intérêts de classe sont contre les nôtres. C'est pourquoi nous sommes d'accord, enseignants, étudiants, syndicalistes, pour que notre lutte ne se limite pas aux conditions de travail, mais se porte aussi sur le plan politique.







9 août 2010

Réflexions françaises


De retour d'un bref séjour à Paris, j'ai rapporté comme d'habitude plein d'idées pour alimenter ma réflexion. Je me contenterai ici de deux sujets.

1. Devant l'innommable

Pendant que j'étais là, j'apprends à la radio et à la télé qu'on a découvert huit cadavres de bébés assassinés à leur naissance par leur mère. La dame était de forte taille et ses grossesses passaient inaperçues. Elle a accouché à la maison et s'est débarrassé chaque fois du bébé en l'étouffant. Le mari dit qu'il ne s'est aperçu de rien. Mais comment fait-on pour accoucher à la maison, en secret de son mari, huit fois? De plus, les cadavres ont été enterrés superficiellement pour certains et la majorité étaient dans des sacs de plastique quelque part dans le garage.

Le tout s'est produit dans un petit village. La réaction des habitants donne à réfléchir. Le premier réflexe a été de dire: «J'espère qu'on ne fera pas une mauvaise réputation à notre commune à cause de ça.» On s'inquiète de ce que les méchants de la ville vont penser des gentils villageois.

La deuxième réaction générale a été: «Il ne faut pas juger ces gens-là. C'est terrible, mais rien ne laissait deviner ce qui se passait. C'était des gens très aimables.»

Je veux bien qu'on ne juge pas la pauvre dame. Sans doute était-elle fort malade. Il reste que de ne rien voir pendant toutes ces années et que de blanchir le monsieur si rapidement, c'est tout un mouvement de solidarité campagnarde, non?

En tout cas, c'est vrai qu'à la campagne, les gens ont peu tendance à se dénoncer les uns les autres. Chacun aurait trop à y perdre.

2. Les critères varient selon qu'on est hétéro ou homo

Je suis allé voir un charmant petit film argentin, dont le titre est Plan B. Il s'agit d'un jeune homme jaloux de voir son ex sortir avec un autre. Il décide secrètement de devenir copain avec ce nouvel ami de sa blonde dans l'espoir de trouver une façon de l'écarter d'elle.

Il obtient ce qu'il veut. Le gars s'éloigne et la fille n'en fait pas grand cas. Mais, notre héros est pris à son propre jeu, car il tombe amoureux du gars.

J'avais lu la critique dans Le Monde. Le chroniqueur disait qu'on pouvait éviter le film. Son principal défaut, d'après notre critique, étant que le réalisateur s'attarde trop aux corps des protagonistes masculins.

C'est assez piquant sous la plume d'un chroniqueur français, quand on sait que si le réalisateur s'était attardé aux corps des actrices, il en aurait fait une qualité. Comme quoi les critères esthétiques peuvent ne pas relever vraiment de l'esthétisme, mais de l'hétérosexisme.





19 juillet 2010

Réunion de famille


--Dans ma famille, tout le monde s'entend bien. Il suffit seulement dans nos réunions que personne ne parle de sexe, de politique ni de religion, dit l'un.

--L'autre répond: C'est bien la preuve que personne ne s'entend et que vos réunions de famille ne sont que des rencontres d'hypocrites. Si vous ne pouvez pas parler des deux sujets les plus passionnants, le sexe et la politique, si vous ne pouvez pas parler du sujet qui divise les gens, la religion, à quoi bon vous imposer la corvée de fréquenter des gens qui ne vous respectent même pas.

--L'un reprend: Mais, parce que c'est la famille!

--C'est vraiment très convaincant, réplique l'autre.

vacances:
Je prends des vacances et à mon retour je ne serai peut-être pas prêt à écrire un billet. Le prochain devrait apparaître le 9 août.




12 juillet 2010

Dangereux amalgames


Dans un billet publié sur son blogue du Journal de Québec, hébergé par Canoë, et que l'on peut lire à l'adresse suivante Le G20 syndical, Éric Duhaime fait des affirmations fort étonnantes sans aucune démonstration de quelque sorte.

Ça commence par un amalgame qui ne peut relever que de la mauvaise foi à moins qu'il s'agisse d'ignorance crasse. Lisez plutôt: «[D]emandez-vous qui a payé pour que ces activistes foutent le trouble dans la ville-reine» [...] «Les différentes centrales syndicales ont dépêché et financé, dans la métropole ontarienne, des milliers de personnes pour aller protester...»

À un petit paragraphe de distance, ces deux bouts de phrases opèrent une association entre la casse et les manifestants syndicaux. Or, il est clair que les quelque 40 personnes qui se sont livrées à de la casse (et qui ne sont pas du nombre des 900 personnes arrêtées sans raison) ne faisaient pas partie des dizaines de milliers de manifestants pacifiques. Cela est visible sur les témoignages vidéo. Alors, pourquoi faire ce lien sinon pour associer injustement violence et syndicalisme?

On apprend un peu plus loin, une chose proprement ahurissante: «Les études démontrent qu'un taux de syndicalisation plus élevé donne plus de chômage, une croissance économique plus faible et moins d'investissements privés.» De quelles études s'agit-il? Aucune référence, ce qui ne peut nous surprendre, car elles n'existent pas. Ce ne sont pas des études qui disent ce qu'affirme monsieur Duhaime, mais bien les préjugés antisyndicaux.

Si on veut en apprendre un peu sur la situation dans les pays où le taux de syndicalisation est élevé, on peut se fier à des données colligées par le Programme des Nations-Unies pour le développement, l'Institut Supérieur du travail ou même l'Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE), tous organismes qui n'ont pas nécessairement de préjugés favorables aux syndicats.

Que nous apprennent ces organismes? Que le pays ayant le plus haut indice de développement humain est le troisième au monde pour son taux de syndicalisation. Que les dix pays ayant le plus haut indice de développement humain ont des syndicats forts. Que les quatre pays ayant le plus haut taux de syndicalisation sont la Suède, la Finlande, le Danemark et la Norvège. Tous des pays enviés pour leur qualité de vie et le caractère pacifique de leur société.

Si on analyse les données de l'OCDE, on voit que les pays où la discrimination est moindre envers les femmes sont aussi des pays où il y a un bon taux de syndicalisation. D'après l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), huit des pays possédant un haut taux de syndicalisation ont un système de santé qui répond le mieux aux attentes de la population.

Par ailleurs, les 15 pays ayant le plus haut taux de syndicalisation ont un chômage modéré (entre 3 et 8 %). D'après les statistiques européennes, six des pays à haut taux de syndicalisation possèdent les plus hauts salaires minimum.

On constate donc le contraire de ce qu'affirmait monsieur Duhaime.

Puis vient une autre affirmation qui se base sur les obligations juridiques: «Légalement, n'importe quelle entreprise cotée en bourse doit faire preuve de plus de transparence financière que les syndicats.»

Les syndicats ne sont pas cotés en bourse (heureusement), mais ils n'ont pas besoin de ces exigences juridiques pour être très transparents. Les budgets des organisations syndicales sont adoptés dans les instances. Leurs rapports financiers sont scrutés par les membres et sont disponibles pour tout membre qui veut les étudier. Chaque dépense est inscrite à un poste précis et les orientations adoptées en congrès ou en assemblée générale sont respectées. Les membres savent très bien ce que les organisations syndicales font avec les sommes dont elles disposent. Quand on étudie les états financiers, on voit très clairement que la plus grosse part des dépenses va à l'appui aux luttes syndicales, à la négociation, au règlement des conventions collectives et des conflits de travail. Les syndicats reçoivent l'aide dont ils ont besoin et assurent la solidarité entre eux.

Mais ce qui n'était qu'amalgame se mue en fausseté flagrante dans la phrase suivante: «Vous ne saurez donc jamais combien vous avez versé en cotisations syndicales pour financer les saccages du G-20.» Il s'agit au mieux d'un mensonge éhonté et au pire d'un libelle. En effet, il n'y a aucun lien entre les manifestations syndicales et la casse causée par quelques personnes que n'ont pas pu arrêter les 20 000 policiers qui ont envahi Toronto, peut-être trop occupés à arrêter des itinérants, des jeunes qui dorment dans un gymnase ou des manifestants assis par terre qui chantent Give peace a chance.

Et la finale est grandiose: «[...]un pourcentage non négligeable de votre argent est parti manifester contre vos intérêts.»

C'est un pourcentage infime comme on peut le vérifier dans les États financiers, mais les intérêts des travailleurs seraient tout à coup devenus les intérêts des grands financiers de ce monde? La justice sociale, l'environnement, la santé, le respect des droits ne sont donc pas les intérêts des travailleurs?

Je ne peux concevoir qu'une personne normalement douée puisse faire des affirmations aussi grossières sans avoir comme objectif de créer de dangereux amalgames.




5 juillet 2010

Brève analyse linguistique du communiqué de Résistance internationaliste


Le 2 juillet au matin, lendemain d'une série de manifestations visant à dénoncer la répression policière au G-20 tenu à Toronto, on annonce dans les médias un attentat contre un bureau de recrutement de l'armée canadienne à Trois-Rivières.

L'attentat est revendiqué par Résistance internationaliste par l'entremise d'un communiqué dont on peut retrouver le texte sur la page suivante: Résistance internationaliste.

Je présente ici une brève analyse des caractéristiques linguistiques et textuelles de ce communiqué.

Composé de cinq longs paragraphes, le texte obéit à un rythme binaire reposant sur le principe structurel de la concession-opposition. On affirme un fait et on le complète par un élément qui permet de renchérir ou d'opposer.

Exemple de renchérissement: affirmation: «subir les dangers de l'exportation gazière ne suffit pas»; renchérissement: «il faudrait qu'on aille sécuriser un trajet de pipeline en territoire afghan».

Exemple d'opposition: affirmation: «Les apôtres des "valeurs démocratiques" [...] Nos soldats...»; opposition: «les soldats d'une armée qui donne la torture[...] les mêmes qui, hier, ont écrasé le peuple métis...»

Le premier paragraphe, bien que respectant la structure concession-opposition, est le seul qui parle des gestes du groupe auteur avant d'y opposer les torts reprochés à son adversaire.

Tous les autres paragraphes sont dénonciateurs et font usage de l'énumération.

L'ordre des éléments présentés ne paraît pas correspondre à une gradation des arguments.

On peut rapprocher ce type de communiqué de ceux du Front de libération du Québec par les dénonciations qu'il contient et par le ton impérieux.

On peut l'éloigner par les différences suivantes:

--peu d'articulation entre les différents paragraphes;
--insistance presque exclusive sur la dénonciation, peu de présence des actions à entreprendre ou à venir;
--aucun appel à l'appui populaire et aucune référence aux destinataires du texte;
--énumération des contenus, mais pas de répétition des introductions argumentaires (par exemple dans le Manifeste de 1970, l'expression Oui, il y en a des raisons servait de leitmotiv et de point d'appui aux arguments);
--énumération des contenus, mais peu de développement argumentatif.

En comparaison avec les communiqués émis par les groupes contestataires d'aujourd'hui, on constate que, si les paragraphes sont longs, la rhétorique y est différente. En effet, les communiqués que l'on peut lire aujourd'hui contiennent des énumérations, mais pas sous forme de structure concession-opposition. Les paragraphes contiennent aussi des développements argumentatifs et sont ordonnés vers une conclusion, qui indique le plan d'action après avoir fait la démonstration des raisons.

Les communiqués écrits par les groupes actuels sont aussi plus fluides.

Bref, le communiqué de Résistance internationaliste se caractérise par une rhétorique datée, peu soucieuse de son destinataire et par un amoncellement d'arguments non ordonnés et peu articulés entre eux.




30 juin 2010

L'éditorialiste est nu


Dans son éditorial du mercredi 30 juin 2010, Mario Roy dit que les manifestants altermondialistes n'ont rien à proposer. Il associe d'ailleurs directement les quelques casseurs aux milliers de manifestants puisque, dit-il, «peu de groupes de pression condamnent de façon claire les actes de banditisme qui vont immanquablement se produire.»

Est-il possible qu'un journaliste qui se prononce sur les altermondialistes ne sache pas que ces derniers ont un discours très articulé avec des propositions très claires et très nombreuses?

Au nombre de celles-ci:

1. Abolir le G20 et tenir les discussions qui impliquent l'ensemble des pays du monde dans le lieu qui est conçu à cette fin, les Nations-Unies;
2. Instaurer la démocratie participative et favoriser la représentation proportionnelle;
3. Assurer que les exploitations de ressources naturelles soient compensées par une remise en l'état des lieux saccagés;
4. Faire de l'eau un bien commun à l'humanité et assurer qu'elle soit garantie par les Droits de l'homme;
5. Taxer les industries minières en proportion de leurs profits;
etc. etc. Toutes choses très faciles à faire, mais très difficiles à accepter par les dirigeants de ce monde qui obéissent plus facilement aux diktats du capital qu'à la volonté démocratique.

Mais, avant de clore cette liste partielle, citons une sixième mesure parmi encore des dizaines d'autres, la taxation des transactions financières. Non seulement possible et nécessaire, mais vraiment peu coûteuse bien qu'elle rapporterait des milliards.

Est-il possible qu'un journaliste qui veut se prononcer sur les manifestants anti-G20 ne connaisse rien de tout cela? Qu'il ignore qui sont Naomi Klein, Vandana Shiva, Amy Goodman, Pablo Solon, etc. Et s'il ne sait pas qui sont ces personnes, pourquoi ne fait-il pas l'effort de les connaître et de venir entendre leurs discours comme je l'ai fait le vendredi soir 25 juin au Massey Hall de Toronto?

On ne parle pas ici de la connaissance du citoyen lambda, mais bien du b-a ba que doit posséder un journaliste pour discuter de ce sujet.

Est-il possible qu'un journaliste qui veut se prononcer sur les manifestants antiG20 ne sache pas faire la différence entre quelques casseurs qui s'ébrouaient librement sous les regards des caméras et des milliers de manifestants pacifiques dont plusieurs ont été arrêtés sans motifs?

Est-il possible qu'un journaliste qui veut se prononcer sur les manifestants antiG20 trouve normal qu'un itinérant qui n'a rien à voir avec les casseurs se fasse fouiller par huit policiers comme j'ai eu l'occasion de le voir à Toronto?

Est-il possible qu'un journaliste qui veut se prononcer sur les manifestants antiG20 ne sache pas que la liberté d'expression inclut le droit de manifester? Est-il possible que ce même journaliste ignore que la Charte canadienne des droits et libertés interdit les arrestations arbitraires et les détentions avec privation des premières nécessités?

Ne pas savoir toutes ces choses paraît hautement improbable.




28 juin 2010

Manifs anti-G20: vue de l'intérieur


C'était couru, on le savait en partant, des dizaines de milliers de manifestants marchent pacifiquement dans les rues, envoient des messages pour un monde plus juste, basé sur l'humain et non sur la finance, où les travailleuses et les travailleurs sont respectés, mais que voit-on dans les rapports médiatiques? La douzaine de vitrines cassées, les deux autos brûlées et quelques arrestations parmi les quelque 600 effectuées.

Le message principal qui aurait dû ressortir de ces journées et que ce n'est pas en se réunissant dans un club sélect qu'on fait progresser la situation des humains, mais en participant au forum conçu pour ça: les Nations-Unies où tous les pays sont représentés.

Ce n'est pas non plus en créant un État policier qu'on fait progresser la société, mais en favorisant la démocratie participative, de même qu'en respectant la volonté populaire par le biais d'une proportionnalité dans la représentation.

Est-ce que les arrestations nombreuses ont pour but de donner une justification au déploiement insensé de forces policières? Je crois qu'en deux jours et demi passés à Toronto, j'ai vu plus de flics que dans toute ma vie.

Voir des contingents de policiers armés, bottés et casqués défiler dans les rues n'a pas du tout l'effet rassurant que prétendaient donner à cela les hôtes du sommet.

Samedi 26 juin, en rentrant de la manifestation qui est partie de Queen's Park pour y revenir, j'ai remarqué sur Carlton Street un cordon de policier en armes qui se dressait devant la banque Scotia juste en face du magasin Winners. Devant eux quelques autres policiers et policières, des chefs?, pointaient du doigt l'édifice d'en face vers je ne sais quoi, car on n'y voyait personne.

Ayant entendu dire qu'il y avait du brasse-camarade à Queen's Park, je reviens de mon hôtel et retourne à Queen's Park par Carlton Street. Les policiers sont toujours en ligne devant la banque Scotia, mais les vitrines du magasin Winners, en face, avaient été fracassées. Peut-on me faire croire que ce groupe dont les fers de lance pointaient devant eux n'ont rien pu faire? Ou alors, ils n'étaient là que pour la banque?

À Queen's Park, il restait tout au plus deux cents personnes qui se trouvaient en face à face avec autant de policiers. Ces derniers dont plusieurs étaient à cheval ont chargé par trois fois. La foule se serait-elle dispersée si les policiers s'étaient contentés de faire des cordons dans les environs? Il y avait déjà des policiers à vélo qui bloquaient tout accès au carrefour qui se trouve devant Queen's Park, et on n'a vu personne s'en prendre ni au Parlement, ni aux maisons ou édifices avoisinants.

Il est étrange aussi d'apprendre qu'une voiture de police s'est retrouvée abandonnée dans une rue en plein milieu du parcours de la manifestation. Alors que les policiers se déplaçaient en groupe nombreux et compact (souvent 50 personnes dans une formation qui ressemble à celle de la tortue pratiquée chez les anciens Romains), ou par petits bataillons à vélo, de même qu'on les a vus dans des vans banalisés qui se promènent deux ou trois à la suite, et alors que le parcours est bien encadré, comment se fait-il qu'une voiture de police traverse le service de sécurité pour se retrouver seule au milieu de la rue?

Il est très troublant aussi de voir un itinérant se faire arrêter et fouiller dans la rue alors qu'il n'y a aucune raison de s'en inquiéter. Très troublant de voir une jeune femme se faire ramasser et emmener par un groupe de policiers alors qu'autour tout était calme. Est-ce un déli de cheveux colorés?

Finalement, comme je l'avais prévu, le fait que je sois sorti vêtu d'un costume veston cravate m'a attiré les sourires et les good morning des policiers.

Clôturer ainsi une ville n'a rien pour plaire à ses habitants. Se réunir ainsi dans le «pathetic 20», comme le disait Vandana Shiva, ne fait pas progresser le monde. Espérons que jamais Montréal n'acceptera de recevoir ce délire de chefs politiques, qui se rient des préoccupations de leurs populations.




21 juin 2010

École et liberté religieuse


J'avoue avoir un peu de mal à comprendre la décision du juge Dugré de la Cour supérieure dans l'affaire Loyola High School contre le Ministère de l'Éducation.

Il semblerait que le fait d'exiger que le cours Éthique et Culture religieuse soit donnée dans une perspective laïque soit contraire à la liberté de religion. Cela me semble douteux pour deux raisons:

1. On parle ici d'une école et non d'un individu. Or, la liberté religieuse est une liberté individuelle. Que l'école doive suivre le programme du Ministère ne me paraît pas brimer la liberté de religion ni des élèves ni des parents. L'interprétation des faits religieux leur reste, mais la présentation doit en être neutre, ce qui est le rôle d'un État, à moins que ce dernier ne privilégie une religion aux dépens des autres.

2. La deuxième raison est liée à la première. C'est le Ministère qui a la responsabilité des programmes. Son rôle n'est pas de décider si une religion est bonne, ou si elle est meilleure qu'une autre. Présenter les faits religieux sans prendre parti permet d'éviter de donner son aval à une interprétation plutôt qu'à une autre. Une école, qu'elle soit catholique, luthérienne, musulmane ou juive, ne devrait pas pouvoir déclarer que le Ministère lui donne raison dans son interprétation des faits religieux. D'autant que cette interprétation relève des personnes.

Il y a un autre élément troublant dans le texte du jugement, mais celui-là est lié au préambule de la Constitution du Canada. Le juge écrit: «La société démocratique canadienne est fondée sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit, lesquels bénéficient d'une protection constitutionnelle.» Si la Constitution du Canada reconnaît la suprématie de Dieu, elle donne un avantage à tous les croyants sur les athées, faisant de ces derniers des citoyens de seconde zone. Cette faille inhérente à la Constitution canadienne devait tôt ou tard apparaître, et elle n'a pas fini de nous créer de mauvaises surprises.

Finalement, ce qui est le plus inquiétant, c'est la citation suivante: «[L]'obligation imposée à Loyola d'enseigner la matière obligatoire ÉCR de façon laïque revêt un caractère totalitaire qui équivaut, essentiellement, à l'ordre donné à Galilée par l'Inquisition de renier la cosmologie de Copernic.»

Ici, on renverse totalement le sens de l'histoire, et l'argument est proprement fallacieux. En effet, dans le cas de Galilée, l'Église lui interdisait de se baser sur les faits pour l'obliger à se conformer à la croyance. Dans le cas de Loyola High School contre le Ministère de l'Éducation, l'État demande à l'école de ne pas privilégier la croyance dans la présentation des faits. Il ne faudrait pas tordre la réalité en comparant l'injustice du passé à la demande au présent de ne pas favoriser sa croyance au détriment des faits.




14 juin 2010

Médias: Ne pas se tromper de cible


On entend souvent parler, dans les régions autres que Montréal, de la «Montréalisation» des informations. On entend par là que les informations, toutes produites dans la région montréalaise, ne tiennent pas compte des enjeux des autres régions.

La plainte est légitime dans la mesure où en effet il ne se produit à peu près plus d'informations locales : les salles de nouvelles en région sont souvent dégarnies, les affectations sont faméliques et les enquêtes sur le terrain des différentes régions sont rarissimes.

Constater un fait n'est toutefois pas s'attaquer à sa cause. Aussi le terme «montréalisation» est-il fort trompeur. Il faudrait plutôt parler de concentration de la presse entre les mains de quelques grands joueurs (privés et d'État), qui se soucient comme d'une guigne de refléter les différentes réalités locales. Pour couper dans les dépenses, on concentre les activités dans le centre économique, c'est-à-dire Montréal, mais ce n'est pas nécessairement par la volonté des Montréalais.

De la même manière qu'on peut parler de la «pipolisation» des nouvelles, il ne faut pas en accuser les «pipoles» même s'ils en profitent. Il faut plutôt y voir la facilité et le moindre coût de traitement. C'est beaucoup plus facile pour les grands groupes de traiter des vedettes et de leurs petits bobos que de faire des enquêtes sur les enjeux environnementaux des décisions capitalistes. Les vedettes sont faciles à trouver et elles s'offrent facilement en pâture au cirque médiatique.

De même, c'est la volonté de faire des économies et de faire les profits maximaux qui dépeuple les salles de nouvelles des radios, des télés et les bureaux régionaux des journaux. Les Montréalais eux-mêmes se plaignent du fait que les nouvelles sont réduites à trois ou quatre sujets, lesquels ne traitent pas des enjeux citoyens dans les différents quartiers.

L'accent sur la «montréalisation» oriente la lunette sur la conséquence et non sur la cause du problème. Cela attise inutilement les tensions entre la métropole et les autres régions. C'est ainsi qu'on aliment malheureusement des préjugés de part et d'autre et qu'on laisse les coupables s'en tirer à peu de frais.




7 juin 2010

Quand on ne sait pas de quoi l'on parle


J'ai lu récemment dans une lettre aux lecteurs d'un journal quotidien, l'affirmation suivante: «Il ne faut pas reprocher au cardinal Ouellet ses déclarations sur l'avortement puisqu'il base ses affirmations sur la bible.»

Il y a de quoi être perplexe, car j'ai souvent lu la bible et y ai trouvé quantité de prescriptions sur toutes sortes de sujets, mais je n'y ai jamais rien vu sur l'avortement.

Je pourrais vous faire de longues démonstrations, mais il suffit de réfléchir une ou deux minutes pour comprendre les deux choses suivantes:

1. Il n'y a rien dans la bible sur l'avortement. Si vous trouvez quelque chose sur le sujet dans la bible, faites-le-moi savoir, ça enrichira ma connaissance, mais ça ne me fera pas changer d'avis sur le droit des femmes de choisir d'avoir ou non des enfants.

2. La bible est pleine de prescriptions très précises sur quantité de sujets, notamment sur la façon d'égorger les moutons, de faire des sacrifices, de traiter ses esclaves, de choisir ses épouses, de déféquer, de choisir ses aliments, etc. Comment faites-vous pour choisir les choses qui sont obligatoires et celles qui ne le sont pas? Après tout, il y est interdit de manger du porc ou des fruits de mer. Je ne connais pas beaucoup de chrétiens qui s'en privent. Il y est interdit de porter des vêtements faits de deux fibres. Je ne connais pas beaucoup de chrétiens qui s'en privent. On y interdit de tuer, mais on donne toutes sortes de raisons pour lapider les gens. Ce n'est pas bon de tuer, mais c'est permis et de manière fort cruelle.

Se baser sur la bible pour quoi que ce soit, c'est faire preuve d'ignorance ou d'aveuglement.








29 mai 2010

Aide pour une famille homoparentale


Cette semaine, je reprends enfin mes billets après la tourmente de la grève et la fébrilité du 34e congrès du Conseil central du Montréal métropolitain de la CSN.

Et pour commencer cette nouvelle série, je donne la parole à l'Association des familles homoparentales:


Chers amis,

Grâce à votre incroyable générosité, nous avons pu rassembler un peu plus de 3000 $ en seulement quelques semaines pour la petite Alexa (5 ans) et ses deux mères.

Comme vous le savez peut-être, Cristal a quitté le Mexique avec sa fille après que la cour mexicaine a menacé de lui retirer la garde d'Alexa simplement parce qu'elle vivait avec une femme. Plus d'un an et demi plus tard, le père d'Alexa est venu au Québec pour essayer de convaincre le juge que la relation de Cristal avec sa compagne Sheila pourrait nuire au développement d'Alexa et influencer son orientation sexuelle.

Après 5 jours en cour, le procès s'est terminé vendredi 7 mai sur une impression positive. Le juge a semblé compréhensif vis-à-vis de la famille et vis-à-vis du fait que leurs droits comme lesbiennes avaient été bafoués au Mexique. Le juge rendra sa décision fin mai.

Pendant ce temps, nous avons utilisé l'argent que vous avez donné pour payer les frais d'avocat et un des experts appelé à témoigner.

Sachez aussi qu'une organisation appelée LEGIT a déjà couvert 11 000$ de frais juridiques. En tant que lobby et groupe de soutien, LEGIT fournit des informations sur l'immigration et soutient les personnes LGBT tout en travaillant pour que prennent fin les discriminations dans les lois sur l'immigration.

Malheureusement, il reste des dépenses à couvrir et beaucoup d'autres vont venir s'ajouter.

Bien que l'on puisse gagner cette cause, il y a encore de nombreuses étapes à franchir avant que Sheila, Cristal et Alexa puissent obtenir leur résidence permanente au Canada, car maintenant elles attendent une décision concernant leur statut comme réfugiées.

Actuellement nous avons encore besoin de rassembler 3000 $ : 900 $ de frais juridiques qui sont encore dus, 750 $ pour une facture Telus pour une vidéoconférence avec un avocat du Mexique, 2000-3000 $ pour des frais d'avocats au Mexique, où ils continuent à travailler pour arrêter l'extradition de Cristal (elle est toujours accusée d'avoir kidnappé sa fille), pour des photocopies, etc.

Donc nous vous demandons encore une fois de retourner vos poches. Nous vous implorons d'utiliser tous vos contacts, votre énergie, vos réseaux et vos pouvoirs de persuasion pour nous aider à soutenir cette famille. Si vous pouvez donner quelque chose, même si ce n'est qu'un peu, vous aiderez ces deux femmes dans leur combat pour trouver un endroit sûr et accueillant pour leur famille.

les chèques doivent être adressés à la Coalition des Familles Homoparentales, et accompagnés d'une note indiquant que c'est pour Alexa. Les contributions peuvent être envoyées au 2401 Coursol, Montreal (QC), H3J 1C8.

Nous avons aussi créé un compte PayPal pour que vous puissiez payer directement de votre ordinateur. Voici le lien:
familles homoparentales

Au nom d'Alexa, une petite fille qui ne veut qu'une vie normale avec Mamà et Mamà Coco, merci.

Mona Greenbaum, directrice,
Gary Sutherland, coprésident
Joanne Blais, coprésidente
Coalition des familles homoparentales





19 avril 2010

SCCCUM : Nous avons eu raison de faire grève


Parce qu’entre le point de départ et le point d’arrivée, il y a un progrès notable.

La position de l’employeur :

Lorsque nous avons entamé la grève, ce que l’employeur avait mis sur la table, c’était son offre globale du 8 février, dans laquelle il n’était pas fait mention des salaires. En fait, il proposait seulement 2% pour toutes les questions financières.

Il y avait une fin de non-recevoir totale et absolue sur la question de la taille des groupes-cours. On nous avait déclaré que jamais on ne parlerait de telles clauses dans la convention.

La direction voulait prolonger la probation de trois à six cours. Elle permettait à un membre du comité d'évaluation de faire partie du comité d'appel.

L'employeur avait retiré toute limite au nombre de cours donnés par des professeurs retraités.

Sur le statut d’emploi, on se contentait de dire qu’une personne qui travaille quatre jours est en double emploi, ce qui ne signifie rien à notre époque alors que l'on peut faire beaucoup d'heures sur quelques jours ou très peu d'heures sur de nombreux jours.

La direction voulait couper de moitié la prime de départ à la retraite.

Il était question de retirer la moitié de son ancienneté à un chargé de cours qui se désiste d’un contrat signé et de le jeter s’il se désistait une deuxième fois.

L’employeur parlait de pouvoir annuler un cours sans pénalité jusqu’à deux semaines avant son début.

Les accompagnateurs et coachs étaient menacés de se retrouver devant l’arbitraire patronal pour ce qui est de l’attribution. La direction voulait que les autres clauses de la convention collective ne s’appliquent pas à eux.

Le comité de santé et sécurité n’avait même pas l’obligation de se réunir.

À la suite de la grève :

Nous avons gagné une meilleure définition du statut de double emploi basée sur l'approche réaliste des heures travaillées.

L’accès général au départ à la retraite a été facilité avec maintien de la prime à la moyenne des cinq meilleures années dans les dix dernières années.

Le renvoi pour désistement n'est pas passé.

La possibilité d'annuler un cours sans paiement forfaitaire a été écartée.

Un membre du comité d'évaluation ne pourra plus faire partie du comité d'appel.

La limite à la réserve des cours des professeurs retraités, cadres, professionnels et stagiaires postdoctoraux a été maintenue à 4 %.

Le salaire sera augmenté de 6,55%, un pour cent de moins que notre demande de rattrapage. Il sera bonifié par les paramètres gouvernementaux, soit un minimum total de 10,05%. Là-dessus, il y aura rétroactivité de 3,8% à janvier 2010.

Le comité de santé sécurité se réunira dans les 10 jours à la demande de l’une des parties.

Il y aura un comité décisionnel sur l’attribution d’aide d’auxiliaire d’enseignement. Nous participerons à l’élaboration des politiques à cet égard et nous pourrons établir des seuils et des balises pour décider de l’aide à accorder.

Il y a aussi des gains de nature symbolique dont les effets se feront sentir au cours des années. Nous avons gagné une meilleure cohésion de nos membres et un renforcement de la base. La direction a perdu de sa crédibilité, et nos membres savent maintenant qui ils doivent croire.

Par ailleurs, la couverture nationale du conflit a fait en sorte que les chargés de cours existent maintenant dans l’imaginaire du public. La prochaine étape consistera à mieux faire connaître nos conditions d’exercices ainsi que notre réalité complexe et diversifiée.

Pour toutes ces bonnes raisons, oui, nous avons vu juste en faisant grève.





14 avril 2010

Pédophilie et obscurantisme


Le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d'État du Vatican, aurait déclaré: «Nombre de psychologues et de psychiatres ont démontré qu'il n'y a pas de relation entre célibat et pédophilie, mais beaucoup d'autres ont démontré, et m'ont dit récemment qu'il y a une relation entre homosexualité et pédophilie.»

Pareille ignorance est inconcevable chez un homme de si haut rang. Il faut donc plutôt supposer qu'il s'agit de désinformation.

Par ailleurs, il y a tout lieu de croire que la structure de l'Église catholique favorise la pédophilie, car comme je l'écrivais dans un autre billet le 20 juillet 2008:

«L’Église catholique est une institution patriarcale et hiérarchique qui valorise l’autorité et la suprématie mâle. Or, l’agression sexuelle, et plus spécialement la pédophilie, avant d’être une activité sexuelle est d’abord et surtout un abus de pouvoir. Des êtres narcissiques utilisent les enfants comme objets pour nourrir leur illusion d’un ego pur et éternellement jeune. Toute structure hiérarchique rigide qui voue un culte à l’autorité arbitraire favorise ces abus.»

Les études sur la personnalité des pédophiles vont toutes dans le même sens depuis des décennies. Ce sont des personnes narcissiques. Ce sont des personnes qui abusent du pouvoir. Elles s'attaquent en général aux enfants des deux sexes et se spécialisent lorsque le contexte le favorise.

La revue Enfance majuscule a fait un excellent numéro sur le sujet en 1997.

L'acharnement de l'Église catholique à défendre l'institution plutôt que les enfants est une autre façon de justifier les abus de pouvoir, donc la pédophilie, tout en prétendant s'attaquer à l'homosexualité.

Dans les petits villages arriérés, on traite de malades les gens qui dénoncent les pédophiles, dans l'Église catholique, on retourne l'accusation contre les homosexuels. C'est un stratagème qui marche depuis des siècles, et des siècles, amen!




22 mars 2010

Une leçon de démocratie


Nous étions plus de 400 dans cet amphithéâtre de l'UQAM (nous n'avions pas le droit de nous réunir à l'Université de Montréal parce que nous sommes en grève), nous, membres du Syndicat des chargées et chargés de cours de l'Université de Montréal en ce jeudi 18 mars 2010.

Nous avons étudié de façon rigoureuse le projet soumis par l'employeur en comparant les clauses de la proposition avec ce qui existe dans l'actuelle convention.

L'Assemblée a pu débattre en long et en large des mérites et des défauts de ce texte. Et le rejet fut massif: 84 % contre.

La discussion s'est ensuite portée sur l'opportunité de continuer la grève. Là encore, le verdict après débat est on ne peut plus clair: 77 % en faveur.

Que doit-on en conclure? Que l'information factuelle permet de défaire la désinformation et les rumeurs. Qu'une Assemblée dûment constituée est toujours plus sage que l'agitation soulevée par des personnes qui ne représentent qu'elles-mêmes.

Qu'il y ait 100 personnes ou 500 personnes, les travaux légitimes des Assemblées ont la même valeur parce que les instances sont respectées, parce que les convocations se font dans l'ordre et dans le respect des statuts et règlements et parce que l'information est donnée de façon rigoureuse. En effet, la diversité des provenances et des points de vue est toujours présente peu importe le nombre de participants.

Voyons maintenant quels sont les prêcheurs qui prétendent connaître mieux que nous une démocratie qu'ils ne pratiquent pas : les administrateurs de l'Université sont cooptés dans des cénacles restreints alors qu'ils dirigent une communauté de plus de 60 000 personnes. Ce sont là les personnes qui mettent en doute nos processus démocratiques.

En soumettant une offre «globale et finale», l'Université de Montréal a voulu tester la détermination des membres du Syndicat des chargées et chargés de cours de l'Université de Montréal. Elle espérait que la désinformation complaisamment amplifiée par certains aurait raison de l'analyse rigoureuse des faits. Elle s'est fait servir une belle leçon de démocratie.




15 mars 2010

Le vrai visage du Parti Québécois


Le Parti Québécois a toujours été une coalition de diverses tendances, dont une aile droite assez conservatrice. Les premières années de ce parti ont permis à son aile gauche de s'exprimer parce que c'était surtout les militants du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN), qui, entrant un à un au PQ, étaient les plus actifs et les mieux rompus à la réflexion démocratique.

Mais à mesure que ce fonds s'épuise, c'est l'aile nationaliste de droite qui prend le dessus. Et le chat sort du sac quand on entend les dirigeants du parti se vanter de vouloir chercher des votes du côté de l'Action démocratique du Québec (ADQ).

Certes, il y a des électeurs confus ou mal informés qui ont voté pour l'ADQ et il faut les récupérer en leur expliquant le véritable sens antisocial, antisolidaire, individualiste et capitaliste sauvage des idées adéquistes. Par contre, il n'est pas question d'adhérer à des parties de programme adéquiste pour lui disputer son électorat.

Quand on entend les dirigeants dire qu'il faut créer la richesse avant de la distribuer, c'est le triomphe de l'idéologie néolibérale, de la théorie de la croissance indéfinie et de l'illusion, car c'est bien une illusion de s'imaginer que plus les riches sont riches, moins les pauvres sont pauvres. Les trente dernières années qui ont vu le triomphe de l'école de Chicago ont bien montré que les riches sont de moins en moins nombreux, de plus en plus riches et arrogants, et que cela se fait au détriment de la majorité.

Le collectif des syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ libre) n'est plus bienvenu en tant que groupe dans le PQ, mais c'était la chronique d'une mort annoncée. Les trois principaux partis représentés à l'Assemblée nationale sont bien campés dans le champ droit.

En terminant le billet de cette semaine, j'ai une pensée pour le camarade Jean Ferrat, qui nous a longtemps charmés de ses belles chansons.




8 mars 2010

Qui a peur des conservateurs?


Le bulletin du gouvernement conservateur en matière de droits fondamentaux est celui du plus mauvais élève.

Ça commence avec le refus de rapatrier Omar Kadr, cet enfant soldat interné à Guantanamo, au mépris de la Charte des droits et libertés du Canada.

Ça continue avec les coupes dans les comités de condition féminine et la réduction de subventions à ce titre.

Puis, il y a Adil Charkaoui qu'on interne sans qu'il sache pourquoi, qu'on oblige à porter un bracelet de sécurité, et qu'on finit par libérer de son certificat de sécurité sans jamais lui dire de quoi on l'accusait.

Et il y a Droits et Démocratie, cet organisme qui doit faire la promotion des droits, où l'on se débarrasse d'un président un peu trop critique, où l'on nomme un nouveau président qui appuie la peine de mort et s'oppose aux droits des gais et lesbiennes.

Je finis ma liste, mais elle pourrait s'étirer, par ce récent guide destiné aux immigrants afin de leur faire connaître les valeurs canadiennes et dans lequel aucune mention des droits des gais et lesbiennes n'apparaît.

Pourquoi avoir peur des conservateurs?

On attribue au pasteur Niemöller l'énoncé suivant:

D'abord ils sont venus chercher les Juifs;
Je me suis tu parce que je n'étais pas juif.
Puis, ils sont venus chercher les communistes;
Je n'ai pas parlé parce que je n'étais pas communiste;
Ensuite, ils sont venus chercher les syndicalistes;
Je n'ai rien dit parce que je n'étais pas syndicaliste.
Enfin, ils sont venus me chercher;
Il n'y avait plus personne pour me défendre.




24 février 2010

Éducation: La lucidité méprisante


Il est affligeant de voir encore les mêmes partisans de l'économisme à tout crin, lequel économisme nous a conduits aux crises que l'on sait, prêcher des recettes qui consistent à faire payer les étudiants pour des décennies de gestion néolibérale dans le domaine de l'éducation.

Vrai qu'il faut refinancer l'Université. Mais il y a des choix sociaux historiques qui sont ceux du Québec et qu'il faut respecter. L'un de ces choix est de rendre l'éducation accessible au plus grand nombre.

Alors que le gouvernement fédéral doit 800 millions de dollars en transfert au Québec, alors qu'il existe des façons pour le gouvernement du Québec de trouver 5 milliards de revenus supplémentaires sans augmenter les tarifs (voir à ce sujet le site courage politique, mis sur pied par Québec Solidaire), pourquoi proposer une fois de plus une hausse des frais de scolarité?

Je ne saurais passer sous silence l'affirmation hautement méprisante de l'ancien recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix. «Il y a des programmes où 50 % des cours sont donnés par des chargés de cours. On n'a pas ça à UBC.» Je me souviens d'un recteur qui nous disait que les chargés de cours faisaient partie de la solution et non du problème. J'ajouterai qu'il y a des programmes où 100% des cours sont donnés par des chargés de cours et que ces programmes de la Faculté de l'éducation permanente sont excellents et y forment des étudiants solides.

Je ne crois pas, par exemple, que les Marc Laurendeau, les Jean-Claude Leclerc et les Karl Parent qui enseignent en Information et Journalisme aient quoi que ce soit à envier aux autres enseignants. Il en est de même pour des spécialistes de l'enseignement des langues qui donnent des cours à l'École de français, ou des spécialistes en sciences humaines qui offrent des cours en histoire ou en sociologie.

Sait-on que ce sont les exigences de qualification qui font foi de la capacité d'enseigner? Ces exigences sont la garantie de la qualité de l'enseignement.

Par ailleurs, les universités utilisent le prétexte des déficits pour vouloir augmenter les frais de scolarité. Pourtant, d'où viennent principalement les déficits de l'Université de Montréal, pour ne parler que de celle-là? Ils ne viennent pas du fonds de fonctionnement où se trouvent les revenus des frais de scolarité; ils viennent plutôt du fonds des immobilisations où se trouvent les grands projets de construction.

On investit dans le béton et on veut faire payer les étudiants. On embauche des chargés de cours qualifiés pour enseigner et on se plaint qu'il y en a trop?

Oui, les chargés de cours donnent 50% des cours de premier cycle (excepté en médecine), mais ils ne coûtent même pas 5% du budget salarial.

Le but d'une université n'est pas de faire de l'argent, mais de créer et diffuser le savoir.

La lucidité qu'on nous propose est celle du mépris: mépris des choix sociaux du Québec, mépris des étudiants, mépris des chargés de cours et mépris de la population que l'on trompe.





21 février 2010

Laïcité 2


Cette semaine, je vous renvoie à la lettre de Mohamed Lotfi, parue sur le site du Devoir d'aujourd'hui 21 février 2010. Il l'a aussi publié sur sa page Facebook.

Il apporte des éléments fort intéressants dans le débat. Suivez ce lien:

Une partie de ping-pong qui nous lasse




15 février 2010

Crimes sexuels et pouvoir


Une affaire récente dans l'armée canadienne a été le prétexte d'une question à savoir si on devait avoir ou non confiance en elle.

En effet, qu'un colonel à l'excellente réputation ait pu se hisser dans la hiérarchie sans soulever de soupçon en inquiète plus d'un.

Pourtant, cela ne devrait pas nous étonner qu'il soit possible de commettre ce genre de crime quand on est haut gradé. Il suffit de se rappeler que les abus sexuels sont surtout des abus de pouvoir.

Une structure autoritaire et hiérarchisée, que ce soit l'Église catholique ou l'armée, favorise l'exercice d'un pouvoir sans discussion et il arrive qu'une personne se sente alors autorisée à disposer du corps des autres comme s'il lui appartenait.

Le remède à cela dans la société civile, c'est l'équilibre démocratique des forces, où en principe personne n'est autocrate. Ce qui n'empêche pas, bien sûr, des individus déséquilibrés de sévir, mais disons que la tentation y est moins grande, car il n'y a pas cette illusion de l'impunité.

Mais, dans les organisations autoritaires, il y a peu de balises qui puissent aider à détecter ces dérapages avant qu'ils ne se produisent.




8 février 2010

Laïcité


Dans les temps à venir, le Québec ne pourra faire l'économie d'un débat de société sur la laïcité. Toutes les composantes de la société doivent se poser des questions à ce sujet et nous devons trouver des solutions qui tiennent compte de l'équilibre à établir entre la liberté individuelle et les droits collectifs et sociaux.

La gauche ne peut se retirer du débat, car comme l'affirme la journaliste et essayiste française Caroline Fourest, ce serait précipiter la population dans les bras des populistes de droite, voire d'extrême droite.

On trouve encore des crucifix dans certaines caisses populaires et sur les murs de nombreuses chambres d'hôpital. Certains conseils municipaux se font une gloire de dire une prière chrétienne avant leurs travaux. On ne peut prétendre que la société québécoise soit complètement laïque.

Sans présumer des réponses collectives que nous nous donnerons, il faut accepter de prendre le temps d'étudier ces questions, de distinguer les lieux publics, les fonctions liées à l'État, les motifs de sécurité, la liberté de conscience, les relations interpersonnelles, la place de la religion dans l'éducation, etc.

Accepter que cela prendra du temps, se donner résolument les outils de réfléchir sereinement et d'approfondir les enjeux, ce sont là des défis qui nous attendent.

En terminant sur un autre thème, je rappelle le blitz de signatures de la pétition contre l'imposition des indemnités de revenu, suivez ce lien: pétition.




1er février 2010

La grève si nécessaire, mais pas nécessairement la grève


Aujourd'hui, je fais écho à l'Assemblée générale du Syndicat des chargées et chargés de cours de l'Université de Montréal (SCCCUM-FNEEQ-CSN) tenue hier. Le texte qui suit reprend l'essentiel des informations colligées pour la préparation d'un document d'information appelé Info-Négo.

Vote de grève
L'Assemblée générale a donné le mandat à l'exécutif de déclencher des moyens de pression gradués au besoin pouvant aller jusqu'à la grève générale illimitée à exercer au moment jugé opportun par un vote de 71 %.

Blocage de l'Université
Réunis en Assemblée générale spéciale, les membres du syndicat ont été à même de constater que l'Université refuse les principales demandes dûment adoptées et déposées, notamment sur la taille des groupes-cours, un enjeu majeur pour eux. De même sur les salaires, l'Université ne veut rien proposer avant le mois de mars, quand le budget sera verrouillé.

Sur les autres questions, il s'agit de reculs qui sont proposés:
--prime de départ à la retraite, on accepte de diminuer le pointage requis pour les chargées de cours, mais pas pour les superviseurs de stage, et en plus on veut couper la moitié de la prime;
--sur l'accès au travail, on refuse notre demande et on propose de pénaliser les désistements;
--sur la lettre d'entente concernant les accompagnateurs et coachs, l'Université refuse de les considérer comme des chargés de cours et veut laisser l'arbitraire prévaloir;
--quant aux programme d'intégration et de perfectionnement, l'Université veut récupérer les surplus et plafonner les dépenses de fonctionnement des Comités locaux d'intégration pédagogique.

Conciliation
Il a été question de la conciliation. Les membres ont compris que, pour donner une chance à la conciliation, afin qu'elle ait les effets voulus, il faut que l'employeur sente des moyens de pression. En effet, le conciliateur ne peut forcer une partie à avancer dans la négociation. Le conciliateur rapproche les parties pour qu'elles se parlent. Seuls les moyens de pression peuvent forcer l'employeur à revoir ses positions.

Ce n'est pas la grève demain
Détenir le mandat de grève ne signifie pas l'exercer tout de suite. Les membres du comité de négo évalueront la situation et l'évolution des discussions en conciliation. Ils feront les recommandations nécessaires à l'exécutif qui prendra la décision d'exercer ou non des moyens de pression, et qui en avisera les membres, bien sûr, afin de leur permettre de comprendre le déroulement des événements, leurs droits et leurs responsabilités dans le cadre d'un conflit de travail.





24 janvier 2010

Peine de mort


Dans le Devoir d'hier, à la une, on apprend que, d'après un sondage Angus Reid, 62% des Canadiens et 69% des Québécois (!) approuveraient la peine de mort pour les meurtriers.

Comment expliquer ce recul de la pensée progressiste à cet égard? Est-ce que c'est un effet secondaire de l'individualisme effréné? Est-ce une conséquence de la tendance à vouloir trouver des solutions faciles dans un monde où tout est complexe?

Quoi qu'il en soit, on ne peut que se désoler du sentiment populaire envers une réponse au crime, qui constitue elle-même un crime. Pourtant, il n'y a pas moins de meurtres dans les pays qui appliquent la peine de mort.

Par ailleurs, comment l'État peut-il convaincre ses citoyens qu'il n'est pas acceptable de tuer s'il se permet lui-même de le faire?

L'argument d'éviter la récidive n'est pas très convaincant dans la mesure où les meurtriers récidivistes ne sont pas la majorité. Les meurtriers et leurs victimes sont en général des gens qui se connaissent fort bien, habituellement de la même famille.

La prévention ne consiste donc pas à éviter la récidive, mais à éviter la première fois: contrôle des armes à feu, éducation, formation aux solutions non violentes des conflits, réduction des inégalités, promotion de la santé mentale, etc.

Visiblement, notre société se durcit. La vengeance peut satisfaire nos instincts, mais elle ne constitue pas une solution.

Autre sujet

Je m'en voudrais de ne pas signaler le triste anniversaire du début du lock-out des 253 employés de l'information et de bureau du Journal de Montréal. Il y a un spectacle de solidarité ce soir au bar La Tulipe, rue Papineau, angle Mont-Royal.

Lisez le journal Rue Frontenac.



18 janvier 2010

Mes trois séismes


Voilà ce qui arrive quand on promet avec trop d'enthousiasme: je voulais être de retour avec un billet dès le 16 janvier, mais plus de 600 courriels à rattraper plus tard, je me suis rendu à l'évidence que je n'y arriverais pas.

Au retour de mes vacances des Fêtes, trois séismes m'attendaient: un vrai physique, un intellectuel et un émotif.

Haïti

Le vrai tremblement de terre qui a frappé Haïti ne peut laisser personne indifférent. Il fait bon de voir les mouvements de solidarité qui se développent.

Mais pourquoi faut-il que les interprétations délirantes de quelques preachers en mal de visibilité viennent ajouter au désastre? Même si dieu existait, il n'aurait pas grand-chose à voir avec le cours de la nature. Arrêtons de perdre notre temps à prêter des intentions au mouvement des plaques tectoniques et concentrons-nous sur l'aide aux victimes.


Homophobie

Séisme intellectuel quand j'apprends le contenu d'une lettre publiée dans le Soleil de Québec du 9 janvier 2010 par quatre anciens professeurs de philosophie dont les noms ne valent pas d'être rappelés tellement ils méritent d'être oubliés.

Ces quatre personnes s'en prennent à la politique québécoise de lutte contre l'homophobie et se permettent d'affirmer haut et fort la supériorité de l'hétérosexualité. Je n'aurai pas la politesse de Laurent McCutcheon qui dans sa réplique leur donne le droit de penser ce qu'ils veulent.

Il est fort désolant que des êtres supposément intelligents puissent tenir publiquement un discours aussi absurde consistant à dire que si la majorité des gens sont hétérosexuels, c'est parce que cette orientation est supérieure aux autres. Et quand la majorité des gens croyaient que la terre était plate, c'était une idée supérieure, je suppose?

Ces quatre individus sont la preuve éclatante du besoin essentiel que constitue le plan de lutte contre l'homophobie. Et non, je ne crois pas qu'en 2010 on ait le droit de croire que l'hétérosexualité est supérieure à l'homosexualité. Savez-vous bien que même si 100 % des êtres humains étaient homosexuels, l'avenir de l'espèce ne serait nullement en danger parce que tout le monde connaît les mécanismes de la reproduction.

Non, on n'a pas le droit de procéder à un négationnisme incroyable pour refuser la normalité de l'homosexualité. Non, on n'a pas le droit en 2010 de dire que les droitiers sont supérieurs aux gauchers. Non, on n'a pas le droit en 2010 de dire que la terre est plate.

Un grand homme

J'ai aussi appris le décès de l'écrivain Bruno Roy. Je ne le connaissais pas personnellement bien que je l'aie rencontré à quelques reprises. C'est un homme remarquable qui a reconstruit sa vie après avoir été victime de la Grande Noirceur. En effet, il faisait partie de ceux qu'on a appelés les orphelins de Duplessis, ces enfants qu'on a classés comme déficients mentaux juste pour obtenir des subventions et à qui on a refusé l'éducation. On en a aussi abusé et on les a traités en esclaves.

Bruno Roy a su traverser ces épreuves, montrer à tous quel homme brillant il était en publiant des essais, des romans et des poèmes et en prenant la défense de ces victimes oubliées. Bruno Roy a aussi défendu fièrement les écrivains québécois en assumant pendant plusieurs années la présidence de l'Union des écrivaines et écrivains québécois.

C'est avec grande émotion que je pense à lui, et nous devons le remercier pour cette humanité qu'il a contribué à renforcer dans la société québécoise.




24 décembre 2009
Aristéraphobie



La peur, la haine, en fait le mépris des gauchers est probablement plus tenace et plus insidieux que celui des gais. En effet, il n'y a encore aucun organisme qui ait établi à quel point les gauchers sont victimes de discrimination, et cela de la façon la plus banale et la plus naturelle.

Par exemple, les assureurs savent que les gauchers ont plus d'accidents que les droitiers. Ils en tiennent compte dans leurs calculs, mais ils prétendent ne pas savoir pourquoi il en est ainsi. C'est pourtant fort simple: la signalisation, les renseignements, les outils sont tous faits pour des droitiers. Si tous les droitiers étaient obligés demain matin de se servir d'outils pour gauchers, combien pariez-vous que ce seraient eux qui auraient le plus d'accidents? Combien pariez-vous que l'on saurait immédiatement pourquoi?

Trouver des ciseaux pour gaucher au Québec est une véritable course à obstacles. Et quand on arrive enfin, ça coûte une fortune. Pourtant, en Angleterre, on en trouve dans n'importe quel supermarché au même prix que les autres ciseaux.

Il n'existe pas à proprement parler de montres pour gaucher au Québec. J'ai eu beau chercher, je n'en ai trouvé nulle part. Quand j'ai fait cette demande à une dame qui tient bijouterie pas loin de chez moi, elle m'a répondu: «Ça n'existe pas!» J'en ai pourtant vu en Angleterre. «Sont-ils plus gauches que nous, a-t-elle plaisamment répliqué?» Je me suis retenu de lui dire ce que j'ai pensé et que je pense toujours: Non, ils sont surtout plus évolués!

Certes, j'ai réussi à trouver de très grosses montres bracelets disposant d'un remontoir du côté gauche. On m'a expliqué que ce sont des montres sport pour les personnes qui font des sports extrêmes. Le remontoir se retrouve alors à l'intérieur du bras et ne risque pas d'être arraché dans un mouvement ou dans un frottement.

J'ai aussi vu sur le Net des montres qui tournent à l'envers du sens des aiguilles d'une montre habituelle, mais avec le remontoir à droite. C'est sans doute l'invention d'un droitier. Les gauchers ne veulent pas de montres qui tournent à l'envers, même s'ils brassent leur soupe ou leur café dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Ils sont habitués à lire les horloges et ils ne veulent pas non plus que le soleil se mette à tourner d'Ouest en Est.

Ils veulent simpelment des montres avec le remontoir à gauche, qu'ils pourront porter sur leur bras droit et dont ils pourront ajuster l'heure facilement de leur main gauche.

Dans les 10 dernières années, j'ai systématiquement compté le nombre de gauchers dans mes classes. Nous formons environ 15% de la population. Des industriels intelligents fabriqueraient des objets pour gauchers dans une proportion de 15 %. Nous devrions exiger que tous les outils soient fabriqués pour les gauchers dans une proportion de 15 %.

Même si nous sommes beaucoup moins maladroits que les droitiers ne sont malagauches, je ne vois pas pourquoi nous ne pourrions pas avoir des outils qui nous sont adaptés.

Mettons fin à l'aristéraphobie!

Là-dessus, passez de belles Fêtes et une année 2010 heureuse!

En passant, 2009 n'est pas la dernière année de la décennie, c'est 2010 qui le sera. Une décennie ça comprend 10 ans. L'année 2000 était la deux-millième, donc elle fait partie de la décennie 1991-2000. On a beau avoir des ordinateurs, on dirait que plus personne ne sait compter.

De retour aux billets le 16 janvier 2010 !







6 décembre 2009

La transformation du gouvernement en gouvernance conduit au cynisme des politiques qui conduit au cynisme des citoyens


Une lettre ouverte de 20 médecins de la région de la Côte-Nord a semé l'émoi dans la population. S'opposant à l'exploitation d'une mine d'uranium, les médecins en question annoncent leur départ si le projet va de l'avant.
Le gouvernement ne bronche pas.

Depuis de nombreuses semaines, tout le monde ou presque réclame une enquête publique sur l'industrie de la Construction au Québec. Le gouvernement ne bronche pas: business as usual.

Depuis des mois, on se prépare à la conférence de Copenhague sur l'environnement. On devrait, si on a un peu de bon sens, y adopter des mesures supérieures à celles prévues par le protocole de Kyoto. Le premier ministre canadien s'y rend pour la forme et on ne s'y entendra que sur des objectifs généraux et les plus lointains possible.

Y a-t-il révolte dans les rues du Québec et du Canada? Non. Parce que le gouvernement administre. Il fait sa job. Il correspond à la définition de la gouvernance, cette nouvelle maladie gestionnaire qui consiste à remplacer le bien commun par le chiffre et l'intérêt pour ses semblables par son intérêt personnel.




1er décembre 2009

Banques et financiers: plus ça change, plus c'est pareil


La crise financière devait changer les attitudes et les procédés. Ne devait-on pas à l'avenir être plus prudent? Même le président Sarkozy disait qu'il fallait réformer le capitalisme.

Mais force nous est de constater que, si on chasse le naturel, il revient au galop. On apprend que les investisseurs courent encore après le succès rapide, que les papiers commerciaux redeviennent populaires et que les primes données à ces chevaliers de la finance qui jettent les masses sur le pavé augmentent de plus belle.

Quand on lit dans le Monde du 28 novembre que deux dirigeants d'un fonds s'en tireront avec 40 millions d'euros, on a la moutarde qui monte au nez.





23 novembre 2009

Confusion et renversement des culpabilités écologiques


La semaine dernière, le Fonds de Nations unies pour la population émettait un avis selon lequel la diminution de la population était nécessaire à la réduction des gaz à effets de serre.
Non seulement, on ne s'en prenait pas à la bonne cible, après tout, c'est la production énergétique et industrielle qui sont les premières responsables des gaz à effets de serre, mais en plus

1. On confond les objectifs
Le but de la réduction des gaz è effets de serre est de rendre la vie humaine possible, et non de réduire le nombre d'humains juste pour obtenir un calcul de gaz moindre.

2. On renverse les culpabilités
La pollution est renvoyée à l'existence individuelle et à la responsabilité personnelle alors qu'elle dépend d'une démarche collective. Seuls les États peuvent contraindre l'industrie à des productions raisonnables, viables et durables.

À tout le moins, le coordonnateur pour la santé maternelle au Fonds en question reconnaît que le développement des pays suffit à faire baisser la natalité parce que les familles dont le mode de vie s'améliore régulent leurs naissances d'elles-mêmes.

Le Monde publiait le 18 novembre 2009 un article heureusement critique sur cette annonce un peu excessive. Je vous y réfère: Limiter, les naissances, un remède au péril climatique?




16 novembre 2009

C’est renversant, mais pourquoi ne sommes-nous pas étonnés?

La droite de la droite
J’écoutais la radio samedi dernier alors que j’étais en voiture avec mon conjoint. On entendait parler monsieur Éric Sicaire, pardon Caire (la tentation du mot facile était trop forte), dire que l’ADQ n’était plus assez à droite à cause de son chef, monsieur Gilles Taillon.
Gilles Taillon, ancien président du très néolibéral Conseil du patronat du Québec, pas assez à droite ? Qu’est-ce qu’il lui faut ? Je croyais rêver. J’ai demandé à être pincé, mais non, je ne me suis pas réveillé, monsieur Caire continuait à dire que l’ADQ n’étant pas assez à droite, il fallait un vrai parti de centre-droite. Depuis quand le centre-droite est-il à droite de la droite ? C’est à n’y rien comprendre.

L’environnement qu’on lâche
On apprend que les États du monde vont finalement s’entendre sur de grands principes et refuseront de s’engager de manière contraignant à Copenhague, qui devait pourtant servir de nouvelle voie à suivre en décembre prochain, qui devait pourtant aller plus loin que l’accord de Kyoto.
La gestion à courte vue l’aura encore emporté sur le bon sens. C’est avec l’avenir de l’humanité que l’on joue ainsi. La planète peut bien crever, il ne faut surtout pas gêner l’économie qui est en reprise après cette grave crise économique, dont on n’aura retenu aucune leçon.

Homophobie et ignorance bien intentionnée
Devant la possibilité d’accorder le droit aux couples de même sexe d’adopter des enfants, les associations catholiques de France et de nombreux députés de droite se prononcent haut et fort pour le droit de l’enfant à avoir un père et une mère.
C’est de l’homophobie flagrante et c’est de l’aveuglement volontaire. Depuis quand une famille est-elle composée uniquement d’un père, d’une mère et d’un enfant? Les cas de figure sont très nombreux et les enfants qui ont disposé de ce fameux modèle sont surtout les enfants de familles de classe moyenne des années 50.
Les merveilleuses familles dont les parents sont un père et une mère ont souvent été des familles dont le père était presque toujours absent. Faut-il obliger les deux parents à toujours être là pour respecter le droit de l'enfant à avoir un père et une mère? Faudra-t-il obliger les veufs et les veuves à se remarier? Pendant qu'on y est, il faudrait bien interdire le divorce aussi!

Ces trois situations sont si absurdes qu'on ne sait si on doit rire ou pleurer. Mais le plus triste est que nous continuons nos petites affaires comme si de rien n'était. Et c'est ce désabusement qui m'inquiète le plus.




9 novembre 2009

Dérives néolibérales : Où sont passés les citoyens?



L’autre jour, j’écoutais la radio et j’entendis une personne d’un service de santé parler des clientèles à rejoindre pour la vaccination. Ça m’a frappé tout à coup, ce glissement de « population à risques » vers clientèle.

Puis je reçois par un organisme le lien sur l’aide à la décision préparé par le ministère de la Santé et des Services sociaux pour Services Québec (autrefois Communications Québec). Cliquez ici pour voir ce lien.

Vous noterez que l’on vous réfère au Centre des relations avec la clientèle de Services Québec.

L’an dernier, l’un des membres du comité de vérification de mon syndicat parlait des membres de l’exécutif comme de prestataires de services pour le syndicat.

On entend déjà depuis longtemps les représentants des universités et des cégeps dire qu’ils sont à la recherche de nouvelles clientèles.

Il n’y a plus d’étudiants, il n’y a plus de population, il n’y a plus d’élus, il n’y a plus de membres, il n’y a plus citoyens. Il n’y a plus que des donneurs de services d’un côté et des clients ou consommateurs de l’autre.

Quand la confusion est dans le vocabulaire, elle n’est pas loin d’être accomplie dans la pensée. Ça donne à réfléchir.

J’ai dû, par exemple, corriger un membre du Comité consultatif sur la nomination de la rectrice ou du recteur de l’Université de Montréal qui me disait qu’il n’y avait pas de mal à se préoccuper de la clientèle étudiante puisque c’est elle qui finance l’Université.

Eh bien si, il y a du mal à se préoccuper de la clientèle étudiante. Les étudiants sont la raison d’être de l’Université. Ils n’en sont pas des clients. Ce n’est pas un service à leur rendre que de les considérer comme des consommateurs. Il faut plutôt les considérer comme les sujets de leur processus d’apprentissage. Je n’entre pas en relation avec des clients, mais bien avec des groupes d’étudiants en classe et avec des étudiants particuliers, des personnes, quand je les rencontre individuellement.

La marchandisation des relations humaines nous prive de la finalité de nos rapports. Il ne s’agit pas de s’échanger des biens et des services, mais de travailler ensemble à construire un monde meilleur, aussi local et restreint que soit notre niveau d’intervention.

N’est-il pas préférable de penser en terme d’humains plutôt qu’en terme de clients ?





1er novembre 2009

La grippe : tempête récoltée



Il y a plus d’un an que l’on parle de la grippe née porcine, devenue depuis A H1N1. Les divers gouvernements, les Institutions de toutes sortes, nous ont demandé pendant tout ce temps de nous préparer à réagir. Tous se sont dits en train de se préparer. Tous ont dit qu’ils feraient ce qu’il faut pour commander les vaccins nécessaires. Tous se sont dits inquiets que la population ne soit pas assez prête.

L’heure de la vaccination arrive. C’est le moment de prendre les mesures pour éviter la contagion. Peut-on s’étonner que la population s’impatiente alors qu’elle se fait bassiner depuis plus d’un an avec la nécessité de prendre des précautions? Et qui n’est pas prêt? Les gouvernements et les Institutions.

Décidément, cette histoire de grippe me rappelle une certaine histoire de gouvernance : on blâme la paille dans l’œil de l’autre, et on ne voit pas la poutre dans le sien.






13 octobre 2009

Étrange humanité: les frontières de genre


Avez-vous remarqué que, souvent, dans les rencontres de groupe, les hommes ont tendance à se regrouper d'un côté et les femmes de l'autre? Cela est peut-être dû à la façon dont nous sommes socialisés.

Cela m'a frappé vendredi dernier, lorsque j'ai assisté à un atelier sur le harcèlement psychologique dans le cadre du 2e Forum social québécois.

La quarantaine de personnes qui y assistaient se sont réparties très précisément entre, si on regarde vers l'avant de la salle, le côté droit pour les hommes et le côté gauche pour les femmes.

J'en suis encore perplexe.




25 septembre 2009

La gouvernance ironique : Lettre ouverte à madame Michelle Courchesne, ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport


Madame Courchesne,

Mercredi soir, le 23 septembre 2009, je regardais en reprise la période des questions à l'Assemblée nationale.

La porte-parole de l'opposition en matière d'éducation, madame Marie Malavoy, vous posait une question sur les augmentations de salaires importantes et rétroactives à l'Université de Montréal.

Votre réponse m'a sidéré. Vous disiez que ce genre de problème serait réglé par le Comité des ressources humaines prévu par le projet de loi sur la gouvernance.

Or, c'est tout le contraire puisque, justement, c'est le comité des ressources humaines de l'Université de Montréal qui a approuvé ces augmentations comme l'a affirmé la chancelière de l'Université de Montréal, madame Louise Roy, dans une lettre parue dans le DEVOIR (page A-9), cette même journée du 23 septembre.

Donc, on peut comprendre qu'un comité des ressources humaines correspondant à ce qui est prévu dans le projet de loi, et comme s'en est doté l'Université de Montréal depuis 2007, n'hésitera pas, parce qu'il est rempli de personnes externes à l'Université, à considérer les dirigeants de l'Université comme des entrepreneurs et à leur octroyer de fortes hausses salariales tout en laissant pour compte le menu fretin que sont les employés : professeurs, chargées et chargés de cours, employés de soutien, employés d'entretien, auxiliaires d'enseignement, auxiliaires de recherche, etc.





19 septembre 2009

La dépendance


Mon ordinateur personnel est kapout. Je ne puis plus émettre de courriels à partir de chez moi. Je ne puis plus travailler sur les dossiers du Syndicat à partir de chez moi.

Ça fait un bon prétexte pour se reposer ou pour s'occuper de ses propres affaires, direz-vous. Mais, il y a pire: je ne puis pas non plus consulter mes albums de photos; je ne puis réviser ma liste de livres ou de disques; je ne puis payer mes factures à partir de la maison, et surtout, je ne puis pas travailler sur mon prochain livre, chose que je ne fais qu'à partir de chez moi.

Bon, vous allez me dire: «Achète-toi un autre ordi!» C'est ce que je m'empresserai de faire dès que j'aurai une minute. Mais...

Mais, cela nous fait rendre compte du degré de dépendance extrême que nous avons envers la technologie électronique. Rappelez-vous vos soft disk des années 80. Plus personne ne peut les lire aujourd'hui. Qu'est-ce qui me garantit qu'on sera capable de décripter mes CD dans 50 ans? Rien ni personne.

Mais, on est encore capable de lire les manuscrits de la mer Morte. Ça donne à réfléchir.





30 août 2009

Le retour de l’aristocratie



L’affaire Vandal, le pdg d’hydro-Québec qui a voulu donner des centaines de milliers de dollars à des collèges privés, montre bien l’inanité des projets de loi de la ministre Courchesne (ministre de l’Éducation, des Loisirs et du Sport) concernant la gouvernance des cégeps et des universités.

En effet, Hydro-Québec est régie, quant à sa gouvernance, par une loi semblable à celles que la ministre veut imposer aux établissements d’enseignement post-secondaires. Or, la présence de membres dits «indépendants» (que l’on devrait plutôt appeler externes) n’a pas empêché la décision incongrue d’un dirigeant d’une société d’État de faire dévier des fonds publics vers des organismes privés. C’est la connaissance du public qui l’a fait revenir sur sa décision.

Un grand bonze des finances aux États-Unis, Warren Buffet lui-même, démolit assez clairement ce rôle de «sages» des externes. Il se base sur le fait qu’il a rencontré près de 250 personnes ayant joué ce rôle. Je le cite : «Ces personnes, aussi honnêtes et intelligentes qu’elles fussent, n’en savaient tout simplement pas assez sur l’entreprise ou ne se préoccupaient pas suffisamment des actionnaires pour contester des achats farfelus ou des compensations énormes.» (Buffet, Warren, «Letter to shareholders», in Berkshire Hathaway Annual Report, 2002)

Le fait de nommer des administrateurs venant d’entreprises diverses ne garantit en rien une gestion éthique, mais favorise bien les échanges de services entre gens «de bonne famille».

Ajoutons à cela les cinq universités (d’Alberta, de Colombie Britannique, de Montréal, McGill et de Toronto) à fort volume de recherche qui prétendent mériter à elles seules l’essentiel des subventions pour les cycles supérieurs et qui veulent laisser l’enseignement de premier cycle aux autres, et nous avons un autre bel exemple des dérives aristocratiques de nos sociétés.





7 août 2009

Y a-t-il des viols pires que d’autres?



Dans la semaine qui finit, j’ai entendu à la radio de Radio-Canada des nouvelles concernant la guerre en ex-République démocratique du Congo. On y disait que la violence s’intensifiait, que le viol était utilisé comme arme de guerre et qu’on signalait même des cas de viols d’hommes.

Un article faisant état d’une enquête d’Oxfam et publié sur le site de l’Organisation de la presse africaine ( Oxfam : viols et tortures) contient le paragraphe suivant :

« Les femmes sont les plus menacées par ce type de violences, mais des viols d’enfants, parfois âgés de quatre ans, ont également été rapportés dans plus de la moitié des communautés interrogées. Dans trois des vingt communautés, les personnes interrogées ont signalé des cas de viols d’hommes, notamment huit cas dans une communauté du Sud Kivu. »

Notez la progression : on parle d’abord des femmes, puis des enfants, ensuite des jeunes enfants et enfin des hommes. Huit hommes dans une certaine communauté, cela semble surpasser les centaines de femmes et enfants violés ailleurs.

J’ose espérer que là n’est pas l’intention des auteurs, mais la structure de leur énoncé induit cette analyse.

De tout temps, les guerriers se sont servis du viol. De tout temps, les vainqueurs, et les agresseurs, ont violé femmes et enfants ainsi qu’un certain nombre d’hommes. On n’en parlait jamais, on en parle un peu plus aujourd’hui, mais en quoi le viol d’un homme est-il plus grave que celui d’une femme ou d’un enfant?

Le viol est une atrocité. Ce n’est pas faire l’amour, c’est faire « la haine » comme le disait un personnage du film Mourir à tue-tête de la réalisatrice Anne-Claire Poirier (paru en 1979).

Les mercenaires de tout poil ont toujours compté les rapines et les viols comme leur butin. Les généraux vicieux ont souvent utilisé le viol comme arme de démoralisation des populations envahies et terrorisées. Cela a toujours été parfaitement odieux et ne le devient pas davantage parce que des hommes sont touchés.

Ce n’est pas d’hier qu’est née la nécessité d’être pacifiste et antimilitariste. Ce n’est pas non plus avec le viol des hommes que commence la condamnation de ce crime. Comme on dit en anglais : « un crime est un crime est un crime ».




31 juillet 2009

Leçons parisiennes



Mon conjoint et moi sommes rentrés de notre plus récent séjour parisien depuis moins d’une semaine et rêvassons encore sous le charme de notre destination préférée. Outre le fait d’avoir apprécié notre passage dans le 13e arrondissement à l’architecture hétéroclite, je voulais communiquer mon enthousiasme pour deux des activités culturelles qui nous ont plu.

D’abord, le film Sans rancune du réalisateur Yves Hanchar mettant en vedette Thierry Lhermitte, dans un rôle sérieux, avec le jeune et talentueux Milan Mauger. Une histoire d’initiation à la vie, d’éducation, de découverte de la réalité, de l’Histoire, de la Littérature, des grandeurs et des misères des humains.

Le personnage d’enseignant joué par Lhermitte est à la fois rébarbatif et séduisant, loin des caractéristiques faciles, convenues et racoleuses du prof de Dead Poets Society. Le jeune qui a tout à découvrir est solide et crédible. C’est un film excellent à tous points de vue, auquel je ne ferais qu’un seul petit reproche : une phrase égarée vers la fin. Le scénariste fait dire à un personnage : « Tu sais bien que ce n’est pas la vérité qui est important! » Or, c’est une erreur qui contredit les faits mêmes du film. Il aurait juste fallu préciser que la vérité est importante, mais l’usage qu’on en fait l’est davantage.

En effet, c’est grâce à la découverte de la vérité que le jeune personnage comprendra la valeur essentielle de la Littérature, ce mensonge qui sert justement à dire la vérité, comme l’écrivait si bien Cocteau. Et c’est cette vérité qui affermira la vocation du jeune.

Outre cette petite incohérence, le film est parfait et je ne peux qu’encourager tout le monde à courir le voir si, par bonheur, il atteint les écrans québécois.

Deuxièmement, l’exposition sur Gustave Eiffel à l’Hôtel de ville de Paris. Les habitués de la ville Lumière savent que la mairie de Paris organise régulièrement des expositions gratuites en ses murs. Après celle sur le Petit Nicolas (de Sempé et Goscinny, pas celui de l’Élysée) que nous avons hélas ratée, nous avons eu droit à une fort instructive présentation des travaux du père de la dame en dentelle de fer, la tour Eiffel.

Le jeune Gustave se destinait à la succession de son oncle Jean-Baptiste Mollerat à la tête d’usines chimiques. Une brouille familiale a mis fin à ses projets et il se destina à l’École polytechnique, où il fut refusé. Que de hasards il fallut pour nous fournir ce génie de l’ingénierie civile! Comme quoi, il y a parfois du bon à aller là où l’on n’est pas attendu et à s’écarter des projets familiaux.

Outre cette leçon anecdotique, on appréciera les magnifiques dessins d’Henri Rivière qui présentent des visages différents de Paris selon les saisons avec toujours la tour Eiffel quelque part dans le décor. Les peintures de Delaunay, Léger et d’autres ainsi que de belles photos montrant la tour sous l’orage complètent aussi l’exposition. Une visite emballante et gratuite!




10 juillet 2009

Nouvelles nouvelles



Dans son livre, Le métier de journaliste, Pierre Sormany donne quatre caractéristiques à la nouvelle : vérité, nouveauté, signification et intérêt.

Tout le monde est en mesure de comprendre facilement les notions de vérité et de nouveauté. La question de l’intérêt est plus mitigée parce que ce dernier varie d’un groupe à un autre, d’un individu à un autre. La signification est aussi un peu plus compliquée à expliquer, mais il s’agit essentiellement de la façon dont l’information constitue un point de repère, une donnée qui permet de se situer dans le monde ou de l’interpréter. On pourrait parler de la valeur, ce qui est différent de l’intérêt, car on peut s’intéresser à des choses de peu de valeur et en être conscient.

Prenons deux nouvelles traitées récemment dans le monde médiatique et demandons-nous dans quelle mesure on a servi l’intérêt du public.

Premièrement : la mort de Michael Jackson. Certes, c’est un fait d’intérêt qui trouve sa signification pour toute une génération qui a connu ses grands succès dans les années 80. Pour ces personnes, une page importante de leur histoire vient d’être tournée.

Cela avait donc toutes les caractéristiques d’une nouvelle. Était-il cependant nécessaire d’occuper les 10 ou 15 premières minutes du téléjournal avec cette affaire? Les funérailles grandioses qui ont suivi sont-elles vraiment de la nouvelle?

Le journalisme ne transmet pas que de la nouvelle. Il y a le reportage qui décrit des événements, leur contexte, leur origine, leur conséquence. Il était donc possible de prendre du temps pour rendre compte de certains faits, du déroulement de certains événements. Toutefois, le journal télévisé, surtout ses premières minutes, ne devrait-il pas être réservé aux nouvelles justement? Le reportage in extenso ne devrait-il pas se retrouver dans la partie « magazine » des infos?

En zappant, je suis tombé sur une chaîne où l’on montrait pendant de très longues minutes une ambulance en train de reculer, ambulance qui devait récupérer le corps de Michael Jackson, ou qui devait le contenir. Était-ce de la nouvelle? Non. Était-ce du reportage? J’en doute. La marche arrière d’une ambulance ne me paraît pas un événement digne d’être rapporté. Le public, sauf voyeur, n’y a rien gagné.

Deuxièmement : la communion de monsieur Harper aux funérailles de Roméo Leblanc. Les médias ont fait tout un plat du fait que le premier ministre a saisi l’hostie et l’a dissimulée derrière une feuille de papier plutôt que de l’avaler selon le culte catholique.

C’est nouveau, c’est vrai, c’est sans grand intérêt, sauf pour les catholiques, mais cela a sans doute une signification quant à l’importance que le monsieur accorde aux rites qui lui sont étrangers. Cela dit, une nouvelle qui est répétée des dizaines de fois n’est plus une nouvelle, et c’est ce qu’on répond aux enfants qui nous chantent quinze fois qu’ils ont vu une girafe au zoo.

L’été est un beau prétexte pour gonfler des affaires qui, en d’autres temps, n’occuperaient que peu d’espace. Hélas, ce n’est pas parce qu’il se passe moins de choses en été qu’en hiver. C’est plutôt parce que la disponibilité du monde médiatique est moindre et que la recherche est réduite à la portion congrue. C’est ce qui nous vaut ces « nouvelles » nouvelles.





4 juillet 2009

Le sens des mots



Quand on se satisfait d’approximations dans le vocabulaire, on entretient la confusion; les mots perdent leur sens et les concepts en sont affectés, ce qui rend les victimes de ces ambiguïtés hautement manipulables.

J’en veux pour preuve trois exemples trop souvent rencontrés : les mots ironie, opinion et ami.

La confusion entre ironie et sarcasme est si fréquente chez mes étudiants, que j’ai du mal à la déloger. Pourtant, ni l’intention ni la forme ne sont les mêmes. Le sarcasme est une attaque directe à quelqu’un dans le but de le ridiculiser. Il peut faire appel à l’ironie, mais pas nécessairement.

Exemple : « Antonio et la vérité sont comme l’huile et l’eau, même en les agitant très fort, on ne peut les garder ensemble plus d’une fraction de seconde. » C’est du sarcasme, mais ce n’est pas du tout de l’ironie.

L’ironie consiste à dire quelque chose pour faire entendre le contraire.

Exemple : « Tout le monde sait que je déteste les livres. » C’est de l’ironie, parce que tous mes amis savent qu’il y a tant de livres chez moi que je ne sais plus où les mettre. Il n’y a là aucun sarcasme.

L’intention du sarcasme est d’attaquer et de ridiculiser. L’intention de l’ironie est d’amuser par jeu de contraires. On peut bien sûr attaquer par ironie, mais quand j’entends dire qu’il y a de l’ironie dans l’expression « Tu devrais utiliser plus souvent le Power Point si tu ne veux pas endormir ta classe », je constate qu’on ne sait pas ce que signifie l’ironie. (En passant, moi, c’est le Power Point qui m’endort.)

Passons à l’opinion. Sans doute la mode des sondages, sans doute la pratique pléthorique du texte dit « d’opinion » au secondaire ont-ils conduit nombre de gens à confondre le sentiment, la préférence et l’opinion.

Une opinion est une orientation prise à la suite d’une réflexion en fonction d’arguments. Voter pour monsieur Harper parce qu’il a une belle cravate n’a rien d’une opinion. Dire que Ronaldo est plus beau que Jacques Dupuis n’est qu’un sentiment, partagé par beaucoup sans doute.

Exemple d’une opinion : « Je suis contre la peine de mort parce qu’elle n’a aucun effet dissuasif et parce qu’elle perpétue le cycle du meurtre. » L’opinion se justifie par des arguments.

Prétendre que l’opinion est la même chose que le sentiment permet de croire que toutes les opinions se valent, ce qui est manifestement faux. L’opinion d’une personne éclairée a certainement plus de valeur, si les arguments sont bien compris, que l’opinion d’une personne ignorante. Et les supposés sondages d’opinion ne sont en fait que des sondages de préférences.

Finalement, c’est Facebook qui me suggère le dernier mot dont je veux traiter. Les « amis » de Facebook ne font sourciller personne et pourtant, être l’ami de quelqu’un, cela signifie bien plus que de figurer dans son carnet d’adresses. Pour être un ami, il faut connaître un peu la personne et partager avec elle des intérêts et des activités. L’ami, c’est celui que vous pouvez appeler en pleine nuit si vous avez un problème.

Personne ne peut avoir 200 amis. Mon père me disait que les amis se comptent sur les doigts d’une seule main. Et il avait bien raison.

Il est bien triste que l’on galvaude ainsi le nom et le rôle d’ami, qui est si rare et si précieux.

Cela dit, il y a bien d’autres mots pour caractériser les personnes avec qui on entretient divers types de relations. J’aime beaucoup discuter et échanger avec les 1200 correspondants de mon profil Facebook. Ce sont des correspondants, et cela ne leur enlève pas leurs qualités humaines.

Et toutes les personnes avec qui j’ai la chance de militer sont des camarades qui partagent des objectifs communs. C’est la base même de la camaraderie, avoir quelque chose à partager.

Eh bien, chers camarades, je suis heureux de partager avec vous ces quelques précisions. Les mots ont un poids qui n’est pas innocent.




22 juin 2009

Les obsessions conservatrices



On apprenait dans le Devoir des samedi 20 et dimanche 21 juin 2009 que non seulement les conservateurs ne revenaient pas sur leur déclaration à l’effet que la peine de mort est acceptable si elle est votée dans un pays démocratique, mais qu’ils en rajoutaient.

La peine de mort, cela est vérifié partout, n’a aucun effet dissuasif. Les pays qui la pratiquent ont souvent un taux d’homicides plus élevé que ceux qui ne la pratiquent pas.

Mais ce n’est pas la plus importante raison pour la rejeter. Il y a bien sûr le fait que l’on risque parfois d’exécuter un innocent. En sauver un seul devrait suffire à nous convaincre. Mais il y a surtout la contradiction logique évidente entre la sanction et la chose sanctionnée. Quand on exécute un meurtrier, on ne lui donne pas une leçon; on prouve qu’on n’est pas mieux que lui et qu’on pratique aussi le meurtre.

La peine de mort ne satisfait que les vengeurs et les sadiques.

Dans un ordre d’idées semblables, j’ai reçu à la maison une publicité du député conservateur Gord Brown. Affichant la photo d’une petite fille habillée comme une femme, cela me semble d’ailleurs une image de type pédophile, la feuille affirme : le Bloc préfère les sentences bonbons! On veut dénoncer le fait que le Bloc Québécois n’ait pas voté pour le projet de loi C-268 qui prévoit des peines minimales pour les criminels qui s’en prennent aux enfants.

Le haut du feuillet donne le message suivant : « Le gouvernement conservateur protège les victimes et travaille pour contrer les criminels qui s’attaquent aux enfants. » Encore une fois, on fait fausse route et on s’intéresse aux instincts vengeurs. Il n’y a aucune protection contre les victimes dans des lois plus sévères. Il n’y a que de la vengeance et du sadisme. Si vous voulez protéger les victimes, travaillez dans le sens de la prévention!

Tout le reste n’est qu’obsession conservatrice, fort malsaine qui pis est.




15 juin 2009

Perspective historique



On répète souvent que « Qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la répéter » et pourtant l’air du temps, obsédé par le présent, n’est pas du tout à ce genre de perspectives.

Quand on parle de commémorer Stonewall par exemple, certains osent prétendre que, puisque nous n’en sommes plus là, il faudrait passer à autre chose. On retrouve là la naïveté individualiste de certaines femmes qui croient que le féminisme n’est plus nécessaire. Comme si les acquis étaient là pour toujours.

Pourtant, la Société pour l’étude de la sexualité humaine de Magnus Hirschfeld a déjà compté 100 000 membres à la fin des années 20 du siècle dernier. C’est pourtant sa bibliothèque que l’on voit flamber quand on cherche une image des tristement célèbres autodafés dont les nazis ont été les instigateurs. Les droits dont vous disposez aujourd’hui sont toujours menacés de recul si vous n’êtes pas attentifs. L’illusion de la protection individuelle fait perdre toute perspective et le fait que vous soyez bien dans votre confort personnel n’est en rien une garantie que le groupe auquel vous appartenez soit exempt de danger.

La question se pose aussi pour l’ensemble des groupes que l’on dit progressistes aujourd’hui. Il faut se rappeler que le concept de « progrès social », bien développé au XIXe siècle, était lié à une croyance dans la marche inéluctable de l’Histoire à la suite des travaux de Hegel. Or, s’il est une chose que le XXe siècle a montré, c’est bien que l’Histoire n’est pas prévisible. La croyance mécaniste héritée du XVIIIe siècle a été battue en brèche par les théories du chaos déterministe. Le monde est déterminé, mais imprévisible et l’Histoire, en tant qu’aventure humaine, n’est pas orientée dans un sens particulier.

C’est pourquoi il convient, en se référant à la perspective historique, de nous demander si les voix de gauche ont toujours intérêt à se dire progressistes. En tout cas, si progrès il y a, il doit venir de notre action et certainement pas d’un Grand Soir inévitable.




7 juin 2009

Pas de quoi tuer sa mère



Le fameux film J’ai tué ma mère, précédé d’un battage médiatique exceptionnel, est enfin arrivé sur nos écrans. On n’a pas su résister, et l’on s’y est présenté dès la première journée.

Avec un titre pareil, on s’attendait à une mère complètement folle, du genre à collectionner les 6 parce que ça rappelle le diable et du même souffle à envoyer ses enfants à l’église prier pour elle; du genre à mettre le feu à la maison du voisin parce que c’est le 6 avril; du genre à abuser sexuellement de son enfant de la toute prime enfance jusqu’à l’arrivée à l’école; du genre à mettre le feu à l’école du quartier le jour de l’anniversaire de son enfant en guise de cadeau; du genre à lui frapper la tête et à lui apprendre à débouler les escaliers « juste pour lui faire plaisir »; du genre à mettre un peu de mort-aux-rats dans sa viande; à tout le moins du genre de Folcoche dans Vipère au poing d’Hervé Bazin.

Mais, déception, ce joli film esthétique n’illustre que la banale opposition entre un ado et sa mère, comme il s’en trouve dans toutes les familles de banlieue.

Il faut savoir qu’on a aimé le film. Il est bien fait, les acteurs sont bons, surtout Anne Dorval.

Ce qui sauve cette œuvre cinématographique, c’est la fin, car si jusque-là on assiste à la confrontation de deux narcissismes, les scènes finales ramènent au rapport à l’autre et les personnages principaux se situent enfin dans la dimension sociale de leur existence. La crise de la mère est une pièce d’anthologie.

Finalement, Dolan, l’auteur, a bien raison de dire qu’il s’agit d’un film sur la réconciliation.




1er juin 2009

La plate réalité

ou

Chronique d’un promeneur


On se promène gentiment dans la ville. On en apprécie les beautés et on en supporte les laideurs en se disant que tout ça fait partie de la vie. Puis, on est brutalement ramené à la platitude et à la bêtise humaines.

Marchant dans une rue passante de Montréal, mon conjoint et moi notons que, de l’autre côté de la rue, une femme va son chemin dans la même direction que nous. Sous le soleil d’un bel après-midi, chacun vaque à ses occupations. Derrière nous, nous entendons alors vrombir un moteur, puis des klaxons insistants. Nous nous retournons et voyons deux hommes qui occupent l’auto en question. Le véhicule ralentit un peu à hauteur de la femme, klaxonne de plus belle et repart à toute allure.

Cette scène nous a ramenés 20 ans en arrière. Nous étions estomaqués. Il existe encore de ces êtres qui, non seulement considèrent les femmes comme du bétail, mais se font un devoir de le leur signaler. A-t-on besoin de commenter davantage? Souhaitons seulement que ce soit là l’exception qui confirme la nouvelle règle.

Deuxième choc du même après-midi, nous voyons sur un abribus un dessin d’un Jésus auréolé avec le message « Appels entrants illimités » pour la collecte de fonds du diocèse de Montréal. Le contraste entre la vétusté de l’imagerie et le caractère branché du texte ne laisse de frapper.

Mais, là où le bât blesse précisément, c’est que, oui, les appels entrants sont illimités, mais il n’y a jamais d’appels sortants. Que ferait-on d’un téléphone qui ne permet pas d’entendre quelque réponse que ce soit? A-t-on besoin de commenter davantage?




24 mai 2009

Le piège de la gouvernance



Vers la fin des années 90, j’ai vu apparaître un centre d’études sur la gouvernance à l’Université d’Ottawa. Je me demandais bien pourquoi on avait besoin du concept de gouvernance si on disposait déjà de la gouverne pour les individus et du gouvernement pour les collectivités.

L’idée s’est répandue de plus en plus, à tel point que les médias en sont maintenant gavés. Mais il semble que la notion recouverte par ce mot dont les apparences sont très vertueuses soit plutôt trouble. En effet, les références auxquelles on nous renvoie chaque fois qu’il est question de gouvernance sont celles de l’entreprise privée. On cherche à faire en sorte que les entreprises privées ne soient pas gênées dans leurs actions et qu’elles aient la liberté de manœuvre nécessaire pour accomplir leur mission sans interférence considérée comme indue.

En ce sens, le principe de reddition de compte se transforme en principe d’opacité. Les entreprises nomment, par des procédures prévues, des représentants d’autres entreprises à leur conseil d’administration. Ces membres de l’extérieur doivent être plus nombreux que les membres de l’intérieur afin d’éviter les conflits d’intérêt internes. Mais alors, à qui les administrateurs doivent-ils des comptes ? Aux actionnaires ? Et quel est l’intérêt des actionnaires sinon de ne trouver aucune entrave aux opérations fructueuses peu importe leur caractère plus ou moins éthique ?

L’importation dans la sphère publique des principes de la gouvernance a quelque chose de proprement monstrueux. Prenons pour exemple les projets de loi sur les collèges et les universités déposés l’automne dernier par la ministre de l’Éducation, des Loisirs et des Sports, madame Michelle Courchesne.

Ces projets de loi, dont on nous a annoncé qu’ils seraient repris bientôt cette année, calquent la formule des conseils d’administration des établissements d’enseignement sur le modèle des entreprises privées. Le prétexte utilisé est celui du cafouillage connu à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Or, il est de notoriété publique que l’aventure immobilière de l’UQAM est due au manque de vigilance des administrateurs devant un projet de nature commerciale, qui avait été dénoncé par les représentants internes de la communauté. La solution Courchesne ? Laisser encore moins de place aux membres internes de la communauté et faire plus de place aux représentants de l’externe.

Il semble que le principe à la base de ces projets de loi soit le suivant : Moins on s’y connaît dans un domaine, plus on est apte à le gérer et à y prendre de bonnes décisions.

Le projet de loi sur la gouvernance des universités avalise la notion de candidatures confidentielles au poste de rectorat d’une université. Alors que les communautés se battent pour plus de transparence et de démocratie dans la gestion des établissements universitaires, le gouvernement veut imposer l’omerta sur la désignation du principal dirigeant.

Tout ça se fait sous le prétexte d’une meilleure reddition de compte ! Il faut le faire !

Dans la population, on fait des gorges chaudes avec la mésaventure de l’UQAM. Et quand nos politiciens à la petite semaine promettent de « mettre de l’ordre là-dedans », on sent la gouaille dans toutes les tribunes téléphoniques. « Enfin, entend-on, on va calmer les pelleteux de nuages ! » La seule chose qu’on oublie, c’est que ce ne sont pas les pelleteux de nuages qui ont mis l’UQAM dans le trou pour parler comme ces interlocuteurs, mais bien les merveilleux entrepreneurs que l’on va payer pour être plus nombreux encore au conseil d’administration.

Autre chose étrange, les administrateurs des conseils d’université seront désormais rémunérés et ils décideront eux-mêmes de leur rémunération. Comme processus de transparence et de reddition de comptes, on a déjà vu mieux.

Plutôt que de soumettre les administrations à la démocratie des communautés, ce qui est souhaitable, car il n’y a pas meilleure reddition de compte que la démocratie, la gouvernance vise à soustraire les entreprises à l’examen public, ce qui est le contraire de l’imputabilité.

Sous des dehors vertueux, la gouvernance dont on nous rebat les oreilles n’est qu’un leurre et, en réalité, elle fait exactement le contraire de ce qu’elle prétend accomplir. La gouvernance à la mode n’est qu’un piège !




14 mai 2009

40 ans du Bill omnibus!



Quand je suis né, je ne le savais pas encore, j’étais déjà un criminel. Ça c’est réglé le 14 mai 1969 par une loi dite « Omnibus » parce que ladite loi touchait un grand nombre de sujets et décriminalisait aussi l'avortement. Nous avions bien du retard à rattraper.

Mais, je n’étais pas encore au bout de mes peines, parce que j’étais encore un malade mental. Je le serais jusqu’en 1973 pour les psychiatres états-uniens et jusqu’en 1992 pour l’Organisation mondiale de la santé. Encore aujourd’hui, il se trouve des psychanalystes pour prétendre que les homosexuels ont des problèmes psychologiques. Je me demande bien qui, lorsqu’il n’est pas accepté par la société dont il fait partie, n’a pas de problèmes psychologiques : les psychanalystes ?

En tout cas, il est important de rappeler ce jalon dans l’histoire d’une société d’abord parce que rien n’est jamais acquis pour toujours, ensuite parce qu’il faut savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va. Et qu’on ne vienne pas me dire que ce n’est pas un enjeu politique quand on sait que 90 pays criminalisent l’homosexualité voyez la carte !, quand on sait qu’en Russie les partisans des personnes LGBT (Lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres) font face à des violences et à des menaces de violence, comme l’indiquent les avis officiels de Moscou.

Même au Québec, hors Montréal, il n’est pas si rare d’entendre tonitruer la radio poubelle. Il n’est pas si exceptionnel de devoir baisser la tête devant des propos homophobes parce que toute la compagnie est d’accord.

Et à Montréal même, je ne vous conseille pas de vous promener main dans la main avec votre conjoint du même sexe dans toutes les rues à toutes les heures. [Et on me demandera pourquoi diable veux-je prendre la main de mon conjoint ? Ne pourrais-je pas faire ça chez moi ? Je serai d’accord avec vous quand ce sera interdit pour tous les hétéros.]

Et à Montréal même ne vous arrive-t-il pas de voir les yeux exorbités de votre interlocuteur (à l’hôpital, à la banque ou au bureau d’emploi) lorsque, à la question Quel est le nom de votre épouse?, vous répondez Mon époux s’appelle Richard.

Et à Montréal même ne vous arrive-t-il pas d’avoir certains collègues qui insistent pour vous mettre à part en prétendant que vous ne connaissez rien aux enfants, à la famille, etc.? Et qui seront encore plus énervés si vous prétendez y connaître quelque chose? Certes le harcèlement n’est pas du même degré que la violence physique. Mais il est tout aussi insidieux et il a la même signification : « Tu n’es pas des nôtres! »

Le devoir de mémoire est important en ce jour, et je me plairai à vous rappeler cet énoncé célèbre du pasteur Niemoller : « D’abord, ils sont venus chercher les Juifs; et je me suis tu parce que je n’étais pas juif. Puis, ils sont venus chercher les communistes, et je me suis tu parce que je n’étais pas communiste. Ensuite, ils sont venus chercher les syndicalistes, et je me suis tu parce que je n’étais pas syndicaliste. Enfin, ils sont venus me chercher, et il n’y avait plus personne pour me défendre. »




11 mai 2009

L’erreur romantique



Je ressens un malaise certain à voir et à entendre l’espèce de glorification romantique que l’on fait de Dédé Fortin à la suite de la parution du film Dédé à travers les brumes. Qu’il ait été l’instigateur d’un groupe très original et branché sur la réalité est une chose avec laquelle tout le monde s’accorde.

Mais, quand on essaie d’en faire un héros plus grand que nature et que l’on tombe dans le mythe du poète incompris ou malheureux, on cultive la fâcheuse manie des Québécois qui consiste à prendre pour modèles ceux qui échouent, ceux qui se sabordent et mettent fin à leur vie ou sombrent dans la folie.

Trop magnifier un personnage et sa fin tragique transmet un message sous-jacent aux jeunes. Ce message, c’est : « Si tu veux devenir célèbre, passe par le suicide. » Or, on ne le sait que trop, ce n’est pas un suicidé sur mille qui survit à la postérité. La vie avec ses proches, la chance de continuer à contribuer à la société, peu importe comment, valent toutes les notoriétés.

Transformer un personnage culturel ou historique en héros romantique conduit à une vision illusoire du travail artistique. Cela mène à des conceptions fausses de la valeur sociale des gestes qu’on pose. Attention aux superlatifs et aux éloges enflammés quand ils réfèrent au parcours de l’artiste. Un suicide reste un échec et la valeur des œuvres n’en est pas améliorée.




4 mai 2009

La peur, gardienne de l’ordre



Quand, au Moyen-Âge, nous étions occupés à remplir les églises pour prier contre la peste, quand nous étions occupés à participer aux croisades, à monter des inquisitions, à tuer les chats et les chiens, à brûler les sorcières, les homosexuels, les Juifs, les Musulmans et les hérétiques, nous n’avions pas de temps pour contester le régime féodal. Quelle meilleure façon de différer de quelques siècles la fin du servage !

Quand aujourd’hui nous remplissons les temples que sont les centres commerciaux et les Wal-Mart, quand nous nous effrayons d’une grippe importée par les méchants étrangers, nous n’avons pas de temps pour contester le capitalisme qui est pourtant à l’origine de la crise financière et économique que nous connaissons.

Est-ce un complot machiavélique ? Est-ce une vaste conspiration ? Pas nécessairement. Que ce soit maintenant ou à l’époque médiévale, les structures de pouvoir ont toujours eu des mécanismes naturels de défense. Sauter sur l’occasion pour détourner l’attention peut se faire de manière même inconsciente, tant est vraie « l’irrémédiable obstination du pouvoir à se maintenir à tout prix. » (Rose ? Vert ? Noir !, quatrième de couverture, Les Écrits francs s. a., 2007).

Panique-t-on à ce point pour les accidents de voiture, qui causent plus de morts par jour que ladite grippe H1N1 ? Panique-t-on à ce point pour la pollution qui tue chaque jour des enfants et des personnes âgées ? N’y a-t-il pas là des enjeux d’importance ?

Reste donc au citoyen censément éduqué que nous sommes à ne pas se laisser distraire par la peur conjoncturelle (certaines maladies épidémiques ou appréhendées comme telles se résolvent par de saines habitudes de vie, sans céder à la panique) des enjeux systémiques (le capitalisme qui détruit le social et dont la contestation est nécessaire à la survie des sociétés et à l’avenir de la planète).




2 mai 2009

Retrouver notre pouvoir



Le 1er mai, fête internationale des travailleuses et des travailleurs, est l’occasion non seulement de manifester, mais aussi de réfléchir, comme l’ont bien prouvé les membres de Québec Solidaire en publiant leur très judicieux Pour sortir de la crise : Dépasser le capitalisme ? voir Québec Solidaire.

À voir marcher ces quelques milliers de personnes, je me suis aussi mis à réfléchir avec un camarade à la question de la difficulté de mobiliser aujourd’hui. Et, bien sûr, tout en se disant que chaque geste de chaque personne compte, il m’est venu à l’esprit que l’idéologie qui nous aveugle actuellement nous conduit à ce que Danilo Martuccelli appelle judicieusement « l’impuissance volontaire des modernes ». (lire « L’ère des états d’âme : le sentimentalisme sans solidarité concrète » dans La vente de soi : du management à la prostitution, cahiers de recherche sociologique, no 43, janvier 2007).

En effet, le néolibéralisme ambiant nous convainc que nous n’avons pas de pouvoir sur les destinées humaines, que nous sommes condamnés à nous désoler des malheurs diffusés à l’heure des repas et consommés dans les médias et que la seule part qu’il nous reste dans ce domaine, c’est de contribuer à des fondations, à de bonnes œuvres qui choisissent pour nous les bons pauvres qu’il faut aider.

Dans son article, Martuccelli signale à juste titre que « la publicité ordinaire des drames humains rend[...] de plus en plus élevé et incertain le seuil à partir duquel se déclenche l’intervention publique au sens propre du terme. » En d’autres termes, les bons sentiments sont promus en lieu et place du politique.

Pourtant, nous pouvons retrouver notre pouvoir en réalisant simplement que nous sommes le nouveau sujet social, comme l’a décrit le philosophe Gramsci. Nous, les précaires, les employés à horaires variables, les faux autonomes, les travailleuses et travailleurs qui s’appauvrissent en travaillant, nous pouvons constituer la nouvelle hégémonie sociale parce que c’est nous qui sommes les plus importants. Nous pouvons donc renverser la logique du capital à condition de le vouloir et de nous réunir.

Certes, nous n’y sommes pas incités par le cirque médiatique ni par le bruit formidable des machines à consommer qui promeuvent le narcissisme à grands coups de lofts ou de sites dits sociaux souvent utilisés pour des fins uniquement hédonistes.

Et pourtant, nous le pouvons, car il existe des mouvements, Québec solidaire en est un, pour nous proposer des solutions collectives, pour nous fournir des outils d’analyse et pour nous faire retrouver le goût du collectif et notre vrai pouvoir dans l’action concertée dans le but du bien commun. Lisez attentivement le manifeste de Québec Solidaire, participez à ses tournées de réflexion, vous avez déjà des outils d’intervention réelle. Après le vide du néolibéralisme, il y a place pour la vraie politique.





20 avril 2009

Martin Matte : le triomphe de l’individualisme



L’irruption de Martin Matte sur le plateau de Tout le monde en parle du dimanche 19 avril visait à répondre à une déclaration de Micheline Lanctôt la semaine précédente sur le même plateau.

Madame Lanctôt avait très judicieusement fait valoir que les grandes fondations orientaient des fonds vers des causes particulières au détriment du fisc dont le rôle normal serait d’orienter ces mêmes fonds vers des causes collectives. Elle rappelait aussi que les gens très très riches devraient avoir l’obligation de donner une bonne part de leurs revenus à l’État pour qu’il en fasse usage selon des priorités sociales et collectives.

La réponse individualiste, narcissique et infantile de monsieur Matte a été de déclarer : « Moi, j’en ai une fondation, et ça me touche ça. Les gens qui ont des fondations ne sont pas obligés de donner cet argent-là. » Il a prouvé qu’il n’avait rien compris.

Le problème, il est justement là, dans le fait que les gens très riches ne sont pas obligés de donner des sommes importantes au fisc. Le problème, il est justement là, dans le fait que laisser le choix des priorités aux intérêts particuliers ne sert pas la cause de la société. Le problème, il est justement là, dans le fait que l’excroissance de l’individu se fait au détriment de la collectivité. Le problème, il est justement là, dans le fait que ce n’est pas aux ploutocrates à décider de ce qui doit être priorisé, mais bien à la société, dont la volonté générale doit s’exprimer par les institutions démocratiques. C’est à ça que ça doit servir, la démocratie.

L’attitude des deux protagonistes reflète bien leur idéologie. Micheline Lanctôt : parcours atypique, travail patient et préoccupations liées au métier et à la société dans laquelle il s’insère. Martin Matte : vedettariat effréné, narcissisme gonflé, travail lié aux préoccupations individuelles. Toute la différence du monde est là.




13 avril 2009

Si loin, si près



Il était très émouvant de voir Patrick Huard à l’émission Tout le monde en parle hier soir se faire le porte-parole du Défi du millénaire et porter des valeurs universelles : écologie, justice, santé... Il était particulièrement ironique de l’entendre dire qu’il ne fallait pas céder à des commanditaires qui font de la cochonnerie juste parce que ce sont des commanditaires, lui qui continue à être commandité par le Journal de Montréal pour Staracadémie et qui ne s’est pas gêné il y a quelques semaines pour cracher sur les journalistes en lock-out.

Il faut croire que c’est plus facile d’avoir de la compassion et de la compréhension pour ceux et celles qui sont loin. Et, puis, les journalistes et les employés du Journal sont sans doute beaucoup trop bien payés, même si on se demande ce que cela signifie quand on songe aux revenus que ce même monsieur Huard doit tirer de sa participation à « Starac ».

Il faut croire aussi qu’il trouve normal qu’un journal soit fait par des cadres qui n’ont pas la préoccupation de la nouvelle juste et équilibrée. La bienfaisance sélective a peut-être le don de refaire une virginité ; en tout cas, moi, elle me laisse un goût amer.

Il était par contre rafraîchissant d’entendre Micheline Lanctôt dire que, lorsqu’on a des revenus très au-dessus de tout le monde, on doit en donner une grande part pour contribuer à la société, et que c’est le fisc, qui devrait représenter la volonté générale de la société, qui devrait en bénéficier pour le répartir équitablement et non les Bill Gates de ce monde qui doivent décider qui sont les « bons pauvres » dignes de recevoir son aide.

Pour finir avec un lien à un autre invité, il semble que monsieur Huard n’était pas si pressé que ça de «sortir du capitalisme» (Pour sauver la planère, sortez du capitalisme, Hervé Kempf, Paris, Seuil, 2009, 154 p.)



8 avril 2009

Contre l'homophobie


La pétition de Gengis Grenier, inspirée par le cas de David Fortin, mérite d'être portée à l'attention de tous. Vous pourrez la trouver ici:

petition

Je lui laisse la parole:

«À l'attention de : Médias et la ministre Courchesne

Nous demandons à vous MÉDIAS et au MINISTÈRE DE L'ÉDUCATION,

Durant votre suivi dans l’affaire David Fortin, à une heure de grande écoute, d’inviter des policiers et avocats à discuter des moyens juridiques disponibles (motifs de poursuites civiles ou criminelles et des sanctions applicables en se référant aux codes de la juridiction québécoise) et d’encourager les parents de David Fortin à montrer l’exemple en ce sens avec votre aide pour sensibiliser les parents et enfants victimes de tels actes, d’entrevoir les recours qu’ils ont à leur disponibilité pour faire face aux contrevenants.

La pétition s’adresse également au ministère de l’éducation, du loisir et du sport, mme Courchesnes, il est temps d’AGIR. Donnez suite au Rapport de consultation du Groupe de travail mixte contre l’homophobie réalisé par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.

Les fondements personnels de ma pétition;

Je m’adresse à vous chers médias parce que vous êtes intéressés à une fugue qui peut bien soulever des questions. Je suis un citoyen qui a vécu un « périple » de même dimension que celui du jeune David Fortin. L’enfer noir du rejet social, de l’homophobie et de la violence physique et psychologique en milieu scolaire a quand même fait l’objet de quelques «reportages». Des organismes communautaires comme Gris Québec nous montrent des parents ayant des histoires traumatisantes à raconter. La prévention en milieu scolaire pour ce genre de situation est médiocre vu la complexité dimensionnelle qu’est chaque cas.

Les sociologues nous catégorisent comme stigmatisés sociaux lorsque nous arrivons à terme de ce « périple ». Chaque jour d’école, que cela soit dans l’autobus jaune, dans l’enceinte scolaire, dans les vestiaires, la place publique, les salles de bain, l’amphithéâtre et voir dans la classe elle-même, j’ai du affronter des jeunes de mon âge me violentant physiquement, m’harcelant sexuellement et me détruisant psychologiquement. Je crois que j’ai « tâté » le suicide plus d’une dizaine de fois et essayé à deux reprises de fuguer pendant mon adolescence. Coups et blessures, voie de fait, harcèlement psychologique et sexuel, torture, diffamation mensongère, injure, indécence, menace de mort, discours calomnieux, expression outrageante et méprisante, propagande haineuse, conspiration et incitation à la violence, composaient ma routine quotidienne tôt ou tard pendant mon cheminement. Ce que je vivais à tous les jours étaient des motifs valables pour des poursuites criminelles et civiles.

Travailleurs sociaux, directeurs, psychologues, infirmiers, professeurs et surveillants se sentent quelques peu impuissants face à des situations aussi dégradantes. C’est une patate brûlante ingérable pour tous les professionnels. Les jeunes victimes sont laissées à elles-mêmes et à leurs proches qui risquent de subir un transfert de discrédit social, rejet familial. Dans plusieurs cas, les mécanismes de défenses psychologiques sont le retrait social, l’intériorisation et l’isolement. Peu de jeunes en parlent à leurs parents. Et dans bien des cas, une telle situation est taboue mais l’inaction des parents est bien réelle. Les applications juridiques dénonçant de tels actes sont difficiles à utiliser en milieux sociaux fermés.

Mon professeur de politique disait qu’inconditionnellement, vous étiez une membrane du pouvoir politique. Vous avez dans votre auditoire des parents vivant exactement le même genre de situation. Maintenant que c’est l’heure du sujet, prenez un instant pour réfléchir aux victimes et à celles qui suivront, par notre inaction, quelles perspectives d’avenir leur laissons-nous?

Déposé par un citoyen canadien originaire de la côte-nord, réfugié à Montréal depuis l’âge de 17 ans.
Gengis Grenier
Sexe : masculin Age : 22 ans»

Signez la pétition:

petition





28 mars 2009

On voit mieux quand on écoute



Le slogan de la radio de Radio-Canada est particulièrement bien choisi : « Écoutez pour voir ». En effet, c’est en écoutant qu’on peut le mieux imaginer et arriver à voir. Certes, notre civilisation est basée essentiellement sur la vision et tout ce qu’on ne peut voir est aujourd’hui considéré comme incompréhensible.

Pourtant, pendant des millénaires, la compréhension a d’abord été associée à l’écoute. Chez les Anciens, on apprenait les livres par cœur et on pouvait les réciter. On lisait même à voix haute parce que c’était d’abord l’écoute qui était essentielle, pas la vue. Rappelons-nous le caractère péjoratif qui était associé à celui qui avait besoin de « voir pour croire » et qui n’acceptait pas la démonstration discursive comme preuve.

Jusqu’à tout récemment, la capacité d’entendre (c’est-à-dire comprendre) était la preuve de la maturité intellectuelle. Celui qui n’entendait pas était considéré comme un imbécile et on lui demandait : « Est-ce que tu comprends ou bien as-tu besoin d’un dessin ? »

Aujourd’hui, la situation est tout autre et il est obligatoire de fournir un dessin sous peine d’être traité de mauvais pédagogue et de méprisant. Il m’arrive même souvent de me faire dire par des étudiants : « Je ne pouvais pas le savoir, je n’écoutais pas. » Quand je raconte ça, on me dit : « Les étudiants d’aujourd’hui ont au moins le mérite de la franchise. »

En fait, les étudiants fautifs tout comme les enseignants fautifs ont rarement le mérite de la franchise. Et la réplique qui consiste à dire : « Je n’écoutais pas » n’est pas du tout un aveu, c’est un reproche. Si l’étudiant en question avait considéré le fait de ne pas écouter comme une faute, il n’aurait pas formulé cet énoncé. Il se permet cette remarque parce que l’écoute n’est plus nécessaire. Seule la vue compte. Certains étudiants m’ont dit que ce qui n’est pas écrit au tableau ne peut être considéré comme ayant été dit en classe. Je ne leur en fais pas le reproche ; je le constate.

Donc, si on se permet aujourd’hui de dire « Je n’écoutais pas », c’est pour reprocher à l’enseignant de n’avoir pas su transmettre le message visuellement.

Autant il était dommage de rejeter les « visuels » en les traitant d’imbéciles, autant il est aujourd’hui dommage de reléguer l’ouïe dans les limbes de l’inutile. Nous avons besoin de tous nos sens et nous devrions réapprendre à écouter parce que, oui, c’est vrai, cela permet de mieux voir. Plus encore, nous devrions ne pas négliger de sentir, humer, ressentir, goûter, entendre et voir.

Autrefois, on disait entendre pour « comprendre », ce qui était limitatif ; aujourd’hui on dit voir pour « comprendre », ce qui est tout aussi limitatif. Quand nous ferons enfin appel à tous nous sens, alors seulement pourrons-nous vraiment comprendre, ce qui signifie « prendre avec ».





16 mars 2009

Le combat n’est pas fini



On utilise les agissements douteux de quelques dirigeants syndicaux pour discréditer le syndicalisme au grand complet. Les porte-parole du capitalisme débridé ont tôt fait de condamner l’action collective sous prétexte de quelques errements individuels.

Deux syndicalistes ont un comportement incorrect et tous les syndicats sont à jeter. Tous les dirigeants de grandes entreprises sont rémunérés plusieurs dizaines de fois (sinon des centaines) que leurs employés. Les financiers et les investisseurs qui ont floué les petits épargnants se sauvent en emportant des centaines de milliers de dollars. Les constructeurs automobiles ont dirigé leurs entreprises en aveugles et les ont conduites à la faillite en n’ayant aucune préoccupation pour l’environnement. Comme punition, ils retirent des salaires faramineux et feront renflouer leur business par les fonds publics. Les employés, eux, doivent accepter des gels de salaire et l’affaiblissement de leurs conditions de travail.

À confondre le général et le particulier, l’accidentel et le systémique, on se trompe de cible. Les politiques néolibérales sont délétères pour la société par définition. Les abus capitalistes sont systématiques et non pas accidentels. Pour ce qui est des comportements individuels, c’est une affaire d’éthique et de respect des lois. Et cela ne doit pas nous faire oublier que, si l’exploitation capitaliste est condamnable, le syndicalisme, lui, est nécessaire.




10 mars 2009

Dieu n’existe vraiment pas


Les réactions des croyants et des agnostiques à mon propos de la semaine dernière sont intéressantes. Elles peuvent se résumer à l'argument suivant: "Croire est une décision irrationnelle et elle ne peut donc pas se discuter."

On est bien d'accord, c'est irrationnel. Que ça ne se discute pas, là, c'est un aveu de faiblesse. La croyance en Dieu pouvait se justifier à l'époque où l'on ne disposait d'aucune théorie sur les origines de l'univers. Une hypothèse n'a de valeur et d'intérêt que lorsqu'elle offre une explication à un phénomène ou une solution à un problème.

Dans l'état actuel des choses, l'hypothèse Dieu ne résout aucun problème (au contraire elle en cause de nombreux et pas des moindres) et n'explique rien.

CQFD: Dieu n'existe pas à moins de preuve du contraire.




4 mars 2009

Dieu n’existe pas



Il paraît que les autobus portant la mention « Dieu n’existe probablement pas » vont commencer à circuler dans les rues de Montréal. Cette idée d’abord exploitée en Angleterre a quelque chose de sympathique, mais elle ne suffit évidemment pas à convaincre les croyants de l’inanité de leurs prétentions.

Les croyants ne savent pas à quel point le mot probablement a une force que le mot possible n’a pas. Parce que, en général, dans la vie, ce qui se produit, c’est ce qui est probable et plus rarement ce qui est possible.

Au-delà de ces discussions sur ce qui est possible et sur ce qui est probable, il est tout de même lassant de se faire dire par les croyants qu’ils sont justifiés de croire en Dieu parce qu’on ne peut pas prouver qu’il n’existe pas. À ce compte-là, puisque jamais personne ne pourra prouver que le Père Noël n’existe pas, tout adulte peut s’estimer justifié d’y croire. Très convaincant tout ça.

Mais, plus incroyable encore, on se doit de constater que, en fait, il existe des preuves que Dieu n’existe pas, même si scientifiquement on ne peut pas prouver l’inexistence. Eh oui, ce sont les croyants eux-mêmes qui ont apporté la preuve que Dieu n’existait pas en multipliant les religions contradictoires qui, toutes, se réclament du même dieu. Or, s’il existait, il serait étrange qu’il ait toutes ces exigences incompatibles.

Pour nous amuser, j’ai concocté cette liste de preuves que Dieu n’existe pas :

—il y a des religions ;
—plus une personne est croyante, moins elle a de chances d’être exaucée ;
—les deux Bush ont fait toutes leurs conneries au nom de Dieu ;
—Dieu a écrit des livres auxquels il veut qu’on obéisse sinon il nous détruira, mais il n’est pas capable de faire appliquer ses principes lui-même ;
—Dieu a besoin des hommes pour tuer ceux qui ne croient pas en lui ;
—Dieu fait toutes sortes de miracles pour épater la galerie (voir Jésus), mais il est incapable de faire des miracles pour instaurer la paix ou pour empêcher les fanatiques de prêcher leurs religions ;
—Dieu fait des saints, mais ce sont les hommes qui les canonisent ou les « décanonisent » ;
—aucun dieu moderne n’est une femme ;
—on n’arrive pas à trouver un plombier le dimanche (merci Woody Allen) ;
—dieu se repose le vendredi (musulmans), le samedi (juifs) et le dimanche (chrétiens), mais les employés d’aujourd’hui font des semaines de 60 heures ;
—les tartines tombent toujours du côté beurré ;
—tous les participants au cent mètres prient Dieu, mais il n’y en a qu’un qui gagne ;
—c’est Patrick Lagacé qui est célèbre et pas Francis Lagacé ;
—Mario Dumont est considéré comme crédible pour la télé ;
—la gourmandise fait partie des péchés capitaux, mais pas la méchanceté ;
—ajoutez votre propre réponse :

Profitez de la vie, soyez honnêtes et n’essayez pas de plaire à Dieu, parce que vous lui déplairez certainement selon un livre ou l'autre qu’on vous brandira sous le nez.






25 février 2009

Prenez le métro!


J'ai toujours cru que les gens qui ne prennent pas le métro manquent de quelque chose. Ils ne connaissent pas la couleur réelle de la vie; ils ne sentent pas la condition de leurs congénères et ne partagent pas le pouls réel d'une ville.

Dimanche dernier, c'était les Oscars. J'étais dans une soirée au restaurant, je n'ai donc rien vu de cette cérémonie très glamour qui excite les midinets et les midinettes. Je me rappelle cette connaissance à moi qui trippait tellement sur les vedettes de Hollywood et qui me demandait sans cesse qui, pour moi, était le plus bel homme du monde, qui, pour moi, était la plus belle femme du monde. Je répondais que c'était trop difficile de décider parce que, tous les jours dans le métro, je vois des gens magnifiques. Elle ne me croyait pas. Il était impossible pour elle qu'un quidam fût plus beau qu'une vedette.

Si vous circulez, comme moi, régulièrement dans le métro, vous le savez: il s'y trouve des êtres de grande beauté, cent fois plus intéressants que n'importe quel acteur ou actrice. Et ils sont comme ça sans maquillage et sans costume coûteux.

Ah, oui, j'oubliais, ne prenez pas le journal 24 heures qu'on distribue à l'entrée des stations de métro. Il est fabriqué par des scabs pendant que les journalistes et les employés de bureau du Journal de Montréal sont en grève. Prenez plutôt le Métro qui est offert à l'intérieur des stations.




18 février 2009

Le cycle de la violence


Le billet de Sylvain Ménard dans le Métro du mardi 17 février a fait surgir en moi une très grande tristesse. Le chroniqueur évoque l'enfer qu'a dû subir jour après jour le jeune qui est victime de harcèlement à son école secondaire. Il raconte ensuite une histoire vécue dans sa propre école secondaire. Une histoire semblable où un jeune victime d'un harceleur en a un jour assez et se venge en sacrant une bonne volée à son tortionnaire.

Morale de cette histoire: la violence comme solution. C'est le plus fort qui a raison.

Est-ce donc tout ce que nous avons retenu de la vie en société? Si vous voulez vous protéger, soyez encore plus violents que ceux qui vous agressent?

Non seulement une telle histoire n'a rien pour rassurer ceux qui sont victimes de harceleurs parce qu'ils n'ont pas la force physique de le faire, mais elle ne condamne pas la violence. Elle renforce même les harceleurs en leur conseillant d'être encore plus forts, plus violents et de s'y mettre à plusieurs, comme ça ils s'en tireront.

L'apologie de la violence est une grave erreur. Faisons plutôt de l'éducation, la promotion du respect et de la justice. Sanctionnons les comportements discriminatoires socialement, pas individuellement. Prenons position quand nous voyons les autres se faire harceler. Prenons leur défense, mais n'entrons pas dans le cycle de la violence.

À bas la violence, vive l'éducation!




15 février 2009

Sarkozy persiste et signe




J’ai lu, dans Le Devoir des 14 et 15 février 2009, la réponse du président Sarkozy à la lettre ouverte de Pauline Marois et de Gilles Duceppe. C’est un exemple parfait d’entreprise de marketing qui consiste à faire voir les beaux côté de ses actions tout en écartant systématiquement le fond du sujet.

Contrairement à l’analyse qu’en fait l’éditorialiste Descôteaux, dans la page en regard de la lettre publiée, et à la présentation qu’en font Hélène Buzzetti et Christian Rioux en page A3 à partir de l’interprétation qu’en font certains leaders souverainistes, dont madame Louise Beaudoin, je trouve que cette lettre n’est pas du tout apaisante et qu’elle ajoute l’injure à l’insulte.

En effet, pas une seule fois le président ne se justifie des termes très durs qu’il a employés, et c’est là le nœud du problème. Nul ne conteste que le président français ait le droit de préférer le fédéralisme. Nul ne lui conteste le droit de le dire haut et fort. Toutefois, comme le disait Jacques Brel : « Je sais, on fait ce qu’on peut, mais y a la manière. » Car, que reproche-t-on au discours de monsieur Sarkozy? Pas de s’être prononcé contre l’indépendance, mais d’avoir traité les indépendantistes de sectaires, de partisan de l’enfermement sur soi, de personnes qui refusent l’autre. Il y a sûrement de cette attitude parmi les nationalistes réactionnaires, mais les leaders indépendantistes du Québec sont en général partisans de l’ouverture au monde et on ne saurait les amalgamer avec une frange extrémiste, ce qu’a fait le président Sarkozy dans son discours. Or, de cela, il n’est jamais question dans sa lettre. Et ne pas revenir là-dessus, c’est persister dans son erreur.

Les propos lénifiants du président passent totalement à côté du reproche qui lui est fait; ils l’éludent; ils le nient. Ce message promotionnel pourrait tout aussi bien avoir été écrit par un spécialiste de la publicité, mais il ne répond en rien à la lettre de madame Marois et de monsieur Duceppe.

Certes, il n’est diplomatiquement pas facile de reconnaître ses erreurs, mais les camoufler ainsi n’est pas très convaincant non plus.




7 février 2009

Les illusions sympathiques




On appelle dissonance cognitive cette contradiction entre la connaissance de la réalité et l’interprétation qu’on en fait. On refuse souvent de croire la réalité lorsqu’elle contredit nos croyances intimes. L’un des domaines les plus fréquents où l’humain pratique cette dissonance cognitive, c’est la famille et les relations qu’elle implique.

Ainsi, pendant la période des Fêtes, j’ai eu l’étonnante remarque suivante de la part de l’une de mes connaissances : « Dans cette famille, tout le monde s’entend vraiment très bien et tous se soutiennent de manière solide. Il n’y a pas de chicane, à condition qu’on ne parle ni de sexe, ni de religion, ni de politique. »

Très bel exemple de dissonance cognitive! Par ailleurs, il me semble que les seules personnes qui soient dignes d’être considérées comme amicales, avec qui l’on peut avoir des relations intéressantes, sont justement celles avec qui on peut parler de religion, de politique et de sexe. Sinon, je ne vois pas l’intérêt de fréquenter des personnes (outre les relations superficielles de travail) avec qui tous ces sujets sont tabous.

Décidément, l’humain aime bien entretenir ses illusions sympathiques.




31 janvier 2009

La croissance : un mythe qui dure




En février 1979, il y a donc exactement 30 ans, j’écrivais un éditorial dans le journal des étudiants de l’UQAR, dont le sous-titre était semblable : « La théorie de la croissance : un mythe qui a la vie dure » (L’Envers, vol. 2, no 3, Rimouski, février 1979, pp. 2-5).

Si les entrepreneurs, les industriels, les économistes et les politiques étaient sérieux, ils nous diraient que le principal problème économique n’est pas de chercher à maintenir la croissance, mais que nous n’avons pas encore compris la nécessité de l’abandon du mythe de la croissance.

Réfléchissons quelques instants : est-il possible de produire indéfiniment plus d’objets à partir d’une quantité limitée de matière? Est-il possible que le nombre de consommateurs augmente indéfiniment alors que la planète ne peut pas supporter plus qu’un certain nombre d’habitants? Poser la question, c’est y répondre. La croissance est un mythe, ce qu’il faut chercher, c’est une forme d’équilibre.

Cela m’amène à la fameuse crise économique actuelle. Pendant des années, on nous a dit de consommer davantage, d’investir dans des actions en bourse pour soutenir la croissance et d’encourager les entreprises financières qui visent des profits faramineux dans une spirale de croissance. C’est ce comportement consumériste et cette volonté de profits qui ont causé la crise financière actuelle.

En conséquence, que nous propose-t-on pour sortir de la crise : de consommer toujours davantage, d’investir dans des actions en bourse pour soutenir la croissance et d’encourager les entreprises financières en croissance. Et ces gens-là se disent rationnels.

Si, plutôt que de chercher à croître toujours, si au lieu de nous demander de consommer sans cesse davantage, on nous proposait de chercher l’équilibre dans nos besoins. Si les entreprises cherchaient à équilibrer leurs coûts-bénéfices en rémunérant suffisamment la force de travail plutôt que de s’entêter à vouloir faire des profits en bourse et que d’offrir des ponts d’or à leurs dirigeants, si ces mêmes entreprises entraient dans leurs coûts fixes leurs part des dépenses nécessaires à la restitution d’un environnement sain à la suite de leurs activités de production, si l’objectif était vraiment de satisfaire les besoins des consommateurs plutôt que d’exacerber leurs désirs, ne serions-nous pas plus près de l’équilibre à la fois environnemental et économique?

Consommer toujours davantage ne conduit qu’à la crise économique et écologique. Ceux qui se sortiront le mieux de cette crise sont, en haut de la pyramide, les dirigeants qui se sauvent avec la cagnotte et dont les postes sont protégés et dont les entreprises véreuses sont sauvées par les interventions ex machina des gouvernements et, en bas de la pyramide, celles et ceux qui pratiquent la simplicité volontaire.




24 janvier 2009

Coupables de ne pas être riches



Aux yeux des possédants, il n’y a qu’une seule culpabilité : ne pas avoir suffisamment de sous pour faire prévaloir sa version sur celles des autres. J’en veux pour preuves deux faits : l’un plus général, l’autre particulier, mais qui relève de la même pensée.

1. La fameuse crise

Les financiers, investisseurs et magnats de toutes sortes sont à l’origine d’une crise économique dont ils voudraient que le menu fretin les sorte en consommant toujours davantage. Que font donc ces charmants capitalistes pour aider les travailleurs à consommer? Eh bien, ils se servent des difficultés économiques comme prétexte pour mettre le plus d’employés possible à la porte afin d’optimiser leurs revenus même si les entrées d’argent sont supérieures aux dépenses. Il leur suffit que les augmentations de profits ne soient plus aussi fortes que précédemment.

Mettez tout le monde au chômage et demandez-leur de continuer à consommer, sinon il y aura encore d’autres mises à pied! C’est tellement logique!

2. La grève à l’Université York

On apprenait par les médias que le gouvernement de l’Ontario songe à promulguer une loi spéciale pour obliger les chargés de cours et les auxiliaires d’enseignement de l’Université York à rentrer au travail alors qu’ils sont en grève légale! Si on enlève les moyens de pression de ceux qui sont les moins bien rémunérés, comment voulez-vous que leur sort s’améliore? C’est vraiment honteux!

La démocratie a ses faiblesses quand elle ne fournit pas les outils nécessaires à la défense des précaires et des moins bien nantis.





17 janvier 2009

Les ressources humaines comme marchandises




J’ai été paresseux depuis le début de l’année 2009 et n’ai pas alimenté ma page billet. Je me reprends maintenant avec une réflexion sur la prégnance incroyable de l’idéologie capitaliste, qui arrive même à faire croire que ce ne sont pas les capitalistes les responsables de la crise actuelle.

Au moment même où la situation économique fait la preuve que le système capitaliste n’est pas vraiment rationnel et que les dirigeants ne favorisent que les plus retors, on a la « joie » d’entendre à la première chaîne de Radio-Canada (les quatre premiers jours de la semaine dernière), une série de reportages radio qui remettent en question le rôle et les acquis du syndicalisme. Et pourtant, en cette ère de mises à pied sauvages sous prétexte de récession, alors que les entreprises ne pratiquent en réalité que le dégraissage et le règlement de compte, s’il y a un instrument utile à la protection des travailleuses et des travailleurs, c’est bien le syndicalisme.

Mais la fuite en avant est telle qu’on reporte le fardeau sur le travailleur qui doit « se vendre » et justifier son existence.

Pour nourrir notre réflexion sur le sujet, je propose ici quelques citations d’un article de grand intérêt paru dans les Cahiers de recherche sociologique numéro 43 en 2007. L’article de Véronique Guienne s’intitule : « Savoir se vendre : qualité sociale et disqualification sociale ».

« La vente de soi est la prescription pour réussir. » (p. 8)

Plus loin, l’auteure montre comment cette prescription est une injonction paradoxale qui conduit à des stratégies fragilisantes : « apprendre à vendre ce que l’on est, se montrer sous la meilleure apparence possible, et enfin être faussement ami avec tout le monde. » (p. 10) Ce qui se mue en « double injonction du conformisme absolu d’une part et de l’originalité d’autre part. » (p. 11)

Dans cette optique, « s’intéresser aux autres n’est pas les trouver dignes d’intérêt, mais leur faire croire qu’ils le sont pour pouvoir en tirer un intérêt personnel. » (p. 11)

Enfin, ce paragraphe dévastateur qui concerne autant la prostitution, l’esclavage que la vente des organes, mais c’est bien ce qui arrive aussi au travailleur tenu de se donner une valeur d’échange :
« La vente de l’humain, au complet ou en pièces détachées, est donc la première forme de marchandisation de l’humain. Cette marchandisation l’est au sens propre, le sujet ou une partie de son corps, étant devenu un produit, avec un prix du marché. Un enfant roumain ne vaut pas le même prix qu’un enfant nigérian; une Chinoise pas le même prix qu’une Bulgare; un œil brésilien pas le même prix qu’un œil israélien... »

Ça nous rappelle la Modeste proposition de Jonathan Swift.






26 décembre 2008

You’re sixteen, you’re ignorant and you’re surely not mine

À Benoit XVI



Les récentes déclarations du pape sur le genre et sur l’homosexualité ne font que le couvrir davantage de ridicule. S’appuyer sur la défense de la nature telle qu’elle est pour interdire les choses les plus naturelles du monde est une absurdité difficilement acceptable. Il est ironique que tant d’ignorance et de bêtise émane d’un souverain* qui dispose des avis d’un bataillon de savants. En effet, le Vatican possède sa propre académie scientifique.

Pourtant, le pape ne semble rien comprendre à la nature ni à la construction sociale des identités. S’il réfute la nature, ça peut se comprendre, l’idéal de virginité et d’abstinence qu’il prône officiellement est tout à fait contre-nature. Alors, on peut comprendre qu’il soit contre les relations homosexuelles, une activité humaine naturelle et normale qui existe depuis que la sexualité existe. Mais, pourtant, il prétend défendre la nature comme il faut défendre l’eau, l’air et la terre. Encore une contradiction!
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S’il réfute la société, parce c’est elle qui produit les constructions de genre et les notions d’hétérosexualité et d’homosexualité, alors qu’il démissionne et s’en aille mourir dans les champs ou les bois, parce que c’est la société qui le fait vivre, et c’est la société qui a créé les États et les souverains. Même s’il voulait échanger sa participation aux corvées d’un vieux village contre l’alimentation, ce serait un geste social. Nouvelle contradiction, mais pis encore, finalement, les scientifiques nous apprendront que la société aussi est naturelle. Vous ne pouvez pas vous en sortir, ou vous comprenez le monde tel qu’il est et vous ne demandez pas aux humains de faire des choses impossibles ou vous ne le comprenez pas et vous vous enfermez dans le dogme ridicule.

Je préfère l’avis d’un penseur mécréant qui offre, par exemple, une explication toute naturelle pour la masturbation masculine, que les catholiques prétendent avoir en horreur. Voici ce que Christopher Hitchens écrivait dans le magnifique livre God is not Great : how religion poisons everything, dont la lecture devrait être obligatoire dans les écoles :

« Men produce infinitely more seminal fluid than is required to build a human family, and are tortured —not completely unpleasantly— by the urgent need to spread it all over the place or otherwise get rid of it. »

Tout est tellement plus simple quand on comprend la nature.


*Notons au passage que le pape est le chef d’État du seul pays homosexuel au monde. C’est en effet le seul état composé uniquement d’hommes.


VACANCES
Je pars en vacances. Je laisse mes lecteurs tranquilles jusqu’à la mi-janvier. En attendant, amusez-vous bien, ne soyez pas trop sages et protégez la nature en évitant la religion. ;)





23 décembre 2008

L’obligation d’être heureux



Depuis Beaumarchais, il existe parmi les droits de l’être humain une chose qui s’appelle le Droit au bonheur. Mais avec la folie marchande et l’hypocrisie qui entourent la fête de Noël, on subit une pression terrible qui pourrait s’appeler « l’obligation d’être heureux ».

J’ai toujours trouvé ridicules les clichés sociaux qui décident à notre place du moment où il faut être heureux, du moment où il faut être triste et qui nous imposent des sentiments qu’on n’a pas.

N’en avez-vous pas assez de faire semblant que vous aimez tout le monde juste parce que c’est Noël? N’en avez-vous pas assez de faire semblant d’aimer le bibelot insignifiant que votre frère vous a offert parce qu’il est obligé de vous donner un cadeau à Noël? Ne croyez-vous pas qu’il est ridicule de faire un cadeau à une personne que vous n’aimez pas?

Il y a longtemps que j’ai réglé la question des cadeaux. J’ai trop vu de gens évaluer le cadeau à sa grosseur et à son prix. Et ce sont ceux-là mêmes qui prétendent le plus ne pas accorder d’importance au prix. J’ai toujours dit et je le répète que je préfère recevoir une fleur des champs (une, j’ai bien dit une) plutôt qu’un gros bouquet de fleurs cultivées. La délicatesse et la simplicité valent beaucoup plus que la grossièreté bourgeoise. Mais, la plupart des gens préfèrent, comme le disait le narrateur du Petit Prince, une maison de cent mille francs « comme c’est joli! »

En connaissez-vous des familles où tout le monde s’entend bien? Je n’en connais aucune. Deux personnes dans ma vie, qui fait tout de même plus d’un demi-siècle, m’ont juré que leur famille était exceptionnelle et différente. Je les ai crues en leur disant : « Vous êtes vraiment l’exception. »

La première personne avait des problèmes avec un père grossier, abruti, vulgaire et égoïste. Sans compter le travail qu’elle imposait régulièrement à sa mère par ses décisions fantasques : partir en voyage de façon inopinée et lui larguer les meubles et les enfants, par exemple.

La deuxième personne était un individu qui faisait preuve d’un narcissisme effréné dont ont souffert ses conjoints et ses enfants. Ses enfants se détestent entre eux et se rendent malades dans la compétition pour plaire à un parent qui joue à la douche écossaise avec eux.

Pourquoi faudrait-il à Noël faire semblant d’aimer ce beau-frère ignorant qui vote pour l’ADQ et souhaite que les gais soient internés? Pourquoi faudrait-il à Noêl aimer cette grand-mère pédophile et alcoolique honteuse? (Je dis bien honteuse, parce que j’ai beaucoup de sympathie pour les alcooliques qui ne se cachent pas.)

J’ai entendu à la Première Chaîne de la radio de Radio-Canada ce matin que 65 % des gens sont stressés par l’obligation de faire des cadeaux. Qui pis est, leur pire stress est la crainte de déplaire à leur conjoint. Je n’en reviens pas. Si vous ne savez pas quel cadeau faire à votre conjoint, vous ne devez pas le connaître beaucoup. Moi, je pourrais faire un cadeau différent tous les jours à mon mari, tellement j’ai d’idées. Par contre, je ne saurais vraiment pas quel cadeau faire à mon frère que je ne vois jamais. Et, bien sûr, il n’est pas question que je lui achète quoi que ce soit.

Il faut dire que j’ai de la chance de trouver magnifique un moment passé en solitaire. Tant de gens sont effrayés à l’idée de passer Noël dans la solitude. Si on voyait cette fête du Solstice comme l’occasion de faire une pause, ne serait-il pas bien de faire un pied-de-nez à la surconsommation, aux rencontres forcées et à la fausse joie?

Je vous souhaite un Noël de tranquillité avec un minimum de dépenses.




13 décembre 2008

Pourquoi les hétérosexuels sont-ils si peu sûrs de leur virilité?



Dans l’édition du 26 novembre 2008 du Quartier libre, le journal des étudiants de l’Université de Montréal, les pages 4 et 5 présentent un mini-dossier sur l’homophobie sportive à partir de l’enquête effecutée par Simon-Louis Lajeunesse (L’Épreuve de la masculinité, ouvrage paru en 2008 chez H&O éditions). On trouve, en page 5, la réaction de membres de l’équipe de football des Carabins de l’Université de Montréal.

L’entraîneur en chef adjoint de l’équipe, Denis Touchette, déclare dans cet article : « Un homosexuel ne pourrait pas tenir dans l’équipe, il faudrait qu’il garde ça secret. » On peut donc conclure que les homosexuels qui font partie de l’équipe gardent ça secret puisque monsieur Touchette ne semble pas les connaître. L’auteur de l’article précise que, pour l’entraîneur, ce sport est viril, qu’il a des racines militaires. Dois-je comprendre que tous les militaires gais que j’ai connus n’étaient pas vraiment dans l’armée? Ou alors qu’ils n’étaient pas virils? Et Alexandre le Grand, il n’était pas assez viril pour vous? Remarquez que, de l’armée, je ne suis pas friand, étant pacifiste. Je croyais d’ailleurs que le sport devait se jouer dans le fair-play et non dans le but de démolir.

De nombreux champions de concours de muscles sont gais. Les modèles de culuturisme des années 50 et 60 étaient souvent des homosexuels. La virilité n’a rien à voir avec l’orientation sexuelle.

Toutefois, la perception de ce qu’est une personne homosexuelle vient perturber la compréhension du monde d’une personne homophobe. « En refusant les gays (sic), beaucoup d’hommes hétérosexuels dénigrent en réalité quelque chose d’autre qui est indissociablement lié dans leur esprit à l’homosexualité masculine, à savoir la féminité », écrit Daniel Borillo dans l’excellent « Que sais-je? » sur L’Homophobie (numéro 3563, PUF, 2000, p. 98, c’est moi qui souligne).
Monsieur Borillo rappelle aussi que « l’homophobe se montre moins violent à l’égard des homosexuel/les qui répondent aux stéréotypes de la “folle” ou de la “camionneuse” qu’envers celles ou ceux qui n’affichent pas de signes clairs d’homosexualité. » (p. 98)

En fait, « les réactions les plus violentes de type phobique proviennent en général des personnes qui luttent contre leurs propres désirs homosexuels. » (p. 97)

C’est un phénomène bien connu, illustré nombre de fois par des preachers qui se font prendre à commettre les actes qu’ils reprochent sans cesse aux autres.

La construction hétérosexiste de la société est fragile, car elle ne repose sur rien de tangible sinon la procréation. Or, le comportement homosexuel n’a jamais empêché quelque homosexuel de faire des enfants s’il en voulait. Tout le monde connaît la recette et jamais personne ne s’en est privé.

Afin d’assurer cette domination hétérosexiste, il convient donc de discriminer les comportements qui semblent la contredire. Je cite encore Daniel Borillo : « le rappel constant à la supériorité biologique et morale des comportements hétérosexuels fait partie d’une stratégie politique de construction de la normalité sexuelle. » (p. 22)

La meilleure façon de rejeter l’autre est de se prétendre naturel et de croire que tous ceux qui dévient de cette norme ne sont pas naturels et doivent donc être discriminés. C’est un préjugé vieux comme le monde. Mais essayer en 2008, bientôt 2009, de nous faire croire qu’il n’y a pas d’homosexuels dans l’armée, dans la police, chez les pompiers ni chez les sportifs relève d’un déni infantile de la réalité. Il est bien clair toutefois que si l’on demandait à chacun des membres des Carabins de dire s’il est homosexuel ou pas, chacun dira « non ». Et je ferais pareil parce que je tiens à mon intégrité physique.

Autre détail de perception intéressant, toujours extrait du « Que sais-je? », dont je vous recommande fortement la lecture : « Beaucoup d’hommes qui assument un rôle actif dans la relation sexuelle avec d’autres hommes ne se considèrent pas comme homosexuels. » (p. 86)

Pour conclure, il faut reprendre l’assertion du demi défensif de l’équipe qui déclare à Quartier libre : « Moi, je suis homophobe en partant, donc si un gars était gai, ce ne serait sûrement plus mon ami.» Reprenez cette citation en remplaçant le mot homophobe par raciste et en remplaçant le mot gai par arabe, est-ce que vous la trouveriez acceptable? Rappelons que l’homophobie est tout aussi condamnable par la Charte des droits et libertés que le racisme.

Je dirai donc à ce jeune homme qu’il a fait un premier pas en avouant son problème : l’homophobie. Maintenant, il lui reste à passer à l’étape suivante : la thérapie afin d’être plus sûr de sa propre virilité, ce qui lui permettra de ne plus voir les homosexuels comme une menace.

Francis Lagacé, chargé de cours à l’Université de Montréal




8 décembre 2008

Le vote devrait-il être obligatoire?



Dans de nombreux pays, on se bat pour obtenir le droit de vote. On risque sa vie pour pouvoir l’exercer. On fait la queue pendant des heures pour avoir le droit d’exprimer son choix démocratique.

Chez nous, une forme d’indifférence ou d’apathie conduit de nombreux citoyens à bouder ce droit important qui est beaucoup plus qu’un simple geste, car il nécessite la prise d’information, la réflexion sur les enjeux, la discussion et la prise de décision.

En Belgique, un citoyen qui ne vote pas encourt une légère amende. En cas de récidive fréquente, il risque d’être exclu de toute charge publique. En Autriche, l’amende est élevée (de 400 à 700 euros). En Australie, la récidive peut conduire à la prison.

Une étude faite par Henry Milner au Québec en 2006 montrerait que les personnes obligées à voter ne s’informeraient pas davantage que les autres. Ces résultats peuvent être contestés parce que l’étude offrait une rémunération à la condition de voter. C’est une gratification conditionnelle et non une sanction. Il faudrait reproduire l’étude en infligeant une sanction à ceux qui ne votent pas. En effet, être privé d’une gratification (ne pas recevoir un surplus) n’est pas la même chose que de subir une perte (devoir débourser).

En tout état de cause, il convient de se demander comment nous responsabiliser davantage. On pourrait peut-être commencer par avoir un mode de scrutin proportionnel... D’autres mesures pourraient suivre. Nous avons le droit de participer au choix de nos dirigeants politiques, ce que tant d’autres nous envient, ce n’est pas en s’abstenant qu’on y fait honneur.




29 novembre 2008

À bas Harper!



Il est tout de même effarant d’entendre le premier ministre canadien dire que le parti qui gouverne doit être le choix de la majorité des Canadiens. Rappelons que le gouvernement conservateur n’a obtenu que le tiers des voix aux dernières élections. Les deux-tiers des Canadiens ne veulent pas des conservateurs au pouvoir.

Ce premier ministre anti-démocratique a dans son précédent mandat aboli le programme de contestation judiciaire, programme qui permettait aux citoyens de s’assurer que les lois canadiennes respectent la charte des droits et libertés.

Il a aussi réduit de manière considérable l’aide aux comités de condition féminine.

Maintenant, le voilà qui veut abolir le financement public des partis politiques. Or, ce financement public est la seule façon de permettre l’émergence de nouvelles idées et de répartir sur l’ensemble des citoyens la garantie de démocratie. Passons rapidement sur l’hypocrisie qui consiste à dire que le Parti conservateur reçoit un financement important des particuliers.

En plus, il voudrait retirer le droit de grève aux fonctionnaires!

Je préférerais nettement de nouvelles élections que d’avoir un gouvernement si peu préoccupé par la justice et la démocratie.

Monsieur Harper, vous voulez que le gouvernement soit celui que la population préfère? Instaurez donc le votre proportionnel! Sinon, démissionnez!




25 novembre 2008

Les adieux du président



C’était en novembre 2005. Quelques membres du conseil d’administration de l’Association des familles Lagacé-Lagassé inc. avaient insisté pour que j’assiste à cette rencontre qui serait cruciale pour son avenir. Les candidats à la présidence d’une association où tout le monde travaille bénévolement ne sont pas très nombreux. On sait ce que c’est. Tout le monde aime bien participer à la fête, mais les volontaires pour la préparer ou pour nettoyer après ne se bousculent pas au portillon.

Je me suis laissé tenté en prévenant bien les membres des contraintes qui me confrontaient : engagé socialement, militant des droits des gais et des lesbiennes, enseignant et écrivain, je n’aurais pas énormément de temps, et il faudrait que tous et chacun mettent l’épaule à la roue. Il y avait un grand événement qui s’en venait à Montréal, c’était les Outgames (jeux gais) ainsi que la Conférence internationale des droits qui l’accompagnait. Et j’étais parmi les organisateurs du volet Workers’ Out de cette conférence, c’est-à-dire la rencontre des travailleurs gais et lesbiennes syndiqués. J’en assumais la programmation, j’y préparais une communication, je présidais des ateliers et je devais assurer l’animation de la séance d’ouverture. Beaucoup de travail en vue qui ne me laissait pas une grande marge de manœuvre.

Mais les membres de l’Association ont fait preuve de détermination, de courage et d’esprit d’ouverture en élisant le premier président d’association de familles qui soit ouvertement gai, marié avec un homme, militant syndical, athée, féministe, socialiste et orphelin. C’est un avant-gardisme qui vous honore et dont vous pouvez être particulièrement fiers.

Il n’était pas facile de prendre la relève de Jean-Guy, qui travaillait tous les jours de la semaine à préparer le journal, à faire les suivis avec les membres, à leur transmettre les cartes d’adhésion, etc. Il était clair au départ que je ne pourrais accorder autant de ce temps dont je ne disposais pas. J’ai compensé autant que faire se peut en ne sollicitant jamais de remboursement pour mes activités (sauf l’inscription à deux colloques), que ce soit les déplacements en auto, les photocopies de matériel, les téléphones, les lettres ou quelque autre contribution. Je ne dis pas cela pour m’en plaindre, mais bien pour m’excuser du peu de temps que j’ai pu consacrer au travail me disant que cela a compensé ceci.

Nous avons brassé des idées et essayé de varier les approches pour susciter l’intérêt des membres. Si certains ont été déçus de la participation relativement faible aux retrouvailles récentes, il faut se rappeler que l’Association renaissait de ses cendres et que nous avions peu de ressources pour effectuer tout le travail. Nous avons vécu presque un an sans secrétariat. C’était loin d’être facile et ça n’a pas aidé les communications avec nos membres. Je puis dire, pour ma part, qu’étant donné les difficultés que nous avons affrontées, les retrouvailles de 2006 et celles de 2008 sont tout de même de bons succès. Aucune autre association n’aurait fait mieux dans les mêmes circonstances.

En 2007, la société historique de la ville de Madawaska nous a fait le cadeau de célébrer les familles Lagacé-Lagassé. Nous avons donc été invités à participer au Rassemblement des familles Lagacé-Lagassé d’Amérique du Nord dans le cadre du Festival acadien de Madawaska. Ce fut une très belle activité à laquelle plusieurs de nos membres ont participé. Je pense ici à nos cousins de Saint-Quentin, à nos cousins de la Gatineau, à un nouveau membre de Montréal, à quelques membres du conseil d’administration, puis à mes tantes de Québec et à mon oncle de Pohénégamook. Mes excuses pour les personnes que j’oublie. Nous n’étions pas une grosse foule du Québec, mais ceux qui ont pu faire le trajet (il faut tout de même compter que cela implique des dépenses) se sont donné la peine de le faire.

Nous avons essayé de favoriser les communications électroniques. C’est loin d’être évident parce que certains parmi nos membres les plus âgés restent réfractaires à ce mode de communication. Nous n’avions pas de site web à nous. Nous avons pu faire la réservation d’un nom de domaine, mais il nous manquait un webmestre. Le manque de membres jeunes se fait alors cruellement sentir quand il est question d’assurer notre visibilité sur le Web. Heureusement, lors de notre dernière assemblée générale, un nouveau membre s’est proposé pour inscrire du contenu sur notre site. Dès que le site sera fonctionnel, on vous transmettra ses coordonnées.

Aujourd’hui, nous voici devant la même question qu’en novembre 2005. Je n’ai pas sollicité de renouvellement de mandat parce que ce ne serait pas rendre service à l’Association de faire croire aux membres que j’ai le temps de m’en occuper. Quoi qu’il en soit, je tiens à remercier tous les membres de leur confiance au cours de ce mandat. Je tiens à remercier les membres du Conseil d’administration pour leur collaboration. Je tiens surtout à féliciter Danielle Lagacé pour les efforts qu’elle a fournis en acceptant de prolonger son mandat de trésorière d’une année pour me faciliter la tâche à la fin de mon mandat.

Merci à tous, gardez cette belle ouverture d’esprit et, peut-être, l’avenir nous réserve-t-il de belles surprises.

[Ce billet paraîtra dans le journal La Gâchette, l’organe d’information de l’Association des familles Lagacé-Lagassé inc., édition de décembre 2008, vol. 18 numéro 3.]